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Le Torrent et la Rivière

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Fables, deuxième recueil : livres vii, viiiClaude Barbin et Denys Thierry3 (p. 198-200).

XXIII.

Le Torrent & la Riviere.



AVec grand bruit & grand fracas
Un Torrent tomboit des montagnes :
Tout fuyoit devant luy ; l’horreur ſuivoit ſes pas ;
Il faiſoit trembler les campagnes.
Nul voyageur n’oſoit paſſer

Une barriere ſi puiſſante :
Un ſeul vid des voleurs, & ſe ſentant preſſer,
Il mit entre eux & luy cette onde menaçante.
Ce n’eſtoit que menace, & bruit, ſans profondeur ;
Noſtre homme enfin n’eut que la peur.
Ce ſuccés luy donnant courage,
Et les meſmes voleurs le pourſuivant toûjours,
Il rencontra ſur ſon paſſage
Une Riviere dont le cours
Image d’un ſommeil doux, paiſible & tranquille
Luy fit croire d’abord ce trajet fort facile.
Point de bords eſcarpez, un ſable pur & net.
Il entre, & ſon cheval le met
À couvert des voleurs, mais non de l’onde noire :

Tous deux au Styx allerent boire ;
Tous deux, à nâger malheureux
Allerent traverſer au ſejour tenebreux,
Bien d’autres fleuves que les nôtres.
Les gens ſans bruit ſont dangereux ;
Il n’en eſt pas ainſi des autres.