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Ernest Flammarion.
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Le Serviteur






DU MÊME AUTEUR :

Horizons et coins du Morvan.

Pas comme les autres.

Les Manigants.

Jules Renard et son œuvre.

Robes Noires.

La Bancale.

Les Sports aux champs.

Juliette la jolie.

Sous d’humbles toits.

L’Héritage.

La Guerre sur le Hameau.


Pour paraître :

Le Village.

l’Éclaircie.

Le Petit.

Le Palais de cristal.

Les Trois Hérauts.


En préparation :

L’Abbaye, roman du xiie siècle.

Les Grandes Orgues.

Le Taureau et les Bœufs.

La Guerre des vieilles classes.






HENRI BACHELIN

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Le Serviteur



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PARIS


ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR


26, RUE RACINE, 26

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Tous droits de traduction, d’adaptation et de reproduction
réservés pour tous les pays






Droits de traduction et de reproduction

réservés pour tous les pays

Copyright 1918.

by Ernest Flammarion.







Le Serviteur





PREMIÈRE PARTIE







I


Aujourd’hui me voici, comme chaque année, de retour au pays. Je ne t’ai pas vu, comme les autres fois, m’attendant à la barrière de la petite gare, et regarder si j’étais sur la plate-forme du wagon. Lorsque tu m’avais aperçu, tes yeux clignotaient un peu. J’embrassais d’un coup d’œil le décor d’eau, de prés et de bois montants qui brusquement se plantait, comme si je l’avais avec moi apporté de Paris.

Pour dix sous chacun, nous aurions pu monter en voiture, mais avec ton tablier et tes sabots, tu aurais eu honte. Elle est réservée pour ceux qui ne savent jamais que faire de leur argent, ou qui ont toujours peur de se fatiguer. Il faut croire que chez nous paresseux et riches ne sont pas très nombreux, car souvent elle revient, vide, à son point de départ. Le cheval ne s’en plaint point, mais le conducteur court grand risque de ne jamais pouvoir y faire figure de voyageur.

Nous nous en allions à pied par la route de l’Etang du Goulot. Des gens, que nous croisions, te disaient :

— Eh bien, vous voilà heureux que votre fils soit revenu ?

Tu te contentais de rire en hochant la tête. N’ayant point l’habitude de manifestations éperdues de tendresse, tu tenais à te charger de ma valise : c’était ta seule façon de te trahir. Mais, la dernière fois elle aurait été trop lourde pour toi qui cependant t’étais habitué à porter des fardeaux.

Je suis arrivé à la maison : tu n’y étais pas non plus. Je savais que tu n’y serais pas, mais de ne pas t’y trouver j’ai été ému plus que je ne pourrais dire. Ce n’est plus celle où j’avais l’habitude de te voir, la maison aux deux grandes pièces carrées où tu étais plus heureux qu’un roi dans son palais. C’en est une autre, plus petite, où tu n’as vécu que deux mois. Elle aurait fait plus que te suffire pendant des années, car tu étais content de l’avoir.

C’est tant qu’il en faut pour nous, m’écrivais-tu. Oui : c’était «tant qu’il vous en fallait. » Mais, maintenant que tu n’y es plus, la petite maison s’est tout à coup agrandie. Ton fauteuil est encore au coin de la cheminée, mais il tend les bras vers l’éternité.

Pour te voir, il faut aujourd’hui aller plus loin que la gare, plus loin que la maison. Il faut suivre le sentier qui, entre des haies et des murs de jardins, monte au cimetière. J’ai dû attendre que la nuit fût venue, puisqu’il faut d’abord s’occuper de soi et des vivants tout en pensant aux autres, je veux dire : à toi, et à ceux parmi lesquels tu es descendu. Les portes du cimetière étaient fermées, mais j’ai l’habitude d’escalader son mur bas. J’ai marché entre les tombes.

