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Le Siècle de Louis XIV/Édition Garnier/Chapitre 21

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Le Siècle de Louis XIV
Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 14, Histoire (4) (p. 377-397).
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CHAPITRE XXI.

SUITE DES DISGRÂCES DE LA FRANCE ET DE L’ESPAGNE. LOUIS XIV ENVOIE SON PRINCIPAL MINISTRE DEMANDER EN VAIN LA PAIX. BATAILLE DE MALPLAQUET PERDUE, ETC.


La bataille d’Hochstedt avait coûté à Louis XIV la plus florissante armée, et tout le pays du Danube au Rhin ; elle avait coûté à la maison de Bavière tous ses États. La journée de Ramillies avait fait perdre toute la Flandre jusqu’aux portes de Lille. La déroute de Turin avait chassé les Français d’Italie, ainsi qu’ils l’ont toujours été dans toutes les guerres depuis Charlemagne. Il restait des troupes dans le Milanais, et cette petite armée victorieuse sous le comte de Médavi. On occupait encore quelques places. On proposa de céder tout à l’empereur pourvu qu’il laissât retirer ces troupes, qui montaient à près de quinze mille hommes. L’empereur accepta cette capitulation. Le duc de Savoie y consentit. Ainsi l’empereur, d’un trait de plume, devint le maître paisible en Italie. La conquête du royaume de Naples et de Sicile lui fut assurée. Tout ce qu’on avait regardé en Italie comme feudataire fut traité comme sujet. Il taxa la Toscane à cent cinquante mille pistoles, Mantoue à quarante mille. Parme, Modène, Lucques, Gênes, malgré leur liberté, furent comprises dans ces impositions.

L’empereur qui jouit de tous ces avantages n’était pas ce Léopold, ancien rival de Louis XIV, qui, sous les apparences de la modération, avait nourri sans éclat une ambition profonde. C’était son fils aîné Joseph, vif, fier, emporté, et qui cependant ne fut pas plus grand guerrier que son père. Si jamais empereur parut fait pour asservir l’Allemagne et l’Italie, c’était Joseph ier. Il domina delà les monts ; il rançonna le pape ; il fit mettre de sa seule autorité, en 1706, les électeurs de Bavière et de Cologne au ban de l’empire ; il les dépouilla de leur électorat ; il retint en prison les enfants du Bavarois, et leur ôta jusqu’à leur nom[1]. Leur père n’eut d’autre ressource que d’aller traîner sa disgrâce en France et dans les Pays-Bas. Philippe V lui céda depuis toute la Flandre espagnole en 1712[2]. S’il avait gardé cette province, c’était un établissement qui valait mieux que la Bavière, et qui le délivrait de l’assujettissement à la maison d’Autriche ; mais il ne put jouir que des villes de Luxembourg, de Namur, et de Charleroi ; le reste était aux vainqueurs.

Tout semblait déjà menacer ce Louis XIV qui avait auparavant menacé l’Europe. Le duc de Savoie pouvait entrer en France. L’Angleterre et l’Écosse se réunissaient pour ne plus composer qu’un seul royaume ; ou plutôt l’Écosse, devenue province de l’Angleterre, contribuait à la puissance de son ancienne rivale. Tous les ennemis de la France semblaient, vers la fin de 1706 et au commencement de 1707, acquérir des forces nouvelles, et la France toucher à sa ruine. Elle était pressée de tous côtés, et sur mer et sur terre. De ces flottes formidables que Louis XIV avait formées il restait à peine trente-cinq vaisseaux. En Allemagne, Strasbourg était encore frontière ; mais Landau, perdu, laissait toujours l’Alsace exposée. La Provence était menacée d’une invasion par terre et par mer. Ce qu’on avait perdu en Flandre faisait craindre pour le reste. Cependant, malgré tant de désastres, le corps de la France n’était point encore entamé ; et, dans une guerre si malheureuse, elle n’avait encore perdu que des conquêtes.

Louis XIV fit face partout. Quoique partout affaibli, il résistait, ou protégeait, ou attaquait encore de tous côtés. Mais on fut aussi malheureux en Espagne qu’en Italie, en Allemagne, et en Flandre. On prétend que le siège de Barcelone avait été encore plus mal conduit que celui de Turin.

Le comte de Toulouse n’avait paru que pour ramener sa flotte à Toulon. Barcelone secourue, le siège abandonné, l’armée française, diminuée de moitié, s’était retirée sans munitions dans la Navarre, petit royaume qu’on conservait aux Espagnols, et dont nos rois ajoutent encore le titre à celui de France, par un usage qui semble au-dessous de leur grandeur.

À ces désastres s’en joignait un autre, qui parut décisif. Les Portugais, avec quelques Anglais, prirent toutes les places devant lesquelles ils se présentèrent, et s’avancèrent jusque dans l’Estramadoure espagnole, différente de celle du Portugal. C’était un Français devenu pair d’Angleterre qui les commandait, milord Galloway, autrefois comte de Ruvigny ; tandis que le duc de Berwick, Anglais et neveu de Marlborough, était à la tête des troupes de France et d’Espagne, qui ne pouvaient plus arrêter les victorieux.

Philippe V, incertain de sa destinée, était dans Pampelune. Charles, son compétiteur, grossissait son parti et ses forces en Catalogne : il était maître de l’Aragon, de la province de Valence, de Carthagène, d’une partie de la province de Grenade. Les Anglais avaient pris Gibraltar pour eux, et lui avaient donné Minorque, Iviça, et Alicante. Les chemins d’ailleurs lui étaient ouverts jusqu’à Madrid. (26 juin 1706) Galloway y entra sans résistance, et fit proclamer roi l’archiduc Charles. Un simple détachement le fit aussi proclamer à Tolède[3].

Tout parut alors si désespéré pour Philippe V que le maréchal de Vauban, le premier des ingénieurs, le meilleur des citoyens, homme toujours occupé de projets, les uns utiles, les autres peu praticables, et tous singuliers, proposa à la cour de France d’envoyer Philippe V régner en Amérique ; ce prince y consentit. On l’eût fait embarquer avec les Espagnols attachés à son parti. L’Espagne eût été abandonnée aux factions civiles. Le commerce du Pérou et du Mexique n’eût plus été que pour les Français ; et dans ce revers de la famille de Louis XIV, la France eût encore trouvé sa grandeur. On délibéra sur ce projet à Versailles ; mais la constance des Castillans et les fautes des ennemis conservèrent la couronne à Philippe V. Les peuples aimaient dans Philippe le choix qu’ils avaient fait, et dans sa femme, fille du duc de Savoie, le soin qu’elle prenait de leur plaire, une intrépidité au-dessus de son sexe, et une constance agissante dans le malheur. Elle allait elle-même de ville en ville animer les cœurs, exciter le zèle, et recevoir les dons que lui apportaient les peuples. Elle fournit ainsi à son mari plus de deux cent mille écus en trois semaines. Aucun des grands, qui avaient juré d’être fidèles, ne fut traître. Quand Galloway fit proclamer l’archiduc dans Madrid, on cria : Vive Philippe ! et à Tolède, le peuple, ému, chassa ceux qui avaient proclamé l’archiduc.

