Le Prix “Vie heureuse”/Mme Myriam Harry

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Anonyme
Hachette et Cie (p. 50-51).

Madame Myriam Harry


LA LAURÉATE DE 1904

Madame Myriam Harry a raconté l’histoire d’une petite fille qui est née comme elle à Jérusalem, dans la maison fleurie où était mort un vieil agha. Enfant, elle parlait un allemand mêlé d’arabe ; elle avait aussi, en se promenant avec sa nourrice, dérobé des mots grecs, russes, italiens et elle s’en était fait un langage si merveilleusement bariolé que sauf son père, personne ne l’entendait plus. À treize ans, elle envoya un roman à un journal allemand, qui le publia ; d’autres parurent encore ; il n’y eut de refusés que ceux qui débordaient de passion.

Mme Myriam Harry avait renoncé à l’allemand pour écrire en anglais : quand elle vint à Paris, elle ne voulut plus se servir que du français. Il y eut alors un moment tout à fait étrange : l’anglais et l’allemand étaient déjà rejetés bien loin derrière elle, que le français était encore rebelle et mal assoupli ; elle se trouva ainsi sans langage, et dut cesser d’écrire.

Cette épreuve dura cinq ans. Entre temps, elle suivait les cours de l’École des Hautes Études à la Sorbonne, et ceux des langues orientales. Puis elle voyagea.

Revenue en France, et sans relations littéraires, elle publia un conte sur Bethléem. Un volume de nouvelles et deux romans, Passage de Bédouins, Petites épouses, La Conquête de Jérusalem, l’ont fait connaître.

Passage de Bédouins est un cahier d’esquisses pour la Conquête de Jérusalem. Petites épouses est une description admirable de la Cochinchine… La Conquête de Jérusalem est autre chose, et peut-être mieux. C’est dans le désert de pierres de Jérusalem la lutte symbolique entre celui qui est épris de la vie, et celle qui a les yeux baissés, l’esprit fermé et le cœur rétréci.


Madame Myriam Harry, photographie debout, en chapeau et fourrures appuyée à une ballustrade. Cl. Boissonnas et Taponier