Mozilla.svg

Le Tibet/II

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le Tibet (1886)
Maisonneuve (1p. 19-36).


CHAPITRE DEUXIÈME
Géographie politique. Gouvernement. État social.
§ 1er. Géographie politique. — Grandes divisions. — Tibet occidental. — Tibet central. — Tibet oriental. Amdo. — Contrées limitrophes : Nepal, Boutan, Sikkim. — § 2. Gouvernement, administration, industrie. — Rapports avec la Chine. — Gouvernement, administration. — Justice. — Population. — Industrie et commerce — Monnaie. — Calendrier.
§ Ier. — GÉOGRAPHIE POLITIQUE

Grandes divisions. — Le Tibet, qui s’étend en longueur de l’ouest à l’est, se divise naturellement (non compris le plateau), en trois régions ; occidentale, centrale, orientale. Ces divisions naturelles correspondent à des circonscriptions administratives.

Tibet occidental. — La région la plus occidentale est le Ladak, dont la capitale est Leh. Conquise depuis un demi-siècle par le radja de Cachemire, elle a été incorporée à ce petit État. Elle est donc détachée du Tibet et soumise à l’influence anglo-indienne. Le Baltistan, situé à l’extrémité Nord-ouest, n’est tibétain que par la langue ; pour tout le reste, c’est l’influence afghano-persane qui prédomine.

Au sud-est du Ladak est le Ngari ou Ngari-Khor-Soum (Ngari aux trois districts), à cause des trois provinces dans lesquelles il se divise : Routhok au nord-ouest ; Gougué au sud-est, et Pourang à l’est. Il est tout entier compris dans le bassin de l’Indus et du Satledge qui y prennent leur source. Parmi les localités remarquables, nous citerons Tchabrang (en Gougué), Gartok (4,737 mètres), où une foire importante se tient tous les ans au mois d’août ; Djya-tchan, Tho-ling (3,768 mètres). La partie du plateau qui avoisine cette province est riche en or et en borax ; c’est là que se trouve Thok-djaloung dans une vaste plaine désolée à 4,977 mètres d’altitude, la mine d’or la plus importante du Tibet, et, si je ne me trompe, la seule exploitée, l’or recueilli partout ailleurs provenant des cours d’eau.

Tibet central. — Le Tibet central est compris tout entier dans le bassin du Tsang-bo ; il se divise en deux provinces distinctes, mais dont les noms sont souvent prononcés ensemble, Tsang (pur) au sud-ouest, Ou[1] (centre) à l’est. Les deux grands pontifes ou lamas du Tibet résident dans ces deux provinces centrales.

La capitale du Tsang est Chi-ga-tse ou Digartchi[2] (4,952 mètres) près du Tsang-ho, sur la rive droite à l’extrémité de la vallée du Painom qui est assez large, mais enfermée dans des montagnes escarpées. La population est de neuf mille âmes. Sur la pointe d’un des rochers s’élève la forteresse avec une garnison de cinq cents hommes ; un peu au sud-ouest, sur la hauteur, mais dans une position abritée, Tachiloumpo, résidence du second pontife tibétain. Quatre routes se croisent à Digartchi : l’une se dirige vers le Népal et le Bengale au sud, une autre vers le Ladak et le Tibet occidental à l’ouest, une troisième vers Lhassa et le Tibet oriental à l’est, la quatrième vers le plateau du Tibet et la Mongolie au nord.

Les autres localités remarquables sont Djang-la-tché avec un fort et un monastère, au-dessus du Confluent du Raka ; le fleuve y devient navigable. Plus à l’ouest est Tadoum, où il y a un monastère ; au sud du fleuve, Dingri-Meidan (ou Tengri-Meidan) où se livra une bataille en 1792, et Sa-skya, célèbre par son monastère.

La province de Ou a pour capitale Lha-sa (terre des bons génies), première ville du Tibet et siège du gouvernement central, sur le Ki, affluent de gauche du Tsang-bo, à 40 kilomètres de la jonction des deux cours d’eau, dans une plaine longue de 19 kilomètres, large de 11 (3,565 mètres). On y cultive l’orge, le blé, les pois, la moutarde et divers légumes, radis, carottes, pommes de terre, haricots, etc. Les vaches, les yaks, les moutons, les poneys, les ânes et les cochons ; les poules, les pigeons et les canards y sont en très grand nombre. Deux espèces d’arbres importés (le tchang-ma et le dja-var) se trouvent dans les jardins ; les hauteurs environnantes sont dénudées et ne présentent qu’une plante épineuse appelée sia.