Elles ne se ressemblent pas toutes. Il y en a dont seuls une petite croix de bois blanc et un renflement du sol indiquent la présence ; d’autres sont surmontées de monuments que je me garderais de juger prétentieux : croix de bois et chapelles de pierre ont été plantées et bâties par la douleur humaine, et la même clarté nocturne les blanchit pareillement. Celles-ci sont entourées de clôtures de bois peint en noir, celles-là de grilles de fer peintes en blanc. Ici l’on voit de nombreuses couronnes, là un seul bouquet de fleurs fanées dans un pot de grès ou dans une boîte en fer battu mi-enfoncée dans la terre molle. Il n’y a pas de chapelle au-dessus de toi, mais autour de toi il y a une clôture de bois peint en noir. Tu n’as pas de nombreuses couronnes, mais tu as mieux qu’un simple bouquet de fleurs.

Un clair de lune admirable s’étendait sur le cimetière, sur la ville, sur la plaine, sur les bois et sur les montagnes ; un de ces clairs de lune comme on en voit en septembre par les étés chauds, qui font croire que les champs moissonnés à ras de terre sont couverts de neige.

C’était une de ces nuits où la pensée ne peut que s’éparpiller en rêves. Il suffisait d’écouter un grillon dans une touffe d’herbe, un chien aboyer au loin à l’entrée d’une cour de ferme.

Comme il était enfoui dans le passé, le jour de décembre où ceux qui te portaient enfonçaient leurs talons dans la terre détrempée par les pluies d’hiver, où le vent dispersait jusqu’aux villages les plus reculés du canton le glas que sonnaient pour toi ces cloches que tant de fois tu avais sonnées !

Alors je t’ai vraiment retrouvé. Comme les tiens quand tu m’apercevais sur la plate-forme du wagon, mes yeux se sont mis à clignoter.






II


Si de toi, jadis, il n’y a pas longtemps encore, j’ai pu médire, que je le regrette ! Mais je sais que tu me le pardonnes, toi qui jamais n’as dit « un mot plus haut que l’autre », toi, le doux, le pacifique, qui te réservais tes dernières années de souffrances muettes, et ta dernière heure avec ton cri :

— Mon Dieu, je vous donne ma vie pour qu’Henri devienne bon !

Tu me posais des questions, auxquelles je ne répondais guère que par monosyllabes, sur ma vie, sur mes occupations, sur mes repas. Tu n’as jamais su combien j’étais ému à voir les efforts que tu faisais pour me montrer que tu t’intéressais à mon travail. Mais vivre à Paris nous rend autres que nous ne sommes. Nous en venons avec des idées sur notre supériorité intellectuelle et morale. Nous croyons qu’il est indispensable à tous les hommes, pour leur développement, de connaître des noms et des œuvres de poètes, de philosophes, de musiciens, de peintres, de sculpteurs. Notre orgueil ne nous laisse point admettre que, sans le secours de personne, des saints se soient fait, de l’homme et de l’univers, une image qui vaut bien celle que, laborieusement et à coups de lectures, nous finissons par nous en tracer. C’était plus fort que moi : je ne pouvais me résoudre à te donner ces détails qui t’auraient fait si grand plaisir. Et tu es parti — qu’il en est souvent ainsi ! — sans me bien connaître, sans savoir ce qu’il y avait au fond de moi-même, puisque tu as demandé que je devienne bon. Mais ce n’est pas du tout ta faute.

Tu te tenais au coin du feu, dans un de ces vieux fauteuils en osier que ne vendent pas cher ces marchands ambulants qu’on appelle chez nous tantôt « bohémiens », tantôt « pacants ». Tu ne les aimais pas, ces hommes qui ne se fatiguent guère, toi l’acharné au rude travail, ces errants qui vont d’un bout à l’autre du monde, toi qui de trente années ne sortis point de cette petite ville de trois mille âmes. Mais ne les injuriant point, ni ne les repoussant, tu ne me grondais pas quand à une femme qui paraissait malheureuse j’avais donné deux sous.

Mais ce n’est pas surtout te reposant au coin du feu, dans ton fauteuil, que je te revois. Pour rester assis, il fallait que tu fusses devenu incapable de travailler : jusqu’à ta soixante-septième année, tu n’avais pas gagné assez d’argent pour pouvoir vivre de tes rentes. Dernièrement on me disait de quelqu’un :

— Et puis, il n’est pas d’une famille riche : son père était colonel.

