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Le Surnaturel dans le monde végétal

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Le Surnaturel dans le monde végétal
Revue des Deux Mondes, 3e périodetome 32 (p. 481-508).
LE SURNATUREL
DANS
LE MONDE VEGETAL

Toutes les divinités adorées par les nations n’ont pas plané sur l’humanité des hauteurs de l’Olympe ; tous les démons redoutés de la foule ne sont pas sortis des gouffres infernaux. Il existe des dieux et des démons dont la personnalité est moins accentuée, dont le caractère est plus humble ; qui n’ont pas de place dans les généalogies du ciel et de l’enfer, mais qui n’en sont que mieux identifiés à la vie intime du genre humain. Comme les classes inférieures, protégées contre les changemens par leur obscurité, qui restent à peu près, les mêmes sous tous les régimes, ils ont échappé par la modestie même de leur condition aux révolutions qui ont précipité de leurs autels rayonnans des dieux bien plus illustres. En faisant aux circonstances les concessions qu’ils ne pouvaient refuser, ils ont jusqu’à nos jours conservé un culte et des fidèles, bravant l’esprit critique qui, depuis la renaissance, a grandi de siècle en siècle. S’ils n’ont pas jusqu’à ce temps trouvé de véritables historiens, il faut l’attribuer au tardif développement des études mythologiques. On s’est contenté longtemps de notices plus ou moins vagues sur certaines herbes merveilleuses. C’est dans des ouvrages allemands publiés dans les vingt dernières années, tels que ceux de MM. Schwartz, Kuhn et Mannhardt, qu’on trouve les premières études véritablement scientifiques sur la plante considérée dans ses rapports avec la mythologie. Les savans appartenant aux pays novo-latins comprennent de plus en plus l’importance et l’intérêt de ces recherches, dont nous voudrions donner une idée suffisante, en prenant pour guide l’ouvrage récent de M. de Gubernatis[1].


I

Un passage de Tacite explique très bien l’impression que la forêt produisait sur les peuples primitifs : il dit que les Germains considéraient les bois comme des temples, et qu’ils y croyaient toujours présente la divinité sans l’apercevoir. Le culte druidique prouve que les mêmes idées avaient cours chez les Gaulois ; d’après Pline, elles régnaient aussi dans l’Italie et la Grèce des premiers temps. Dans notre Europe, les légendes des nations slaves et germaniques conservent fidèlement, surtout les premières, la tradition de ces croyances. La troupe des Waldgeister, sur laquelle on trouve tant de curieux renseignemens dans les ouvrages de Mannhardt[2], continue de faire de la forêt allemande un lieu plein de mystères. La forêt slave n’est pas moins peuplée d’êtres mystérieux, comme l’attestent quelques chants populaires traduits par M. Dozon. La forêt, sans que le vent souffle, est bouleversée par les dragons aux cheveux blancs, qui passent avec leurs femmes assises dans des chariots d’or et avec leurs enfans reposant dans des berceaux du même métal. La prudente mère de Stoïan, qui sait que les samodives ne sont pas moins redoutables que les dragons, engage son fils à ne pas mener son troupeau dans leur forêt, ou du moins à s’abstenir d’y jouer de la flûte. Stoïan, n’ayant pas tenu compte de ce bon conseil, est attaqué par un jeune homme aux cheveux incultes, qui lutte trois jours contre lui, et qui finit par appeler à son aide ses sœurs, les tempêtes. Elles emportent Stoïan sur le sommet des arbres, se font un jouet de son corps, le mettent en pièces et détruisent son troupeau. « De tout arbre vieux, dit un proverbe russe, sort soit un hibou, soit un diable. » M. Henri de Gubernatis, tandis qu’il était consul à Janina, a remarqué que les Albanais de ces contrées croient qu’il faut se défier de l’ombre des arbres qui vieillissent, habités par l’aërico, démon aérien. Dans la France du XVIIe siècle, on disait : « Ne faites point passer vos troupeaux sous un arbre creux, ce serait en quelque sorte les consacrer au démon. » L’homme a parfois conscience des résistances que la forêt doit lui opposer. Un pallicare dit à la forêt : « Dieu te garde, nous prenons congé de toi, ô forêt, montagne de Rila ! Pardonne-nous, ô forêt, pour avoir bu tes eaux, pour avoir foulé tes herbes. » La forêt répond au pallicare : « Dieu te conduise, pallicare, je vous pardonne tout, l’herbe et aussi l’eau ; l’eau, il en coule toujours de nouvelle ; l’herbe, il en repoussera d’autre. La seule chose que je ne vous pardonne pas, c’est d’avoir brisé mes sapins et d’en avoir fait des rouets, que vous allez, par les veillées, distribuant aux filles. »

Plus un pays se civilise, plus ces impressions du vieux monde s’affaiblissent. Vivantes chez les Bulgares, elles sont à peu près effacées en Normandie, où la forêt de Longboel, dont parle M. F. Baudry dans la Mélusine, semble très pâle si on la compare à la mythique « forêt des samodives. » On y entend pourtant encore, quand le vent remue la cime des vastes bois, la voix des anciens « verdiers » (gardes) ; on y parlait, avant les grands défrichemens qui l’ont bouleversée, d’un « trou de Saint-Patrice » communiquant avec l’enfer. En quittant l’Europe, on se rend bien mieux compte de la manière dont nos aïeux subissaient l’influence des merveilles qui les entouraient. L’Afrique est, à mon avis, le meilleur terrain pour étudier la psychologie des sociétés préhistoriques. De même qu’en s’élevant sur les flancs d’une haute montagne on passe en quelques heures du climat de l’Italie au climat de la Sibérie, en allant de notre continent en Afrique on retrouve des âges qui pour nous n’existent plus qu’à l’état de souvenirs lointains. Les voyages des Livingstone, des Baker, des Burton, des Compiègne, des Schweinfurth, des Cameron, des Stanley, des Savorgnan de Brazza, n’intéressent pas seulement les géographes, ils fournissent les plus précieux renseignemens aux historiens de l’humanité. Si nous voulons savoir de combien d’êtres mystérieux les hommes des premiers âges peuplaient les immenses forêts dans lesquelles ils erraient épouvantés, ouvrons le livre d’un des récens explorateurs de cette Afrique que Pline l’Ancien nommait « la terre des monstres. » Pour les Niams-Niams, selon Schweinfurth, la forêt est la demeure d’êtres invisibles. Ceux-ci ne se contentent pas, comme les samodives des Bulgares, de défendre leur domaine contre l’être exterminateur qui travaille à dominer et aussi à ravager le globe. Ils conspirent constamment contre les hommes, et le murmure des feuilles dans ces bois impénétrables, qui effrayaient même les nègres, compagnons de Stanley, est la conversation des habitans de la forêt. Les esprits malfaisans ou rangas, qui remplissent les bois, inspirent aux Bongos une terreur extraordinaire. Comme les Perses, ils se figurent que les animaux qui fuient la lumière sont des êtres redoutables. Aussi classent-ils dans la catégorie des rangas les hiboux, les chauves-souris et un demi-singe aux gros yeux rouges, aux oreilles droites qui évite le jour dans le creux des arbres. Les Bongos se consolent par la pensée qu’il existe des « racines magiques » redoutées de tous les mauvais esprits. Cette puissance de la plante contre les pièges du monde infernal est une des croyances qui ont eu le plus d’influence sur l’espèce humaine, barbare ou civilisée.

Quand la terreur diminue ou cesse, le mystère persiste. Dans un ouvrage publié en Angleterre et traduit depuis en français[3] et en allemand, la Mythologie zoologique, M. A. de Gubernatis prouve que les croyances populaires attribuent aux oiseaux la science suprême. Cette science vient de la forêt, organe de la Terre-Mère (Déméter), dont ils écoutent sans cesse les mystérieuses confidences. Les chênes de Dodone, qui révélaient aux pontifes les oracles du Zeus des Pélasges, avaient des interprètes plus sûrs que les prêtres les plus saints. Aussi avec quelle anxiété les augures observaient leurs mouvemens ! Ils avouaient ainsi qu’ils tenaient de l’oiseau leur savoir prophétique. Mais l’oiseau lui-même n’était-il pas inférieur à l’arbre, perpétuellement en communication avec le foyer même de la vie et des révélations ? Le bouddhisme est resté fidèle à ces antiques traditions. Ce grandiose système de pessimisme, adopté par 400 millions d’âmes, le tiers de l’espèce humaine, professe une véritable vénération pour les bois. D’après le Rasavâni, le dieu des dieux enseigna au Bouddha les quatre grandes vérités dans une de ces forêts qui, écoutant toujours, ont le secret de tous les mystères.

Aures sunt nemoris, oculi campestribus oris, disait le moyen âge. L’Italie n’est pas d’un autre avis : Anche boschi hanno orecchie. Das Feld hat Augen, dit l’Allemagne, der Wald hat Ohren. L’arbre occupe dans le bouddhisme une place plus importante encore que la forêt. Dans la vie thibétaine de Çakya-Mouni, analysée par M. Schiefner, au moment de la naissance du Bodhisattva (essence de sagesse) naît un arbre appelé « essence de vertu, » dont la croissance est prodigieuse. Le matin, avant le lever du soleil, on pouvait le « fendre avec l’ongle ; le soir, le feu même serait impuissant à le détruire. » L’arbre du Bouddha, sous lequel il se livra sept ans à de sublimes méditations, est même désigné parfois sous le nom de Bodhi, la sagesse personnifiée. Un grand nombre de miracles sont attribués à cet arbre, à l’ombre duquel tout disciple fervent de Çakya-Mouni peut acquérir la sagesse suprême : aussi est-il appelé « voie du salut » dans le Lalitavistara thibétain. Si les chrétiens nomment l’arbre de la croix leur « unique espérance[4], » les bouddhistes ne parlent pas avec moins d’enthousiasme du Bodhi ; il ne le cède guère au Bouddha lui-même. L’arbre sacré Bo (ficus religiosa) est, selon M. Gerson, l’objet le plus vénéré de l’île de Ceylan. Cet arbre est né d’une branche de l’arbre célèbre d’Uruvela, qui fut tant d’années témoin des solitaires méditations de Çakya.

