Le Procès des Thugs (Pont-Jest)/I/22

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Lecomte (p. 173-182).


XXII

LE TÉMOIN VOILÉ.



Le lendemain dès quatre heures les couloirs étaient envahis par la foule et la salle fut bientôt comble.

À trois heures et demie, le tribunal entra en séance.

— Messieurs les juges, dit sir Georges Monby, on m’a remis hier soir une lettre sans signature, par laquelle un sujet anglais demande à être entendu. Il m’annonce qu’il se trouvera dans la salle à l’ouverture de l’audience. Si l’auteur de cette lettre m’entend, je lui enjoins de se présenter.

À ces mots, un homme de haute taille, assis sur le premier banc, se leva.

Son visage était caché par un de ces voiles comme les Européens en portent volontiers dans l’Inde pour préserver leurs yeux des rayons du soleil.

— Je vous engage, monsieur, à lever votre voile, dit le président à l’inconnu.

Celui-ci obéit et un mouvement de surprise agita aussitôt la foule.

On reconnaissait un honorable gentleman, sir Harry Temple, qui avait disparu depuis trois mois avec toute sa famille, composée de sa femme, de ses deux filles, âgées, l’une de quinze ans, l’autre de dix-sept ans, et un de ses frères, sir Georges Temple. On en était encore à s’expliquer la disparition de tant de personnes.

— Vous êtes bien sir Harry Temple, que tout le monde pensait mort ? demanda sir Georges Monby au témoin.

— Oui, sir, répondit-il.

L’état de l’infortuné gentleman expliquait la question du président. Ce n’était pas un homme, c’était un spectre qui allait déposer.

— Pouvez-vous nous dire, lui demanda le magistrat, ce que vous êtes devenu ainsi que toute votre famille depuis trois mois ?

— Mylord, répondit sir Harry, j’étais ainsi que les miens prisonnier des Thugs. Seul, j’ai réussi à m’échapper de leurs mains ; aujourd’hui je viens réclamer justice.

— Parlez.

Un silence profond se fit immédiatement et le témoin commença d’une voix faible, sa déposition en ces termes :

— Il y a trois mois, un dimanche matin, je partis avec ma femme, mes deux filles, mon frère George et une femme de chambre, pour me rendre à ma maison d’été, à deux lieues d’ici. Nous occupions tous un breack attelé de trois chevaux que je conduisais. Nous étions arrivés à moitié route à peu près, lorsque le cheval de flèche se cabra et refusa d’avancer. C’était un animal fort doux et son caprice m’étonna. Mes efforts pour le faire marcher étant inutiles, je descendis et confiai les guides à mon frère. Mais, j’avais à peine mis pied à terre, qu’assailli par trois hommes, je fus renversé, lié et bâillonné avant d’avoir eu le temps de prononcer une seule parole.

— D’où sortaient ces hommes ?

— Tout d’abord, sir, je me le demandai. En y réfléchissant, je compris qu’ils avaient dû s’accrocher sous le train très-élevé de la voiture. De plus, j’aperçus au milieu de la route un trou profond où, sans doute, un individu s’était blotti pour épouvanter mon attelage.

— Ces hommes qui se précipitaient sur vous étaient des Thugs ?

— Oui, monsieur le président.

— Vous pensez qu’ils vous attendaient ?

— J’en suis certain, et la preuve, c’est qu’au même moment une vingtaine d’individus sortirent de trous pratiqués au bord de la route et de précipitèrent en hurlant sur le breack. En un clin d’œil, tous ceux qui s’y trouvaient furent liés et bâillonnés comme moi. Puis, on nous banda les yeux, on nous entassa au fond de la voiture, et elle partit au triple galop. Où nous conduisait-on ? Je ne pouvais me l’imaginer.

— Vous le savez, maintenant ?

— Pas davantage.

— Cependant, puisque vous avez réussi à vous évader ?…

— Je donnerai cette explication plus tard ; pour le moment, je conjure Votre Seigneurie de me permettre de continuer.

— Nous vous écoutons.

