Le Trombinoscope/Victor Hugo

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Touchatout - Le Trombinoscope, Num. 25 (portrait).jpg

VICTOR HUGO, comte victor-marie, poëte français, né à Besançon, qui avait besoin de cela pour se nettoyer d’avoir donné le jour au célèbre jésuite Nonotte. Victor Hugo naquit le 26 février 1802, d’un père qui avait servi la République comme Volontaire et d’une mère légitimiste. Pareil malheur, mais en sens inverse, devait arriver plus tard à Henri Rochefort, qui fut élevé par un père légitimiste et une mère républicaine. Constatons tout de suite que Rochefort se remit beaucoup plus vite de cet accident que Victor Hugo. À trente-cinq ans, Rochefort avait déjà payé cent cinquante mille francs d’amende au fisc, et redevait à l’État quelque chose comme cinquante-sept années de prison, tandis qu’à quarante-six ans Victor Hugo était encore pair de France sous Louis-Philippe, et jusqu’en 1849, votait avec la droite contre l’impôt progressif, l’abolition du remplacement militaire et autres projets démocratiques. Ce n’est pas une querelle que nous cherchons à Victor Hugo ; mais il faut pourtant bien constater qu’il y a des hommes qui s’aperçoivent plus vite que d’autres que la nourrice qui les a élevés a abusé de leur innocence. — Jusqu’en 1827, Victor Hugo ne produisit guère que des poésies imbibées d’un sentiment religieux et monarchique, qui lui valurent tour à tour les largesses de Louis XVIII et celles de Charles X. Cependant, si à cette époque il n’avait pas encore adopté sa célèbre maxime : tendre et profond amour du peuple, il travaillait déjà à préparer cette immense révolution littéraire de 1830 à laquelle nous devons de ne plus voir jouer de tragédies au Théâtre-Français que tous les quatre mois environ. — Hernani, Marion Delorme, et surtout le Roi s’amuse furent repoussés par la censure. Cette dernière pièce, où l’on voit François 1er violer les filles de ses sujets, comme si elles étaient de simples constitutions, excita au plus haut degré la colère des Gavardie de l’époque, qui prétendirent que si on laissait dépouiller effrontément les rois de leur prestige, il ne leur resterait plus rien pour se présenter décemment devant l’histoire. — Vinrent ensuite Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Ruy Blas et les Burgraves ; dans cette dernière pièce, où l’on voit un père de cent ans traiter de galopin son fils qui n’en a que quatre-vingts, pendant que celui-ci gronde à son tour le sien qui en a soixante, et que ce dernier menace son aîné, âgé de quarante ans, de lui donner une fessée s’il n’élevait pas mieux son garçon qui en a vingt. Les Burgraves obtinrent un succès très-grand. En province on l’annonçait avec un sous titre :

LES BURGRAVES
OU LE DANGER D’ACHETER LES BIENS DE SES PARENTS À RENTE VIAGÈRE

En 1831, Victor Hugo fit paraître Notre-Dame de Paris, roman dans lequel il inaugura le système qu’il devait appliquer si souvent depuis, et qui consiste à profiter du moment où le lecteur se demande avec anxiété ce que va devenir Quasimodo, Gilliattou Gwynplaine, pour consacrer quarante-huit pages à la description d’un monument, à la construction d’un navire ou à une étude sur les mœurs des Araucaniens au troisième siècle. — Victor Hugo publia plusieurs volumes de poésies dont l’éloge n’est plus à faire : les Chants du Crépuscule, les Voix intérieures, les Rayons et les Ombres, les Feuilles d’automne, etc… En 1841, il fut nommé à l’Académie ; il se laissa faire par politesse ; mais, à partir de ce moment, il s’arrangea de façon à être le plus souvent possible en voyage. — En 1848 Victor Hugo fut envoyé à la Constituante où, — nous avons déjà eu la douleur de le dire, — il vota presque constamment avec la droite, entre autres, les décrets contre les clubs et le droit au travail. Cependant, il réclama, à cette époque, l’abolition de la peine de mort ; c’était déjà quelque chose, un peu de patience, ça va venir. — À l’Assemblée législative, où il fut envoyé par le département de la Seine, Victor Hugo se décida enfin à ne plus tâter l’eau du bout du pied et à s’y jeter la tête la première ; de cette époque date sa transformation, qu’avec la meilleure volonté du monde on est forcé de trouver un peu tardive. Rallié au parti de la République démocratique et sociale (allons donc… traînard !…) il prêta désormais l’appui de sa parole incomparable à la cause républicaine. La droite furieuse, lui jeta souvent dans les jambes les odes royalistes de sa jeunesse, ce qui était à peu près aussi sensé que de reprocher à un zouave d’avoir eu peur de croquemitaine jusqu’à l’âge de trois ans. Quoiqu’il en soit, Victor Hugo, qui avait un peu traîné la jambe, sut rattraper le temps perdu. Les hommes du 2 décembre le trouvèrent assez converti pour l’expulser de France et assez dangereux pour ne pas le rappeler au bout de deux mois comme M. Thiers ; cette comparaison, qui a l’air d’arriver la comme un bouton de guêtre sur une sole au gratin, nous confirme pourtant dans notre opinion déjà ancienne, que le mérite des honnêtes gens se mesure surtout à la crainte qu’ils inspirent aux filous. Victor Hugo se retira depuis à Jersey où il publia plusieurs ouvrages : Les Contemplations, la Légende des siècles, les Châtiments, les Misérables, les Travailleurs de la mer, l’Homme qui rit et Napoléon le petit. En lisant le titre de ce dernier volume, Vélocipède père ajouta malicieusement : par Victor Hugo le Grand. Mais ce que l’on n’a pas dit, c’est que ce mot avait été payé 325 francs la veille par l’Empereur à un rédacteur du Figaro ; cela a été prouvé par le livre des dépenses saisi aux Tuileries le 4 septembre et sur un feuillet duquel on a lu très-distinctement :