Tu n’aurais pas du tout compris. Tu aurais peut-être cru que l’on se moquait de toi. Pour ne les avoir point fréquentés, tu n’as jamais su qu’il existe des gens pour qui l’on est pauvre quand on n’a pas au moins vingt mille francs de rentes qui, bon an, mal an, vous tombent sans même que vous vous donniez la peine de détacher vos coupons : la banque à laquelle vous avez remis vos titres en dépôt se charge de le faire. Nous appartenions à cette catégorie de la société, nous, où l’on considère comme des riches, non pas même un colonel, mais le percepteur du chef-lieu de canton, mais les receveurs des contributions indirectes aux appointements de cent cinquante francs par mois. On ne saurait trop préciser, pour ceux qui ne savent pas. La vie et la pauvreté dans une petite ville ne leur apparaissent qu’au milieu d’un clair-obscur où ils distinguent mal. Je ne veux pas dire que nous ayons été de ces pauvres qui vont mendier leur pain. Courageux, tu avais l’esprit d’économie. Mais, ce pain que nous n’allions pas mendier, c’était toi qui le gagnais. Que tu fusses tombé malade à quarante ans, et nous étions réduits à la misère. J’ai revu ton livre de comptes. J’ai constaté qu’en l’année 1901, par exemple, vous aviez dépensé pour vous deux neuf cent cinquante francs. Si j’en retranche les six louis du loyer annuel, je trouve que vos frais de nourriture, d’entretien et de chauffage se sont montés, pour vous deux, à deux francs vingt sept par jour, à quelque chose comme vingt-trois sous pour chacun. Il doit exister quelque part des gens qui diront que ce n’est pas beaucoup. Mais vos dépenses étaient proportionnées à vos recettes. Puis, les mêmes, réflexion faite, estimeront qu’avec vingt-trois sous par jour on ne meurt pas de faim, que vous n’êtes pas à plaindre, qu’il y en a de plus malheureux. Si tu avais l’esprit de révolte, tu les traiterais de misérables.




III


Des jeunes gens traversent les salons, habiles à ne pas glisser sur le parquet luisant, précédés du renom de toute une race. D’avoir souvent regardé les portraits de leurs aïeux peints à l’huile et accrochés dans les galeries des châteaux, ils auront toujours sur le front et dans les yeux comme le rayonnement d’une gloire impersonnelle. Un essaim de souvenirs illustres bourdonne autour de leur tête. Si loin qu’ils remontent dans l’obscurité des temps, ils marchent à coup sûr, sans avoir à tâtonner contre les humides parois du souterrain noir : à chaque pas qu’ils font ils se retrouvent dans leurs ancêtres.

D’autres sont nés dans des maisons bourgeoises auxquelles il ne manque que des tours à poivrière et qu’une façade un peu plus patinée par le temps pour faire figure de châteaux. Tout près ronflent les moteurs d’une usine. Dès leur plus tendre enfance, ils se sont accoutumés à considérer le peuple des travailleurs et des domestiques comme une fourmilière qu’ils ont le droit de disperser à coups de badine, s’il leur en prend fantaisie, aux quatre coins du ciel.

D’autres ont eu pour pères ces héros au sourire si doux, qui n’étaient suivis que d’un seul houzard. Mais c’est déjà beaucoup de n’être, à la distance réglementaire, suivi que d’un serviteur. Tu n’étais pas accompagné, toi, respectueusement : tu fus de ceux qui suivent.

Que l’on ne s’y méprenne pas ! Ce n’est point par une espèce de forfanterie à rebours que je me réclame de toi. Les pauvres ne sont pas tout, et tu serais surpris, le premier, que je songe à m’en glorifier. Je dis seulement qui tu fus, qui je pourrais être : je ne le crie point par-dessus les toits. Pourtant je ne voudrais ni le taire, ni le murmurer à voix basse. On est allé si loin chercher des modèles de vie, — jusque chez ces héros d’exception dont l’âme ne pouvait se déployer que sur l’immensité du monde transformé en champ de bataille, — que je ne puis ne pas penser à toi, héros obscur que n’environnent ni les éclats des trompettes ni le fracas de l’artilierie, saint qui jamais ne seras canonisé.