La foule devina qu’un témoignage d’une importance extrême allait se produire, car son frémissement d’impatience annonça qu’elle redoublait d’attention.

— La voiture, reprit sir Harry, roula pendant près de trois heures, emportée par un galop frénétique. Enfin elle s’arrêta. Je me sentis enlevé par plusieurs hommes. Il me semblait qu’on ne me faisait pas descendre d’escalier, et cependant, à une sensation de fraîcheur, je jugeai qu’on me transportait dans une cave. Je ne me trompais pas. Une main brutale arracha le bandeau qui couvrait mes yeux et je vis que nous étions dans un vaste souterrain soutenu par d’énormes piliers. Une vingtaine de torches étaient çà et là fichées en terre. Ma femme, mes filles , mon frère et notre femme de chambre étaient près de moi. Cent cinquante Thugs au moins nous entouraient.

— Voyez si parmi les accusés vous ne reconnaîtriez pas quelques-uns de ceux qui vous ont enlevé ?

— Je ne reconnais aucun des ces hommes, répondit sir Harry, après un examen de quelques minutes. D’ailleurs, tous ces misérables avaient le visage horriblement barbouillé de terre glaise. Plusieurs d’entre eux, richement vêtus, avaient la tête enveloppée d’un voile de mousseline rouge.

— Fort bien ; reprenez votre récit, je vous prie.

— Au moment où je me demandais avec terreur ce que nous allions devenir au milieu de ces monstres, l’un d’eux, le chef, ainsi que je l’ai su depuis, s’avança vers moi :

« — Tu nous connais ? me demanda-t-il.

« Je répondis :

« — Oui, je vous connais, vous êtes des Thugs.

« — C’est vrai ! dit-il ; et tu sais nos usages ?

« De la tête je fis signe que oui.

« — Eh bien ! reprit-il, notre déesse est irritée. Elle a soif comme la terre avant la saison des pluies. La lune, cette nuit, était enveloppée d’un brouillard de sang. Il nous faut une victime.

« — Nous sommes en votre pouvoir, répondis-je, tuez-nous, mais faites vite.

« — Tu te trompes, me répondit le chef, Kâly ne veut qu’une victime, un seul d’entre vous mourra, ce sera toi ou cet autre homme qui est là. Il désignait mon frère.

« — Alors, dis-je, tuez-moi.

« Mais ce n’est pas là ce que voulaient ces monstres. Le chef m’expliqua longuement qu’entre mon frère et moi il ne lui appartenait pas de choisir. Le sort devait désigner celui de nous deux dont la mort serait agréable à la déesse, et l’autre… Ah ! sir, ceci est horrible… l’autre devait être l’exécuteur de cet épouvantable sacrifice.

— Oui, ceci est horrible en effet, dit le président en répondant aussi bien à son sentiment qu’à celui de l’assistance.

— Des hurlements comme doivent en pousser les damnés en enfer accueillirent la décision du chef, poursuivit le témoin. Sur un signe, cependant, le silence se rétablit, et le misérable ordonna de nous délier. Alors mon frère et moi nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Chacun de nous voulait mourir. On nous sépara brutalement.

« — Ne vous ai-je pas dit, dit le chef, que le sort doit nous faire savoir les volontés de Kâly ?

« Et s’adressant à un de ses hommes.

« — Qu’on apporte les anneaux, commanda-t-il.

« Un des Thugs s’éloigna et revint bientôt apportant douze anneaux de cuivre de deux à trois pouces de diamètre. On en remit six à mon frère et six à moi ; puis, à cinq pied environ de chacun de nous, on planta en terre un poignard, la lame en l’air.

« — Maintenant, dit le chef, celui de vous qui passera le plus d’anneaux dans la lame de ce poignard vivra.

« Vous le comprenez, n’est-ce pas, mylord, nous ne pouvions souhaiter vivre, Georges et moi ; nous eûmes la même pensée, et aucun de nos anneaux n’effleura seulement la lame des poignards.

René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs (illustrations).djvu
… Dans un vaste souterrain soutenu par d’énormes piliers.

