Le Rhin/Conclusion/XV

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Conclusion
XV
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L’obstacle moral, c’est l’inquiétude que la France éveille en Europe.

La France en effet, pour le monde entier, c’est la pensée, c’est l’intelligence, la publicité, le livre, la presse, la tribune, la parole ; c’est la langue, la pire des choses, dit Ésope : ― la meilleure aussi.

Pour apprécier quelle est l’influence de la France dans l’atmosphère continentale et quelle lumière et quelle chaleur elle y répand, il suffit de comparer à l’Europe d’il y a deux cents ans, dont nous avons crayonné le tableau en commençant, l’Europe d’aujourd’hui.

S’il est vrai que le progrès des sociétés soit, et nous le croyons fermement, de marcher par des transformations lentes, successives et pacifiques, du gouvernement d’un seul au gouvernement de plusieurs et du gouvernement de plusieurs au gouvernement de tous ; si cela est vrai, au premier aspect il semble évident que l’Europe, loin d’avancer, comme les bons esprits le pensent, a rétrogradé.

En effet, sans même pour l’instant faire figurer dans ce calcul les monarchies secondaires de la confédération germanique, et en ne tenant compte que des états absolument indépendants, on se souvient qu’au dix-septième siècle il n’y avait en Europe que douze monarchies héréditaires ; il y en a dix-sept maintenant.

Il y avait cinq monarchies électives ; il n’y en a plus qu’une, le Saint-Siège.

Il y avait huit républiques ; il n’y en a plus qu’une, la Suisse.

La Suisse, il faut d’ailleurs l’ajouter, n’a pas seulement survécu, elle s’est agrandie. De treize Cantons elle est montée à vingt-deux. Disons-le en passant, ― car, si nous insistons sur les causes morales, nous ne voulons pas omettre les causes physiques, ― toutes les républiques qui ont disparu étaient dans la plaine ou sur la mer ; la seule qui soit restée était dans la montagne. Les montagnes conservent les républiques. Depuis cinq siècles, en dépit des assauts et des ligues, il y a trois républiques montagnardes dans l’ancien continent : une en Europe, la Suisse, qui tient les Alpes ; une en Afrique, l’Abyssinie [1], qui tient les montagnes de la lune ; une en Asie, la Circassie, qui tient le Caucase.

Si, après l’Europe, nous examinons la confédération germanique, ce microcosme de l’Europe, voici ce qui apparaît : à part la Prusse et l’Autriche, qui comptent parmi les grandes monarchies indépendantes, les six principaux états de la confédération germanique sont : la Bavière, le Wurtemberg, la Saxe, le Hanovre, la Hesse et Bade. De ces six états, les quatre premiers étaient des duchés, ce sont aujourd’hui des royaumes ; les deux derniers étaient, la Hesse un landgraviat et Bade un margraviat, ce sont aujourd’hui des grands-duchés.

Quant aux états électifs et viagers du corps germanique, ils étaient nombreux et comprenaient une foule de principautés ecclésiastiques ; tous ont cessé d’exister ; à leur tête se sont éclipsés pour jamais les trois grands électorats archiépiscopaux du Rhin. Si nous passons aux états populaires, nous trouvons ceci : il y avait en Allemagne soixante-dix villes libres ; il n’y en a plus que quatre, Francfort-Sur-Le-Mein, Hambourg, Lubeck et Brême.

Et qu’on le remarque bien, pour faire ce rapprochement nous ne nous sommes pas mis dans les conditions les plus favorables à ce que nous voulions démontrer ; car, si au lieu de 1630 nous avions choisi 1650, par exemple, nous aurions pu retrancher aux états monarchiques et ajouter aux états démocratiques du dix-septième siècle la république anglaise, qui a disparu aujourd’hui comme les autres.

Poursuivons.

Des cinq monarchies électives, deux étaient de premier rang, Rome et l’empire. La seule qui reste maintenant, Rome, est tombée au troisième rang.

Des huit républiques, une, Venise, était une puissance de second rang. La seule qui subsiste de nos jours, la Suisse, est, comme Rome, un état de troisième ordre.

Les cinq grandes puissances actuellement dirigeantes, la France, la Prusse, l’Autriche, la Russie et l’Angleterre, sont toutes des monarchies héréditaires.

Ainsi, d’après cette confrontation surprenante, qui a gagné du terrain ? La monarchie. Qui en a perdu ?

La démocratie.

Voilà les faits.

Eh bien, les faits se trompent. Les faits ne sont que des apparences. Le sentiment profond et unanime des nations dément les faits et dit que c’est le contraire qui est vrai.

La monarchie a reculé, la démocratie a avancé.

Pour que le côté libéral de la constitution de la vieille Europe non seulement n’ait rien perdu, mais encore ait prodigieusement gagné, malgré la multiplication et l’accroissement des royautés, malgré la chute de tous les états viagers, et, en quelque sorte, présidentiels de l’Allemagne, malgré la disparition de quatre grandes monarchies électives sur cinq, de sept républiques sur huit, et de soixante-six villes libres sur soixante-dix, il suffit d’un fait : la France a passé de l’état de monarchie pure à l’état de monarchie populaire.