Pour ne les avoir pas plus fréquentés, tu ne sais pas davantage ce qu’inventent nos penseurs d’au jourd’hui. Je ne crois pas que tu aies jamais su qu’il existât des mots tels que « littérature » et « philosophie ». Or, bien plus que des mots, ce sont des citadelles que défendent, à force de discussions, d’arguments et de livres, les fils de ces seigneurs, de ces maîtres de forges, de ces officiers, à qui la fortune amassée par leurs parents et leurs ancêtres permet ces loisirs. Ils cultivent en serres chaudes les idées et le lyrisme, comme certains bourgeois de chez nous cultivaient quelques plantes rares : moins par conviction que par désœuvrement. Mais je ne peux oublier que tu étais chargé de mettre, au pied de ces plantes rares, le fumier malodorant. Et ce n’est pas tout à fait ma faute si, pour toutes leurs vaines œuvres, j’éprouve une répulsion que je ne puis surmonter. Ils croient régenter l’univers, et c’est la mode passagère qui oriente leurs prétendus efforts. C’était toi qui avais raison, dans ta simplicité, dans ton humilité dont ils n’auraient pas découvert le sens profond s’ils t’avaient connu, quand tu disais que nous sommes « moins que rien », et que Dieu à lui seul est plus fort que nous tous réunis. Je t’envie d’avoir ignoré leurs orgueils injustifiés. Tes certitudes n’en étaient que plus fortes. Tu ne t’es pas demandé laquelle des cent routes tu devais prendre.

Tu l’ignores absolument, mais, dans ton humilité de simple, tu ne serais pas étonné d’apprendre qu’il existe des écrivains pour qui l’on ne commence à être une âme méritant qu’on la mette en valeur, qu’à partir de cent mille francs de rente. Le « pauvre peuple », c’est avec dégoût qu’ils le laissent à ses tas de fumier des champs et des jardins. Pour la bienséance — car ils fréquentent les églises — ils ne contesteront pas que vous n’ayez une âme, mais il n’ont que dédain pour ce que vous pouvez penser, dire et faire, gens ordinaires que vous êtes, gens de peu, gens de rien ! Si, par exception, ils consentent à fixer sur vous leur regard à monocle, c’est que vous êtes affligés de quelque tic, ou que quelque tare monstrueuse vous impose à leur attention. Sois assassin, si tu veux te concilier leur bienveillance !

Tu l’ignores absolument, mais, dans l’esprit de douceur avec lequel tu acceptes ton sort, tu ne serais pas étonné d’apprendre qu’il existe des écrivains pour qui l’on ne commence à être un homme qu’à la condition d’être en perpétuelle révolte. Le « pauvre peuple » ne vaut pour eux que groupé en bandes de forcenés qui pillent, brûlent, tuent. Ils disent que conseiller la résignation c’est vouloir la déchéance et la mort. Pauvres gens, qui ne soupçonnent rien de la solidité de nos existences ! Comme si nous résigner signifiait nécessairement que nous cessions de lutter pour vivre ! Comme si accepter équivalait à s’endormir ! Comme si, au contraire, la forme supérieure de la résignation n’était pas de se fixer le but le plus élevé que chacun de nous peut atteindre en développant toutes ses énergies ! Mais vois-tu Grosjean montant en chaire ou rendant la justice ? Il n’y résistera point et, s’il consent à l’avouer, c’est avec plaisir qu’il reprendra les manchons de sa charrue. Nous n’avons pas, pour les autorités, de respect fétichiste. Nous savons qu’elles se trompent, exagèrent, frappent à tort, mais nous n’estimons pas davantage que le « pauvre peuple » soit impeccable. Qu’il fasse son métier, et ses vaches seront bien gardées. Estimons-nous à notre juste valeur. Si nous sommes nés geais, et de toute évidence destinés à le rester, sarclons en nous tout désir de nous parer des plumes du paon.




IV


Nous n’avons à la maison ni lettres de noblesse, ni parchemins attestant l’ancienneté de nos origines ; mais regarde comme je nous retrouve dans la suite des siècles !

