Le Troupeau de Colas

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Fables de FlorianLouis Fauche-BorelVolume 9 (p. 74-75).


FABLE V

Le Troupeau de Colas


Dès la pointe du jour, sortant de son hameau,
Colas, jeune pasteur d’un assez beau troupeau,
     Le conduisoit au pâturage.
     Sur sa route, il trouve un ruisseau
Que, la nuit précédente, un effroyable orage
Avait rendu torrent ; comment passer cette eau ?
Chien, brebis & berger, tout s’arrête au rivage.
En faisant un circuit l’on eût gagné le pont ;
C’étoit bien le plus sûr, mais c’étoit le plus long.
Colas veut abréger. D’abord il considère
     Qu’il peut franchir cette rivière ;
     Et, comme ses béliers sont forts,
     Il conclut que, sans grands efforts,
Le troupeau sautera. Cela dit, il s’élance ;
Son chien saute après lui ; béliers d’entrer en danse
     À qui mieux mieux : courage, allons !
     Après les béliers, les moutons ;
Tout est en l’air, tout saute ; & Colas les excite

     En s’applaudissant du moyen.
Les béliers, les moutons, sautèrent assez bien ;
     Mais les brebis vinrent ensuite ,
Les agneaux, les vieillards, les foibles, les peureux,
     Les mutins, corps toujours nombreux,
Qui refusoient le saut ou sautoient de colère,
     Et, soit foiblesse, soit dépit,
     Se laissoient choir dans la rivière.
Il s’en noya le quart ; un autre quart s’enfuit,
     Et sous la dent du loup périt.
     Colas, réduit à la misère,
S’aperçut, mais trop tard, que pour un bon pasteur
     Le plus court n’est pas le meilleur.