Là même où l’enthousiasme n’inspirait pas de pareilles exagérations, l’arbre émerveillait les esprits par sa miraculeuse fécondité. Quelle était la limite de cette fécondité ? L’imagination, alors si puissante, n’en apercevait pas les bornes. Cet être étrange, qui ne s’épuisait jamais, tout en produisant à profusion les feuilles, les fleurs et les fruits ; que l’homme avait trouvé en possession du globe ; dont la durée faisait un tel contraste avec la fragilité de l’existence humaine ; qui contenait tous les élémens de la vie, l’eau (la sève) et le feu, n’était-il pas un mystérieux ancêtre de l’humanité ? Si les Juifs croyaient que la terre était l’élément dont Jéhovah avait formé le premier homme, d’autres étaient portés à penser qu’il y avait eu, à l’origine des choses, un véritable « arbre de vie », dont l’arbre de la Genèse, le Gaokerena créé par Ahoura-Mazda (Ormuzd), et l’Ilpa des Hindous, semblent être une image fort incomplète. Même dans notre Europe, où rien ne donne une idée de la vie surabondante des végétaux de la zone tropicale, nous voyons les anciens accorder aux chênes le nom significatif de « premières mères, » idée qu’on retrouve dans le conte par lequel on satisfait la curiosité des enfans piémontais et dans l’opinion que les petits Allemands ont de leur origine[5]. Chez les Scandinaves, l’Edda nous parle du véritable « arbre de vie, » le célèbre frêne Yggdrasil, dont les fruits sont des hommes. Ce géant du monde végétal, montagne de verdure qui s’élève jusqu’à la voûte des cieux, enfonce dans le sol trois énormes racines : l’une pour le passé, l’autre pour le présent, la troisième pour l’avenir. Son éternelle verdure symbolise l’éternité de la vie du monde. « Près de l’arbre, dit la Voluspa, trois jeunes filles arrêtent la destinée des fils du temps. » Le grand arbre toujours vert qu’on voyait près d’Upsal, « dont personne, dit Adam de Brème, ne connaissait l’espèce, » représentait sans doute sur la terre Scandinave l’arbre-ancêtre des adorateurs d’Odin. L’Irminsul des Germains, comme le Skambha védique, sont d’autres noms de l’arbre cosmogonique, symbole de la vie universelle. Pour les sectateurs du mazdéisme, l’homme sort de la terre comme un arbre ; sa première apparence est celle d’un végétal. Dans le Boundehesh, les humains naissent sous la forme de la plante Reiva (Rheum ribes). Dans l’Inde, un hymne du Rig-Véda se pose cette question r « Quelle était la forêt, quel était l’arbre, dont le ciel et la terre sont issus ? » L’Atharva-Véda considère tous les dieux comme sortis de l’arbre de Skambha, Açvalâyana raconte que, lorsque le maître donnait la licence au disciple, en lui remettant le bâton, il disait : « Tu es une canne, tu es né de l’arbre ; protège-moi maintenant de tous les côtés. » Le nom de Khat, ancêtres des Khaties de l’Inde centrale, signifie, dit-on, « engendré du bois. » Les voyageurs ont constaté chez les Hindous l’existence de traditions conformes à ces idées. Au XIVe siècle, Odoricas du Frioul entendit parler d’arbres qui, au lieu de fruits, portaient des hommes et des femmes. Le colonel Yule a remarqué que la même légende existe chez les Arabes. Si l’on veut retrouver les antiques croyances des nations, il faut les chercher dans les contes, dernière transformation des mythes primitifs. Or, dans un conte hindoustani, la Rose de Bakavali, on décrit un jardin « dont les arbres portaient des fruits qui ressemblaient à des têtes humaines. » Dans un conte des Turcs du sud de la Sibérie, rapporté dans l’important ouvrage de M. Radloff sur leur poésie populaire[6], à l’origine des choses, naquit un arbre sans rameaux, dont Dieu fît sortir sept branches, au pied desquelles naquirent les neuf chefs des races humaines. Dans un conte russe cité par M. Afanasief[7], un homme âgé, privé d’enfans, va dans la forêt, y coupe une souche et l’apporte à sa femme. Celle-ci la berce et lui chante une chanson de nourrice. Des pieds poussent d’abord, et la bûche finit par se transformer en enfant.

A la même idée de la fécondité primitive du végétal se rattachent les légendes des arbres qui produisent des agneaux ou des oiseaux, ou qui peuvent satisfaire toutes les convoitises. Ainsi le Kalpa-druma de l’Inde est un arbre qui accomplit tous les désirs. Un tel arbre était digne d’ombrager le paradis de Mahomet. Aussi Lazzaro Papi, dans ses Lettere sull’Indie orientali, dit-il que les musulmans de l’Inde racontent des choses merveilleuses sur le touba, « l’arbre de la félicité. » Tout rameau qui s’étend sur la demeure d’un élu lui fournit la nourriture la plus exquise. Il donne aux bienheureux la soie la plus fine pour se vêtir, et de son tronc sortent les plus beaux chevaux, magnifiquement harnachés. Ce tronc est si élevé, et ses rameaux s’étendent sur un si vaste espace, que le coursier le plus vigoureux et le plus rapide pourrait à peine, après un voyage de cent ans, sortir de son ombre immense. Les disciples de l’islam n’ont pas seuls transporté dans le ciel, cet arbre de vie que les Sioux de l’Amérique considéraient comme leur ancêtre. Dans la capitale de l’empire d’Orient, on parlait d’un arbre colossal placé au milieu du paradis, qu’il couvre de son ombre. Cet arbre, brillant comme l’or et le feu, possède les feuilles et les fruits de tous les arbres terrestres. Son feuillage exhale le plus doux parfum, et de ses racines coulent douze sources de lait et de miel, comme du frêne Yggdrasil des Scandinaves tombe la « chute du miel » (humângfall), et comme le Gaokerena des Perses produit l’ambroisie. Il n’est pas difficile de reconnaître l’arbre byzantin dans l’arbre primitif russe. Cet arbre est de fer, il a pour racine la force même de Dieu ; sa tête soutient les trois mondes, le ciel, la terre et l’enfer.

La naissance de la flamme était bien propre à fortifier chez les peuples primitifs l’idée qu’ils se faisaient du caractère surnaturel de l’arbre, ainsi que l’a prouvé le professeur Adalbert Knhn dans un travail justement admiré sur l’origine du feu[8]. Quelques sauvages ont conservé l’usage de faire du feu en tournant un bâton dans le trou d’un morceau de bois, et Gonzalo d’Oviedo, l’auteur du Sommario delle Indie occidentali, expliquait minutieusement aux Italiens de son temps comment les Américains l’obtenaient de cette manière. Dès les temps védiques, la production du feu fut assimilée à la création même des êtres vivans, et considérée également comme un prodige, comme une conquête arrachée au monde supérieur. Dans cet ordre d’idées, il était naturel d’attribuer au bâton une vertu magique. L’épopée juive attribue au bâton de Moïse une puissance extraordinaire. C’est avec ce bâton qu’il épouvante l’Égypte et son Pharaon ; c’est avec lui qu’il fait jaillir, dans le désert, l’eau du rocher. Pour les anciens, le bâton a le pouvoir de faire sortir l’eau claire du rocher ténébreux, l’or resplendissant de la terre noire, la flamme céleste de l’arbre à la sombre écorce. Par extension il peut chasser de leur retraite les amis des ténèbres, les démons et leurs instrumens, comme avec le bâton du Christ saint Patrice, adversaire redouté du diable, fit sortir les vers venimeux de l’Irlande. Avant lui, l’Atharva-Véda invoque dix espèces de branches qui ont un pouvoir vermifuge[9]. Dans une tradition du cycle épique de Novgorod, Péroun, le dieu russe de la foudre, armé du bâton, chasse les ténèbres de l’hiver et ouvre les portes au printemps. La verge d’or d’Indra, foudre étincelante, ouvre les ténébreuses cavernes des nuages, où les démons voleurs ont caché les vaches fécondes, le trésor des eaux du ciel, que la terre altérée de l’Inde attend avec angoisse. Dès le XIe siècle, nous voyons, en France, « la baguette divinatoire, » rameau fourchu de coudrier, de pommier, d’aune ou de hêtre, découvrir les sources et les trésors. Perrault, qui conserve précieusement tant de traditions mythiques, fait dire à la fée Peau-d’âne :


Je vous donne encor ma baguette ;
En la tenant en votre main,
La cassette suivra votre même chemin,
Toujours sous la terre cachée ;
Et lorsque vous voudrez l’ouvrir,
À peine mon bâton la terre aura touchée.
Qu’aussitôt à vos jeux elle viendra s’offrir.


La magie, qui n’est qu’une transformation des rites antiques, ne pouvait manquer de conserver les vieilles traditions sur la puissance de la baguette. Le cercle magique tracé avec le bâton des nécromanciens fait tomber dans leurs mains tous ceux qui entrent dans ce cercle. Les contes populaires européens, non moins fidèles aux dogmes primitifs, nous parlent aussi d’un bâton merveilleux qui frappe de lui-même tous ceux qui se trouvent autour du trésor. Sans être aussi redoutable que le bâton de Péroun et la verge d’Indra, il conserve quelque chose de leur puissance. Faut-il rattacher au même ordre d’idées les bâtons de commandement, le sceptre des rois, la verge des licteurs, la crosse des évêques, le bâton des maréchaux ? M. de Gubernatis, assez porté à expliquer un certain nombre de faits par la même hypothèse, incline vers cette supposition. On serait tenté de ne voir dans le sceptre et la crosse que la verge du pâtre, insigne primitif de l’autorité chez les nomades. Mais de même que dans plus d’un pays « tout berger est un peu sorcier, » les vies des saints montrent que le bâton des pasteurs a souvent opéré des prodiges. Ainsi un de ces bâtons planté dans le sol y fait naître à l’instant un arbre vigoureux.