Sous les Romains, ces hommes qui vont jambes nues mais la poitrine couverte d’une cuirasse étincelante d’or, et la tête, d’un casque d’argent, es-tu colon ou esclave ? L’un ou l’autre, tu n as pas grande liberté d’aller où tu veux, et il faut que tu travailles, comme tu dis, « dur et ferme ». Colon, tu quittes les cités où l’on t’accable de redevances et d’impôts, pour te réfugier dans des campagnes sauvages où du moins le maigre fruit de tes peines t’appartiendra. Tu ne demandes pas grand’chose, et tu as raison, car tes vœux resteraient inexaucés. Plaines et vallées jadis fertiles ne sont plus qu’étangs et marais, et tu vis dans une cabane de branchages et de roseaux. Parfois ta misère est si grande, que tu es tenté de suivre ceux qui se révoltent. Tu entends prononcer les noms de Sacrovir, de Vindex et de Sabinus. Mais tu ne bouges pas, car le christianisme, qu’on te prêche, t’enseigne à supporter tes maux et même à les bénir. Tu entends prononcer les autres noms de Pothin, et de Blandine, ta sœur lointaine. Et j’ai beau regarder très attentivement, avec le secret désir de t’y voir : je ne te découvre point dans les rangs des Bagaudes. Peut-être est-ce parce qu’ils sont trop nombreux : cent mille, qui assiègent Autun et renversent ses remparts !

Sous les Francs, ces hommes qui se parent de la dépouille des ours, des veaux marins, des aurochs et des sangliers, qu’es-tu ? Te voici serf pour des siècles. Entre tes maîtres, tu n’as que l’embarras du choix. Serf d’un domaine royal, tu n’en aurais qu’un. Habitant de ta mince châtellenie, tu en as vingt. Es-tu aubain, manant, roturier, rustre, ou vilain ? N’y regardons pas de si près. Tu es serf et travailles pour tes maîtres. Si tu n’as aucun droit, tu as des multitudes de devoirs. Guerres intestines, invasions des Arabes et des Normands ravagent le pays, et c’est de grand cœur que tu te soumets à la condition de mainmorte pour obtenir, d’un seigneur ou d’un abbé, une parcelle de terrain dont la culture te fasse vivre. Sous Charles le Grand, tu es tenancier pour le compte d’une abbaye, et il te vient aux oreilles que l’empereur a écrit : « Qu’on ait bien soin de notre famille, et qu’elle ne soit réduite par personne à la pauvreté ! Si un serf veut nous dire contre son chef quelque chose d’important, qu’il ne soit pas empêché de venir jusqu’à nous ! » Tu ne songes pas à user de l’autorisation.

Sous les rois de France, ces hommes qui sont assis sur un trône de velours, couronne en tête et sceptre en main, immobiles, muets, graves, augustes, que deviens-tu ? Es-tu serf de la glèbe, abourné, bénéficial, franc à la mort, servagier, congéable, coutumier, foncier ? Ne cherchons pas trop loin. De tenancier, vas-tu te réveiller, un beau matin, propriétaire, de serf, homme libre ? Le désires-tu ? Je ne voudrais pas l’affirmer. Et c’est peut-être encore parce que je regarde mal : je ne te vois point dans les rangs de ceux qui, excités et conduits par Hugues de Saint-Pierre, habile mécanicien, réclament à l’abbé de Vézelay une charte de commune. Je ne sais pourquoi il me semble que tu tiennes à ta sujétion et que tes chaînes te soient légères. Tu dis avec Guibert de Nogent : « Commune, mot nouveau et détestable. Et voici ce qu’on entend par ce mot : les gens taillables ne paient plus qu’une fois l’an à leur seigneur la rente qu’ils ui doivent. S’ils commettent quelque délit, ils en sont quittes pour une amende légalement fixée et, quant aux levées d’argent qu’on a coutume d’infliger aux serfs, ils en sont entièrement exempts. » Déjà tu reconnais qu’il y a, dans l’ordre spirituel aussi bien que temporel, des hommes qui te sont supérieurs, et il se peut qu’il te soit agréable de leur être soumis. Tu ne fredonnes pas le chant de révolte de l’époque : « Nous sommes hommes comme ils sont. » Tu sais que Dieu, quand il eut créé le monde, y plaça trois espèces d’hommes : les nobles, les ecclésiastiques et les vilains. Il donna les terres aux premiers, les décimes et aumônes aux seconds, et condamna les derniers à travailler toute leur vie pour les uns et pour les autres . Tu viens de passer par les terreurs de l’an mil. Tu as souffert de la faim et de la soif, de la chaleur et du froid. Des orages ont ravagé tes récoltes, des maladies ton pauvre corps usé. Le ciel t’apparaissait troué d’autant de prodiges que d’étoiles, sillonné d’autant de signes effrayants que de ces monstres errants dont la queue lumineuse menaçait de balayer la terre : déjà nous payions la rançon de nos crimes. Puis tu t’es réveillé comme d’un cauchemar : c’était un matin de la vie où l’alouette chante au-dessus des blés verts, et tu remerciais Dieu de t’avoir épargné dans sa colère. Tu te remets au travail, et, sous la direction d’un moine très-savant, tu aides à bâtir une belle église toute en pierres sculptées.