Les Espagnols avaient jusque-là fait peu d’efforts pour soutenir leur roi ; ils en firent de prodigieux quand ils le virent abattu, et montrèrent en cette occasion une espèce de courage contraire à celui des autres peuples, qui commencent par de grands efforts, et qui se rebutent. Il est difficile de donner un roi à une nation malgré elle. Les Portugais, les Anglais, les Autrichiens, qui étaient en Espagne, furent harcelés partout, manquèrent de vivres, firent des fautes presque toujours inévitables dans un pays étranger, et furent battus en détail. (22 septembre 1706) Enfin Philippe V, trois mois après être sorti de Madrid en fugitif, y rentra triomphant, et fut reçu avec autant d’acclamations que son rival avait éprouvé de froideur et de répugnance.

Louis XIV redoubla ses efforts quand il vit que les Espagnols en faisaient, et tandis qu’il veillait à la sûreté de toutes les côtes sur l’Océan et sur la Méditerranée, en y plaçant des milices ; tandis qu’il avait une armée en Flandre, une auprès de Strasbourg, un corps dans la Navarre, un dans le Roussillon, il envoyait encore de nouvelles troupes au maréchal de Berwick dans la Castille.

(25 avril 1707) Ce fut avec ces troupes, secondées des Espagnols, que Berwick gagna la bataille importante d’Almanza sur Galloway[4]. Almanza, ville bâtie par les Maures, est sur la frontière de Valence : cette belle province fut le prix de la victoire[5]. Ni Philippe V, ni l’archiduc, ne furent présents à cette journée ; et c’est sur quoi le fameux comte Péterborough, singulier en tout, s’écria « qu’on était bien bon de se battre pour eux ». C’est ce qu’il manda au maréchal de Tessé, et c’est ce que je tiens de sa bouche. Il ajoutait qu’il n’y avait que des esclaves qui combattissent pour un homme, et qu’il fallait combattre pour une nation. Le duc d’Orléans, qui voulait être à cette action, et qui devait commander en Espagne, n’arriva que le lendemain ; mais il profita de la victoire ; il prit plusieurs places, et entre autres Lérida, recueil du grand Condé[6].

(22 mai 1707) D’un autre côté, le maréchal de Villars, remis en France à la tête des armées uniquement parce qu’on avait besoin de lui, réparait en Allemagne le malheur de la journée d’Hochstedt. Il avait forcé les lignes de Stolhoffen au-delà du Rhin, dissipé toutes les troupes ennemies, étendu les contributions à cinquante lieues à la ronde, pénétré jusqu’au Danube. Ce succès passager faisait respirer sur les frontières de l’Allemagne ; mais en Italie tout était perdu. Le royaume de Naples, sans défense et accoutumé à changer de maître, était sous le joug des victorieux ; et le pape, qui n’avait pu empêcher que les troupes allemandes passassent par son territoire, voyait sans oser murmurer que l’empereur se fît son vassal malgré lui. C’est un grand exemple de la force des opinions reçues, et du pouvoir de la coutume, qu’on puisse toujours s’emparer de Naples sans consulter le pape, et qu’on n’ose jamais lui en refuser l’hommage.

Pendant que le petit-fils de Louis XIV perdait Naples, l’aïeul était sur le point de perdre la Provence et le Dauphiné. Déjà le duc de Savoie et le prince Eugène y étaient entrés par le Col de Tende. Ces frontières n’étaient pas défendues comme le sont la Flandre et l’Alsace, théâtre éternel de la guerre, hérissé de citadelles que le danger avait averti d’élever. Point de pareilles précautions vers le Var, point de ces fortes places qui arrêtent l’ennemi, et qui donnent le temps d’assembler des armées. Cette frontière a été négligée jusqu’à nos jours, sans que peut-être on puisse en alléguer d’autre raison sinon que les hommes étendent rarement leurs soins de tous les côtés. Le roi de France voyait avec une indignation douloureuse que ce même duc de Savoie, qui un an auparavant n’avait presque plus que sa capitale, et le prince Eugène, qui avait été élevé dans sa cour, fussent prêts de lui enlever Toulon et Marseille.

(Août 1707} Toulon était assiégé et pressé : une flotte anglaise, maîtresse de la mer, était devant le port, et le bombardait. Un peu plus de diligence, de précautions, et de concert, auraient fait tomber Toulon. Marseille, sans défense, n’aurait pas tenu ; et il était vraisemblable que la France allait perdre deux provinces. Mais le vraisemblable n’arrive pas toujours. On eut le temps d’envoyer des secours. On avait détaché des troupes de l’armée du maréchal de Villars dès que ces provinces avaient été menacées, et on sacrifia les avantages qu’on avait en Allemagne pour sauver une partie de la France. Le pays par où les ennemis pénétraient est sec, stérile, hérissé de montagnes ; les vivres rares ; la retraite difficile. Les maladies, qui désolèrent l’armée ennemie, combattirent encore pour Louis XIV. (22 août 1707) Le siège de Toulon fut levé, et bientôt la Provence délivrée, et le Dauphiné hors de danger : tant le succès d’une invasion est rare quand on n’a pas de grandes intelligences dans le pays. Charles-Quint y avait échoué ; et, de nos jours, les troupes de la reine de Hongrie y échouèrent encore[7].

Cependant cette irruption, qui avait coûté beaucoup aux alliés, ne coûtait pas moins aux Français : elle avait ravagé une grande étendue de terrain, et divisé les forces.

L’Europe ne s’attendait pas que dans un temps d’épuisement, et lorsque la France comptait pour un grand succès d’être échappée à une invasion, Louis XIV aurait assez de grandeur et de ressources pour tenter lui-même une invasion dans la Grande-Bretagne, malgré le dépérissement de ses forces maritimes, et malgré les flottes des Anglais, qui couvraient la mer. Ce projet fut proposé par des Écossais attachés au fils de Jacques II. Le succès était douteux ; mais Louis XIV envisagea une gloire certaine dans la seule entreprise. Il a dit lui-même que ce motif l’avait déterminé autant que l’intérêt politique.

Porter la guerre dans la Grande-Bretagne, tandis qu’on en soutenait le fardeau si difficilement en tant d’autres endroits, et tenter de rétablir du moins sur le trône d’Écosse le fils de Jacques II, pendant qu’on pouvait à peine maintenir Philippe V sur celui d’Espagne, c’était une idée pleine de grandeur, et qui, après tout, n’était pas destituée de vraisemblance.

