100%.png

Le Trombinoscope/Jules Favre

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Touchatout - Le Trombinoscope, Num. 1 (portrait).jpg

JULES FAVRE, claude-gabriel, avocat et homme politique français, né à Lyon le 21 mars 1809. — À peine majeur, sauta à pieds joints dans la politique en demandant, le 29 juillet 1830, l’abolition de la royauté. — Vint en 1835 défendre les accusés d’avril devant la cour des pairs et commença sa plaidoirie par ces mots : Je suis républicain !… qui, prononcés en pleine monarchie, produisirent sur les ruraux de l’époque l’effet d’un pétard tiré dans une nichée de marmottes. — Nommé représentant du peuple en 1848, il prit une part active aux travaux de l’Assemblée, appuyant tantôt la gauche, tantôt la droite, s’abstenant quand le cas lui semblait trop compromettant. — Dans ses votes de cette époque, on trouve à boire et à manger : il se prononça pour la suppression du cautionnement des journaux et l’abolition de la peine de mort, mais il vota la restriction des droits de réunion et contre la liberté absolue des clubs : l’évolution commençait. — Mis en disponibilité parle coup d’État du 2 décembre, il reprit ses fonctions d’avocat, et en 1858 défendit brillamment Orsini, qui en mourut. — Il fut alors envoyé par Paris au corps législatif où il fit partie des fameux cinq qui jetèrent tant de poudre à gratter sur les traversins de l’Empire. — Pendant plusieurs années, les cinq en question firent à tous les premiers ministres de Napoléon III une petite guerre aussi suivie qu’anodine ; la douce opposition-revalescière, de laquelle ils s’étaient fait une facile et avantageuse spécialité, eût pu se perpétuer pendant des siècles sans grand danger pour le pouvoir ; et l’on raconte que M. Billault aurait un jour dit à l’Empereur : « Sire !… ces gens-là sont très-embêtants, c’est vrai, mais il ne faut pas oublier qu’ils tiennent la place d’autres qui pourraient l’être bien davantage. » — Le peuple, lui, commençait à s’apercevoir de son coté que l’audace de ses mandataires avait un peu trop de ventre et qu’il n’était que temps pour lui de choisir des représentants plus ardents, qui ne se contentassent plus de protester légalement et poliment contre toutes les infamies avec la régularité et la tranquillité d’un balancier de pendule ; aussi, en 1869, M. Jules Favre eut-il toutes les peines du monde à être réélu. À Lyon, sa ville natale, il fut black-boulé à en rendre jaloux un débutant proposant un chef-d’oeuvre à l’éditeur Dentu ; et à Paris ce ne fut qu’au second tour de scrutin qu’il battit Rochefort de 3 200 voix à peine. — À propos de cet échec, beaucoup de gens crièrent à l’ingratitude des partis ; c’était la une grosse erreur ; ce fait dénotait simplement un réveil politique à la hauteur duquel ne se trouvaient plus ni M. Jules Favre, ni ses co-panadters. Rochefort, avec sa Lanterne, venait de prouver que le moment des hardis coups de sifflet était venu, et le peuple avait compris que la démolition de l’Empire devenant de plus en plus à l’ordre du jour, il lui fallait avant tout des hommes qui osassent se ruer dessus, sans s’inquiéter si c’était conforme au vieux règlement législatif du vieux père Schneider. — Quelques mois après, M. Jules Favre se prononça contre le principe du mandat impératif avec la véhémence d’un bonnetier qui débine les produits de son concurrent. « Le mandat impératif, aurait dit M. Jules Favre, est le fit à la patte qui empêche les candidats républicains de voltiger, une fois qu’ils sont élus, dans les frais ombrages réactionnaires… » — M. Jules Favre a été élu membre de l’Académie, le 2 mai 1867 ; son discours de réception, qui fut une profession de foi d’un spiritualisme à en lézarder la voûte céleste, dura trois heures un quart et fit suer de l’eau bénite à tous les illustres assoupis ses collègues. — Jusqu’à l’époque de nos récents désastres, M. Jules Favre s’était contenté d’employer son immense talent à n’être utile en rien à la cause qu’il prétendait servir ; mais enfin, il ne lui faisait pas grand mal ; après nos premiers revers, ce fut autre chose, il prit à tâche, aidé par ses confrères de l’opposition en pantoufles, d’augmenter les conséquences de nos malheurs. Après Wissembourg et Reichshoffen, le peuple attendait de ces messieurs qu’ils provoquassent la déchéance de l’Empire ; rien ne leur était plus aisé, ils pouvaient encore sauver la France ; mais comme il leur fallait pour cela avoir de l’audace pendant dix minutes sans dormir, ils préférèrent laisser aller les choses et ne pas braver la fureur des Cassagnac. — Après Sedan, M. Jules Favre et ses bouillants confrères n’osaient encore pas prononcer le mot déchéance, et il fallut que le peuple leur poussât les reins pour qu’ils renversassent l’Empire et proclamassent la République, ce qu’ils firent d’ailleurs avec la timidité d’un collégien de seize ans à qui une femme mariée fait des avances. — À peine à la tête de la République, le premier soin de M. Jules Favre fut d’aller à Ferrières, prier M. de Bismark de piétiner dessus avec ses plus grosses bottes. M. de Bismark ne se le fit pas dire deux fois, et M. Jules Favre en se retirant fut obligé d’emprunter huit mouchoirs de poche au grand chancelier pour éponger ses larmes devenues célèbres. — Ce fut à la suite de cet entretien que Monsieur Jules Favre prononça ces fameuses paroles : Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire ni une pierre de nos forteresses, phrase qui fit bondir la France d’enthousiasme et lui permit un instant d’espérer qu’elle avait enfin mis la main sur un nouveau Danton ; malheureusement M. Jules Favre n’était qu’un Danton humide. — Depuis ce moment M. Jules Favre ne marcha plus que de défaillance en défaillance, de sanglot en sanglot. Il crut jusqu’au dernier moment en Trochu comme le plus épais des abonnés de la Patrie, et lui laissa mener Paris à sa perte, avec la tranquillité d’âme d’un grand citoyen qui se dit : Je n’ai rien à me reprocher dans les malheurs de mon pays, puisque j’ai pleuré dessus trois fois par jour pendant six mois. — Après la révolution du 18 mars, dite des canons de Montmartre, M. Jules Favre, qui avait été nommé précédemment ministre des affaires étrangères par M. Thiers, suivit le Gouvernement à Versailles, où il poussa au bombardement de l’infâme capitale avec une énergie dont est seul capable un malfaiteur qui désire voir commettre aux autres des crimes assez grands pour faire oublier les siens.