Ce miracle, qui nous semble si éclatant, est simplement le réveil de la vie que les mythes attribuent au végétal. Loccenius, écrivain allemand du XVe siècle, parle d’un genévrier qui s’indigne et crie lorsqu’on veut l’arracher. Dans le Guillaume Tell de Schiller, il est question d’une montagne où tous les arbres saignent sous la hache. Une forêt de ces arbres se trouve dans la Gerusalemme liberata du Tasse. Dans un auto sacramental de Galderon (el arbor del mayor frutto), lorsque Candaces, obéissant à Salomon, coupe sur le mont Liban l’arbre unique et triple, il en jaillit une rivière de sang. Dans un des contes populaires russes traduits en anglais par M. Ralston, le héros ayant suspendu son gant à un arbre, le sang tombe de ce gant. Virgile fait parler le cornouiller de Polydore, et, en Toscane, le cornouiller sanguin (qu’on nomme sanguine) dénonce l’assassin. Le végétal, qui souffre du mauvais œil, peut même mourir si une impression trop vive le saisit. Fernan Caballero (Cecilia Bohl de Arron), qui a recueilli les légendes de l’Andalousie, rapporte que, dans ces légendes, les arbres et les herbes séchèrent sur le passage de Jésus marchant au Golgotha. La légende d’Adam et d’Eve (XVe siècle), publiée par M. A. d’Ancona[10], raconte aussi qu’il n’a poussé aucune plante sur la route suivie par eux lorsqu’ils ont quitté l’Éden.

L’arbre semble pouvoir se défendre contre l’homme qui veut le tuer. Dans la légende hindoue de Sâvitri, le jeune Satyavant, qui essaie de couper un arbre, s’affaisse et meurt. Dans un des contes toscans publiés par M. de Gubernatis, un bûcheron succombe de la même façon. Une légende germanique par le d’une paysanne qui veut déraciner une souche, et qui devient si faible qu’elle peut à peine marcher et qu’elle tombe en langueur. Aussi dans les vastes forêts de l’Allemagne et de la Russie bien des paysans, au lieu d’arracher les vieux sapins, les coupent-ils au-dessus de la racine. Ces croyances, — on ne saurait le contester, — ont protégé les arbres, averti qu’on était par un secret instinct des relations intimes qui existent entre tous les êtres vivans, relations méconnues plus tard d’une façon si imprudente et si déplorable. Les conséquences de la folle guerre d’extermination faite aux arbres ne frappent-elles pas maintenant tous les regards ?


II

Nous avons vu l’arbre cosmogonique tenir le premier rang dans la forêt. Si l’on en croit l’Inde, il y aurait aussi un être exceptionnel parmi les plantes. Nous apprenons en effet, par le Yadjour-Véda noir, que le roi des herbes est Soma : « Les herbes ayant Soma pour roi, les unes après les autres sont entrées au sein de la terre. » Le Rig-Véda dit aussi : « Toutes les herbes qui ont Soma pour roi, l’une après l’autre créées par Brihaspati, ayant pénétré au sein de la terre. » Au ciel, le roi des herbes, Soma, est certainement le dieu Lunus, sa fleur est argentée, et sa racine est la nuit. Chez les Hellènes, les herbes puissantes employées par les magiciennes fleurissaient aussi dans le jardin d’une divinité lunaire, Hécate. On croyait en Grèce que la rosée dont les plantes sont humectées le matin était un don des nymphes compagnes d’Artémis (Diane). Sous un ciel brûlant, les herbes semblaient devoir leur accroissement à la rosée, qui les rafraîchissait tandis que Diane, la lune, brillait à l’horizon, versant sur la nature le suc éternel par lequel la végétation se renouvelle sans cesse. Il était donc naturel de mettre, comme les Hindous les herbes sous sa protection. Sur la terre, l’herbe lunaire (Vasclépias acida) est l’herbe suprême, l’herbe par excellence, appelée comme la lune oshadipati (seigneur des herbes). Le Rig-Véda nous montre les plantes s’entretenant avec leur souveraine, la meilleure d’entre elles. Les forces curatives dispersées dans le monde végétal sont concentrées en elle, selon le Rig-Véda : « En tombant du ciel, les herbes ont dit : Cette vie que nous venons d’obtenir, l’homme ne la détruit point ; celles qui écoutent ces mots de près, et celles qui se sont éloignées en se donnant rendez-vous ici, toutes lui accordèrent la puissance curative par excellence. »

Le Libellus de virtutibus herbarum, attribué au dominicain Albert le Grand, prouve que le moyen âge avait conservé la tradition de l’herbe lunaire. L’erba lunaria possède des vertus curatives, et sa fleur, « qui croît et décroît comme la lune, » est utilisée contre l’ophtalmie et rend la vue perçante. De nos jours, les montagnards de la Majella (Abruzzes) pensent que, sous certaines conjonctions d’astres, l’herbe de la lune peut changer les métaux en or. Les jardiniers de contrées où l’esprit de doute a fait plus de progrès ne laissent pas d’imaginer encore qu’il existe entre la lune et les plantes qu’ils cultivent des affinités mystérieuses. On croyait que la lune croissante exerçait une influence salutaire, et qu’à son déclin elle remplissait les herbes de poisons : de là les relations des sorcières avec Hécate. M. de Gubernatis a entendu les paysans toscans se moquer d’un jardinier assez ignorant pour semer des pois chiches pendant le déclin de la lune. La chevelure, considérée comme une végétation, doit obéir à des lois pareilles. En Roumanie, une femme doit, pour avoir de beaux cheveux, en couper le bout quand la lune grandit.

On sait la place que le Soma occupe dans le culte de l’Inde. Chez un autre peuple aryen, les Perses, le Hoama ou Homa n’est pas moins vénéré, et les relations de l’Iran avec la Judée lui ont donné une importance toute particulière. Parmi les objets et les instrumens du sacrifice, celui qui reçoit les hommages les plus enthousiastes et les adorations les plus exaltées est le Homa, recueilli dans le mortier où le pilon broie la plante produisant le divin breuvage, qui « éloigne la mort, » qui a « été créé parfait, » qui guérit tous les maux, » qui « est pour l’âme le plus précieux trésor. »

L’Yaçna nous apprend que Homa est un personnage divin avant de devenir un breuvage sacré. Au point du jour, Homa vint trouver Zoroastre, qui purifiait l’autel du feu, et qui chantait les Gâthâs. Zoroastre l’interrogea : « Qui es-tu, ô toi, l’être le plus parfait que j’aie vu dans le monde des corps ? — Je suis, ô Zoroastre, le saint qui éloigne la mort. Honore-moi, ô le plus sage des êtres, extrais-moi pour me manger : loue-moi dans tes chants, comme jadis m’ont loué les autres prophètes de la loi. » Homa nomme ensuite les prophètes qui l’ont « extrait pour le sacrifice, » et Zoroastre répond : « Hommage à Homa, le saint Homa, qui a été créé parfait ; il est juste, il guérit tous les maux ; il est brillant, il est bienfaisant, il est victorieux ; il est de la couleur de l’or. Ses branches sont flexibles et tendres, nous le mangeons aisément. Il est excellent ; il est pour notre âme le plus précieux trésor. toi qui es de couleur dorée, je te demande la sagesse, la force, la victoire, la santé, la guérison, la pureté, le développement et la vigueur de mon corps, les justes proportions de toute ma personne. »

Si le chef des créatures terrestres parle en ces termes du Homa, rien n’est moins surprenant que le culte passionné des prêtres du mazdéisme. Aussi les louanges du Homa remplissent-elles une grande partie du Vispéred : « Nous offrons, disent les prêtres en parlant d’Ahoura-Mazda, ce Homa que nous élevons vers lui ; nous l’offrons à ce Dieu tout-puissant qui donne au monde son développement et sa beauté, à ce maître bon et saint, le maître souverain de toutes les créatures. Nous offrons ce Homa aux Améshaçpentas, aux eaux saintes, à notre propre âme, à toute la création pure. Nous offrons ce Homa, ces vases où le Homa est contenu, ces vases où il est déposé… Nous offrons pieusement ces objets sacrés qui doivent être pour notre canton une source de prospérité, qui doivent l’étendre, le fortifier, le grandir. Nous offrons ces saints objets qui écartent l’impiété de notre demeure, qui préservent notre maison de tous les fléaux, qui protègent nos troupeaux, qui sauvent les hommes nés et à naître, qui sauvent les justes, au nombre desquels nous comptons les justes des deux sexes aux œuvres éclatantes et saintes… »

Le culte de Mithra, le dieu rédempteur, qui n’apparaît qu’assez tard dans la mythologie iranienne, finit par prendre un grand développement chez les sectateurs de Zoroastre. Mithra devient prépondérant au temps des Sassanides, et peu de temps avant la conquête musulmane il tend à remplacer les autres divinités, même Ahoura-Mazda. Un moment, il disputa au Christ le monde gréco-romain, et ses fêtes se célébraient même à Rome avec une grande pompe, le 25 décembre, jour de sa naissance. Dans les mystères mithriaques, le vin, auquel on ajoutait de l’eau, et le blé avaient remplacé le Homa[11], et Tertullien accuse le diable d’avoir parodié les mystères de l’église. Les pratiques qui irritaient le fougueux Africain sont dans leur substance trop anciennes parmi les disciples de mazdéisme pour qu’on puisse croire qu’ils aient eu besoin d’emprunter aux chrétiens « l’oblation du pain, » qui occupait une place si grande dans ces célèbres mystères mithriaques que les légions impériales propagèrent dans toutes les provinces romaines.