Ce n’est qu’un pas, mais ce pas est fait par la France ; et, dans un temps donné, tous les pas que fait la France, le monde les fera. Ceci est tellement vrai, que, lorsqu’elle se hâte, le monde se révolte contre elle, et la prend à partie, trouvant plus facile encore de la combattre que de la suivre. Aussi la politique de la France doit-elle être une politique conductrice et toujours se résumer en deux mots : ne jamais marcher assez lentement pour arrêter l’Europe, ne jamais marcher assez vite pour empêcher l’Europe de rejoindre.

Le tableau que nous venons de dresser dans les quelques pages qui précèdent prouve encore, et prouve souverainement, ceci : c’est que les mots ne sont rien, c’est que les idées sont tout. À quoi bon batailler en effet pour ou contre le mot république, par exemple, lorsqu’il est démontré que sept républiques, quatre états électifs et soixante-six villes franches tiennent moins de place dans la civilisation européenne qu’une idée de liberté semée par la France à tous les vents !

En effet, les états nuisent ou servent à la civilisation, non par le nom qu’ils portent, mais par l’exemple qu’ils donnent. Un exemple est une proclamation.

Or, quel est l’exemple que donnaient les républiques disparues, et quel est l’exemple que donne la France ?

Venise aimait passionnément l’égalité. Le doge n’avait que sa voix au sénat. La police entrait chez le doge comme chez le dernier citoyen, et, masquée, fouillait ses papiers en sa présence sans qu’il osât dire un mot. Les parents du doge étaient suspects à la république par cela seul qu’ils étaient parents du doge. Les cardinaux vénitiens lui étaient suspects comme princes étrangers. Catherine Cornaro, reine de Chypre, n’était à Venise qu’une dame de Venise. La république avait proscrit les titres héraldiques. Un jour un sénateur, nommé par l’empereur comte du Saint-Empire, fit sculpter en pierre sur le fronton de sa porte une couronne comtale au-dessus de son blason. Le lendemain matin la couronne avait disparu. Le conseil des dix pendant la nuit l’avait fait briser à coups de marteau. Le sénateur dévora l’affront et fit bien. Sous François Foscari, quand le roi de Dacie vint séjourner à Venise, la république lui donna rang de citoyen ; rien de plus. Jusqu’ici tout va d’accord, et l’égalité la plus jalouse n’aurait rien à reprendre. Mais, au-dessous des citoyens, il y avait les citadins. Les citoyens, c’était la noblesse ; les citadins, c’était le peuple. Or les citadins, c’est-à-dire le peuple, n’avaient aucun droit. Leur magistrat suprême, qui s’appelait le chancelier des citadins et qui était une façon de doge plébéien, n’avait rang que fort loin après le dernier des nobles. Il y avait entre le bas et le haut de l’état une muraille infranchissable, et en aucun cas la citadinance ne menait à la seigneurie. Une fois seulement, au quatorzième siècle, trente bourgeois opulents se ruinèrent presque pour sauver la république et obtinrent en récompense, ou, pour mieux dire, en paiement, la noblesse ; mais cela fit presque une révolution ; et ces trente noms, aux yeux des patriciens purs, ont été jusqu’à nos jours les trente taches du livre d’or. La seigneurie déclarait ne devoir au peuple qu’une chose, le pain à bon marché. Joignez à cela le carnaval de cinq mois, et Juvénal pourra dire : Panem et circenses. Voilà comment Venise comprenait l’égalité. ― Le droit public français a aboli tout privilège. Il a proclamé la libre accessibilité de toutes les aptitudes à tous les emplois, et cette parité du premier comme du dernier régnicole devant le droit politique est la seule vraie, la seule raisonnable, la seule absolue. Quel que soit le hasard de la naissance, elle extrait de l’ombre, constate et consacre les supériorités naturelles, et par l’égalité des conditions elle met en saillie l’inégalité des intelligences.

Dans Gênes comme dans Venise il y avait deux états, la grande république, régie par ce qu’on appelait le palais, c’est-à-dire par le doge et l’aristocratie, la petite république, régie par l’office de Saint-Georges. Seulement, au contraire de Venise, mainte fois la république d’en bas gênait, entravait, et même opprimait la république d’en haut. La communauté de Saint-Georges se composait de tous les créanciers de l’état, qu’on nommait les prêteurs. Elle était puissante et avare, et rançonnait fréquemment la seigneurie. Elle avait prise sur toutes les gabelles, part à tous les privilèges, et possédait exclusivement la Corse, qu’elle gouvernait rudement. Rien n’est plus dur qu’un gouvernement de nobles, si ce n’est un gouvernement de marchands. Prise absolument et en elle-même, Gênes était une nation de débiteurs menée par une nation de créanciers. À Venise, l’impôt pesait surtout sur la citadinance ; à Gênes, il écrasait souvent la noblesse. ― La France, qui a proclamé l’égalité de tous devant la loi, a aussi proclamé l’égalité de tous devant l’impôt. Elle ne souffre aucun compartiment dans la caisse de l’état. Chacun y verse et y puise. Et, ce qui prouve la bonté du principe, de même que son égalité politique respecte l’inégalité des intelligences, son égalité devant l’impôt respecte l’inégalité des fortunes.

