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Le Trésor de Mr. Toupie/14

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Librairie Hachette (p. 75-80).


NOUVELLES RECHERCHES



Après quelques secondes de silence, Colette Dambert ajouta :

« Eh bien ! tout cela me donne une envie folle de faire la connaissance d’Élisabeth, cette perfection… Et puis, qui sait ? Là-bas, nous aurons peut-être plus de veine ! »

… Durant l’après-midi, cette phrase, lancée par la fantasque Colette, ne cessa de hanter l’esprit de Charles Lefrançois. « Mais oui, après tout, se disait-il, puisque nos recherches ont été infructueuses jusqu’ici, pourquoi n’irions-nous pas au Puy et dans ses environs ? » Sans doute, d’après la lettre d’Élisabeth, de nombreux concurrents avaient déjà parcouru sans succès cette région. Mais cela prouvait-il que le trésor ne s’y trouvait pas ? « Allons, conclut Charles, on peut toujours essayer ; on verra bien. Et puis je serais si content de voir Élisabeth ! »

Sa résolution prise, il la communiqua à Arthur et à Colette. Inutile de dire que la nouvelle fit bondir de joie cette dernière. Elle se précipita comme une écervelée qu’elle était auprès de son frère, afin de l’inviter à presser les réparations de l’automobile. Dans sa hâte, elle aurait voulu partir sur-le-champ, mais la voiture ne pouvait être en état que le lendemain matin. Force lui fut donc de s’incliner, malgré son impatience, devant ce cas de force majeure.

Charles et son ami occupèrent le restant de leur après-midi à envoyer des cartes postales à Versailles. Le premier écrivit aussi une longue lettre à Élisabeth, dans laquelle il lui annonçait leur prochaine arrivée, ainsi qu’ « une surprise ». Le soir, Paul Dambert s’occupa des derniers préparatifs.

Le lendemain matin, à sept heures, les voyageurs disaient adieu à Saint-Savin. L’automobile s’arrêta à Argelès où l’on prit les bagages de Charles et d’Arthur, puis l’on fila sur Saint-Gaudens et Toulouse ; dans cette dernière ville, l’on fit halte pour déjeuner. Puis l’on repartit pour Mende, et l’automobile arrivait au Puy dans la soirée.

Durant la randonnée, Mlle Marlvin ne s’était pas trop plainte, parce que l’automobile marchait à une allure assez modérée, et puis elle se disait qu’au Puy elle resterait au moins uns semaine dans son lit.

Elle remarquait d’ailleurs avec joie combien le caractère de Colette s’améliorait au contact de Charles. Après tout, ce voyage ne serait peut-être pas aussi inutile qu’elle avait pensé.

Il n’y avait eu aucun incident à déplorer et l’on n’avait égaré aucun voyageur. Il faut dire que Paul avait eu la main ferme. Et quand Paul décidait quelque chose, il s’entêtait autant que sa sœur.


colette frappa à la porte de la chambre voisine.

Chemin faisant, Charles, Arthur et Colette avaient combiné de quelle manière ils se présenteraient à Élisabeth.

« Demain à huit heures, disait Charles, nous entrerons chez elle ; je me mettrai entre vous deux et…

— Mais, moi, je suis comme Colette, je ne la connais pas, interrompit Arthur.

— Oh ! parfait ! dit Colette. Ça fera deux surprises !

— Mais Arthur n’est pas une surprise ! s’écria Charles en riant.

— Que suis-je alors ? demanda Arthur un peu piqué.

— Ma Providence ! » dit Charles très vite, ce qui fit rougir Arthur.

Charles avait déjà raconté à Colette et à son frère que c’était grâce à M. Treillard qu’il avait pu se mettre à la recherche du trésor. Ce récit avait fait grande impression sur la fillette. Aurait-elle eu jamais l’idée de venir ainsi en aide à un ami ? Mais, avec sa légèreté habituelle, elle s’était dit :

« C’est que, moi, je n’ai jamais eu un ami comme Charles, ni une amie comme Élisabeth. »

Nos trois voyageurs, qui s’étaient si bien promis de se rendre dès huit heures du matin chez Élisabeth, ne se réveillèrent qu’à neuf heures passées ! Mlle Marlvin les avait laissés tranquillement dormir dans leurs chambres, se félicitant de pouvoir jouir de cette matinée de repos.

Paul, infatigable et vaillant, était sorti de l’hôtel à neuf heures en se frottant les mains mystérieusement.