La ville n’a guère que 4 kilomètres de tour. Au centre est un grand temple entouré de bazars tenus par des indigènes et des étrangers. Car les commerçants népalais, boutaniens, cachemiriens et chinois y constituent une part assez importante de la population totale estimée à quinze mille âmes, dont neuf mille hommes et six mille femmes. La principale industrie est le tissage et la teinture de la laine ; on y fabrique aussi des bâtons à odeur et des écuelles en bois. Dans le centre, les rues sont laides et animées ; les faubourgs sont sales et mal bâtis. Les maisons sont grandes, mais peu confortables. La multitude des chiens errants est un des fléaux de cette capitale. Elle a une garnison composée de mille Chinois et cinq cents Tibétains armés de fusils à pierre, avec quelques pièces de canon.

Le Potala, d’après Kircher (Chine illustrée).


Il y a, aux environs de Lha-sa, de nombreux et riches monastères très peuplés ; le premier de tous par le rang, sinon par le nombre de ses habitants, est le Potala, résidence du premier pontife tibétain, le Dalaï Lama, situé sur une hauteur à quinze ou vingt minutes à l’ouest de la ville.

Parmi les autres localités de la province, nous citerons, sur la rive droite du Tsang-bo, Tchotang, à 64 kilomètres de la capitale, aussi grande que Digartchi ; sur la rive gauche Savé, où l’on garde le trésor tibétain, à 56 kilomètres de Lha-sa ; plus loin encore vers le nord et à une plus grande distance du fleuve, Guyamda, ville peuplée et commerçante dont les environs fournissent la meilleure rhubarbe. La localité la plus orientale est Chobando, à deux journées de marche de la frontière du Tibet oriental, avec une garnison de vingt-cinq hommes et deux lamaseries dont l’une possède une imprimerie.

Tibet oriental. Khams. — Le Tibet oriental porte le nom de Khams et est situé à l’est de la vallée du Tsang-bo ; il est traversé, du nord au sud, par les fleuves de l’Indo-Chine et de la Chine, et confine à ces deux pays. L’influence chinoise s’y fait sentir à mesure qu’on avance vers l’est, comme l’influence indienne se fait sentir dans le Tibet occidental.

La capitale du Khams est Tsiamdo (ou Tchamtou) entre les deux cours d’eau qui se réunissent pour former le Mé-kong, et près de leur jonction. Elle est située à deux cent cinquante lieues de Lha-sa ; il faut trente-six jours pour franchir la distance. Les montagnes environnantes sont élevées, la plaine est peu fertile. La ville est grande et vaste ; mais beaucoup de maisons sont en ruines et de terrains inoccupés. La population nombreuse présente l’aspect de la misère. La magnificence du riche monastère établi sur une éminence à l’ouest contraste avec l’état de déchéance de la ville, gardée par une garnison de trois cents hommes.

Au sud-est, se trouve Djaya avec une garnison de vingt-cinq hommes et une importante lamaserie. À l’est du fleuve Bleu, Ba-thang (plaine des vaches), dans une plaine ravissante qui donne deux récoltes par an et d’où l’on retire du cuivre et du mercure. La ville, qui a une garnison de trois cents hommes et plusieurs couvents, est peuplée et prospère. Au nord-est, et bien plus loin du fleuve, Li-thang (plaine de cuivre) est moins heureusement située et moins riche ; la garnison y est de cent hommes. Le dernier village à l’est de Li-thang est Ta-tsien-lou, à soixante lieues de cette ville. Là finit le pays tibétain ; mais nous avons déjà dit que toute la région à l’est du Kin-tcha (le fleuve Bleu) a été soustraite aux autorités tibétaines et soumise directement aux autorités chinoises. Aussi l’élément chinois l’a-t-il fortement envahi.

La route de Lha-sa aux provinces chinoises de Sse-tchuen etde Yun-nan traverse le Khams. Cette route bifurque à Tsiam-do ; une branche se dirige vers le Sse-tchuen, l’autre vers le Yun-nan. La première est de beaucoup la plus suivie ; elle est souvent parcourue par des fonctionnaires et des courriers, indépendamment des caravanes marchandes. Aussi le gouvernement chinois y a-t-il fait établir, de place en place, des relais et des magasins de vivres. Mais la route est dangereuse ; il faut constamment traverser des montagnes couvertes de neige, franchir des précipices sur des ponts de bois souvent branlants et d’une solidité douteuse, côtoyer des abîmes où les animaux et les hommes roulent quelquefois malgré la sûreté du pas des mulets, des ânes et des yaks qui portent les voyageurs et les bagages.