Parmi les biens de toute espèce que la plante divinisée peut donner aux mortels, aucun n’a semblé plus précieux à l’Inde voluptueuse que l’empire des cœurs. Aussi le Rig-Véda et le Yadjour-Véda noir disent-ils que la meilleure des herbes est celle qui procure l’amour. « Parmi les herbes nombreuses qui ont Soma pour roi, dit le Rig-Véda, qui ont le secret de cent guérisons, tu es la suprême, toi qui disposes à l’amour, toi favorable au cœur. À cette herbe ont conjointement donné un pouvoir héroïque toutes les herbes qui ont Soma pour roi. » Les magiciennes de l’époque védique n’étaient pas moins habiles que les sorcières thessaliennes à se servir des plantes pour faire naître l’amour : « De même, dit l’Atharva-Véda, que le vent remue les herbes sur la terre, je remue ton esprit, pour que tu m’aimes, pour que tu ne t’éloignes jamais de moi. Vous deux, Açvins[12], réunissez donc le couple amoureux. »

Les chants populaires des Slaves conservent ces croyances de l’Orient. Dans les pesmas de la Serbie, dont on doit la publication à Youk, il est question de deux herbes qui produisent des philtres irrésistibles. Les chants populaires des Polonais parlent d’une plante aux feuilles bleues et aux fleurs rouges qui peut non-seulement rendre amoureux, mais encore transporter celui qui en fait usage où il le désire. N’a-t-on pas voulu dire que l’amour comme la foi peut transporter les montagnes ?

Le pizzungurdu des Siciliens a les mêmes propriétés que les herbes dont par le Vouk. Cette plante, dit M. Pitre, qui a recueilli en Sicile tant de précieuses traditions populaires, anéantit complètement le libre arbitre. Toute femme doit nécessairement brûler d’amour pour l’homme qui en administre le suc à sa victime dans un aliment. Les récits du continent italien sur la concordia nous présentent la même idée, mais sous une forme moins rude. Avec le temps, la pensée primitive a perdu une partie de son caractère absolu, comme ces êtres dont parle le transformisme, qui modifient leurs organes pour soutenir la « bataille de la vie » dans des milieux fort différens.

Le nom de concordia, qu’on donne en Italie à certaines plantes fait assez comprendre la vertu dont elles jouissent. Le Libellus de virtutibus herbarum, attribué à Albert le Grand, dit que la valeria contient un succus amantilis qui porte à s’aimer ceux qui se faisaient la guerre. Le célèbre dominicain allemand croit que la province dispose les époux à vivre en bonne intelligence. Au XVe siècle, Sarnini, de Sienne, parle de l’erba pacifica. Au XVIe siècle, J.-B. Porta fait mention de la concordia, à laquelle les femmes siciliennes attribuent le pouvoir de rendre plus aimables les maris querelleurs. Aussi dans ses grains noirs on voit l’image d’un cœur. Cette plante précieuse est encore connue dans les Abruzzes et en Piémont. Le professeur Saraceni écrivait de Chieti à M. de Gubernatis qu’à Majella les fiancés, afin de ne pas se brouiller, ont l’habitude de la porter dans un petit sac, avec d’autres objets. Dans la vallée de Lanzo, en Piémont, la concordia fournit aux fiancés des renseignemens prophétiques sur l’avenir qui les attend. Ils vont à la recherche de la palma christi, plante dont la racine, divisée en deux, a la forme de deux mains. Si l’une tourne à droite et l’autre à gauche, le mariage ne sera pas heureux. Dans la vallée d’Aoste, on consulte la fleur d’une autre plante, dont le suc peut produire l’amour ; mais on doit avoir soin, quand on en fait une boisson, d’employer le mâle pour les femmes et la femelle pour les hommes. S’il existe une plante qui a la vertu de rapprocher les cœurs, d’autres produisent des effets contraires : les noms de discordia, alterco, odio, donnés à ces plantes, sont assez significatifs. Telle est, par exemple, la virga pastoris, dont le suc, si l’on en croit Albert le Grand, mêlé au jus de la mandragore, fait naître la discorde entre ceux qui le boivent. Le curieux Livre de Sidrach, publié à Bologne par le professeur A. Bartoli, décrit cette plante. « Qui porte sur soi cette herbe, dit le Livre de Sidrach, est sûr d’être détesté de tout le monde. » Les bêtes elles-mêmes en éprouvent le pouvoir. Ces idées ne sont nullement étrangères à notre Orient, toujours fidèle aux croyances primitives. Un chant populaire des Bulgares, traduit par M. Dozon, cite trois plantes : la tentava bleue et la blanche, la vratica jaune et la koumanila, qui est de la même couleur. Une bête monstrueuse, appartenant à la race des dragons, Elka, s’éprend de Stoïan. Sa mère, qui veut le délivrer de ce triste amour, l’engage à tenir ce discours au monstre : « Elka, chère fille des dragons, puisque tu voyages tant, que tu parcours le monde entier, ne connais-tu pas les plantes qui font haïr, les plantes qui séparent ? car j’ai une sœur cadette dont un Turc s’est épris ; que je la lui fasse haïr, haïr, Elka, que je l’en sépare ! » Elka lui désigne alors les trois plantes qu’il faut faire bouillir, à minuit, dans un pot de terre non cuit au four. Une fois en possession du secret, la rusée Bulgare arrose son fils avec l’eau dans laquelle les plantes ont bouilli. Quand Elka arrive, elle s’écrie épouvantée : « Stoïan, cher Stoïan, que tu m’as aisément trompée et séparée de celui que j’aimais ! » Dans un autre chant du même recueil, un dragon apprend à la jeune Rada que sa mère attache à sa chemise des herbes qui font haïr. Le dragon, entassant au-dessus de la maison y a vu la mère de la jeune fille, assise à l’étage supérieur. Cette magicienne, cette enchanteresse, cousait des chemises pour sa fille, elle y attachait toutes sortes d’herbes « qui font haïr, qui séparent. » — « Afin, ô Rada, ajoute le serpent, que je te prenne en haine, ta mère la magicienne enchante la forêt et l’eau ; elle a pris un serpent vivant et l’a mis dans un pot neuf, elle alluma dessous un feu de charbons blancs ; le serpent se tordait dans le pot, se tordait et sifflait, tandis que ta mère faisait ses incantations. »

Ces croyances sont celles de tous les Aryens. Nous les retrouvons, dès la plus haute antiquité, chez les Hindous. Dans le Rig-Véda, une femme tourmentée par la jalousie s’adresse à une « herbe puissante, extrêmement forte, » pour se délivrer de sa rivale : « O toi, dit-elle en la déracinant, dont les feuilles sont larges, ô plante heureuse, ô envoyée des dieux, ô robuste, éloigne de moi la rivale, fais en sorte que l’époux m’appartienne exclusivement. Donne-moi le dessus, le dessus, le dessus sur toutes les femmes supérieures ; que ma rivale, au contraire, devienne la plus infime des infimes. Je ne veux pas la nommer ; elle ne doit pas prendre du plaisir avec cet homme ; nous faisons partir bien loin la rivale. Je suis forte, et toi aussi tu es forte. Nous deux fortes, nous allons ensemble vaincre ma rivale. » Puis, mettant sur son époux endormi l’herbe magique, elle ajoute : « Je place sur toi la puissante, je t’entoure avec la puissante ; que ton esprit coure vers moi comme la vache vers le veau, comme l’eau sur la pente. » La plante dont il s’agit réunit donc les deux propriétés, comme la virga pastoris d’Albert le Grand ; elle rend odieuse la rivale, elle la chasse du cœur de l’époux ; comme la concordia des Piémontais, elle rend l’époux aimable.

Les merveilleuses « herbes de la Saint-Jean » nous permettent de rivaliser avec les prodiges de l’Inde védique. La saison dans laquelle tombe la fête du rude fils de Zacharie a disposé les chrétiens à lui attribuer les plantes consacrées au soleil. Les feux de la Saint-Jean font assez comprendre le caractère solaire d’une fête comme celle du précurseur, qui coïncide avec le solstice d’été. Dans la nuit de la Saint-Jean, le dualisme, qui partage les plantes entre le bon et le mauvais principe, cesse miraculeusement. Partout triomphe Ahoura-Mazda, le vainqueur des ténèbres, de la nuit et du mal. Aussi les herbes malfaisantes perdent toutes leur pouvoir diabolique, et dans ces momens heureux, mais, hélas ! trop courts, l’unité du plan divin se trouve momentanément rétablie. Cette trêve dure si peu que le jour même de la Saint-Jean, après le lever du soleil, il serait dangereux de cueillir les herbes. Celles qui, sous l’influence de la rosée, image de l’eau purifiante du Jourdain, dans laquelle le Baptiste plongeait les Juifs pécheurs, ont acquis des propriétés particulières, sont connues sous le nom « d’herbes de Saint-Jean. » Telles sont, pour citer les principales, les fougères, l’hypericum et l’armoise. Un décret du concile de Ferrare, au XVIIe siècle, défend de cueillir des fougères dans cette nuit fameuse, ni d’exposer des étoffes à la rosée[13] pour les préserver des insectes qui les rongent. A Salaparuta, en Sicile, l’hypericum perforatum (millepertuis), trempé dans l’huile, est un vulnéraire infaillible. Dans le district de Florence, on emploie la même plante grasse pour la guérison des blessures. A Sarego, en Vénétie, on se munit d’une fiole de la rosée pour y tremper une herbe qu’on nomme basalica, probablement le basilic. Nous apprenons, par les Évangiles des quenouilles (Ve journée), qu’en France on frottait avec les herbes de la Saint-Jean le pis des vaches pour avoir un lait plus abondant, et qu’on mettait ces herbes sous le seuil des étables.