Parmi les Écossais, tous ceux qui ne s’étaient pas vendus à la cour de Londres gémissaient d’être dans la dépendance des Anglais. Leurs vœux secrets appelaient unanimement le descendant de leurs anciens rois, chassé, au berceau, des trônes d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande, et à qui on avait disputé jusqu’à sa naissance. On lui promit qu’il trouverait trente mille hommes en armes qui combattraient pour lui s’il pouvait seulement débarquer vers Édimbourg avec quelque secours de la France.

Louis XIV, qui dans ses prospérités passées avait fait tant d’efforts pour le père, en fit autant pour le fils dans le temps même de ses revers. Huit vaisseaux de guerre, soixante et dix bâtiments de transport, furent préparés à Dunkerque. (Mars 1708) Six mille hommes furent embarqués. Le comte de Gacé, depuis maréchal de Matignon, commandait les troupes. Le chevalier de Forbin Janson, l’un des plus grands hommes de mer, conduisait la flotte. La conjoncture paraissait favorable[8] : il n’y avait en Écosse que trois mille hommes de troupes réglées. L’Angleterre était dégarnie. Ses soldats étaient occupés en Flandre sous le duc de Marlborough. Mais il fallait arriver, et les Anglais avaient en mer une flotte de près de cinquante vaisseaux de guerre. Cette entreprise fut entièrement semblable à celle que nous avons vue, en 1744, en faveur du petit-fils de Jacques II. Elle fut prévenue par les Anglais. Des contre-temps la dérangèrent. Le ministère de Londres eut même le temps de faire revenir douze bataillons de Flandre. On se saisit dans Édimbourg des hommes les plus suspects. Enfin le prétendant s’étant présenté aux côtes d’Écosse, et n’ayant point vu les signaux convenus, tout ce que put faire le chevalier de Forbin, ce fut de le ramener à Dunkerque. Il sauva la flotte ; mais tout le fruit de l’entreprise fut perdu. Il n’y eut que Matignon qui y gagna. Ayant ouvert les ordres de la cour en pleine mer, il y vit les provisions de maréchal de France : récompense de ce qu’il voulut et qu’il ne put faire.

Quelques historiens[9] ont supposé que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. C’est une trop grande simplicité de penser qu’elle invitât son compétiteur à la venir détrôner. On a confondu les temps : on a cru qu’elle le favorisait alors, parce que depuis elle le regarda en secret comme son héritier. Mais qui peut jamais vouloir être chassé par son successeur ?

Tandis que les affaires de la France devenaient de jour en jour plus mauvaises, le roi crut qu’en faisant paraître le duc de Bourgogne, son petit-fils, à la tête des armées de Flandre, la présence de l’héritier présomptif de la couronne ranimerait l’émulation, qui commençait trop à se perdre. Ce prince, d’un esprit ferme et intrépide, était pieux, juste, et philosophe. Il était fait pour commander à des sages. Élève de Fénelon, archevêque de Cambrai, il aimait ses devoirs : il aimait les hommes ; il voulait les rendre heureux. Instruit dans l’art de la guerre, il regardait cet art plutôt comme le fléau du genre humain et comme une nécessité malheureuse, que comme une source de véritable gloire. On opposa ce prince philosophe au duc de Marlborough : on lui donna pour l’aider le duc de Vendôme[10]. Il arriva ce qu’on ne voit que trop souvent : le grand capitaine ne fut pas assez écouté, et le conseil du prince balança souvent les raisons du général. Il se forma deux partis ; et dans l’armée des alliés il n’y en avait qu’un, celui de la cause commune. Le prince Eugène était alors sur le Rhin ; mais toutes les fois qu’il fut avec Marlborough, ils n’eurent jamais qu’un sentiment.

Le duc de Bourgogne était supérieur en forces : la France, que l’Europe croyait épuisée, lui avait fourni une armée de près de cent mille hommes, et les alliés n’en avaient alors que quatre-vingt mille. Il avait encore l’avantage des négociations dans un pays si longtemps espagnol, fatigué de garnisons hollandaises, et où beaucoup de citoyens penchaient pour Philippe V. Des intelligences lui ouvrirent les portes de Gand et d’Ypres ; mais les manœuvres de guerre firent évanouir le fruit des manœuvres de politique. La division, qui mettait de l’incertitude dans le conseil de guerre, fit que d’abord on marcha vers la Dandre, et que deux heures après on rebroussa vers l’Escaut, à Oudenarde : ainsi on perdit du temps. On trouva le prince Eugène et Marlborough qui n’en perdaient point, et qui étaient unis. (11 juillet 1708) On fut mis en déroute vers Oudenarde : ce n’était pas une grande bataille, mais ce fut une fatale retraite. Les fautes se multiplièrent. Les régiments allaient où ils pouvaient, sans recevoir aucun ordre. Il y eut même plus de quatre mille hommes qui furent pris en chemin, par l’armée ennemie, à quelques milles du champ de bataille.

L’armée, découragée, se retira sans ordre sous Gand, sous Tournai, sous Ypres, et laissa tranquillement le prince Eugène, maître du terrain, assiéger Lille avec une armée moins nombreuse.

Mettre le siège devant une ville aussi grande et aussi fortifiée que Lille, sans être maître de Gand, sans pouvoir tirer ses convois que d’Ostende, sans les pouvoir conduire que par une chaussée étroite, au hasard d’être à tout moment surpris, c’est ce que l’Europe appela une action téméraire, mais que la mésintelligence et l’esprit d’incertitude qui régnaient dans l’armée française rendirent excusable ; c’est enfin ce que le succès justifia. Leurs grands convois, qui pouvaient être enlevés, ne le furent point. Les troupes qui les escortaient, et qui devaient être battues par un nombre supérieur, furent victorieuses. L’armée du duc de Bourgogne, qui pouvait attaquer les retranchements de l’armée ennemie, encore imparfaits, ne les attaqua pas. (23 octobre 1708) Lille fut prise, au grand étonnement de toute l’Europe, qui croyait le duc de Bourgogne plus en état d’assiéger Eugène et Marlborough que ces généraux en état d’assiéger Lille. Le maréchal de Boufflers la défendit pendant près de quatre mois.

Les habitants s’accoutumèrent tellement au fracas du canon et à toutes les horreurs qui suivent un siège qu’on donnait dans la ville des spectacles aussi fréquentés qu’en temps de paix ; et qu’une bombe qui tomba près de la salle de la comédie n’interrompit point le spectacle.

Le maréchal de Boufflers avait mis si bon ordre à tout que les habitants de cette grande ville étaient tranquilles sur la foi de ses fatigues. Sa défense lui mérita l’estime des ennemis, les cœurs des citoyens, et les récompenses du roi. Les historiens, ou plutôt les écrivains de Hollande, qui ont affecté de le blâmer, auraient dû se souvenir que quand on contredit la voix publique il faut avoir été témoin, et témoin éclairé, ou prouver ce qu’on avance[11].

