Le Prix “Vie heureuse”/Mme Jeanne Marni

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Anonyme
Hachette et Cie (p. 26-27).


MADAME MARNI


Madame Marni a choisi de peindre la cruauté de la vie sentimentale, cruauté qui vient des hommes, du destin, du cours même naturel et inévitable de la vie. Ce parti détermine la structure de ses œuvres où il faut qu’il y ait des victimes et des bourreaux ; la victime étant celle qui aime le plus, le bourreau étant seulement égoïste, un peu lâche, ou simplement soumis aux lois des choses. Que la première soit ordinairement une femme, c’est un trait commun à la plupart des ouvrages féminins. Mais on n’a jamais peint avec plus de vérité, non seulement la femme amoureuse, mais la femme domptée par la seule voix de l’amour, prit-il les traits, d’un homme qu’elle n’aime pas. Cette docilité à l’amour est le trait distinctif de Claire, dans le curieux Livre d’une amoureuse. Pour ces drames, Mme Marni a choisi, après ses deux premiers livres, La Femme de Silva (1887) et Amour coupable (1889), la forme du dialogue, qui en déblayant l’écriture ne laisse que les sentiments, en fait paraître plus fortement le sens, le contraste et la suite. Ces dialogues qui ont d’abord paru au National, à la Vie Parisienne, à l’Écho de Paris, au Journal, ont formé des volumes curieux : Dialogues de courtisanes — en collaboration — (1890), Comment elles se donnent (1897), Comment elles nous lâchent (1896), Les Enfants qu’elles ont (1897), Fiacres (1898), Celles qu’on ignore (1899), À table (1900), Vieilles (1902), d’une intensité si poignante. Mme Marni a abandonné le dialogue dans ses deux derniers romans : Le livre d’une amoureuse (1904) et ce Pierre Tisserand paru dernièrement au Journal qui en est, en quelque sorte, la suite.

Ces premières tragédies resserrées en cent lignes, semblent la scène capitale d’une pièce de théâtre : il suffisait de recomposer les scènes accessoires que le lecteur imagine, pour que le spectateur éprouvât cette émotion douloureuse que laisse la lecture des dialogues. Mme Marni est une des très rares femmes qui aient le sens de la construction dramatique. Quelques-unes de ces pièces, brèves, incisives, ont été jouées au Grand Guignol : L’Aile, L’Heureux auteur, César, Mme Porte, un acte extrait de ses tragiques Vieilles a été joué au Gymnase. Deux pièces en trois actes, Manoune, et Le Joug, celle-ci, écrite en collaboration, ont été jouées l’une au Gymnase, l’autre au Vaudeville.

Mme Marni vient de terminer, en collaboration avec M. Mauclair, une comédie en quatre actes : La Montée.


Madame Jeanne Marni, photographie en buste de profil.