A Venise, l’état vendait des offices, et, moyennant un droit qu’on appelait dépôt de conseil, les mineurs pouvaient entrer, siéger et voter avant l’âge dans les assemblées. ― La France a aboli la vénalité des fonctions publiques.

A Venise le silence régnait. ― En France la parole gouverne.

A Gênes, la justice était rendue par une rote toujours composée de cinq docteurs étrangers. À Lucques, la rote ne contenait que trois docteurs ; le premier était podesta, le second juge civil, le troisième juge criminel ; et non seulement ils devaient être étrangers, mais encore il fallait qu’ils fussent nés à plus de cinquante milles de Lucques. ― La France a établi, en principe et en fait, que la seule justice est la justice du pays.

A Gênes, le doge était gardé par cinq cents allemands ; à Venise, la république était défendue en terre ferme par une armée étrangère, toujours commandée par un général étranger ; à Raguse, les lois étaient placées sous la protection de cent hongrois, menés par leur capitaine, lesquels servaient aux exécutions ; à Lucques, la seigneurie était protégée dans son palais par cent soldats étrangers, qui, comme les juges, ne pouvaient être nés à moins de cinquante milles de la cité. ― La France met le prince, le gouvernement et le droit public sous la protection des gardes nationales. Les anciennes républiques semblaient se défier d’elles-mêmes. La France se fie à la France.

A Lucques, il y avait une inquisition de la vie privée, qui s’intitulait conseil des discoles. Sur une dénonciation jetée dans la boîte du conseil, tout citoyen pouvait être déclaré discole, c’est-à-dire homme de mauvais exemple, et banni pour trois ans, sous peine de mort en cas de rupture de ban. De là, des abus sans nombre. ― La France a aboli tout ostracisme. La France mure la vie privée.

En Hollande, l’exception régissait tout. Les états votaient par province, et non par tête. Chaque province avait ses lois spéciales, féodales en West-Frise, bourgeoises à Groningue, populaires dans les Ommelandes. Dans la province de Hollande, dix-huit villes seulement [2] avaient droit d’être consultées pour les affaires générales et ordinaires de la république ; sept autres [3] pouvaient être admises à donner leur avis, mais uniquement lorsqu’il s’agissait de la paix ou de la guerre, ou de la réception d’un nouveau prince. Ces vingt-cinq exceptées, aucune des autres villes n’était consultée, celles-là parce qu’elles appartenaient à des seigneurs particuliers, celles-ci parce qu’elles n’étaient pas villes fermées. Trois villes impériales, battant monnaie, gouvernaient l’Over-Yssel, chacune avec une prérogative inégale ; Deventer était la première, Campen la seconde et Zwol la troisième. Les villes et les villages du duché de Brabant obéissaient aux états généraux sans avoir le droit d’y être représentés. ― En France, la loi est une pour toutes les cités comme pour tous les citoyens.

Genève était protestante, mais Genève était intolérante. Le pétillement sinistre des bûchers accompagnait la voix querelleuse de ses docteurs. Le fagot de Calvin s’allumait aussi bien et flambait aussi clair à Genève que le fagot de Torquemada à Madrid. ― La France professe, affirme et pratique la liberté de conscience.

Qui le croirait ? la Suisse, en apparence populaire et paysanne, était un pays de privilège, de hiérarchie et d’inégalité. La république était partagée en trois régions. La première région comprenait les treize Cantons et avait la souveraineté. La deuxième région contenait l’abbé et la ville de Saint-Gall, les Grisons, les Valaisans, Richterschwyl, Biel et Mulhausen. La troisième région englobait sous une sujétion passive les pays conquis, soumis ou achetés. Ces pays étaient gouvernés de la façon la plus inégale et la plus singulière. Ainsi Bade en Argovie, acquise en 1415, et la Turgovie, acquise en 1460, appartenaient aux huit premiers Cantons. Les sept premiers Cantons régissaient exclusivement les libres provinces prises en 1415 et Sargans vendu à la Suisse en 1483 par le comte Georges De Werdenberg. Les trois premiers Cantons étaient suzerains de Bilitona et de Bellinzona. Ragatz, Lugano, Locarno, Mendrisio, le Val-Maggia, donnés à la confédération en 1513 par François Sforce, duc de Milan, obéissaient à tous les Cantons, Appenzell excepté. ― La France n’admet pas de hiérarchie entre les parties du territoire. L’Alsace est égale à la Touraine, le Dauphiné est aussi libre que le Maine, la Franche-Comté est aussi souveraine que la Bretagne, et la Corse est aussi française que l’Ile-de-France.