Cependant l’armée qui avait regardé faire le siège de Lille se fondait peu à peu ; elle laissa prendre ensuite Gand, Bruges, et tous ses postes l’un après l’autre. Peu de campagnes furent aussi fatales. Les officiers attachés au duc de Vendôme reprochaient toutes ces fautes au conseil du duc de Bourgogne, et ce conseil rejetait tout sur le duc de Vendôme. Les esprits s’aigrissaient par le malheur[12]. Un courtisan[13] du duc de Bourgogne dit un jour au duc de Vendôme : « Voilà ce que c’est que de n’aller jamais à la messe ; aussi vous voyez quelles sont nos disgrâces. — Croyez-vous, lui répondit le duc de Vendôme, que Marlborough y aille plus souvent que moi[14] ? » Les succès rapides des alliés enflaient le cœur de l’empereur Joseph. Despotique dans l’empire, maître de Landau, il voyait le chemin de Paris presque ouvert par la prise de Lille. Déjà même un parti hollandais avait eu la hardiesse de pénétrer de Courtrai jusqu’auprès de Versailles, et avait enlevé, sur le pont de Sèvres, le premier écuyer du roi, croyant se saisir de la personne du dauphin, père du duc de Bourgogne[15]. La terreur était dans Paris.

L’empereur avait autant d’espérance au moins d’établir son frère Charles en Espagne que Louis XIV d’y conserver son petit-fils. Déjà cette succession, que les Espagnols avaient voulu rendre indivisible, était partagée entre trois têtes. L’empereur avait pris pour lui la Lombardie et le royaume de Naples. Charles, son frère, avait encore la Catalogne et une partie de l’Aragon. L’empereur força alors le pape Clément XI à reconnaître l’archiduc pour roi d’Espagne. Ce pape, dont on disait qu’il ressemblait à saint Pierre, parce qu’il affirmait, niait, se repentait, et pleurait, avait toujours reconnu Philippe V, à l’exemple de son prédécesseur ; et il était attaché à la maison de Bourbon. L’empereur l’en punit en déclarant dépendants de l’empire beaucoup de fiefs qui relevaient jusqu’alors des papes, et surtout Parme et Plaisance, en ravageant quelques terres ecclésiastiques, en se saisissant de la ville de Comacchio.

Autrefois un pape eût excommunié tout empereur qui lui aurait disputé le droit le plus léger, et cette excommunication eût fait tomber l’empereur du trône ; mais la puissance des clefs étant réduite à peu près au point où elle doit l’être, Clément XI, animé par la France, avait osé un moment se servir de la puissance du glaive. Il arma, et s’en repentit bientôt. Il vit que les Romains, sous un gouvernement tout sacerdotal, n’étaient pas faits pour manier l’épée. Il désarma, il laissa Comacchio en dépôt à l’empereur ; il consentit à écrire à l’archiduc : À notre très-cher fils, roi catholique en Espagne. Une flotte anglaise dans la Méditerranée, et les troupes allemandes sur ses terres, le forcèrent bientôt d’écrire : À notre très-cher fils, roi des Espagnes. Ce suffrage du pape, qui n’était rien dans l’empire d’Allemagne, pouvait quelque chose sur le peuple espagnol, à qui on avait fait accroire que l’archiduc était indigne de régner parce qu’il était protégé par des hérétiques, qui s’étaient emparés de Gibraltar.

(Août 1708) Restait à la monarchie espagnole, au-delà du continent, l’île de Sardaigne, avec celle de Sicile. Une flotte anglaise donna la Sardaigne à l’empereur Joseph, car les Anglais voulaient que l’archiduc son frère n’eût que l’Espagne. Leurs armes faisaient alors les traités de partage. Ils réservèrent la conquête de la Sicile pour un autre temps, et aimèrent mieux employer leurs vaisseaux à chercher sur les mers les galions de l’Amérique, dont ils prirent quelques-uns, qu’à donner à l’empereur de nouvelles terres.

La France était aussi humiliée que Rome, et plus en danger : les ressources s’épuisaient ; le crédit était anéanti ; les peuples, qui avaient idolâtré leur roi dans ses prospérités, murmuraient contre Louis XIV malheureux.

Des partisans, à qui le ministère avait vendu la nation pour quelque argent comptant dans ses besoins pressants, s’engraissaient du malheur public, et insultaient à ce malheur par leur luxe. Ce qu’ils avaient prêté était dissipé. Sans l’industrie hardie de quelques négociants, et surtout de ceux de Saint-Malo, qui allèrent au Pérou et rapportèrent trente millions, dont ils prêtèrent la moitié à l’État, Louis XIV n’aurait pas eu de quoi payer ses troupes. La guerre avait ruiné la France, et des marchands la sauvèrent. Il en fut de même en Espagne. Les galions qui ne furent pas pris par les Anglais servirent à défendre Philippe. Mais cette ressource de quelques mois ne rendait pas les recrues de soldats plus faciles. Chamillart, élevé au ministère des finances et de la guerre, se démit, en 1708, des finances, qu’il laissa dans un désordre que rien ne put réparer sous ce règne ; et en 1709, il quitta le ministère de la guerre, devenu non moins difficile que l’autre. On lui reprochait beaucoup de fautes. Le public, d’autant plus sévère qu’il souffrait, ne songeait pas qu’il y a des temps malheureux où les fautes sont inévitables[16]. Voisin, qui, après lui, gouverna l’État militaire, et Desmarets, qui administra les finances, ne purent, ni faire des plans de guerre plus heureux, ni rétablir un crédit anéanti[17].

(1709) Le cruel hiver de 1709 acheva de désespérer la nation. Les oliviers, qui sont une grande ressource dans le midi de la France, périrent. Presque tous les arbres fruitiers gelèrent. Il n’y eut point d’espérance de récolte[18]. On avait très-peu de magasins. Les grains qu’on pouvait faire venir à grands frais des Échelles du Levant et de l’Afrique pouvaient être pris par les flottes ennemies, auxquelles on n’avait presque plus de vaisseaux de guerre à opposer[19]. Le fléau de cet hiver était général dans l’Europe ; mais les ennemis avaient plus de ressources. Les Hollandais surtout, qui ont été si longtemps les facteurs des nations, avaient assez de magasins pour mettre les armées florissantes des alliés dans l’abondance, tandis que les troupes de France, diminuées et découragées, semblaient devoir périr de misère.

Le roi vendit pour quatre cent mille francs de vaisselle d’or. Les plus grands seigneurs envoyèrent leur vaisselle d’argent à la Monnaie. On ne mangea dans Paris que du pain bis pendant quelques mois. Plusieurs familles, à Versailles même, se nourrirent de pain d’avoine. Mme de Maintenon en donna l’exemple[20].