Donc, vers dix heures, Colette se dressa sur son lit en se frottant les yeux. Elle regarda sa montre, et s’écria d’une voix furieuse :

« Oh ! mademoiselle Marlvin, pourquoi ne m’avez-vous pas réveillée ? »

Mais Mlle Marlvin n’était plus là ! La fillette sauta à terre et courut frapper à la porte verrouillée, qui donnait dans la chambre des garçons.

« Charles,… Arthur,… êtes-vous là ?… Entendez-vous ?


tout le contenu de la malle fut bientôt sur le parquet.

— Oui, répondirent des voix, de l’autre côté de la porte. Oui, nous nous réveillons… Dépêchons-nous de nous habiller…

— Oui… Bon…

Colette se jeta sur a sonnette, pour appeler la femme de chambre. Celle-ci lui annonça que Mlle Marlvin était sortie avec M. Paul Darmbert. Colette ouvrit sa malle dont elle éparpilla le contenu à travers la pièce. Une robe par-ci, une autre par-là, une chaussure jaune… et puis une noire, une paire de bas… des gants… Cette robe-ci, cette robe-là… Tout fut bientôt hors de la malle.

Une fois que Colette eut choisi son costume de l’après-midi, — elle voulait être belle pour sa première visite à Élisabeth, — elle commença sa toilette ; mais, comme elle n’était pas habituée à la faire seule, cela n’alla pas tout seul.

Pourtant elle en vint à bout : lorsqu’elle n’eut plus qu’une dernière agrafe à attacher à sa robe, on frappa à la porte :

« Toc, toc, toc.

— Qui est là ?

— Moi, répondit la voix de Paul, moi, avec une surprise.

— Entre… entre donc, » répondit Colette d’un ton légèrement impatienté.

Paul ouvrit la porte. Il s’effaça pour laisser entrer… une fillette aux longs cheveux blonds.

« Voilà, dit le grand frère ; je t’amène Élisabeth Tourneur, que tu désirais tant connaître. »

Colette demeura stupéfaite pendant quelques instants.

Elle s’était représenté à sa manière l’amie de Charles, et elle se trouvait en face d’une jeune fille de sa taille, vêtue d’une jolie robe de mousseline blanche et bleue, coiffée avec goût sous un chapeau de paille orné d’une couronne de petites roses pompon et qui souriait gentiment en s’approchant d’elle.

Colette fronça les sourcils. Que Paul était donc taquin ! C’était elle qui voulait faire une surprise à Élisabeth et voilà que les rôles étaient renversés. Colette suivit des veux le regard d’Élisabeth ; et soudain elle eut honte de l’aspect de sa chambre où tout était en désordre ; mais son orgueil prit bien vite le dessus et, secouant la tête, elle tendit ses mains et dit d’un ton dégagé :

« Bonjour, mademoiselle Élisabeth : je suis bien contente de faire votre connaissance.

— Et moi je suis heureuse de vous rencontrer, » répondit Élisabeth.

Cette dernière pensait : « Comme elle est drôle, la nouvelle amie de Charles, avec ses cheveux courts et son petit air volontaire. »

Mais la glace ne se fondait pas entre les deux enfants. Il fallut pour cela l’arrivée bruyante de Charles et d’Arthur que Paul était allé chercher.

« Bonjour, Élisabeth ! Quel bonheur de te revoir !… Comme tu as grandi !… Comme…

— Présente-moi… présente-moi, souffla Arthur en tirant son camarade par la manche.

— Élisabeth, je te présente mon fidèle ami, Arthur Treillard.

— Mais je le connais bien. Dans ses lettres, ajouta-t-elle en s’adressant à Arthur, Charles parle sans cesse de vous.

— Et je suis sûr qu’il ne vous a dit que du bien de moi !…

— Oh ! non ! pas toujours, répondit Élisabeth en riant.

— Et de moi ? demanda Colette.

— Mademoiselle, Charles m’a simplement écrit que vous étiez une petite fée dont l’aide augmente toutes les chances qu’il a de découvrir le trésor de M. Toupie. »

Colette rougit de plaisir.

« Voyons, mes enfants, s’écria Paul, vous avez l’air figé. Qu’allez-vous faire ? car, moi… »

Alors les quatre enfants lancèrent à la fois les propositions les plus variées.

« Venez chez nous… nous déjeunerons…

— Allons sur les rochers…

— Explorons les environs…

— Prenons l’automobile.