Certes, tu ne ressembles pas à ce serf de l’abbaye de Saint-Benoit, du nom de Stabilis, qui, devenu misérable par la suite des temps, quitta la terre où il était né, et vint s’établir, non loin de chez nous, en Bourgogne. Tu ne t’es pas, comme lui, enrichi par ton travail. Tu n’as pas, comme lui, changé ta condition de paysan contre le noble métier des armes. S’il n’y avait plus de serfs, que deviendrait le monde ? Mais tu as cessé d’être mainmortable et taillable à merci. Tu n’as point suivi Hugues de Saint-Pierre contre qui, d’ailleurs, l’abbaye, où s’incarnait le principe de tradition et d’autorité, finit par avoir raison. Mais, sans le vouloir, tu as bénéficié du grand mouvement de révolte contre ce principe.

Il s’en faut encore de beaucoup que la vie te soit clémente. Parfois, c’est en vain que tu laboures la terre : autant vaudrait labourer le sable, et tu te dis tout bas que le Christ et les Saints sont endormis. Tu dois à l’abbaye et au château des droits multiples de corvée, de gîte, de guet, d’ost, de pacage, de banvin, de banalités. Tu dois, pour le compte de l’abbé et du seigneur, faucher, faner, labourer, scier les blés, les rentrer, les battre, fournir pour les charrois harnais et bêtes, charrettes et conducteurs, faire les chemins, vider les écuries, curer les étangs, chasser les loups. Pour payer à qui tu dois, tu serais souvent embarrassé, sans la coutume de notre pays. Voici ce qu’elle dit au sujet, par exemple, des blés et des bœufs : « Pour ce que les bleds viennent tant par le labeur de l’homme que par le labeur du bœuf ou cheval qui laboure, et que coutumièrement le Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/31 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/32 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/33 tu ne sais qu’en penser : viennent-ils du ciel ou de l’enfer ?

Et tu vas ainsi d’année en année, de siècle en siècle, toujours pareil à toi-même. Les guerres ne sont pas ton affaire : elles regardent les gens d’armes. Mais, plus tu vas, et plus tu en souffres : il y en a une qui dure cent ans ! Elle dure pourtant moins que toi qui résistes à tout.

Si je peux te voir au déclin des temps anciens et à l’aube des temps nouveaux, ce n’est point la figure monstrueuse et terrible de Jacques Bonhomme que j’aperçois. Elle exista, je le sais ; mais, à côté d’elle, la tienne se précise dans une atmosphère d’automne où l’on entend les cloches et non le tocsin, pacifique et résignée. Déjà tu connais les paroles de l’Évangile : « Heureux ceux qui sont dans l’affliction, car ils seront consolés ! » Tu n’es point celui qui réclame ni qui pille. Jamais tu ne prends ta hache pour enfoncer des portes, et tu sais que la faux n’a été créée que pour la moisson.