On trouve chez les Allemands des pratiques et des croyances analogues. Le Johannisblut (sang de Jean), cueilli dans la nuit de la Saint-Jean, porte bonheur ; mais cette plante doit être déracinée avec une monnaie d’or. Chez les Scandinaves, les herbes de la Saint-Jean révèlent les événemens futurs. Aussi, en Suède, les jeunes filles mettent sous leur oreiller, la veille de la fête, un bouquet composé de neuf fleurs, cueillies sur des terrains différens, parmi lesquelles se trouve l’hypericum. Leurs songes ne manquent pas de se réaliser. Dans son Histoire comparée des cérémonies nuptiales chez les Indo-Européens, M. de Gubernatis cite des coutumes védiques semblables.

Plus étranges encore étaient, chez les Anglo-Celtes, au temps de Shakspeare, les propriétés de la graine de fougère cueillie au moment précis de la naissance du précurseur. Cette graine, comme quelques herbes, pouvait rendre invisible. Les fées, divinités celtiques, commandées par leur reine, en disputaient la possession aux démons, commandés par Satan, comme à Kief les hommes doivent lutter contre les sorcières pour cueillir la gentiana amarella[14].

Les Slaves ont une idée encore plus haute de la fougère cueillie dans la nuit de la Saint-Jean. Il est vrai que sa fleur ne s’épanouit qu’un instant, à minuit, et que, pour la voir fleurir, il faut triompher du prince même des ténèbres. Celui qui se sent assez de cœur pour tenter une pareille lutte doit, la veille de la fête, choisir la fougère et placer auprès de la plante la serviette dont il s’est servi au saint et salutaire jour de Pâques[15]. Avec le couteau, il faut qu’il trace un cercle autour de la fougère et autour de sa personne. Dès neuf heures, Satan lui jette des pierres, même des arbres, et autres objets fort pesans. Mais comme il ne peut entrer dans le cercle tracé par le couteau de Pâques, un chrétien orthodoxe saura attendre l’heure de minuit avec une courageuse confiance. Quand l’heure a retenti, la fleur tombe dans la serviette, et son heureux possesseur doit la plier et la cacher dans son sein. La fleur de Saint-Jean lui fera connaître le passé comme l’avenir, l’endroit où sont cachés les trésors, le lieu où sont les bœufs égarés.

Une légende de la Petite-Russie est née de ces croyances. La veille de la Saint-Jean, un paysan avait perdu ses bœufs. En les cherchant dans les bois, il passa auprès d’une fougère, à l’instant même où elle fleurissait, et la fleur tomba dans ses souliers. Non-seulement il trouva ses bêtes, mais il découvrit l’endroit où était un trésor. Revenu chez lui, il eut l’imprudence d’écouter sa femme, dont le diable se servait pour le tromper, et d’ôter ses bas humides. Il perdit, avec la fleur précieuse, le souvenir des découvertes qu’il avait faites. Dans une variante recueillie par le professeur Michel Dragomanof, qui a étudié avec tant de soin et de zèle les traditions de la Petite-Russie, Satan intervient personnellement, et il propose au naïf moujik de changer ses mauvais souliers contre les bottes du diable. Le paysan accepte cette proposition et perd ainsi toute espérance de mettre la main sur le trésor. Comme l’Ésaü biblique, il avait livré des richesses pour un plat de lentilles.

En certaines localités de la Russie, l’herbe de Saint-Jean sert simplement à éloigner les mauvais esprits des maisons et surtout des étables. Elle a cette propriété ailleurs, car Du Cange dit que, de son temps, les Picards suspendaient dans les étables et dans les habitations l’armoise cueillie la veille de la Saint-Jean. On y conservait toute l’année « l’herbe de la Saint-Jean, » à cause des nombreuses vertus qu’on lui attribuait. On ajoutait souvent, dans ces guirlandes, à l’armoise l’hypericum, d’autres plantes et des pattes de gibier. Cette guirlande, composée de sept élémens, était des plus efficaces contre les diables.

Les « herbes de la Madone » jouissent aussi du même privilège. Tel est le genévrier, qui, dans la légende toscane, a sauvé, en Égypte, la vie de la Vierge et de son fils. D’autres plantes ont reçu de celle que nous nommons la panaghia (toute-sainte) diverses propriétés. L’herbe de la Madone, qu’on cueille à Sarego (Vénétie), le jour de l’Assomption, guérit de beaucoup de maux. Il en était de même, chez les Athéniens, du parthénion ; que Pallas montra à Périclès en songe pour la guérison d’un ouvrier qui s’était blessé en travaillant aux Propylées. A Bellune, les Vénitiens appellent herbe de Sainte-Marie cette matricaria parthenium qu’on nommait, à Athènes, « herbe de la Vierge. » En Toscane, l’herbe de la Madone a le don de prophétie. Cette herbe est, dans cette province, une petite pariétaire qu’on prend sur les murs le jour de l’Ascension et qu’on a soin de conserver jusqu’à la Nativité de la Vierge. Comme elle a habituellement assez de sève pour s’épanouir dans les maisons, elle passe pour miraculeuse. Mais, si elle se dessèche au lieu de fleurir, on en tire un mauvais présage. Bauhin[16] a recueilli les noms d’un grand nombre de plantes qui portent le nom de Marie, de Notre-Dame, etc. Telles sont, en France, la Marie-Bregne (le polypode vulgaire), née de son lait ; en Allemagne, le Mariendistel (espèce de chardon) ; en Espagne, la Mante de Nuestra Señora, etc. Nork, dans sa Mythologie der Volkssagen, nous apprend que, dans les pays Scandinaves, on donne le nom de Mariengrass : (herbe de Marie) à diverses fougères, et que Marie est souvent substituée à la Freya du panthéon germanique. De cette façon, on attribue à des herbes qui portent son nom des propriétés qui s’accordent médiocrement avec son caractère.

L’époux de la Vierge, saint Joseph, type de continence comme le patriarche du même nom, est pour cette raison représenté avec un lis. Le même motif lui a fait consacrer en Romaine une campanule blanche, le bastunzein d’ San Iusef, plante vénérée à Bologne, dit Mme Coronedi-Berti. En Toscane, Méandre, aux fleurs éclatantes, porte le nom de mazza di san Giuseppe, parce que, lorsque le saint apprit d’un ange qu’il était choisi par le ciel pour épouser Marie, il fut si joyeux de cet honneur que son bâton fleurit dans ses mains.

Les propriétés si différentes de la concordia et de la discordia, les luttes dont on parle plus d’une fois quand il s’agit de cueillir les herbes de la Saint-Jean, l’emploi qu’on fait de ces herbes et de celles de la Madone contre les esprits du mal, donnent une idée du dualisme qui existe parmi les plantes et font songer à la guerre des deux principes dont nous par le la religion des Perses.

Les puritains du paganisme ont, dès la plus haute antiquité, fait une ardente opposition à la théologie brahmanique. Que le mazdéisme soit dualiste ou monothéiste dans son point de départ, — la seconde hypothèse semble la plus vraisemblable, — il est évident que les conceptions dualistes jouent un grand rôle dans la manière dont il envisage le monde et la vie ; Aussi sa mythologie des plantes a-t-elle un caractère original, caractère qui doit d’autant plus attirer notre attention qu’il se retrouve dans, les croyances qui ont résisté jusqu’à nos jours à l’esprit critique. Comme Angra-Mainyou (Ahriman) voulait opposer aux œuvres d’Ahoura-Mazda (Ormuzd) des créatures capables de tenir tête à la puissance de la lumière et du bien, il créa les plantes impures, empoisonnées, malsaines. Les panthéistes et les monothéistes, dans l’impuissance où ils sont de nier le mal, ont dû faire plus d’une concession à cette théorie. L’Inde panthéiste offrait déjà un point d’appui aux conceptions dualistes quand elle expliquait la puissance malfaisante de certaines plantes par la présence de démons qui s’y cachent aussi facilement que les dieux. Les herbes « tombées du ciel » peuvent donc être perverties comme les hommes. Les Aryens ont en Europe conservé ces idées. Les légendes germaniques nous parlent de démons et de monstres, nommés Katzemann (homme chat), Kartoffelwolf (loup des pommes de terre), Kleesau (truie du trèfle), Kornwolf (loup du blé), Krautesel (âne de l’herbe), etc., qui vivent dans les plantes ou qui travaillent à les détruire. M. Mannhardt fait voir que les maladies des plantes, surtout celles du blé et des légumes, sont attribuées aux démons[17].

Satan, ayant hérité des privilèges d’Angra-Mainyou, est comme lui le véritable souverain de tout un monde végétal, qui porte le nom « d’herbes du diable. » Les plantes sinistres, dangereuses, maudites, grandissent et pullulent par la protection du « prince du monde[18]. » Le nom qu’elles portent indique parfois leur caractère malfaisant. Telles sont dans l’Inde l’asuri (la diablesse). Chez les Hellènes, les Médée et les Circé cultivaient de pareilles plantes dans leurs jardins redoutés. Pour les paysans de la Petite-Russie, le tabac, qui en Occident eut d’abord contre lui de graves adversaires, par exemple la « docte cabale » d’Aristote, est une plante diabolique. Par le moyen d’une herbe, Satan intervient dans certains mariages russes. Dans le gouvernement de Tver, quand on veut demander une fille en mariage, on met dans une bouteille d’eau-de-vie une herbe nommée « herbe du diable, » on pare la bouteille de rubans et de bougies, et le père de la fiancée va, avec ce présent, faire visite au père de son gendre futur, qui propose d’acheter ce diable pour cinq kopecks (20 centimes). Mais le père de la fiancée se hâte de dire : « Notre princesse vaut plus que cela, » et il finit par exiger un rouble d’argent. Comme on était convaincu que les dieux avaient donné aux végétaux une physionomie en rapport avec leurs propriétés mystérieuses, les apologistes du « gouvernement de la Providence, » ancêtres de Joseph de Maistre, ne pouvaient avoir une idée favorable des plantes épineuses. Les Hindous ne se soucient point de construire des maisons et des tombeaux dans les lieux où elles poussent. Le mot sanscrit Kantaka est devenu synonyme d’ennemi. L’enfer de l’Inde est rempli de plantes armées d’épines ; il en est de même de l’Enfer de Dante, et dans le Tartare des Hellènes l’asphalatos déchirait les damnés. Une poésie de l’Inde reproche à une plante (kantakârikâ) de la famille des solanées d’avoir des épines, sans avoir d’odeur, les épines n’étant à leur place que dans l’oranger et le kétaki (pandanus odoratissimus), théorie que s’approprie complètement un livre de magie imprimé à Francfort au XVIe siècle, l’Apomasaris apostelesmata.