— Attendez… quelle heure est-il ? demanda Paul en tirant sa montre.

— Onze heures et demie, s’écria Élisabeth. Ah ! mon Dieu, il faut que je rentre, Que dira papa s’il ne me trouve pas à son retour à la maison ?

— Nous… commencèrent Colette Arthur et Charles.

— Vous déjeunez tous à la maison, c’est convenu avec Mile Marlvin, n’est-ce pas, monsieur Paul ? dit Élisabeth.


les deux fillettes se trouvèrent face à face.

— Oui… oui… Mlle Marlvin a demandé qu’on la laisse se reposer aujourd’hui. J’ai accepté l’invitation de Mlle Élisabeth… à la condition toutefois que mes trois compagnons n’échapperont pas à ma surveillance, car…

— Tu n’as pas besoin de raconter ces histoires anciennes, interrompit brusquement Colette.

— Si… si… car c’est trop drôle… Figurez-vous… » commença Arthur…

Les enfants sortirent de l’hôtel : mais avant de partir Colette embrassa Mlle Marlvin rentrée quelques instants auparavant.

Arthur, d’une façon très spirituelle, raconta le voyage d’Argelès à Saint-Savin, la rencontre avec les Dambert et le résultat de sa légèreté, etc… Ils arrivèrent fort gaîment à la demeure d’Élisabeth Tourneur. Tout en cheminant, Charles et Arthur jetaient des coups d’œil sur les maisons ; ils regardèrent, tandis qu’on traversait la place du Breuil, la statue de la Vierge qui se dressait sur le rocher Corneille.


« elle a les cheveux courts ! » s’écria l’un des jumeaux
en apercevant colette.

Les voyageurs furent reçus par M. Tourneur très heureux de revoir Charles, et à qui Arthur et Colette plurent infiniment.

Élisabeth avait fait entrer ses hôtes dans une petite pièce très jolie, bien rangée, meublée d’un piano, d’un bureau, d’une table, sur laquelle était posé un bouquet de fleurs.

C’était son domaine, où ne pénétraient pas les petits jumeaux, ni même sa sœur Marie : cette chambre communiquait avec une plus grande pièce, consacrée aux enfants.

Là, au contraire, régnait le désordre le plus complet.

Les joujoux traînaient dans tous les coins, des albums jonchaient le sol, un chemin de fer mécanique encombrait le plancher.

« Voilà le royaume de « mes enfants », s’écria Élisabeth.

Les enfants, qui s’amusaient à construire une tour avec des cubes se levèrent à la vue des visiteurs.

« Oh ! s’écria un des deux jumeaux en apercevant Colette, elle a des cheveux courts !

— C’est un garçon » dit l’autre.

Colette rit aux larmes de ces deux réflexions. Paul conquit les jumeaux : les avant pris sur ses genoux, il leur fit faire une telle chevauchée qu’ils ne voulurent plus le quitter et qu’à table, ils se mirent résolument à ses côtés malgré le protocole qu’Élisabeth voulait suivre.

Le déjeuner fut joyeux. Colette observait avec une réelle surprise Élisabeth qui remplissait les devoirs de maîtresse de maison comme une grande personne. Mais son étonnement fut à son comble quand Charles demanda qui avait confectionné l’excellent entremets que l’on servit.

« C’est Élisabeth, dit M. Tourneur.

— Oh ! mademoiselle, quelle perfection vous faites ! s’exclama Paul.

— Comment trouvez-vous le temps de faire d’aussi bon gâteau ? questionna à son tour Charles, car je pense bien que vous allez en pension ?

— Oh ! oui » s’écria Elisabeth.

Mais cette agréable causerie ne faisait rien oublier à Arthur qui suivait son idée ; tout à coup il s’écria :

« Ah ! çà, ne perdons pas de vue le but de notre voyage : le grand concours de M. Toupie ! Il me semble que… »

À ces mots de « concours de M. Toupie » prononcés par Arthur, les regards de tous les convives se dirigèrent vers celui-ci.

« Je me demande, reprit-il, pourquoi nous ne sommes pas venus immédiatement ici, au Puy, car…


colette ne savait pas raccommoder les bas.

— Mais nous ne nous serions pas rencontrés, interrompit Colette. Par conséquent, il n’y a rien à regretter.

— Expliquez-vous, demanda Paul qui finissait par s’intéresser au concours.