On le voit, et il suffit pour cela d’examiner la comparaison que nous venons d’ébaucher, les anciennes républiques exprimaient des originalités locales ; la France exprime des idées générales.

Les anciennes républiques représentaient des intérêts. La France représente des droits.

Les anciennes républiques, venues au hasard, étaient le fruit tel quel de l’histoire, du passé et du sol. La France modifie et corrige l’arbre, et sur un passé qu’elle subit greffe un avenir qu’elle choisit.

L’inégalité entre les individus, entre les villes, entre les provinces, l’inquisition sur la conscience, l’inquisition sur la vie privée, l’exception dans l’impôt, la vénalité des charges, la division par castes, le silence imposé à la pensée, la défiance faite loi de l’état, une justice étrangère dans la cité, une armée étrangère dans le pays, voilà ce qu’admettaient, selon le besoin de leur politique ou de leurs intérêts, les anciennes républiques. ― La nation une, le droit égal, la conscience inviolable, la pensée reine, le privilège aboli, l’impôt consenti, la justice nationale, l’armée nationale, voilà ce que proclame la France.

Les anciennes républiques résultaient toujours d’un cas donné, souvent unique, d’une coïncidence de phénomènes, d’un arrangement fortuit d’éléments disparates, d’un accident ; jamais d’un système. La France croît en même temps qu’elle est ; elle discute sa base et la critique, et l’éprouve assise par assise ; elle pose des dogmes et en conclut l’état ; elle a une foi, l’amélioration ; un culte, la liberté ; un évangile, le vrai en tout. Les républiques disparues vivaient petitement et sobrement dans leur chétif ménage politique ; elles songeaient à elles, et rien qu’à elles ; elles ne proclamaient rien, elles n’enseignaient rien ; elles ne gênaient ni n’enlaidissaient aucun despotisme par le voisinage de leur liberté ; elles n’avaient rien en elles qui pût aller aux autres nations. La France, elle, stipule pour le peuple et pour tous les peuples, pour l’homme et pour tous les hommes, pour la conscience et pour toutes les consciences. Elle a ce qui sauve les nations, l’unité ; elle n’a pas ce qui les perd, l’égoïsme. Pour elle, conquérir des provinces, c’est bien ; conquérir des esprits, c’est mieux. Les républiques du passé, crénelées dans leur coin, faisaient toutes quelque chose de limité et de spécial ; leur forme, insistons sur ce point, était inapplicable à autrui ; leur but ne sortait point d’elles-mêmes. Celle-ci construisait une seigneurie, celle-là une bourgeoisie, cette autre une commune, cette dernière une boutique. La France construit la société humaine.

Les anciennes républiques se sont éclipsées. Le monde s’en est à peine aperçu. Le jour où la France s’éteindrait, le crépuscule se ferait sur la terre.

Nous sommes loin de dire pourtant que les anciennes républiques furent inutiles au progrès de l’Europe, mais il est certain que la France est nécessaire.

Pour tout résumer en un mot, des anciennes républiques il ne sortait que des faits ; de la France il sort des principes.

Là est le bienfait. Là aussi est le danger.

De la mission même que la France s’est donnée, c’est-à-dire, selon nous, a reçue d’en haut, il résulte plus d’un péril, surtout plus d’une alarme.

L’extrême largeur des principes français fait que les autres peuples peuvent vouloir se les essayer. être Venise, cela ne tenterait aucune nation ; être la France, cela les tenterait toutes. De là, des entreprises éventuelles que redoutent les couronnes.

La France parle haut, et toujours, et à tous. De là un grand bruit qui fait veiller les uns ; de là un grand ébranlement qui fait trembler les autres.

Souvent ce qui est promesse aux peuples semble menace aux princes.

Souvent aussi qui proclame déclame.

La France propose beaucoup de problèmes à la méditation des penseurs. Mais ce qui fait méditer les penseurs fait aussi songer les insensés.

Parmi ces problèmes, il y en a quelques-uns que les esprits puissants et vrais résolvent par le bon sens ; il y en a d’autres que les esprits faux résolvent par le sophisme ; il y en a d’autres que les esprits farouches résolvent par l’émeute, le guet-apens ou l’assassinat.