« Le chef des Thugs, qui n’avait pas prévu ce résultat, poussa un rugissement de bête fauve.

« — Ah ! c’est ainsi, s’écria-t-il, que vous pensez empêcher Kâly de manifester ses volontés ! Eh bien ! vous allez recommencer, mais nous changerons le système. C’est celui qui passera le plus d’anneaux à la lame du poignard qui sera sacrifié.

« Sir, et vous tous qui nous écoutez, sur tout ce qu’il y a de sacré au monde, je vous le jure, j’ai fait tous mes efforts pour gagner à ce jeu de mort. Oui, je voulais que Georges vécût. Mais, hélas ! mon bras était moins assuré que le bras de mon frère bien-aimé ; je passai quatre anneaux, il en passa cinq.

« — Tu as perdu, me dit le chef, tu seras le bourreau.

« Et pendant que, glacé de terreur, je restais immobile, on liait de nouveau mon pauvre Georges et on me remettait un poignard.

« — Qu’attends-tu ? me dit le chef, la déesse est irritée, frappe !

« Mais je ne pouvais pas ; non, je ne pouvais pas frapper mon frère, je ne voulais pas. Je jetai bien loin l’arme maudite en m’écriant :

« — Tuez-moi, torturez-moi, infligez-moi vos supplices les plus cruels, je ne frapperai pas ! »

À cet endroit de son récit, le malheureux sir Harry Temple s’arrêta un instant ; le souvenir de cet horrible drame étouffait sa voix ; l’auditoire haletant partageait son émotion.

Le brave gentilhomme, après quelques minutes de silence, fit cependant un effort suprême et continua :

— Hélas ! j’avais compté sans l’infernale barbarie des Thugs. Malheureux ! au milieu de mes horribles angoisses, j’oubliais que ma femme, que mes filles, liées et bâillonnées, assistaient à cette épouvantable lutte. Les Étrangleurs, eux, ne l’oubliaient pas.

« — Ah ! tu ne veux pas immoler la victime sacrée ? me dit le chef, eh bien ! je le jure par le nom qu’un mortel ne doit pas prononcer sans trembler, si tu résistes plus longtemps à nos ordres, toutes les femmes qui sont là seront mises à mort sous tes yeux.

« Et comme je baissais la tête et ne répondais pas :

« — Saisissez une de ces femmes, commanda-t-il à ces monstres, je vous la donne.

« Deux de ces infâmes se précipitèrent sur notre pauvre femme de chambre et l’entraînèrent. Quelques secondes après, des cris déchirants nous apprenaient que son supplice commençait.

« Alors le vertige s’empara de moi : je vis mes filles, ma femme aux mains de ces démons, et je criai :

« — Grâce ! grâce pour elles ! Je frapperai.

« On me rendit mon poignard. »

Ici, la voix de sir Temple devint si faible que le président crut devoir l’engager à se reposer.

Il fit un signe négatif et continua d’une voix plus forte.

— Devant moi, étendu à terre, les mains liées, la poitrine découverte, était mon frère. Près de moi, ma femme et mes filles se tenaient debout. Entre leur vie et leur honneur à elles et sa vie à lui, il me fallait choisir. Oh ! mylord ! oh ! messieurs, qui vous dira mes angoisses et la détresse de mon cœur ! Et l’implacable chef d’une voix impérieuse, répétait :

« — Frappe donc !… Frapperas-tu !

« Lui aussi, mon pauvre Georges, mon frère aîné, m’encourageait :

« — Frappe ! ô mon frère ! me disait-il, n’hésite pas, sauve ta femme, ma sœur bien-aimée, délivre tes enfants ! Frappe pour amour de moi !

« Et pour comble, dans le lointain, j’entendais les cris déchirants de la femme de chambre mêlés à des hurlements sinistres.

« Comment vous expliquer ce qui se passa en moi ! Ma raison chancelait ; j’étais ivre, j’étais fou ! Un délire furieux s’empara de moi, je me précipitai sur mon frère et le frappai. Je sentis pénétrer la lame de mon poignard dans la chair de ma chair, un jet de sang tiède jaillit, inonda mon visage. J’avais tué mon frère ; je m’évanouis ! »

En prononçant ces mots, sir Harry Temple chancela et des huissiers furent obligés de le soutenir.