M. Jules Favre est d’assez haute taille, il était très-laid étant jeune ; les cheveux blancs lui vont mieux. — Il parle avec onction, il bave avec amour ; on dirait un robinet huile sainte et fiel mêlés. — Il habite à Paris un appartement rue d’Amsterdam et à Rueil une superbe propriété. Dans ces deux logis, il avait une concession d’eau de Seine. Depuis son avénement au pouvoir, il a renoncé à son abonnement ; il pleure au-dessus de ses réservoirs, ça suffit et au delà. — Un pamphlet, qui a fait beaucoup de bruit, a tenté d’ébranler la réputation de M. Jules Favre ; il y avait là-dedans un peu de tout : de l’adultère, de la captation, du faux, etc., etc. C’est de la vie privée, nous ne nous en occuperons pas, d’autant plus que nous avons trouvé dans sa vie publique plus qu’il n’en faut pour juger un homme.


NOTICE COMPLÉMENTAIRE

DATES À REMPLIR
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE

Jules Favre, complètement discrédité, tombe du pouvoir avec M. Thiers le.......... 187.. — Est réélu encore une fois député en province, par un vieux reste d’habitude le.......... 187.. — Abandonne définitivement la politique, qui ne s’en plaint pas, le.......... 187.., et se livre à des travaux littéraires. — Publie le.......... 187.., un livre intitulé : Opinion d’un veau sur l’invasion prussienne. — Meurt le.......... 19.., noyé par ses larmes, une nuit qu’il avait dormi sur le dos la bouche ouverte.