Et puis, ― et ceci d’ailleurs est l’inconvénient des théories, ― on commence par nier le privilège, et l’on a raison tout à fait ; puis on nie l’hérédité, et l’on n’a plus raison qu’à demi ; puis on nie la propriété, et l’on n’a plus raison du tout ; puis on nie la famille, et l’on a complètement tort ; puis on nie le cœur humain, et l’on est monstrueux. Même, en niant le privilège, on a eu tort de ne point distinguer tout d’abord entre le privilège institué dans l’intérêt de l’individu, celui-là est mauvais, et le privilège institué dans l’intérêt de la société, celui-ci est bon. L’esprit de l’homme, mené par cette chose aveugle qu’on appelle la logique, va volontiers du général à l’absolu, et de l’absolu à l’abstrait. Or, en politique, l’abstrait devient aisément féroce. D’abstraction en abstraction on devient Néron ou Marat. Dans le demi-siècle qui vient de s’écouler, la France, car nous ne voulons rien atténuer, a suivi cette pente ; mais elle a fini par remonter vers le vrai. En 89 elle a rêvé un paradis, en 93 elle a réalisé un enfer ; en 1800 elle a fondé une dictature, en 1815 une restauration, en 1830 un état libre. Elle a composé cet état libre d’élection et d’hérédité. Elle a dévoré toutes les folies avant d’arriver à la sagesse ; elle a subi toutes les révolutions avant d’arriver à la liberté. Or, à sa sagesse d’aujourd’hui on reproche ses folies d’hier ; à sa liberté on reproche ses révolutions.

Qu’on nous permette ici une digression, qui d’ailleurs va indirectement à notre but. Tout ce qu’on reproche à la France, tout ce que la France a fait, l’Angleterre l’avait fait avant elle. Seulement, ― est-ce pour ce motif qu’on ne reproche rien à celle-là ? ― les principes qui ont surgi de la révolution anglaise sont moins féconds que ceux qui se sont dégagés de la révolution française. L’une, égoïste comme toutes ces autres républiques qui sont mortes, n’a stipulé que pour le peuple anglais ; l’autre, nous l’avons dit tout à l’heure, a stipulé pour l’humanité tout entière.

Du reste, le parallèle est favorable à la France. Les massacres du Connaught dépassent 93. La révolution anglaise a eu plus de puissance pour le mal que la nôtre, et moins de puissance pour le bien ; elle a tué un plus grand roi et produit un moins grand homme. On admire Charles Ier ; on ne peut que plaindre Louis XVI. Quant à Cromwell, l’enthousiasme hésite devant ce grand homme difforme. Ce qu’il a de Scarron gâte ce qu’il a de Richelieu ; ce qu’il a de Robespierre gâte ce qu’il a de Napoléon.

On pourrait dire que la révolution britannique est circonscrite dans sa portée et dans son rayonnement par la mer, comme l’Angleterre elle-même. La mer isole les idées et les événements comme les peuples. Le protectorat de 1657 est à l’empire de 1811 dans la proportion d’une île à un continent.

Si frappantes que fussent, au milieu même du dix-septième siècle, ces aventures d’une puissante nation, les contemporains y croyaient à peine. Rien de précis ne se dessinait dans cet étrange tumulte. Les peuples de ce côté du détroit n’entrevoyaient les grandes et fatales figures de la révolution anglaise que derrière l’écume des falaises et les brumes de l’océan. La sombre et orageuse tragédie où étincelaient l’épée de Cromwell et la hache de Hewlet n’apparaissait aux rois du continent qu’à travers l’éternel rideau de tempêtes que la nature déploie entre l’Angleterre et l’Europe. À cette distance et dans ce brouillard, ce n’étaient plus des hommes, c’étaient des ombres.

Chose bien digne de remarque et d’insistance, dans l’espace d’un demi-siècle, deux têtes royales ont pu tomber en Angleterre, l’une sous un couperet royal, l’autre sur un échafaud populaire, sans que les têtes royales d’Europe en fussent émues autrement que de pitié. Quand la tête de Louis Xvi tomba à Paris, la chose parut toute nouvelle, et l’attentat sembla inouï. Le coup frappé par la main vile de Marat et de Couthon retentit plus avant dans la terreur des rois que les deux coups frappés par le bras souverain d’Élisabeth et par le bras formidable de Cromwell. Il serait presque exact de dire que, pour le monde, ce qui ne s’est pas fait en France ne s’est pas encore fait.

1587 et 1649, deux dates pourtant bien lugubres, sont comme si elles n’étaient pas et disparaissent sous le flamboiement hideux de ces quatre chiffres sinistres, 1793.

Il est certain, quant à l’Angleterre, que le penitus toto divisos orbe Britannos a été longtemps vrai. Jusqu’à un certain point il l’est encore. L’Angleterre est moins près du continent qu’elle ne le croit elle-même. Le roi Canut Le Grand, qui vivait au onzième siècle, semble à l’Europe aussi lointain que Charlemagne. Pour le regard, les chevaliers de la table ronde reculent dans les brouillards du moyen âge presque au même plan que les paladins. La renommée de Shakspeare a mis cent quarante ans à traverser le détroit. De nos jours, quatre cents enfants de Paris, silencieusement amoncelés comme les mouches d’octobre dans les angles noirs de la vieille porte Saint-Martin, et piétinant sur le pavé pendant trois soirées, troublent plus profondément l’Europe que tout le sauvage vacarme des élections anglaises.