Amdo. — La partie nord du Tibet oriental, qui forme l’extrémité nord-est de tout le pays, porte le nom particulier de Amdo (Khams-mdo) c’est là que se trouve le célèbre monastère de Koun-boum, peuplé de quatre mille moines, où vit le souvenir de Tsong-ka-pa. On y conserve un arbre né, selon la légende, de la chevelure du réformateur, lorsqu’on la lui coupa à l’âge de sept ans, pour faire de lui un moine. On prétend que chaque feuille de cet arbre porte l’image d’une lettre tibétaine. Huc assure avoir constaté la réalité du fait. On dit que le nom de Koun-boum (qui signifierait « cent mille images ») vient précisément de cette prétendue curiosité ; mais on interprète aussi ce nom d’une autre manière.

Contrées limitrophes. Bhoutan, Népal, Sikkim. — Nous avons dit que les régions extrêmes du Tibet ont été réunies celles de l’Ouest à l’Inde, celles de l’Est à la Chine. Nous ne parlerons pas de la frontière du Nord parce qu’elle est trop indécise ; mais nous devons dire quelques mots de la frontière méridionale. Entre cette frontière et l’Inde, il y a comme un bourrelet de populations plus ou moins indépendantes, et plus ou moins apparentées avec les Tibétains qui leur donnent en général la qualification de Mon.

Du 78° au 91° de longitude orientale, cette frontière est occupée par les trois États himâlayens de Bhoutan à l’est, Népal à l’ouest, et Sikkim, enserré entre les deux, du 88° au 89°. À l’est du Bhoutan, il n’y a que des peuplades sauvages et indomptées. À l’ouest du Népal jusqu’au Cachemire, la frontière anglo-indienne est formée par les provinces de Kamaon, Garhwal, Lahoul, Spiti, devenues parties intégrantes de l’empire britannique, mais généralement tibétaines de race et de langue.

Des trois États cités plus haut, le Bhoutan, dont Pounakha est la capitale en hiver et Tassissoudon en été, est celui qui a la plus grande analogie avec le Tibet, par son nom, sa race, sa langue : c’est presque un appendice du Tibet. On y trouve le Tchamalhari qui s’élève à une hauteur de 7,297 mètres. C’est dans le Népal que se voit la plus grande sommité de l’Himâlaya, le Gaurisankara (8,840 mètres)[3] ; le Dhavalaguiri n’a que 8,176 mètres. La capitale du pays est Kathmandou (1,330 mètres). Plusieurs races sont en présence au Népal : la plus nombreuse parmi les indigènes est celle des Nevars qui ne sont pas des Tibétains, mais ont plus d’affinité avec eux que les Gorkhas de race hindoue, devenus maîtres du pays par conquête vers le milieu du xviiie siècle. C’est au Népal que se sont conservés, au moins en partie, les originaux indiens dont les livres religieux du Tibet ne sont que la traduction. Quant au Sikkim, la principale race de ce petit pays, appelée Leptcha, n’est pas tibétaine ; du moins, elle a une langue et une écriture à elle, le rong. L’influence du Tibet y est néanmoins très grande, et la ville de Dardjiling (2,184 mètres), située dans la portion du pays que les Anglais ont réunie à leur empire, porte un nom tibétain.

§ 2. — GOUVERNEMENT. — ADMINISTRATION. — INDUSTRIE

Rapports avec la Chine. — Ce qui domine au Tibet, au point de vue politique, c’est l’influence chinoise. Le pays n’est, en réalité, qu’une dépendance de l’empire du Milieu. Les garnisons, peu considérables, du reste, qui veillent à sa sûreté, sont composées de Chinois et de Tibétains, la majorité des soldats et la totalité des officiers étant chinoise. Toutes les forces militaires réparties sur tout le territoire sont sous les ordres de deux Tong-ling ou colonels chinois dont l’un réside à Lha-sa, l’autre à Tsiamdo. Mais, en général, la Chine laisse au Tibet son autonomie, et se contente d’exercer une sorte de surveillance, prête à intervenir s’il se produit quelque dissension, et surtout soigneuse d’écarter les étrangers, à quelque titre qu’ils se présentent. Pour cela, l’empereur de la Chine entretient à Lha-sa deux Kin-tchai ou délégués impériaux qui le renseignent sur tout ce qui se passe et reçoivent ses instructions sur la conduite à tenir. Il ne se mêle pas ostensiblement de la direction des affaires locales et laisse le pays se gouverner, au moins en apparence, par ses propres lois.