Louis XIV, qui avait déjà fait quelques avances pour la paix, n’hésita pas, dans ces circonstances funestes, à la demander à ces mêmes Hollandais, autrefois si maltraités par lui.

Les États-Généraux n’avaient plus de stathouder depuis la mort du roi Guillaume, et les magistrats hollandais, qui appelaient déjà leurs familles les familles patriciennes, étaient autant de rois. Les quatre commissaires hollandais députés à l’armée traitaient avec fierté trente princes d’Allemagne à leur solde. Qu’on fasse venir Holstein, disaient-ils ; qu’on dise à Hesse de nous venir parler[21]. Ainsi s’expliquaient des marchands qui, dans la simplicité de leurs vêtements et dans la frugalité de leurs repas, se plaisaient à écraser à la fois l’orgueil allemand, qui était à leurs gages, et la fierté d’un grand roi, autrefois leur vainqueur.

On les avait vus vendre à bas prix leur attachement à Louis XIV en 1665 ; soutenir leurs malheurs en 1672, et les réparer avec un courage intrépide ; et alors ils voulaient user de leur fortune. Ils étaient bien loin de s’en tenir à faire voir aux hommes, par de simples démonstrations de supériorité, qu’il n’y a de vraie grandeur que la puissance : ils voulaient que leur État eût en souveraineté dix villes en Flandre, entre autres Lille, qui était entre leurs mains, et Tournai, qui n’y était pas encore. Ainsi les Hollandais prétendaient retirer le fruit de la guerre, non-seulement aux dépens de la France, mais encore aux dépens de l’Autriche, pour laquelle ils combattaient, comme Venise avait autrefois augmenté son territoire des terres de tous ses voisins. L’esprit républicain est au fond aussi ambitieux que l’esprit monarchique.

Il y parut bien quelques mois après : car, lorsque ce fantôme de négociation fut évanoui, lorsque les armes des alliés eurent encore de nouveaux avantages, le duc de Marlborough, plus maître alors que sa souveraine en Angleterre, et gagné par la Hollande, fit conclure avec les États-Généraux, en 1709, ce célèbre traité de la barrière, par lequel ils resteraient maîtres de toutes les villes frontières qu’on prendrait sur la France, auraient garnison dans vingt places de la Flandre, aux dépens du pays, dans Huy, dans Liège, et dans Bonn, et auraient en toute souveraineté la haute Gueldre. Ils seraient devenus en effet souverains des dix-sept provinces des Pays-Bas ; ils auraient dominé dans Liège et dans Cologne. C’est ainsi qu’ils voulaient s’agrandir sur les ruines mêmes de leurs alliés. Ils nourrissaient déjà ces projets élevés quand le roi leur envoya secrètement le président Rouillé pour essayer de traiter avec eux.

Ce négociateur vit d’abord dans Anvers deux magistrats d’Amsterdam, Bruys, et Vanderdussen, qui parlèrent en vainqueurs, et qui déployèrent, avec l’envoyé du plus fier des rois, toute la hauteur dont ils avaient été accablés en 1672. On affecta ensuite de négocier quelque temps avec lui, dans un de ces villages que les généraux de Louis XIV avaient mis autrefois à feu et à sang[22]. Quand on l’eut joué assez longtemps, on lui déclara qu’il fallait que le roi de France forçât le roi son petit-fils à descendre du trône sans aucun dédommagement ; que l’électeur de Bavière François-Marie, et son frère l’électeur de Cologne, demandassent grâce, ou que le sort des armes ferait les traités.

Les dépêches désespérantes du président de Rouillé arrivaient coup sur coup au conseil, dans le temps de la plus déplorable misère où le royaume eût été réduit dans les temps les plus funestes. L’hiver de 1709 laissait des traces affreuses ; le peuple périssait de famine. Les troupes n’étaient point payées ; la désolation était partout. Les gémissements et les terreurs du public augmentaient encore le mal.

Le conseil était composé du dauphin, du duc de Bourgogne son fils, du chancelier de France Pontchartrain, du duc de Beauvilliers, du marquis de Torcy, du secrétaire d’État de la guerre Chamillart, et du contrôleur général Desmarets. Le duc de Beauvilliers fit une peinture si touchante de l’état où la France était réduite que le duc de Bourgogne en versa des larmes, et tout le conseil y mêla les siennes. Le chancelier conclut à faire la paix à quelque prix que ce pût être. Les ministres de la guerre et des finances avouèrent qu’ils étaient sans ressource. « Une scène si triste, dit le marquis de Torcy, serait difficile à décrire, quand même il serait permis de révéler le secret de ce qu’elle eut de plus touchant. » Ce secret n’était que celui des pleurs qui coulèrent.

Le marquis de Torcy, dans cette crise, proposa d’aller lui-même partager les outrages qu’on faisait au roi dans la personne du président Rouillé ; mais comment pouvait-il espérer d’obtenir ce que les vainqueurs avaient déjà refusé ? Il ne devait s’attendre qu’à des conditions plus dures.

Les alliés commençaient déjà la campagne. Torcy va sous un nom emprunté jusque dans la Haye (22 mai 1709). Le grand pensionnaire Heinsius est bien étonné quand on lui annonce que celui qui est regardé chez les étrangers comme le principal ministre de France est dans son antichambre. Heinsius avait été autrefois envoyé en France par le roi Guillaume pour y discuter ses droits sur la principauté d’Orange. Il s’était adressé à Louvois, secrétaire d’État ayant le département du Dauphiné, sur la frontière duquel Orange est située. Le ministre de Guillaume parla vivement, non-seulement pour son maître, mais pour les réformés d’Orange. Croirait-on que Louvois lui répondit qu’il le ferait mettre à la Bastille[23] ? Un tel discours tenu à un sujet eût été odieux ; tenu à un ministre étranger, c’était un insolent outrage au droit des nations. On peut juger s’il avait laissé des impressions profondes dans le cœur du magistrat d’un peuple libre.