Il y a donc, dans la peur que la France inspire aux princes européens, un effet d’optique et un effet d’acoustique, double grossissement dont il faudrait se défier. Les rois ne voient pas la France telle qu’elle est. L’Angleterre fait du mal ; la France fait du bruit.

Les diverses objections qu’on oppose en Europe, depuis 1830 surtout, à l’esprit français, doivent, à notre avis, être toutes abordées de front, et, pour notre part, nous ne reculerons devant aucune. Au dix-neuvième siècle, nous le proclamons avec joie et avec orgueil, le but de la France, c’est le peuple, c’est l’élévation graduelle des intelligences, c’est l’adoucissement progressif du sort des classes nombreuses et affligées, c’est le présent amélioré par l’éducation des hommes, c’est l’avenir assuré par l’éducation des enfants. Voilà, certes, une sainte et illustre mission. Nous ne nous dissimulons pas pourtant qu’à cette heure une portion du peuple, à coup sûr la moins digne et peut-être la moins souffrante, semble agitée de mauvais instincts ; l’envie et la jalousie s’y éveillent ; le paresseux d’en bas regarde avec fureur l’oisif d’en haut, auquel il ressemble pourtant ; et, placée entre ces deux extrêmes, qui se touchent plus qu’ils ne le croient, la vraie société, la grande société qui produit et qui pense, paraît menacée dans le conflit. Un travail souterrain de haine et de colère se fait dans l’ombre, de temps en temps de graves symptômes éclatent, et nous ne nions pas que les hommes sages, aujourd’hui si affectueusement inclinés sur les classes souffrantes, ne doivent mêler peut-être quelque défiance à leur sympathie. Selon nous, c’est le cas de surveiller, ce n’est point le cas de s’effrayer. Ici encore, qu’on y songe bien, dans tous ces faits dont l’Europe s’épouvante et qu’elle déclare inouïs, il n’y a rien de nouveau. L’Angleterre avait eu avant nous des révolutionnaires ; l’Allemagne, qu’elle nous permette de le lui dire, avait eu avant nous des communistes. Avant la France, l’Angleterre avait décapité la royauté ; avant la France, la Bohême avait nié la société. Les hussites, j’ignore si nos sectaires contemporains le savent, avaient pratiqué dès le quinzième siècle toutes leurs théories. Ils arboraient deux drapeaux ; sur l’un ils avaient écrit : Vengeance du petit contre le grand ! et ils attaquaient ainsi l’ordre social momentané ; sur l’autre ils avaient écrit : Réduire à cinq toutes les villes de la terre ! et ils attaquaient ainsi l’ordre social éternel. On voit que, par l’idée, ils étaient aussi " avancés " que ce qu’on appelle aujourd’hui les communistes ; par l’action, voici où ils en étaient : ― ils avaient chassé un roi, Sigismond, de sa capitale, Prague ; ils étaient maîtres d’un royaume, la Bohême ; ils avaient un général homme de génie, Ziska ; ils avaient bravé un concile, celui de Bâle, en 1431, et huit diètes, celle de Brinn, celle de Vienne, celle de Presbourg, les deux de Francfort et les trois de Nuremberg ; ils avaient tenu eux-mêmes une diète à Czaslau, déposé solennellement un roi et créé une régence ; ils avaient affronté deux croisades suscitées contre eux par Martin V ; ils épouvantaient l’Europe à tel point, qu’on avait établi contre eux un conseil de guerre permanent à Nuremberg, une milice perpétuelle commandée par l’électeur de Brandebourg, une paix générale qui permettait à l’Allemagne de réunir toutes ses forces pour leur extermination, et un impôt universel, le denier commun, que le prince souverain payait comme le paysan. La terreur de leur approche avait fait transporter la couronne de Charlemagne et les joyaux de l’empire de Carlstein à Bude, et de Bude à Nuremberg. Ils avaient effroyablement dévasté, en présence de l’Allemagne armée et effarée, huit provinces, la Misnie, la Franconie, la Bavière, la Lusace, la Saxe, l’Autriche, le Brandebourg et la Prusse ; ils avaient battu les meilleurs capitaines de l’Europe, l’empereur Sigismond, le duc Coribut Jagellon, le cardinal Julien, l’électeur de Brandebourg et le légat du pape. Devant Prague, à Teutschbroda, à Saatz, à Aussig, à Riesenberg, devant Mies et devant Taus, ils avaient exterminé huit fois l’armée du Saint-Empire, et, dans ces huit armées, il y en avait une de cent mille hommes, commandée par l’empereur Sigismond, une de cent vingt mille hommes, commandée par le cardinal Julien, et une de deux cent mille hommes commandée par les électeurs de Trèves, de Saxe et de Brandebourg. Cette dernière seulement, dans l’état des forces militaires du quinzième siècle, représenterait aujourd’hui un armement de douze cent mille soldats. Et combien de temps dura cette guerre faite par une secte à l’Europe et au genre humain ? Seize ans. De 1420 à 1436. Sans nul doute, c’était là un sauvage et gigantesque ennemi. Eh bien, la civilisation du quinzième siècle, par cela même que c’était la barbarie et qu’elle était la civilisation, a été assez forte pour le saisir, l’étreindre et l’étouffer. Croit-on que la civilisation du dix-neuvième siècle doive trembler devant une douzaine de fainéants ivres qui épellent un libelle dans un cabaret ?