L’auditoire était glacé d’effroi. Deux ou trois dames se trouvèrent mal, et on fut obligé de les emporter.

Quelques instants après le malheureux sir Harry Temple revint à lui.

— Vous sentez-vous, sir, la force de continuer votre déposition, lui demanda affectueusement sir Georges Monby, ou désirez-vous que l’audience soit suspendue, même remise ?

— Merci, mylord, répondit sir Harry, d’une voix étouffée, il faut que je continue maintenant, j’en aurai le courage.

— Parlez donc, et soyez persuadé que tous ici, nous vous plaignons de toute notre âme.

— Lorsque je revins à moi, poursuivi le témoin, j’étais seul, couché sur la terre humide, dans un endroit absolument obscur.

« Où étais-je ? Combien de temps s’était écoulé depuis l’horrible scène ? Impossible de m’en rendre compte ! Je cherchais à rassembler mes souvenirs confus lorsqu’une lueur rougeâtre illumina soudain mon cachot. Cette lueur venait d’une étroite ouverture pratiquée dans l’un des murs, et que sans doute on venait de démasquer. Poussé par une indicible curiosité, je me levai et allai appliquer l’œil à cette fissure.

« Horreur ! j’avais tué mon frère et je n’avais sauvé ni ma femme ni mes filles !

« Elles étaient là, dans un souterrain brillamment éclairé. Ô ma Jane, si belle et si pure ! ô ma blonde Mary ! que n’étiez-vous mortes ! Fou ! fou que j’étais d’avoir pu croire une seconde à la pitié de ces tigres à face humaine. Ils étaient là, une douzaine de Thugs, les chefs sans doute, qui riaient et chantaient. Et ma femme allait de l’un à l’autre, remplissant leurs coupes.

« Comment ne suis-je pas mort de rage, je ne me l’explique pas. Je poussais des cris terribles, j’ensanglantais mes mains au granit. À quoi bon ! toutes les précautions avaient été prises. Personne ne pouvait me secourir !

« À ce moment il me sembla entendre derrière moi un rire de damné. Je me retournai. Un Thug était debout sur le seuil de mon cachot.

« — Tu vois, me dit-il, les belles Anglaises n’ont pas pour nous la haine de leurs frères et de leurs maris !

« — Misérable ! m’écriai-je.

« Et je me précipitai sur lui. Mais j’étais faible, mourant ; il me renversa sans peine.

« — Tiens-toi tranquille, me dit-il, nous ne voulons te faire aucun mal, au moins pour le moment. Ta vie nous assure les bonnes grâces de tes femmes. Tant que tu vivras, elles seront douces comme des gazelles.

« Je venais de me relever ; le Thug plaça près de moi un panier en me disant :

« — Voici de quoi manger.

« Et il sortit.

— Il y a déjà trois mois de cela ? demanda le président.

— Trois mois, oui, sir, répondit l’infortuné ; oui, pendant trois mois, j’ai vu vingt fois se renouveler les scènes abominables du premier jour. Une fois par semaine, au moins, l’ouverture s’éclairait et du fond de ma tombe j’étais le muet témoin des forfaits de ces monstres auxquels il faut du sang, des flots de sang pour assouvir de monstrueuses passions.

« J’ai assisté à des orgies sans nom, entremêlées de meurtres et de prières à Kâly. Successivement, j’ai vu périr dans des supplices inimaginables ma femme, ma bien-aimée Jane, et Mary. Puis, combien en ai-je vu se succéder de ces victimes ! Si je ne suis pas devenu fou furieux, si je ne me suis pas tué, c’est que je voulais vivre pour me venger !

— Ne sauriez-vous nous donner aucune indication sur le lieu où vous avez été détenu ?

— Aucune.

— Cependant, votre évasion ?