Les plantes épineuses peuvent cependant avoir leur rédemption. Le rhamnos (prunier sauvage), ayant servi dans les combats à la « guerrière Pallas, qui détruit les villes, » on supposait qu’il pouvait être utilisé contre les mauvais génies, et on le suspendait aux portes des maisons. Le genévrier, ayant sauvé la vie à l’enfant Jésus et à la Vierge, au temps de la fuite en Égypte, a reçu comme récompense la propriété d’éloigner les diables, propriété bien connue des paysans toscans de la montagne de Pistoia, qui s’en servent pour protéger leurs demeures contre les sorcières. L’épine sainte a été sanctifiée depuis qu’elle a formé la couronne ensanglantée du Christ libérateur. Aussi les enfans vénitiens portent souvent sur eux une épine d’acacia, qu’on regarde dans leur province comme la spina sancta. Mais un arbre, d’abord pur, peut changer de caractère. L’arbre où se pendit Judas est maintenant maudit. Malheureusement on ne s’accorde pas sur le nom de cet arbre. Dans la Petite-Russie, on donne de fortes raisons en faveur de l’ocina (le tremble), dont les feuilles sont toujours agitées. En Sicile, on croirait plutôt qu’il s’agit de la vruca (tamarix africana), dont le bois inutile ne donne ni cendre ni feu. (Si cornu lu lignu di la vruca, chi nun fa ni cinniri ni fuocu). Avant la passion du Christ, ce tamarin était grand et beau ; mais il est devenu chétif et laid[19]. L’âme du traître rôde autour de son tronc rabougri, et s’irrite de voir toujours son corps suspendu à ses branches. Une autre tradition sicilienne substitue au tamarin le gaînier ou arbre de Judée (cercis siliquastrum), soit à cause de son écorce sombre, soit à cause de la forme de ses graines, assimilées, comme une espèce de figue de la côte du Coromandel[20], à la bourse que portait le trésorier des apôtres et de leur maître. Peut-être son nom (arvulu di Giudeo) a-t-il décidé le peuple à le nommer arvulu di Guida. Les sorcières se plaisent sous les branches de cet arbre, et si quelqu’un en tombe, il est sûr de se tuer.

L’origine et la couleur des végétaux peuvent aussi influer sur l’opinion qu’on s’en fait. « Du campa qui croît sur les tombeaux, disent les Hindous, on doit éviter de s’approcher. » La reine des fleurs de l’Inde devient ainsi suspecte. Les plantes aux couleurs sombres devaient être préférées du sinistre souverain des ténèbres, Angra-Mainyou. Macrobe cite le témoignage de Veranius, qui dît que les arbres blancs produisant des fruits sont heureux (felices), tandis que les arbres noirs sont des arbres de malheur. Le grand poète russe Alexandre Pouchkine a, en décrivant l’antchar de l’Inde[21], exprimé avec vigueur l’opinion qui attribue un aspect sinistre aux plantes vénéneuses : « Dans un désert aride et stérile, sur un sol calciné par le soleil, l’antchar, tel qu’une vedette menaçante, se dresse unique dans la création. La nature, dans ces plaines altérées, le planta au jour de sa colère, abreuvant de poison ses racines et la pâle verdure de ses rameaux. Le poison filtre à travers son écorce en gouttes fondues par l’ardeur du midi ; le soir, il se fige en gomme épaisse et transparente. L’oiseau se détourne à son aspect, le tigre l’évite ; un souffle de vent courbe son feuillage ; le vent passe, il est emporté. Une onde arrose un instant ses feuilles endormies, et de ses branches tombe une pluie mortelle sur le sol brûlant[22]. »

L’imagination des peuples a créé de tels arbres, dont l’ombre seule peut donner la mort. On sait à quelles exagérations a donné lieu le mancenillier (hippomane mancenilla), dont on disait aussi qu’il suffit « que l’onde arrose un instant ses feuilles pour qu’une pluie mortelle tombe de ses branches. » L’inoffensif tamarin, suspect aux Siciliens, ne semble pas avoir une meilleure réputation chez les Hindous, puisqu’ils le nomment yamadûtikâ (messagère de Yama, dieu de la mort). L’if, dont le feuillage passait pour vénéneux, le noyer, dont les émanations nuisent aux animaux comme aux végétaux, sont suspects en Europe. Le sombre cyprès qui s’élance vers le ciel symbolise à la fois la mort et la vie. Dans les carmina popularia Grœciœ recentioris de Passow, le corps de l’amante produit un cyprès sur sa tombe, et le corps de l’amant malheureux un roseau. Ces transformations ne se rencontrent pas seulement dans les légendes helléniques, on en peut citer des exemples chez les Slaves du sud. Un chant bulgare recueilli par M. Dozon fait dire à un amant : « Moi je deviendrai un vert érable, toi, près de moi, un vert sapin ; et les bûcherons viendront, les bûcherons avec des haches arrondies, ils abattront le vert érable, puis le mince sapin, ils en tailleront de blanches planches, ils feront de nous des lits, ils nous placeront l’un auprès de l’autre, et ainsi, ma mie, nous serons toujours ensemble. » Dans les pesmas serbes de Vouk on retrouve la même idée : « Du corps d’Orner germe un vert sapin ; de Merima, une verte sapinette ; la sapinette s’enroula autour du sapin, comme de la soie autour d’un bouquet de basilic. » Dans un conte toscan, publié par M. de Gubernatis, le jeune homme tué se transforme en cornouiller, dont une branche, devenue flûte, révèle en chantant sa mort tragique.

Nous serions trop heureux si nous n’avions à redouter en ce bas monde que les violences des meurtriers ; mais l’homme est entouré de forces et d’intérêts hostiles contre lesquels il doit lutter sans cesse. Pour triompher, n’oubliez jamais que « dans l’herbe est toute la force du monde[23]. » Un sortilège expose-t-il votre enfant à perdre la vie ? Si un envieux est la cause du mal, vous guérirez certainement le malade en frottant son corps avec une infusion de l’erba invidia, La calomnie s’avise-t-elle de troubler les noces ? On vous indiquera dans la Petite-Russie une plante, nommée prikrit, qui en paralyse l’effet[24]. L’Inde védique connaît des herbes qui mettent à l’abri du tonnerre aussi bien que, chez les Allemands, le dormerkravt et le donnerrehe. Le livre de Sidrach décrit une plante qui rend invulnérable, et un voyageur dans l’Inde, Niccolô di Gonti, sait qu’elle se trouve dans l’île de Java. Le curieux Livre de Sidrach n’ignore pas non plus que celui qui porte dans la bouche une petite herbe (erba piccola di mezzo dito) peut aller au milieu de la foule sans que personne l’aper-r çoive. Le père Martini, missionnaire du XVIIe siècle, indique dans son Atlas sinicus cité par Kircher, deux plantes qui, selon les Chinois, ont la propriété de rendre la jeunesse. La plante préserve les biens comme les personnes. Apulée[25] recommande une herbe qui garantit des voleurs. Açvalâyana nous apprend que, lorsqu’on construisait une maison, pour la protéger contre l’incendie, on avait soin de placer une avakâ dans les fondations. Le commentateur Nârâyana ajoute qu’on y doit mettre aussi l’herbe sacrée kuça, dont il faut tourner les pointes vers le septentrion et vers l’occident. On arrose le tout d’eau de riz et d’orge, en invoquant Agni, dieu du feu, pour qu’il ne descende pas sur la maison qu’on va bâtir.

Malheureusement les armes offensives ne manquent pas plus parmi les (herbes que les armes défensives. Ainsi les voleurs russes savent très bien que la rariv-trava, aussi puissante que le fameux sésame des Mille et une Nuits, ouvre toutes les serrures[26]. Elle fait ainsi autant de mal que « l’herbe d’Hercule » rendait de services aux contemporains d’Apulée. S’il existe uns herbe de mémoire, il s’en trouve qui la font perdre, comme le lotus, qui effaçait chez les héros de l’Odyssée tout souvenir de la patrie. « Une fois que je m’étais égaré dans un bois, en Normandie, que je connaissais pourtant assez bien, — c’est M. Baudry qui parle, — un paysan me dit : « Ce n’est pas étonnant vous avez sans doute pétillé (marché), sur quelque mauvaise herbe[27]. » Cette plante est connue dans la Suisse française comme au Piémont, fait constaté par Mme de Gasparin et M. Bertolotti. Les exemples qu’il serait aisé de multiplier achèveraient de prouver que le dualisme est la loi du monde végétal, et que dans la « lutte pour d’existence » les plantes peuvent devenir de précieux auxiliaires ou des adversaires redoutables.