Il y a peu d’exemples de tant d’orgueil suivi de tant d’humiliations. Le marquis de Torcy, suppliant dans la Haye, au nom de Louis XIV, s’adressa au prince Eugène et au duc de Marlborough, après avoir perdu son temps avec Heinsius. Tous trois voulaient la continuation de la guerre : le prince y trouvait sa grandeur et sa vengeance ; le duc, sa gloire et une fortune immense qu’il aimait également ; le troisième, gouverné par les deux autres, se regardait comme un Spartiate qui abaissait un roi de Perse. Ils proposèrent non pas une paix, mais une trêve ; et pendant cette trêve une satisfaction entière pour tous leurs alliés, et aucune pour les alliés du roi, à condition que le roi se joindrait à ses ennemis pour chasser d’Espagne son propre petit-fils dans l’espace de deux mois, et que pour sûreté il commencerait par céder à jamais dix villes aux Hollandais dans la Flandre, par rendre Strasbourg et Brisach, et par renoncer à la souveraineté de l’Alsace[24]. Louis XIV ne s’était pas attendu, quand il refusait autrefois un régiment au prince Eugène, quand Churchill n’était pas encore colonel en Angleterre, et qu’à peine le nom de Heinsius lui était connu, qu’un jour ces trois hommes lui imposeraient de pareilles lois. En vain Torcy voulut tenter Marlborough par l’offre de quatre millions : le duc, qui aimait autant la gloire que l’argent, et qui, par ses gains immenses produits par des victoires, était au-dessus de quatre millions, laissa au ministre de France la douleur d’une proposition honteuse et inutile. Torcy rapporta au roi les ordres de ses ennemis. Louis XIV fit alors ce qu’il n’avait jamais fait avec ses sujets. Il se justifia devant eux : il adressa aux gouverneurs des provinces, aux communautés des villes, une lettre circulaire par laquelle, en rendant compte à ses peuples du fardeau qu’il était obligé de leur faire encore soutenir, il excitait leur indignation, leur honneur, et même leur pitié[25]. Les politiques dirent que Torcy n’était allé s’humilier à la Haye que pour mettre les ennemis dans leur tort, pour justifier Louis XIV aux yeux de l’Europe, et pour animer les Français par le ressentiment de l’outrage fait en sa personne à la nation ; mais il n’y était allé réellement que pour demander la paix. On laissa même encore quelques jours le président Rouillé à la Haye, pour tâcher d’obtenir des conditions moins accablantes : et pour toute réponse, les États ordonnèrent à Rouillé de partir dans vingt-quatre heures.

Louis XIV, à qui l’on rapporta des réponses si dures, dit en plein conseil : « Puisqu’il faut faire la guerre, j’aime mieux la faire à mes ennemis qu’à mes enfants. » Il se prépara donc à tenter encore la fortune en Flandre. La famine, qui désolait les campagnes, fut une ressource pour la guerre. Ceux qui manquaient de pain se firent soldats. Beaucoup de terres restèrent en friche ; mais on eut une armée. Le maréchal de Villars, qu’on avait envoyé commander l’année précédente en Savoie quelques troupes dont il avait réveillé l’ardeur, et qui avait eu quelques petits succès, fut rappelé en Flandre, comme celui en qui l’État mettait son espérance.

Déjà Marlborough avait pris Tournai (29 juillet 1709), dont Eugène avait couvert le siège. Déjà ces deux généraux marchaient pour investir Mons. Le maréchal de Villars s’avança pour les en empêcher. Il avait avec lui le maréchal de Boufflers, son ancien, qui avait demandé à servir sous lui. Boufflers aimait véritablement le roi et la patrie. Il prouva, en cette occasion (malgré la maxime d’un homme de beaucoup d’esprit), que dans un État monarchique, et surtout sous un bon maître, il y a des vertus. Il y en a, sans doute, tout autant que dans les républiques, avec moins d’enthousiasme peut-être, mais avec plus de ce qu’on appelle honneur[26].

Dès que les Français s’avancèrent pour s’opposer à l’investissement de Mons, les alliés vinrent les attaquer près des bois de Blangies et du village de Malplaquet.

L’armée des alliés était d’environ quatre-vingt mille combattants, et celle du maréchal de Villars d’environ soixante et dix mille. Les Français traînaient avec eux quatre-vingts pièces de canon ; les alliés, cent quarante[27]. Le duc de Marlborough commandait l’aile droite, où étaient les Anglais et les troupes allemandes à la solde d’Angleterre. Le prince Eugène était au centre ; Tilli et un comte de Nassau à la gauche, avec les Hollandais.

(11 septembre 1709) Le maréchal de Villars prit pour lui la gauche, et laissa la droite au maréchal de Boufflers. Il avait retranché son armée à la hâte, manœuvre probablement convenable à des troupes inférieures en nombre, longtemps malheureuses, dont la moitié était composée de nouvelles recrues, et convenable encore à la situation de la France, qu’une défaite entière eût mise aux derniers abois. Quelques historiens ont blâmé le général dans sa disposition. Il devait, disaient-ils, passer une large trouée, au lieu de la laisser devant lui. Ceux qui, de leur cabinet, jugent ainsi ce qui se passe sur un champ de bataille, ne sont-ils pas trop habiles ?

Tout ce que je sais, c’est que le maréchal dit lui-même que les soldats, qui, ayant manqué de pain un jour entier, venaient de le recevoir, en jetèrent une partie pour courir plus légèrement au combat. Il y a eu, depuis plusieurs siècles, peu de batailles plus disputées et plus longues, aucune plus meurtrière. Je ne dirai autre chose de cette bataille que ce qui fut avoué de tout le monde. La gauche des ennemis, où combattaient les Hollandais, fut presque toute détruite, et même poursuivie la baïonnette au bout du fusil. Marlborough, à la droite, faisait et soutenait les plus grands efforts. Le maréchal de Villars dégarnit un peu son centre pour s’opposer à Marlborough, et alors même ce centre fut attaqué. Les retranchements qui le couvraient furent emportés. Le régiment des gardes, qui les défendait, ne put résister. Le maréchal, en accourant de sa gauche à son centre, fut blessé, et la bataille fut perdue. Le champ était jonché de près de trente mille morts ou mourants.

On marchait sur les cadavres entassés, surtout au quartier des Hollandais. La France ne perdit guère plus de huit mille hommes dans cette journée. Ses ennemis en laissèrent environ vingt et un mille tués ou blessés ; mais le centre étant forcé, les deux ailes coupées, ceux qui avaient fait le plus grand carnage furent les vaincus.

Le maréchal de Boufflers[28] fit la retraite en bon ordre, aidé du prince de Tingri-Montmorency, depuis maréchal de Luxembourg, héritier du courage de ses pères. L’armée se retira entre le Quesnoi et Valenciennes, emportant plusieurs drapeaux et étendards pris sur les ennemis. Ces dépouilles consolèrent Louis XIV, et on compta pour une victoire l’honneur de l’avoir disputée si longtemps, et de n’avoir perdu que le champ de bataille. Le maréchal de Villars, en revenant à la cour, assura le roi que, sans sa blessure, il aurait remporté la victoire. J’en ai vu ce général persuadé, mais j’ai vu peu de personnes qui le crussent.