15 mars. Trois reparties fines achetées à Villemessant. 800 fr.
22 avril. Une repartie extrafine. 325

Victor Hugo refusa de profiter des amnisties accordées plus tard. Il se retrancha derrière son vers célèbre : Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là. Les journaux à cocottes ont beaucoup ricané de Victor Hugo, s’attachant lui-même son alexandrin au cou ; eux qui n’étaient attachés au chenil impérial qu’avec des saucisses, devaient en effet trouver ce genre de laisse très drôle. — Victor Hugo, ainsi qu’il l’avait promis, ne rentra en France qu’après qu’on y eût brûlé du sucre. Pendant le siége, il mit un képi et le Figaro n’eut pas assez de côtes pour se les tordre de rire à ce spectacle extraordinaire. Il fallait bien amuser sa clientèle, et le moment était passé de lui rendre compte, à une bouteille près, des bains au vin de Champagne de Blanche d’Antigny… — Victor Hugo fut envoyé à l’Assemblée nationale de Bordeaux, c’était un grand honneur ; il montra qu’il en était digne en n’y entrant que juste le temps d’en sortir. — Depuis, Victor Hugo a été porté par Paris candidat à l’Assemblée nationale de Versailles. Il a échoué contre M. Vautrain, républicain 18 degrés, chambre de malades, que Paris a choisi dans un jour de mollesse, croyant apaiser le courroux céleste de l’Assemblée et la ramener à Paris. Les Parisiens ont pu se convaincre, par cette petite expérience, de ce que l’on gagne à fléchir le genou quand on a le droit de relever la tête. Le coup de pied légendaire, qui est la réponse obligée à ces sortes de concessions ne s’est pas fait attendre ; et trois jours après, l’Assemblée déclarait de nouveau qu’entre le gaz oxhydrique et les salsifis il n’y avait pas de rapprochement possible.

Au physique, Victor Hugo est de moyenne taille, le front est vaste, l’œil perçant ; à deux cents pas il distinguerait un agent bonapartiste d’un repris de justice. Il laisse pousser sa barbe et des clameurs idiotes à tous les imbéciles qui jappent autour de lui. — Il écrit peut-être trop volontiers aux garçons pharmaciens qui lui adressent des vers : « Vous êtes un des rayons-enclume de l’humanité-clarinette. » Les garçons pharmaciens ne comprennent pas ; mais ils n’en sont que plus heureux. — Son style, parfois simple, clair et puissant, souvent plus inextricable que le javanais le plus pur, donne au lecteur, tantôt la chair de poule et tantôt l’air ahuri d’un homme qui cherche à comprendre comment l’idéal fantôme du rayonnement obscur des pénombres étincelantes, peut produire le verglas purulent de la promiscuité étoilée et bourdonnante du fifre cadavérique.

Février 1872.

NOTICE COMPLÉMENTAIRE

DATES À REMPLIR
PAR LES COLLECTIONNEURS DU TROMBINOSCOPE

Victor Hugo est nommé député le... 18... par Paris qui s’est enfin aperçu que si les Vautrain ne mènent pas à grand chose, ils ne ramènent rien du tout. — Il se présente à l’Assemblée le... 18... et demande la proclamation définitive de la République le... 18... — Gavardie obtient un succès étourdissant en l’appelant : bidon à pétrole. — Enfin, il meurt le... 19..., afin de ne pas voir Victorien Sardou nommé sénateur par Vélocipède IV.