III

« La fleur, dit Porta, dans l’intéressant ouvrage intitulé Phytognomonia, publié à Naples à la fin du XVIe siècle, est dans la plante ce que l’œil est dans l’homme (respondel flos oculo). Elle est la radieuse manifestation de la puissance de la vie et de la lumière. Tel est bien le sens qu’elle a dans les mythes de l’Inde. Dans les cosmogonies, le splendide lotus, bleu comme l’azur des deux, apparaît sur les eaux primitives comme une fleur de vie et de lumière. Dans le monde supérieur, l’étoile elle-même ne semble pas d’une autre nature ; ne dirait-on pas une fleur du céleste jardin ? La fleur est donc restée pour l’Inde le type de tout ce qui rayonne, de tout ce qui éblouit et charme les regards des mortels : « Chère, dit la poésie, comment le Créateur, qui forma tes yeux avec le lotus bleu[28], ton visage avec le nymphéa[29], tes dents avec les jasmins, tes lèvres avec des boutons de rose, tes membres avec des branches de campaka, a-t-il pu te donner un cœur de pierre ? » La religion consacrait ces idées. Les fleurs, qui ne se flétrissent pas sur la tête des dieux, révèlent leur présence aux humains, et lorsqu’ils rient ou qu’ils parlent, des fleurs tombent de leurs lèvres. Les contes occidentaux n’ont pas perdu tout souvenir de ces merveilles. Chez Perrault, une jeune fille ayant, avec une grâce charmante, donné à boire à une fée, celle-ci lui accorde la faveur de voir les paroles qui s’échappent de sa bouche transformées en fleurs et en perles. Dans le Pentamerone de Basile, une fée, auprès d’une fontaine, déclare à Marziella que, lorsqu’elle rira, les roses et les jasmins tomberont de ses lèvres, et que, lorsqu’elle marchera, les violettes et les lis pousseront sous ses pieds.

Si entre les mains d’une magicienne la plante est si puissante, comment lui résister quand sa fleur est lancée par l’arc même du dieu de l’amour ? Dans le troisième acte de Çakountalâ, ce chef-d’œuvre du théâtre hindou, Kâma est appelé « celui qui a des fleurs pour armes » (kusumâyudha). « Les flèches de Kâma, dit le Saptaçataka de Hala, ont un pouvoir très varié ; elles sont très dures quoiqu’elles ne soient en somme que des fleurs ; elles nous brûlent insupportablement, même quand elles ne nous touchent point. » Kâlidâsa, l’auteur de Çakountalâ, ajoute que lorsque ces fleurs sont lancées, elles deviennent, dans le cœur blessé, dures comme les pointes de diamant. On pense à ce fragile roseau de Virgile qui devient si facilement mortel dans le cœur atteint par la flèche du fils de Vénus, — hœret letalis arundo ! Une strophe qui fait partie du Saptaçataka de Hala, publié par le professeur Weber, nous apprend que les fleurs du manguier (Kâmâyndha, arme d’amour), qui au printemps éveillent l’amour dans le sein des jeunes filles, sont les flèches de Kâma. On dit habituellement que chacune des fleurs de l’arc est une fleur correspondant à une des cinq sensations, une joie modérée, une joie folle, un trouble, une folie, une distraction. On ne s’accorde pas sur le nom des fleurs, mais le manguier se trouve dans toutes les combinaisons. Pour un cœur épris, chaque fleur n’a-t-elle pas la vertu d’un philtre ? Il en est ainsi pour cette amante dont par le une légende du Pendjab : dans le narcisse elle voit ses yeux ; les roses lui rappellent la couleur et l’odeur de ses vêtemens ; les épines la font songer aux cils de ses yeux[30].

Les Latins ayant à leur tour considéré la fleur comme un symbole de fécondité, — Junon, après avoir touché une fleur, conçoit le dieu Mars, — il n’est pas surprenant que les magiciens, héritiers et conservateurs des primitives traditions, s’en servent pour éveiller l’amour dans le cœur des vierges. A Venise, selon M. Bernoni[31], pour ensorceler une jeune fille, on lui fait aspirer une fleur. En France, les contemporains de Descartes n’étaient pas d’un autre avis, car les adversaires d’Urbain Grandier, curé de Loudun, l’accusèrent d’avoir ensorcelé les Ursulines, en jetant par-dessus les murs du couvent des roses dont le parfum les mit à la discrétion du magicien, que l’implacable Richelieu fit brûler vif[32]. N’est-il pas curieux de voir les prêtres français du XVIIe siècle croire comme les brahmanes à la puissance des fleurs lancées par l’arc du dieu de l’amour ?

Image de la vie et de la fécondité dans notre monde, la fleur est dans l’autre la figure de l’immortalité. Nous avons vu qu’elle garde une fraîcheur éternelle sur le front des dieux de l’Inde. Chez les Hellènes, on cueille des fleurs dans les prairies heureuses des champs Elysées, croyance que Mannhardt a retrouvée dans les légendes germaniques[33].

De pareilles idées devaient donner naissance à la fête des fleurs, la rendre fort populaire, et, après tant de révolutions religieuses, la faire subsister jusqu’à nos jours. Dans l’Inde, pays où une merveilleuse végétation ne s’arrête jamais, on lui consacrait les trois derniers jours de décembre. Dans l’Asie-Mineure, la fête des fleurs commençait le 28 avril ; on ornait les maisons de fleurs, on en couvrait les tables, dans les rues on se parait de couronnes. Au printemps, les Athéniens mettaient des couronnes de fleurs aux enfans qui avaient atteint la troisième année. A Rome, les fêtes de la déesse des fleurs commençaient le 28 avril et duraient jusqu’aux calendes de mai. Les fêtes de Flore ont mieux réussi que d’autres à tromper la vigilance de l’église ; car on en retrouve la trace dans tout le monde latin. Sainte Fleur[34] (ailleurs Flora) essaie d’oublier sous l’auréole chrétienne les désordres qui accompagnaient ses fêtes chez les Romains. En Roumanie, le premier dimanche de mai, les paysans vont dans la prairie et la forêt voisine, se couronnent de fleurs et de feuillages, et retournent en chantant au village. Polydore Virgile, qui au XVIe siècle assistait en Ombrie aux mêmes fêtes, se sert pour les décrire[35] des expressions que je viens d’employer. En Toscane, on trouve les mêmes usages dès le XIIIe siècle. En effet, le poème de l’Intelligenza, attribué à Dino Gompagni, dit :


Ne bei meai d’aprile e di maio,
La gente fa di fior le ghirlandette,
Donzelle e cavalieri d’alto paraio
Canton d’amore novello e canzonette.


En Provence, le 1er mai, on choisit le majo, jolie petite fille qu’on habille de blanc, qu’on couronne de roses, qu’on pare de guirlandes et qu’on promène dans la ville[36] ; Ailleurs, au lieu d’un enfant, on se sert d’une branche fleurie ou d’un arbre, qui porte le nom de Mai. Comme il arrive quand deux systèmes sont en présence, les cultes hostiles se sont fait des emprunts. Au XVe siècle (1449), les orfèvres offrirent un « mai verdoyant » à Notre-Dame de Paris, à celle que l’église romaine nomme « fleur du Carmel » (flos Carmeli, virgo florigera), Ces fêtes fournissaient à la muse populaire une heureuse occasion. Laurent de Médicis, qui comprenait le charme de la poésie du peuple, a composé plusieurs maggi :


Si vuol appicare un maio
A qualcuna che tu ami, etc.


On chante toujours des maggi dans plusieurs parties de la Toscane, et comme au siècle du Magnifique, comme au temps des fêtes romaines de Flore, l’idée de l’amour s’associe à celle de l’apparition des fleurs et du retour du printemps : appicare il maio ad una porta équivaut à une déclaration[37]. M. Rubieri, qui publiait récemment, à Florence, une étude sur la poésie populaire de l’Italie[38], croit que les chants de mai font parfois allusion à des exploits de chasse, de pêche et même de guerre. Il est certain qu’à Syracuse la fête de mai se confond avec le souvenir de la victoire des Syracusains sur l’Athénien Nicias[39].

Les fêtes de ce genre ne se trouvent pas seulement chez les nations novo-latines. Chez les Germains, elles se rattachent à d’autres dates de la résurrection de l’astre du jour. À Noël, le soleil est comme un faible enfant dont le premier et charmant sourire éclaire la neige immaculée ; mais ce sourire suffit pour éveiller la nature endormie et « consoler l’univers » mieux que celui des filles d’Eve. Aussi les légendes germaniques rapportent que dans la nuit de Noël un chasseur sauvage apporte du blé et des fruits mûrs. On croit que, par miracle, les fraises parfumées se montrent sur la terre couverte de frimas, et que les pommiers et autres arbres se couvrent de fleurs. M. Mannhardt rapporte cette invocation qu’on fait aux arbres :

Freje ju Büme,
Nûjar is kömen !
Dit Jar no Kâre vull,
Up et Jar en Wagen vull.


L’arbre de Noël, si populaire dans les pays germaniques, est, avec les bougies dont il est couvert, le représentant du monde végétal dont la sève sort de son engourdissement, grâce à la renaissance du soleil. Chez les Latins, l’arbre de mai a le même sens. Mais leur « bûche de Noël » est une trace des coutumes qui subsistent entières chez les Allemands, les Scandinaves, les Anglo-Celtes. En Italie comme en France, la plus grosse bûche (ceppo) est réservée pour cette fête, et même en Toscane la fête a pris le nom de Ceppo. Les habitudes des Serbes expliquent l’origine de cet usage. Quand un visiteur entre dans la maison, il frappe le chêne embrasé avec un morceau de fer en disant : « Autant d’étincelles, autant de bœufs, de chevaux, de chèvres, de brebis, de porcs, de ruches ! » On porte dans le verger le reste du tronc, auquel on attribue une vertu fécondante. Le bois, dont on a dit avec raison « qu’il est du soleil emmagasiné, » représente la puissance de l’astre qui lui communique la flamme, qui par sa renaissance va rendre la vie à notre globe.

