Le Tombeau de Jean de La Fontaine/29

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Le Tombeau de Jean de La FontaineMercure de France (p. 131-132).

L’ÂNE


De moi tu t’es par trop gaussé,
Quand tu veux que j’aie endossé
Des éponges, du sel attique,
Un meunier, son fils, un larron,
Et, sans parler de leur bâton.
Je ne sais pas quelle relique ;
De plus, la royale tunique.
Cette dépouille de lion

Par quoi tu rehausses la veste
Que taillèrent à coups de dents
Sur mon échine et sur mes flancs
Tes animaux malades de la peste.
Voilà bien des endossements
Aussi bizarres qu’assommants ;
À ta malice il faut opposer la pareille !
L’âne ne montre pas seul le bout de l’oreille :
Des anarchistes charmants
Bâillent parfois sous la treille.
La formule dont meurt tout le peuple français
N’est-ce à propos de moi que tu la prononçais ?
« Notre ennemi, c’est notre maître ! »

Je te charge, à mon tour, de ces mots sans hauteur
Qui laissent bien paraître
Que tu n’as pas de cœur :
Ils sont lourds à porter, plus que Notre Seigneur.