On peut s’étonner qu’une armée qui avait tué aux ennemis deux tiers plus de monde qu’elle n’en avait perdu n’essayât pas d’empêcher que ceux qui n’avaient eu d’autre avantage que celui de coucher au milieu de leurs morts allassent faire le siège de Mons. Les Hollandais craignirent pour cette entreprise : ils hésitèrent. Mais le nom de bataille perdue impose aux vaincus, et les décourage. Les hommes ne font jamais tout ce qu’ils peuvent faire, et le soldat à qui on dit qu’il a été battu craint de l’être encore. Ainsi Mons fut assiégé et pris (20 octobre 1709), et toujours pour les Hollandais, qui le gardèrent, ainsi que Tournai et Lille.



  1. Le duc de Bavière était père de ce jeune prince, appelé par Charles II au trône d’Espagne, et mort à Bruxelles. L’électeur, dans son manifeste contre l’empereur, dit, en parlant de la mort de son fils, « qu’il avait succombé à un mal qui avait souvent sans péril attaqué son enfance, avant qu’il eût été déclaré l’héritier de Charles II ». Il ajoutait que « l’étoile de la maison d’Autriche avait toujours été funeste à ceux qui s’étaient opposés à sa grandeur ». Une accusation directe eût peut-être été moins insultante que cette terrible ironie. Le duc de Bavière, en se séparant de l’empire pour s’unir à un prince en guerre avec l’empire, donnait un prétexte à l’empereur. Louis XIV avait traité avec autant de dureté le duc de Lorraine et l’électeur palatin, et il avait moins d’excuses. (K.)
  2. Dans l’histoire de Reboulet, il est dit qu’il eut cette souveraineté dès l’an 1700 ; mais alors il n’avait que la vice-royauté. (Note de Voltaire.)
  3. On tint à Madrid, au nom de l’archiduc, plusieurs conseils où furent appelés les hommes les plus distingués de son parti. Le marquis de Ribas, secrétaire d’État sous Charles II, y assista. C’était lui qui avait dressé le testament de ce prince en faveur de Philippe V. Des cabales de cour l’avaient fait disgracier. On lui proposa de déclarer que le testament avait été supposé ; mais il ne voulut consentir à aucune déclaration qui pût affaiblir l’autorité de cet acte : ni les menaces ni les promesses ne purent l’ébranler. (K.)
  4. Berwick avait commandé avec succès on Espagne pendant l’année 1704. Des intrigues de cour le firent rappeler. Le maréchal de Tessé demandait un jour à la jeune reine pourquoi elle n’avait pas conservé un général dont les talents et la probité lui auraient été si utiles. « Que voulez-vous que je vous dise ? répondit-elle ; c’est un grand diable d’Anglais, sec, qui va toujours tout droit devant lui. » Dans la campagne que termina la bataille d’Almanza, Berwick était instruit de l’état de l’armée alliée, et de ses projets, par un officier général portugais qui, persuadé que l’alliance du roi de Portugal avec l’empereur était contraire à ses vrais intérêts, le trahissait par esprit de patriotisme. (Mémoires de Berwick.) (K.)
  5. Voltaire a rapporté ailleurs une lettre écrite à Berwick sur la victoire d’Almanza. — Voyez article Lettres familières dans la Connaissance des beautés et des défauts de la poésie et de l’éloquence (Mélanges, à la date de 1749).
  6. L’armée du duc d’Orléans prit aussi Saragosse ; lorsque les troupes françaises parurent à la vue de la ville, on fit accroire au peuple que ce camp qu’il voyait n’était pas un objet réel, mais une apparence causée par un sortilège : le clergé se rendit processionnellement sur les murailles pour exorciser ces fantômes ; et le peuple ne commença à croire qu’il était assiégé par une armée réelle que lorsqu’il vit les hussards abattre quelques têtes. (Mémoires de Berwick.) (K.)
  7. Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige encore de relever le discours que le compilateur des Mémoires de madame de Maintenon fait tenir par le roi de Suède Charles XII au doc de Marlborough. « Si Toulon est pris, je l’irai reprendre. » Ce général anglais n’était point auprès du roi de Suède dans le temps du siège. Il le vit dans Alt-Ranstadt en avril 1707, et le siège de Toulon fut levé au mois d’août. Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de cette guerre ; il refusa constamment de voir tous les Français qu’on lui députa. On ne trouve, dans les Mémoires de Maintenon, que des discours qu’on n’a ni tenus ni pu tenir ; et on ne peut regarder ce livre que comme un roman mal digéré. (Note de Voltaire.)
  8. Voltaire applaudit à cette descente en Écosse, et juge que la conjoncture était favorable parce qu’il a en tête l’expédition de 1744. Forbin, toutefois, quoique bien résolu, regardait l’entreprise comme impossible. (G. A.)
  9. Entre autres Reboulet, page 233 du tome VIII. Il fonde ses soupçons sur ceux du chevalier de Forbin. Celui qui a donné au public tant de mensonges, sous le titre de Mémoires de madame de Maintenon, et qui fit imprimer, en 1752, à Francfort, une édition frauduleuse du Siècle de Louis XIV, demande, dans une des notes, qui sont ces historiens qui ont prétendu que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. C’est un fantôme, dit-il. Mais on voit ici clairement que ce n’est point un fantôme, et que l’auteur du Siècle de Louis XIV n’avait rien avancé que la preuve en main : il n’est pas permis d’écrire l’histoire autrement. (Note de Voltaire.)
  10. « L’eau et le feu ne sont pas plus différents et plus incompatibles que l’étaient Mgr le duc de Bourgogne et M. de Vendôme », dit Saint-Simon.
  11. Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van Duren, fit écrire par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par La Martinière, le tout sur les prétendus Mémoires d’un comte de…, secrétaire d’État. Les Mémoires de madame de Maintenon, encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient dans la ville des billets conçus en ces termes : « Rassurez-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine ; nous ne lèverons pas le siège. » « On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la ferveur du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire inattendue, offrit ou promit le trône à Mme de Maintenon. » Comment, dans la ferveur de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des halles ? comment cet insensé a-t-il pu pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène de peur que Mme de Maintenon ne fût déclarée reine ? (Note de Voltaire.)
  12. On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires de Berwick ; mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux.

    Durant le siège de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick, son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène, et lui. On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough sur le succès du siège de Lille, et on obligea le duc de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors désirer la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait désirée, parce que la guerre lui était devenue nécessaire pour soutenir son crédit dans sa patrie. (K.)