M. Mannhardt a montré l’immense développement des croyances relatives au mois de mai chez les Allemands. Là des usages et des croyances qui ailleurs se rapportent à la Fête-Dieu ou à la Saint-Jean ne se séparent pas de la solennité de mai. La pensée est au fond la même : le triomphe de la vie et de la lumière sur les ténèbres, que représente, à Florence, cette Befana, mise en fuite, à l’Epiphanie, quand les jours commencent à croître, par les sons criards des trompettes<de verre. Dans le culte, la foule comprend tout-ce qui se rattache, à l’éternelle passion soufferte par la nature, passion que terminent la résurrection et la victoire momentanée du soleil sur la nuit des hivers, victoire symbolisée en Toscane par le calendimaggio[40], éphèbe armé du thyrse. Les révolutions ont beau se succéder, les « religions de la nature, » comme l’idéalisme des théologiens les nomme avec quelque dédain, ont de trop profondes racines pour céder aisément leur vieux et solide domaine. Elles se résignent au besoin à d’innombrables concessions dans les formes, mais elles gardent leur empire sur l’imagination et le cœur de l’humanité. Les faits cités dans cette étude ne donnent qu’une idée bien incomplète du nombre et de la variété des renseignemens contenus dans la Mythologie des plantes. Le docte auteur, en effet, ne s’est pas contenté de ceux qui nous ont été fournis par les Allemands, il en a, avec beaucoup de soin et de zèle, rassemblé de nouveaux en Italie, et il a interrogé dans d’autres pays les personnes qu’il savait être au courant du sujet. On ne saurait, à mon avis, le blâmer, quand il a été question de classer tous ces détails, d’avoir adopté l’ordre alphabétique, cet ordre facilitant singulièrement les recherches des savans auxquels l’ouvrage est particulièrement destiné.

Dans un livre de cette nature, l’exposition des faits n’est certainement pas la partie la plus difficile de la tâche de l’écrivain. Aussi l’auteur s’est-il constamment préoccupé d’en déterminer le sens. Les causes générales qui ont empêché jusqu’à présent la mythologie comparée de fournir à la science des résultats incontestés rendent assez malaisée, il faut l’avouer, l’interprétation des mythes du règne végétal. On est bien loin d’être d’accord sur les principes, et ceux qui acceptent les mêmes s’entendent difficilement dans les applications. Les Allemands sont assez disposés à voir partout des mythes solaires. En France, l’école de Dupuis et de Volney, qui a eu ses grands jours de popularité, avait aussi la passion des symboles astronomiques. En Angleterre, les idées des auteurs de l’Origine des cultes et des Ruines n’ont jamais eu la vogue qu’ont en Allemagne des théories qui ont un certain caractère de grandeur, d’unité et de poésie. M. Herbert Spencer, que ses compatriotes comparent à Aristote pour la profondeur et l’universalité des connaissances, traite avec un dédain mal dissimulé, dans sa Sociology, des opinions qui ont toujours d’éminens défenseurs dans les universités allemandes. Il veut qu’on cherche sur la terre et non dans les deux l’origine des croyances qui, sous les formes les plus diverses, se sont perpétuées jusqu’à nos jours. Quoique M. de Gubernatis n’ait aucune sympathie pour cette manière de voir, il ne se croit nullement obligé de prendre pour règle les exagérations de l’hypothèse contraire : « Je me sens si peu exclusif, dit-il, et je crois le monde mythologique si vaste que je n’ai pas besoin d’y vote seulement soit des mythes solaires, soit des mythes météorologiques, mais je pense que tous ces mythes y existent et d’autres encore. »

Il est difficile de ne pas donner à ce langage une complète approbation. Il semble, en effet, que l’éclectisme, dont la méthode a été avec raison critiquée quand il s’agit de philosophie, aurait ici sa revanche légitime. Si « tout ce qui se produit de merveilleux dans le monde est naturellement apte à enfanter des mythes, » combien de miracles étaient capables, sur notre globe, de frapper d’étonnement l’imagination enfantine de l’homme primitif ! Dans toutes les contrées où la civilisation n’existe pas encore, les peuples continuent de vivre au milieu des prodiges, comme l’attestent les intrépides voyageurs qui, de nos jours, parcourent dans tous les sens l’immense Afrique. L’Africain n’a pas même besoin de plonger ses regards dans la profondeur des cieux pour y chercher des objets dignes de son culte. Il heurte à chaque pas le mystère, et il adore comme fétiche tout ce que son esprit borné ne lui permet pas de comprendre. Son intelligence et son cœur ne sont pas pour lui moins mystérieux que les êtres qui l’entourent. Il confond perpétuellement le rêve avec la réalité, les hallucinations d’une tête exaltée avec les perceptions d’un cerveau vraiment sain, les convoitises et les fureurs de ses passions avec la volonté attribuée à ses stupides idoles. Des races mieux douées ont pu sans doute s’élever plus promptement à un état fort différent, elles n’en ont pas moins conservé une telle masse d’illusions que, sous certains rapports, leur adolescence ne différait guère de leur crédule enfance. Ce sont ces illusions accumulées par les siècles que les mythologues doivent expliquer de nos jours. Du peu d’accord qui règne dans leurs vues on est trop pressé de conclure qu’ils ont tous et toujours tort. Les sources des mythes étant si multipliées, est-il étonnant qu’un explorateur de ce monde infini, — « ce monde mythologique si vaste, » — s’attache avec ardeur à l’exploration d’une contrée ? Est-il plus surprenant de le voir, fièrement cantonné dans son domaine, oublier ou ignorer trop volontiers ce qui se passe chez les autres ? Aussi, si j’osais exprimer un avis dans des sujets si compliqués, je serais tentée de croire que les érudits qui s’occupent de la mythologie comparée sont plutôt exclusifs que chimériques. Après avoir déchiffré des pages plus ou moins intéressantes d’un livre aux innombrables feuillets, ils semblent trop pressés de formuler des conclusions précipitées, en présentant tour à tour les phénomènes astronomiques, les honneurs rendus aux morts, le fétichisme, etc., comme l’unique origine des mythes. Ils ne s’exposeraient pas à un pareil inconvénient s’ils se faisaient une idée exacte de l’immense puissance de l’imagination, des capricieuses fantaisies de la sensibilité, de la diversité du génie des races, de l’influence des différens degrés de civilisation. Plus on y réfléchit, plus on est convaincu que l’unité, si chère à la plupart de ceux qui font l’histoire des peuples et de leurs idées, n’existe que dans leur esprit. La nature est plus variée que leurs conceptions, et le travail de la critique moderne consiste à retrouver la prodigieuse variété des choses vivantes sous la trompeuse unité des théories exclusives.


DORA D’ISTRIA.

  1. La Mythologie des plantes. — T. Ier, Botanique générale, par M. Angola de Gubernatis, professeur de sanscrit et de mythologie comparée à l’Institut des études supérieures à Florence. Paris, 1878, Reinwald.
  2. Baumkultrus der Germanem, ch. II. — Antike Wald-und Feldkulte.
  3. Par M. Paul Regnaud, 2 vol. in-8*. Paris, 1874, Pedone-Lauriel.
  4. O crux, ave, spes unica !
  5. Une vieille souche ou un arbre. — Voyez Mannhardt, Germanische Mythen.
  6. W. Radloff, Proben der Volklitteratur der türkischen Stämme Sud-Siberiens.
  7. Narodniya Russkya shaszki.
  8. Herabkunft des Feuers, ouvrage que M. Baudry a fait connaître en France.
  9. Même mythe chez les Allemands (Wuttke, der Deutsche Volksaberglaube) et chez les Slaves (Mannhardt, Baumkultus der Germanen).
  10. Leggendadi Adano ed Eva, Bologne, 1870.
  11. V. Gerbet, Considérations sur le dogme générateur de la piété Catholique.
  12. Les Dioscures de l’Inde.
  13. Un chant vénitien dit qu’elle peut être fort utile aux chauves : Anema mia, de la zuca pelada, — Quando te cressara quei bei capeli ? — La note de San Zuane a la rosada, anema mia de la zuca pelada. — En Roumanie, les filles se lavent la tête avec l’eau de la Saint-Jean, pour avoir une belle chevelure.
  14. Bogovitch, Opit slovaria narodnih Nazvanii iùgo-sapadnoi Rossié, Kief, 1874.
  15. Ἅγιον ϰαὶ σωτήριον πάσχα (Agion kai sôtêrion pascha) disent les Grecs.
  16. Bauhin, De plantis a divis sanctisve nomen habentibus (Bâle, 1590).
  17. Mannhardt, Korndämonen.
  18. Ὁ τοῦ ϰόσμου τούτου ἄρχων (Ho toû kosmou toutou archôn) (S. Jean, XIV, 30).
  19. Pitré, Fiabe siciliane, I, CXXVIII et suiv. — Lu cuntu di Giuda. — La vruca n’est pas la Tamarix gallica, mais la Tamarix africana.
  20. Viaggio all’ Indie orientali, IV, 9, par le P. Vincenzo di Santa Catarina.
  21. M. de Gubernatis suppose qu’il s’agit peut-être de l’ativishâ, la plante « très vénéneuse. »
  22. Traduction de Mérimée.
  23. « Dans le monde, dit un conte hindou, il n’est pas de chose qu’on ne puisse faire à l’aide de quelque herbe. »
  24. Markevitch, Obicai, povieria, kuhnia i napitki malorossian, Kief, 1860.
  25. De virtutibus herbarum.
  26. Markevitcb, Obicai, page 86.
  27. Mélusine, n° 1.
  28. Nymphœa cœrulea.
  29. Nymphœa alba. — On sait qu’on a comparé la plus admirable des nymphcacées, la Victoria regia, à la souveraine des Anglais, parce qu’elle est la reine des lacs, comme Victoria est la reine des mers.
  30. Hir et Randjhah.
  31. Le Strighe, Venezia, 1874.
  32. V. Aubin, Histoire des diables de Loudm ou cruels effets de la vengeance de Richelieu, Amsterdam, 1776. — On sait le parti qu’Alfred de Vigny a tirer de ces scènes dans Cinq-Mars.
  33. Mannhardt, Germanische Mythen.
  34. « Sainte Barbe et sainte Fleur, » dit une vieille pièce en vers français contre le tonnerre.
  35. De rerum inventoribus, 422, Lyon, 1586.
  36. De Nore, Coutumes, mythes et traditions des provinces de France.
  37. Tigri, Canti popolari toscani, introduction.
  38. Storia della poesia popolare italiana.
  39. Avolio, Canti popolari di Noto.
  40. Les Kalendœ maii.