Quelques malheureux, mêlés à quelques misérables, voilà les hussites du dix-neuvième siècle. Contre une pareille secte, contre un pareil danger, deux choses suffisent, la lumière dans les esprits, un caporal et quatre hommes dans la rue.

Rassurons-nous donc et rassurons le continent.

La Russie et l’Angleterre laissées dans l’exception, et nous avons assez dit pourquoi, on reconnaît en Europe, sans compter les petits états, deux sortes de monarchies, les anciennes et les nouvelles. Sauf les restrictions de détail, les anciennes déclinent, les nouvelles grandissent. Les anciennes sont : l’Espagne, le Portugal, la Suède, le Danemark, Rome, Naples et la Turquie. À la tête de ces vieilles monarchies est l’Autriche, grande puissance allemande. Les nouvelles sont : la Belgique, la Hollande, la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, la Sardaigne et la Grèce. À la tête de ces jeunes royaumes est la Prusse, autre grande puissance allemande. Une seule monarchie dans ce groupe d’états de tout âge jouit d’un magnifique privilège, elle est tout à la fois vieille et jeune, elle a autant de passé que l’Autriche et autant d’avenir que la Prusse ; c’est la France.

Ceci n’indique-t-il pas clairement le rôle nécessaire de la France ? La France est le point d’intersection de ce qui a été et de ce qui sera, le lien commun des vieilles royautés et des jeunes nations, le peuple qui se souvient et le peuple qui espère. Le fleuve des siècles peut couler, le passage de l’humanité est assuré ; la France est le pont granitique qui portera les générations d’une rive à l’autre.

Qui donc pourrait songer à briser ce pont providentiel ? qui donc pourrait songer à détruire ou à démembrer la France ? Y échouer serait s’avouer fou. Y réussir serait se faire parricide.

Ce qui inquiète étrangement les couronnes, c’est que la France, par cette puissance de dilatation qui est propre à tous les principes généreux, tend à répandre au dehors sa liberté.

Ici il est besoin de s’entendre.

La liberté est nécessaire à l’homme. On pourrait dire que la liberté est l’air respirable de l’âme humaine. Sous quelque forme que ce soit, il la lui faut. Certes, tous les peuples européens ne sont point complètement libres ; mais tous le sont par un côté. Ici c’est la cité qui est libre, là c’est l’individu ; ici c’est la place publique, là c’est la vie privée ; ici c’est la conscience, là c’est l’opinion. On pourrait dire qu’il y a des nations qui ne respirent que par une de leurs facultés, comme il y a des malades qui ne respirent que d’un poumon. Le jour où cette respiration leur serait interdite ou impossible, la nation et le malade mourraient. En attendant, ils vivent, jusqu’au jour où viendra la pleine santé, c’est-à-dire la pleine liberté. Quelquefois la liberté est dans le climat ; c’est la nature qui la fait et qui la donne. Aller demi-nu, le bonnet rouge sur la tête, avec un haillon de toile pour caleçon et un haillon de laine pour manteau ; se laisser caresser par l’air chaud, par le soleil rayonnant, par le ciel bleu, par la mer bleue ; se coucher à la porte du palais à l’heure même où le roi s’y couche dans l’alcôve royale, et mieux dormir dehors que le roi dedans ; faire ce qu’on veut ; exister presque sans travail, travailler presque sans fatigue, chanter soir et matin, vivre comme l’oiseau ; c’est la liberté du peuple à Naples. Quelquefois la liberté est dans le caractère même de la nation ; c’est encore là un don du ciel. S’accouder tout le jour dans une taverne, aspirer le meilleur tabac, humer la meilleure bière, boire le meilleur vin, n’ôter sa pipe de sa bouche que pour y porter son verre, et cependant ouvrir toutes grandes les ailes de son âme, évoquer dans son cerveau les poètes et les philosophes, dégager de tout la vertu, construire des utopies, déranger le présent, arranger l’avenir, faire éveillé tous les beaux songes qui voilent la laideur des réalités, oublier et se souvenir à la fois, et vivre ainsi, noble, grave, sérieux, le corps dans la fumée, l’esprit dans les chimères ; c’est la liberté de l’allemand. Le napolitain a la liberté matérielle, l’allemand a la liberté morale ; la liberté du lazzarone a fait Rossini ; la liberté de l’allemand a fait Hoffmann. Nous, français, nous avons la liberté morale comme l’allemand et la liberté politique comme l’anglais ; mais nous n’avons pas la liberté matérielle. Nous sommes esclaves du climat ; nous sommes esclaves du travail. Ce mot doux et charmant, libre comme l’air, on peut le dire du lazzarone, on ne peut le dire de nous. Ne nous plaignons pas, car la liberté matérielle est la seule qui puisse se passer de dignité ; et en France, à ce point d’initiative civilisatrice où la nation est parvenue, il ne suffit pas que l’individu soit libre, il faut encore qu’il soit digne. Notre partage est beau. La France est aussi noble que la noble Allemagne ; et, de plus que l’Allemagne, elle a le droit d’appliquer directement la force fécondante de son esprit à l’amélioration des réalités. Les allemands ont la liberté de la rêverie, nous avons la liberté de la pensée.

