Le Puits de la vérité/Alcool et Crimes

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Albert Messein (pp. 38-39).



ALCOOL ET CRIMES



Je crois décidément que l’alcool, que l’on veut rendre responsable de tout le mal présent, n’a qu’une petite part dans la genèse des crimes. A-t-on remarqué, d’abord, qu’il s’en perpètre tout autant en pays sobre qu’en pays de buveurs ? Voici ce qui se passait l’autre jour en Algérie : deux bergers indigènes, près de Palestro, rencontrent un enfant et par manière d’atroce plaisanterie l’attachent à la queue d’un bœuf, qui prend la fuite et réduit la victime en l’état que l’on devine. On la retrouva, deux ou trois lieues plus loin, réduite en lambeaux. Ne dirait-on pas que ces individus étaient deux brutes ivres ? Or, cela se passe en pays musulman, et il y a beaucoup de chances pour que ces brutes ignorent l’alcool. L’Espagnol buveur d’eau est-il plus doux que l’Anglais buveur de gin et de brandy ? En Italie, dont la population est une des moins alcooliques d’Europe, le crime est plus fréquent que partout ailleurs. Je n’esquisse pas une défense de l’alcool, que je suis loin de préconiser, mais je doute qu’il puisse transformer un homme placide en meurtrier. L’alcool rentre dans le genre des explications faciles qui dispensent de la recherche exacte des causes. Crime, voyez alcool. Le renvoi se justifie sans doute parfois, mais pas toujours. Il en est de même de la folie. C’est une maladie qui frappe les gens sobres tout autant que les autres, et c’est une question de savoir si un fou alcoolique est devenu fou parce qu’il buvait, ou buvait parce qu’il était fou. Bien des raisonnements doivent ainsi être renversés. On prend l’effet pour la cause. Il est vrai que, lorsqu’on a renversé les termes, on n’est pas plus avancé qu’avant. Laissons les hommes croire ce qui leur est le plus avantageux.


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