— Voilà. L’énoncé du concours dit, point 3 : « Non loin d’une statue de la Vierge élevée sur une roche ». Eh bien ! la statue de Notre-Dame de France s’élève sur le rocher Corneille. Point 5 : « En face d’une église ancienne de pur style »… Or, nous avons ici la cathédrale Notre-Dame, de style roman. D’autre part, j’ai aperçu de vieilles maisons à arcades. Ceci concerne le point 8.

— C’est vrai !… répondirent plusieurs voix.

— Oui, dit Charles en exhibant le programme du concours qu’il portait toujours sur lui ; mais où vois-tu le lac du point 4 et le château en ruines du point 7 ?

— Qui te dit qu’ils n’existent pas ? » riposta Arthur.

M. Tourneur demanda le fameux programme et se mit à le lire attentivement.

« Ma foi, dit-il en le rendant à Charles, moi qui connais assez bien la ville et ses alentours immédiats, je ne vois pas, en effet… Le point 7 fait allusion à une rivière. Ici, coulent la Borme et le Dolézon. Mais le lac ? et le château en ruines à cinq cents mètres ?…

— À mon avis, dit Paul, il faudrait explorer avec soin les environs.

— Mais, dit tout à coup Élisabeth, vous cherchez un château en ruines… Il y a celui de Polignac qui se trouve à quatre kilomètres et demi d’ici. Si ce renseignement peut vous être utile… »

Arthur, qui pressait tout le monde d’agir, proposa que Paul, Charles et lui se rendissent chacun dans une direction différente, afin d’activer les recherches. Charles fit une objection ! Il désirait vivement ne pas laisser aller Arthur seul.

« Oh ! sois tranquille… Je te promets de revenir tous les soirs dîner au Puy.

— Hum ! hum ! » s’écria Charles d’un air de doute.

M. Tourneur prit la parole.

« Moi, je conseille à Charles et à Arthur d’aller ensemble. De son côté. M. Dambert sera…

— … Accompagné de sa petite sœur, acheva Paul. Mais tu me sembles bien silencieuse, continua-t-il en regardant Colette avec quelque étonnement. Toi qui étais si turbulente, si agitée, si pressée ! Tu nous as fait faire en quittant Arles du cent-vingt à l’heure et maintenant…

— Eh bien, maintenant, vous êtes trois pour chercher et découvrir le trésor. Alors… je préfère me reposer.

— Te reposer, toi ? s’écria Paul stupéfait.

— Eh oui ! répondit Colette avec un peu d’impatience… Je préfère rester avec Élisabeth.

— Oh ! comme cela me ferait plaisir ! s’écria celle-ci.

— Tiens, dit Paul, j’avais envie d’emmener Mlle Élisabeth en promenade avec moi.

— Qui s’occuperait de mes petits frères et de ma sœur Marie ?

Colette se redressa et regarda la figure d’Élisabeth qui avait un peu rougi en disant ces mots ; elle devinait que sa jeune amie aurait accepté de faire la promenade avec un réel plaisir. N’avait-elle pas dit, un instant auparavant, qu’elle n’était jamais montée dans une automobile ?

Colette, pour la première fois peut-être de sa vie, réfléchit, et immédiatement une idée lui vint du cœur.

« Écoutez ! Écoutez ! Élisabeth ira avec Paul en auto… et ils feront de la vitesse ; pendant ce temps, moi, je soignerai ses frères et sa sœur. »

Personne n’eut envie de rire en entendant cette proposition, sauf Paul qui regarda ironiquement sa sœur. Colette comprit, car elle ajouta vivement :

« Non ! non ! Ce n’est pas ça qu’il faut faire… Nous confierons les enfants à Mlle Marlvin.

— Mais nous ne pouvons demander un tel service à Mlle Marlvin, dit M. Tourneur.

— Oh ! tranquillisez-vous, répondit Colette d’un ton assuré. Pourvu que Mlle Marlvin n’aille pas en automobile, elle surveillerait volontiers cent cinquante diables d’enfants ou conduirait à la foire un troupeau de petits cochons. »


colette fit des confitures.

Tout le monde de rire en entendant la phrase de Colette.

« Où nous dirigeons-nous ? demanda Arthur.

— Eh bien ! dit Charles, suivons le conseil d’Élisabeth, allons à Polignac. »

Le repas prit fin et, après avoir bu un café exquis, les convives se séparèrent.