Gouvernement, administration. — Il est assez difficile de définir le gouvernement du Tibet. C’est au fond une théocratie. Si les moines ne gouvernent pas en principe, ou ne détiennent pas exclusivement l’autorité, tout se fait d’après leurs inspirations. L’autorité suprême appartient au dalaï-lama, qui est le souverain pontife du pays, mais dont le pouvoir, généralement respecté, n’est peut-être pas obéi partout avec une entière soumission. Toutefois, le dalaï-lama ne gouverne pas lui-même, il délègue ses pouvoirs à un fonctionnaire nommé à vie qui porte le titre de de-sri, et qu’on désigne quelquefois sous le nom mongol de nomokhan (roi de la loi). C’est lui qui est réputé le « roi » ou « régent » du Tibet. Il gouverne avec le concours de quatre ministres appelés kalon, qui ont sous leurs ordres seize hauts fonctionnaires entre lesquels sont répartis les diverses branches de l’administration. Ce pouvoir central est représenté dans les provinces par divers fonctionnaires dont les principaux sont les de-pa et les chel-ngo qu’on peut assimiler à nos préfets et à nos sous-préfets. Les fonctionnaires de l’ordre inférieur sont nommés par les kalons ; les depa et les fonctionnaires élevés le sont par le de-sri qui relève du dalaï-lama. Il n’y a aucun moyen de contrôler l’administration qui est despotique et oppressive.

Justice. — La justice est rendue par des tribunaux composés de trois juges. On peut appeler d’un premier jugement à un tribunal supérieur, de celui-ci aux kalons, même au de-sri. L’appel au dalaï-lama a été supprimé, surtout en matière criminelle, parce que ce monarque débonnaire faisait toujours grâce. Les tribunaux siègent pendant tout le temps que les boutiques des marchands sont ouvertes. Quand la preuve par écrit ou la preuve testimoniale fait défaut, les juges ont alors recours, en matière civile, aux ordalies ou épreuves judiciaires ; en matière criminelle, à la question.

Le plaideur, pour gagner son procès, doit obtenir le plus de points en jetant les dés, ou retirer, sans se brûler, une boule blanche placée avec une boule noire dans l’huile bouillante, ou promener impunément sa main le long d’un fer rouge. En matière criminelle, pour obtenir un aveu, on plonge l’accusé dans l’eau froide, on lui fait des piqûres sur lesquelles on met du sel, on l’expose nu tout un jour sur la place publique, ou on l’attache les bras et les mains écartés à un gibet appelé kyang-ching.

La prison, l’amende, la bastonnade sont les peines appliquées aux délits secondaires. La perte d’une main ou des deux mains, la mort à coups de flèches, la submersion dans un fleuve, l’enterrement avec le corps de la victime après y avoir été attaché vingt quatre-heures, sont les principales peines réservées aux grands crimes. À part ces barbaries de procédure et de pénalité, les dispositions de la loi pour les cas les plus communs, vol, meurtre, adultère, sont assez équitables, et la justice tibétaine pourrait mériter une approbation relative si elle était aussi gratuite en fait qu’elle l’est en principe. Mais on assure qu’elle est essentiellement vénale, qu’on peut, avec de l’argent ou des présents, se soustraire à la torture ou à la peine ; et que celui qui donne le plus est toujours sûr de gagner son procès.

Population. — Ce vaste pays est loin d’être peuplé en raison de son étendue. Certains observateurs attribuent à l’immoralité la faiblesse relative du nombre de ses habitants. Il faut cependant bien admettre que la rigueur du climat y est pour quelque chose. Le nombre des habitants ne s’élève pas au-dessus de cinq ou six millions ; peut-être même est-il de quatre millions seulement. Cette population se divise en deux grandes classes : les moines (dont il sera question plus tard) et les laïques. Ceux-ci se subdivisent en nobles, commerçants, cultivateurs, bergers, mendiants, bandits.

Par nobles, nous entendons les familles des fonctionnaires. À très peu d’exceptions près, les dépositaires de l’autorité, à un degré quelconque, sont pris dans les mêmes familles qui forment ainsi une véritable aristocratie.