  13. Le marquis d’O. (Note de Voltaire.)
  14. Le duc de Bourgogne, que Voltaire s’est avisé plus haut, par respect pour son maître Fénelon sans doute, d’appeler philosophe, menait à l’armée une vie de séminariste, et s’amusait à des jeux de femme. Se trouvant logé dans un couvent de religieuses, il demande à Fénelon s’il n’y a pas là péché ; et Fénelon, à ce scrupule, de s’écrier : « Oh ! que cet état plaît à Dieu ! » (G. A.)
  15. Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie : ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin, parce qu’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à cheval ; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages du roi coururent après eux, le premier écuyer fut délivré ; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes ; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garde. (Note de Voltaire.)
  16. L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière, dit que Chamillart fut destitué du ministère des finances en 1703, et que la voix publique y appela le maréchal d’Harcourt. Les fautes de cet historien sont sans nombre. (Note de Voltaire.)
  17. Pour bien juger Desmarets, il faut lire le Mémoire qu’il présenta au régent pour lui rendre compte de son administration : ce Mémoire fait regretter que ce prince ne l’ait pas laissé à la tête des finances. (K.)
  18. Le froid commença la veille des Rois, et continua jusqu’au 22, jour où il y eut dégel. Mais le froid ayant repris avec une nouvelle rigueur (16 et 18°), la terre, saturée d’eau, gela à deux pieds de profondeur. À Paris et aux environs, plus de trente mille personnes périrent de froid. (G. A.)
  19. On fit du pain de disette avec de l’orge et de l’avoine. On en fit avec des fougères, du chiendent, du chou-navet, etc. Enfin on mangea de l’herbe et des écorces. Les valets des châteaux royaux mendiaient dans Versailles. (G. A.)
  20. On fit venir de Dantzig, de l’Archipel, des côtes de Barbarie, cent vingt mille quintaux de grains. Mais on accaparait. (G. A.)
  21. C’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville. Cependant il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une fierté grossière que d’un style laconique assez en usage dans les armées. (Note de Voltaire.)
  22. Bodegrave ; voyez page 262.
  23. Voyez les Mémoires de Torcy, tome III, page 2 ; ils ont confirmé tout ce qui est avancé ici. (Note de Voltaire.)
  24. Ce n’est pas là tout. Dunkerque devait être rasée, tous les alliés de la France dépouillés, Charles III reconnu, etc., etc. Et ces propositions n’étaient faites encore que pour amuser : on se jouait de la ruine de la France, car on parlait tout bas de démembrement. (G. A.)
  25. L’auteur des Mémoires de madame de Maintenon dit, pages 92 et 93 du tome V, que « le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent Heinslus », comme si Heinsius avait eu besoin d’être gagné. Il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qu*il prononça en plein conseil, ces mots bas et plats : Alors comme alors. Il cite l’auteur du Siècle de Louis XIV, et le reprend d’avoir dit que « Louis XIV fit afficher sa lettre circulaire dans les rues de Paris ». Nous avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV : il n’y a pas un seul mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition subreptice qu’il fit à Francfort en 1752. (Note de Voltaire.) — Cette note de Voltaire est de 1756. (B.)
  26. Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre de l’Esprit des lois dit que l’honneur est le principe des gouvernements monarchiques, et la vertu le principe des gouvernements républicains.

    Ce sont là des idées vagues et confuses qu’on a attaquées d’une manière aussi vague, parce que rarement on convient de la valeur des termes, rarement on s’entend. L’honneur est le désir d’être honoré, d’être estimé : de là vient l’habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La vertu est l’accomplissement des devoirs, indépendamment du désir de l’estime ; de là vient que l’honneur est commun, la vertu rare.

    Le principe d’une monarchie ou d’une république n’est ni l’honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d’un seul ; une république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d’empêcher le pouvoir d’un seul. La plupart des monarchies ont été établies par des chefs d’armées, les républiques par des citoyens assemblés. L’honneur est commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement. L’amour-propre de chaque membre d’une république veille sur l’amour-propre des autres ; chacun voulant être maître, personne ne l’est ; l’ambition de chaque particulier est un frein public, et l’égalité règne.

    Dans une monarchie affermie, l’ambition ne peut s’élever qu’en plaisant au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le maître. Il n’y a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu, de part ni d’autre ; il n’y a que de l’intérêt. La vertu est en tout pays le fruit de l’éducation et du caractère. Il est dit dans l’Esprit des lois qu’il faut plus de vertu dans une république : c’est, en un sens, tout le contraire ; il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions. Le duc de Montausier, le duc de Beauvilliers, étaient des hommes d’une vertu très-austère. Le maréchal de Villeroi joignit des mœurs plus douces à une probité non moins incorruptible. Le marquis de Torcy a été un des plus honnêtes hommes de l’Europe, dans une place où la politique permet le relâchement dans la morale. Les contrôleurs généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pour être moins habiles que vertueux.

    Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut guère entouré que d’hommes irréprochables ; c’est une observation très-vraie et très-importante dans une histoire où les mœurs ont tant de part. (Note de Voltaire.) — Voyez le Supplément au Siècle de Louis XIV, troisième partie. (B.)

  27. M. Henri Martin donne cent vingt mille hommes aux alliés, avec cent vingt canons, et quatre-vingt-dix mille hommes aux Français, avec quatre-vingts canons.
  28. Dans le livre intitulé Mémoires du maréchal de Berwick, il est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C’est ainsi que tant de mémoires sont écrits. On trouve dans ceux de Mme de Maintenon, par La Beaumelle, tome V, page 99, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars de « s’être blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s’être retiré trop tôt ». Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au-dessous du genou, qui lui fracassa l’os, et qui le fit boiter toute sa vie. Le roi lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien, qui seul empêcha qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je tiens de la bouche de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre : c’est ce que tous les officiers ont su ; c’est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. Il n’oppose que le mépris aux sottises insolentes et calomnieuses de La Beaumelle. (Note de Voltaire.) — Les Mémoires de Berwick, dont parle M. de Voltaire, ne sont pas le même ouvrage que nous avons cité dans nos notes. Le maréchal de Berwick défendit le Dauphiné et la Provence contre le duc de Savoie pendant les campagnes de 1709, 1710, 1711 et 1712, avec beaucoup de succès, et malgré une grande infériorité de forces. Ces campagnes, pendant lesquelles il n’y eut aucune action d’éclat, lui ont fait plus d’honneur auprès des militaires que la victoire d’Almanza et la prise de Barcelone, et l’ont placé, dans l’opinion des hommes éclairés, fort au-dessus de plusieurs généraux qui ont eu des succès plus brillants. Il fut envoyé en Flandre, après la bataille de Malplaquet, pour faire lever le siège de Mons, entreprise qu’il ne trouva point impraticable : c’est ce qui a trompé l’auteur des faux Mémoires de Berwick. M. de Voltaire ne parle point de ces campagnes de Dauphiné ; mais il avait passé sa jeunesse chez les princes de Vendôme et chez le maréchal de Villars, qui n’aimaient pas le maréchal de Berwick. (K.) — Les Mémoires de Berwick, 1737, deux volumes in-12, sont de l’abbé Margon. Les véritables Mémoires de Berwick ont été publiés en 1778 ; voyez page 14.