Mais pour que la libre pensée soit contagieuse, il faut que les peuples aient subi de longues préparations, plus divines encore qu’humaines. Ils n’en sont pas là. Le jour où ils en seront là, la pensée française, mûrie par tout ce qu’elle aura vu et tout ce qu’elle aura fait, loin de perdre les rois, les sauvera.

C’est du moins notre conviction profonde.

à quoi bon donc gêner et amoindrir cette France, qui sera peut-être dans l’avenir la providence des nations ?

A quoi bon lui refuser ce qui lui appartient ?

On se souvient que nous n’avons voulu chercher de ce problème que la solution pacifique ; mais, à la rigueur, n’y en aurait-il pas une autre ? Il y a déjà dans le plateau de la balance où se pèsera un jour la question du Rhin un grand poids, le bon droit de la France. Faudra-t-il donc y jeter aussi cet autre poids terrible, la colère de la France ?

Nous sommes de ceux qui pensent fermement et qui espèrent qu’on n’en viendra point là.

Qu’on songe à ce que c’est que la France.

Vienne, Berlin, Saint-Pétersbourg, Londres ne sont que des villes ; Paris est un cerveau.

Depuis vingt-cinq ans, la France mutilée n’a cessé de grandir de cette grandeur qu’on ne voit pas avec les yeux de la chair, mais qui est la plus réelle de toutes, la grandeur intellectuelle. Au moment où nous sommes, l’esprit français se substitue peu à peu à la vieille âme de chaque nation.

Les plus hautes intelligences qui, à l’heure qu’il est, représentent pour l’univers entier la politique, la littérature, la science et l’art, c’est la France qui les a et qui les donne à la civilisation.

La France aujourd’hui est puissante autrement, mais autant qu’autrefois.

Qu’on la satisfasse donc. Surtout qu’on réfléchisse à ceci :

L’Europe ne peut être tranquille tant que la France n’est pas contente.

Et après tout enfin, quel intérêt pourrait avoir l’Europe à ce que la France, inquiète, comprimée à l’étroit dans des frontières contre nature, obligée de chercher une issue à la sève qui bouillonne en elle, devînt forcément, à défaut d’autre rôle, une Rome de la civilisation future, affaiblie matériellement, mais moralement agrandie ; métropole de l’humanité, comme l’autre Rome l’est de la chrétienté, regagnant en influence plus qu’elle n’aurait perdu en territoire, retrouvant sous une autre forme la suprématie qui lui appartient et qu’on ne lui enlèvera pas, remplaçant sa vieille prépondérance militaire par un formidable pouvoir spirituel qui ferait palpiter le monde, vibrer les fibres de chaque homme et trembler les planches de chaque trône ; toujours inviolable par son épée, mais reine désormais par son clergé littéraire, par sa langue universelle au dix-neuvième siècle comme le latin l’était au douzième, par ses journaux, par ses livres, par son initiative centrale, par les sympathies, secrètes ou publiques, mais profondes, des nations, ayant ses grands écrivains pour papes, et quel pape qu’un Pascal ! Ses grands sophistes pour antechrists, et quel antechrist qu’un Voltaire ! Tantôt éclairant, tantôt éblouissant, tantôt embrasant le continent avec sa presse, comme le faisait Rome avec sa chaire, comprise parce qu’elle serait écoutée, obéie parce qu’elle serait crue, indestructible parce qu’elle aurait une racine dans le cœur de chacun, déposant des dynasties au nom de la liberté, excommuniant des rois de la grande communion humaine, dictant des chartes-évangiles, promulguant des brefs populaires, lançant des idées et fulminant des révolutions !


  1. Les Abyssins repoussent comme injurieux le nom d'Abyssins. Ils s’appellent Agassiens, ce qui signifie libres.
  2. Dordrecht, Harlem, Delft, Leyde, Amsterdam, Goude, Rotterdam, Gorcum, Schiedam, Schoonhewe, Briel, Alcmar, Hoorne, Inchuisem, Edam, Monîckendam, Medemblyck, et Purmeseynde.
  3. Woordem, Oudewater, Ghertruydenberg, Heusden, Naerden, Weesp et Muyden.
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