— Mon évasion, mylord, est un miracle de Dieu. Reconnaissant l’impossibilité de fuir, j’avais résolu de me laisser mourir de faim, lorsqu’un jour mon cachot fut brusquement envahi par mes bourreaux. De nouveau on me garrotta étroitement, on me mit un bâillon sur la bouche et un bandeau sur les yeux, et je ne tardai pas à me sentir lié en travers sur un cheval.

« Où m’entraînait-on ? Je ne me le demandai même pas. Que m’importait ! Je comprenais qu’une troupe assez nombreuse d’Étrangleurs m’entourait.

« Nous marchâmes longtemps. La nuit venue, on fit halte. Le lendemain on se remit en route, et nous marchions depuis bien des heures, quand tout à coup j’entendis de grands cris. Que se passa-t-il ? Je l’ignore ; le cheval sur lequel j’étais lié, et qui jusqu’alors avait marché au pas, partit au triple galop.

« J’étais, vous le comprenez, affreusement secoué. Ce fut une course insensée à travers la campagne. Parfois le cheval traversait un bois, et alors les branches des arbres déchiraient mon corps.

« J’attendais la mort et l’appelais de tous les vœux, lorsque mes liens se rompirent brusquement. Je fus jeté rudement à terre.

« J’y étais depuis quelques minutes, faisant tous mes efforts pour me débarrasser des cordes qui attachaient mes mains, lorsqu’un homme, un passant, me délivra.

« J’étais tombé sur la grande route, à un quart d’heure d’ici. Plus de Thugs, plus de bourreaux, j’étais libre ! Mon cheval avait disparu.

« Il y a six jours de cela.

« Mon sauveur m’a conduit chez lui, a pansé mes blessures, m’a soigné, et dès que j’ai pu marcher, je suis venu.

— Vous nous avez dit tout ce que vous savez ?

— Oh ! pas encore, mylord. En me faisant assister à leurs orgies, les Thugs n’ont pas pensé que du même coup j’assistais à leurs conciliabules, qu’ils me divulguaient leurs épouvantables secrets.

— Parlez ! parlez !

— Deux me sont inconnus, mais j’ai leur figure là, gravées dans ma mémoire, et, Dieu aidant, je les trouverai. Oui, je les retrouverai quand il me faudrait fouiller l’Inde entière ! J’en ai fait le serment sur les cadavres des miens ; je le renouvelle ici devant la justice !

Le malheureux sir Harry avait prononcé ces mots avec une telle énergie que l’auditoire tout entier l’applaudit.

— Vous parlez de deux de ces hommes, dit le président ; en est-il donc un troisième dont vous sachiez le nom ?

— Oh ! celui-là, oui, je le connais, reprit le témoin. Et jamais le soupçon n’irait le chercher là où il est. Cet infâme, qui s’est fait le complice des Thugs, je puis vous le nommer, c’est Gilbert Patterson, le valet de chambre de Sa Seigneurie lord William Bentick.

— Gilbert ! mon domestique ! fit tout ému lord Bentick, qui assistait au débat, sur un siège réservé auprès de la cour.

Un cri d’horreur s’échappa de la poitrine des assistants. Tous se sentaient menacés. Ils se demandaient épouvantés, ces Européens, ce qu’ils allaient devenir si des affiliés des Thugs se cachaient parmi leurs serviteurs mêmes. Ils ne pouvaient y croire.

— Sir Harry, dit l’honorable président, qui voulait douter également, vous avez été éprouvé par des malheurs surhumains. Réfléchissez, êtes-vous bien certain de ce vous avancez ?

— Sur mon honneur, j’en suis sûr, j’ai vu, j’ai reconnu Gilbert Patterson.

— Huissiers, commanda sir Georges Monby, après avoir échangé rapidement quelques mots avec le gouverneur, qu’on fasse approcher de suite le dit Patterson, valet de chambre de Sa Seigneurie lord William Bentick. Il doit être dans une des salles d’attente du tribunal. S’il ne s’y trouve pas, que des gardes aillent l’arrêter et l’amènent sans nul retard devant nous !