V


Enfin, voici le premier roi qui s’appelle « le père du peuple ! » Lorsqu’il traverse les campagnes, tu l’acclames, sachant qu’il a dit : « J’aime mieux voir mes courtisans rire de mes épargnes que mon peuple pleurer de mes dépenses. » Mais il meurt, sans successeur en bonté, et te voici de nouveau supportant le poids de la vie, Guerres de religion, peste et famine s’attaquent à toi. Chassés de vos maisons dévastées, dans les forêts vous vous nourrissez d’herbes sauvages. Pour labourer, vous vous assemblez la nuit, comme des hiboux, et vous vous attelez à la charrue. Des loups qui pullulent et se jettent sur toi en plein jour, ou des hommes d’armes qui te rançonnent, tu ne sais lesquels sont tes pires ennemis. Certes, voici bien le dimanche de la poule au pot, et c’est un autre bon roi dont tu retiendras le nom, mais ce n’est qu’un vœu. Tu ne t’es pas enrichi, bien au contraire, car « la terre même montre ses cheveux hérissés et demande d’être peignée pour nous rendre ses fruits accoutumés. »

Tu vis, sans en rien savoir, sous un grand roi qui fait un grand siècle. Entends-tu les violons, là-bas, aux jardins réguliers de Versailles ? Vois-tu ces princes chamarrés et ces dames poudrées ? Écoute-les soupirer dans les bosquets, aux fêtes du soir où le ciel allume toutes ses étoiles ! Mais pour la deuxième fois tu te lèves de ton sillon, et je te vois « noir, livide et tout brûlé du soleil, attaché à la terre que tu fouilles et remues avec une opiniâtreté invincible » et toujours serf. Tu as bien le temps de t’occuper des fêtes ! « Le pauvre peuple travaille incessamment, ne pardonnant ni à son corps, ni quasi à son âme, c’est-à-dire dire à sa vie, pour nourrir l’universel royaume ; il laboure la terre, l’améliore, la dépouille. Il n’y a saison, mois ni semaine, jour ni heure, qui ne requière un travail assidu. Et de son travail il ne lui reste que la sueur et la misère. Ce qui lui demeure de plus présent s’emploie à l’acquit des tailles, de la gabelle, des aides Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/37 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/38 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/39 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/40 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/41 point raison. Plus le sol est aride, et plus tu t’y incrustes. Plus le fardeau est lourd, et plus tu t’arc-boutes, sans songer à le rejeter d’un coup de reins. Tu ne sais pas que l’on s’occupe de t’en débarrasser. S’il faut te le répéter, je crois que tu ne le souhaites pas. Quand ce sera fait, tu t’assoiras au bord de ton champ, gêné d’une liberté dont tu ne sauras que faire, les mains soudain plus lourdes de n’être plus chargées de chaînes, l’âme chavirée d’entendre, dans le lointain, les coups de feu répondre aux coups sourds du tocsin, et la flûte moqueuse du Ça ira se marier aux trompettes ardentes qui sonnent la révolte.




VI


Un grand écrivain a dit d’un de ses maîtres, dans le château natal duquel il avait passé toute une nuit sans dormir :

— J’ai pensé à cet homme qui a commencé là, et qui a rempli un demi-siècle du tapage de sa douleur.

J’ai pensé à toi dont la vie commença et finit dans ce pays, dont la tombe même, à cette heure, ne se différencie des autres que pour moi. J’ai pensé à toi qui n’as point demandé que l’on t’ensevelît dans le roc, la tête tournée vers un Océan que tu ne connaissais pas, et qui reposes ici, la tête tournée vers la grande croix de fer, et vers l’église.

Je n’avais rien, en ce moment, d’un de ces jeunes hommes romantiques qui, parmi les ombres ou sous l’éclatant clair de lune, se drapent dans le manteau mouvant de leur Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/44 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/45 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/46 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/47 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/48 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/49 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/50 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/51 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/52 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/53 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/54 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/55 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/56 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/57 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/58 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/59 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/60 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/61 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/62 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/63 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/64 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/65 Page:Bachelin - Le Serviteur.djvu/66 Page:Bachelin - 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Tu ne tenais pas à connaître les joies de la terre, mais tu voulais avoir la joie de te sentir en règle avec le ciel.

Tu aimais le ramage des oiseaux, mais comme saint François d’Assise, de la confrérie duquel tu faisais partie : parce qu’ils chantent les louanges de Dieu.

Tu faisais fi des joies extérieures, mais tu recherchais celles qui viennent de l’âme.

Regardée du dehors, ta vie peut paraître grise. Vue du dedans, elle est claire et brillante, pareille, dans sa sérénité, à ce solide rocher de granit couronné de bruyère rose, mais sur lequel se brise l’inutile et voluptueux clair de lune.



Fin






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