La classe des commerçants est fort nombreuse ; elle comprend les étrangers établis au Tibet ou qui y viennent pour leurs affaires. On prétend même qu’il faudrait y faire entrer le peuple tout entier sans excepter les moines, que l’esprit mercantile est très développé chez cette nation, et que, dans toutes les classes, on fait plus ou moins du négoce. Les cultivateurs sont surtout établis dans les vallées méridionales mieux exposées et plus fertiles. Les bergers, qui vivent sous la tente et gardent les troupeaux de yaks, de moutons, de chèvres dans les contrées nord-est, sur le plateau septentrional et dans toutes les hautes régions du pays, forment une classe nombreuse et importante. Celle des mendiants, principalement composée de gens ruinés par l’usure ou frappés par la justice, est dans une trop forte proportion et se confond presque avec celle des brigands qui infestent les grandes routes, surtout dans les régions désertes et éloignées, de sorte que, pour franchir de grandes distances, notamment pour passer en Chine et en Mongolie, ou venir de ces deux pays, les voyageurs sont obligés de se réunir en caravanes et quelquefois de se faire protéger par une escorte.

Industrie et commerce. — Quelques mots de plus sur la classe spécialement vouée à l’industrie et au commerce.

La fabrication et la teinture des étoffes de laine est peut-être la principale industrie des Tibétains. Leurs moutons et les plantes que produit le sol leur fournissent pour cela des matériaux qu’ils savent utiliser. Ils ont une certaine habileté pour fondre et travailler les métaux ; les sabres et les fusils qu’ils fabriquent pour leur usage ne sont pas sans valeur. Ils ont une grande passion pour les pierres précieuses et en font grand usage ; mais ils ne savent pas bien les travailler, les tailler surtout.

Les principaux objets d’exportation du commerce tibétain sont : le produit de leurs mines, principalement l’or, le cuivre, le sel, le borax ; les pièces de laine longues et étroites appelées Pou-lou qui se débitent surtout en Mongolie et en Chine, mais dont la plus grande partie fait l’objet du commerce intérieur ; la laine de leurs moutons et le poil de leurs chèvres, les queues de yak, dont on fait des chasse-mouches, très recherchées dans l’Inde, les bois de cerf, le musc, les peaux de leurs animaux (lynx, léopard, renard, loutre, ours, écureuil).

Les principaux articles d’importation sont : les cotonnades, les soieries et la porcelaine de la Chine, les pierres précieuses de l’Inde, les draperies de la Russie et de l’Inde britannique, beaucoup de produits de industrie européenne que le Cachemire et le Népal font pénétrer au Tibet, principalement à Lha-sa. Le thé, dont on fait au Tibet une grande consommation, vient presque exclusivement de Chine ; cependant, depuis quelque temps, les Anglais ont réussi à y introduire celui du versant méridional de l’Himalaya. Le thé chinois arrive sous forme de brique ; l’expression « thé en brique » est usuelle.

Le commerce extérieur est fait surtout par des étrangers, hindous, chinois, mongols. Les Tibétains ne quittent pas volontiers leur pays ; mais, depuis quelque temps, ils ont commencé à s’adonner au commerce extérieur.

Monnaie. — Le commerce se fait quelquefois par échange. Le plus souvent, les grandes opérations se règlent au moyen de lingots que l’on pèse. La monnaie ne sert que pour le petit commerce ; elle est assez variée. Les pièces chinoises et même, depuis quelque temps, les roupies anglaises ont cours au Tibet. La principale monnaie tibétaine est une pièce valant environ un franc et qui peut se fractionner en plusieurs parties, selon les nécessités du commerce.

Calendrier. — Nous terminerons ce chapitre par un mot sur la question très complexe du calendrier.

Les Tibétains font dater leur ère de l’an 1026 de la nôtre, à cause de l’introduction parmi eux de la doctrine de l’Adi-Bouddha (dont il sera question plus tard). Leur année étant lunaire, ils sont obligés d’ajouter tous les trois ans un mois intercalaire. Ils ont emprunté aux Chinois et aux Hindous deux cycles, l’un de douze ans, dans lequel chaque année est désignée par un nom d’animal, et un cycle de soixante ans qu’ils constituent en associant les douze animaux du cycle duodénaire avec les cinq éléments ou les cinq couleurs. Le vulgaire, embarrassé de cette complication, laisse aux savants les supputations chronologiques, et aime mieux dire : tel événement s’est passé il y a tant d’années que de dire : « Dans l’année du serpent de feu » ou « dans l’année de la souris de bois, » etc.



  1. Ce nom s’écrit Dbous ; on transcrit quelquefois Ouu.
  2. La véritable orthographe et la prononciation de ce nom ne sont pas bien connues.
  3. Connu aussi sous le nom de mont Everest. C’est la plus haute cime du globe.