Le Ventru aux Élections de 1819

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Œuvres complètes de BérangerH. Fournier2 (pp. 19-21).


LE VENTRU


AUX ÉLECTIONS DE 1819


Air : Faut d’la vertu, pas trop n’en faut


Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

bis.


Électeurs, j’ai, sans nul mystère,
Fait de bons dîners l’an passé.
On met la table au ministère ;
Renommez-moi, je suis pressé.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

Préfets, que tout nous réussisse,
Et du moins vous conserverez,
Si l’on vous traduit en justice,
Le droit de choisir les jurés.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

Maires, soignez bien mes affaires :
Vous courez aussi des dangers.

Si les villes nommaient leurs maires,
Moins de loups deviendraient bergers.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

Dévots, j’ai la foi la plus forte ;
À Dieu je dis chaque matin :
Faites qu’à cent écus l’on porte
La patente d’ignorantin.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

Ultras, c’est moi qu’il faut qu’on nomme ;
Faisons la paix, preux chevaliers :
N’oubliez pas que je suis homme
À manger à deux râteliers.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

Libéraux, dans vos doléances,
Pourquoi donc vous en prendre à moi,
Quand le creuset des ordonnances
Peut faire évaporer la loi ?

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

Les emplois étant ma ressource
Aux impôts dois-je m’opposer ?

Par honneur je remplis la bourse
Où par devoir j’aime à puiser.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.

On craindrait l’équité farouche
D’un tas d’orateurs éclatants ;
Moi, dès que j’ouvrirai la bouche,
Les ministres seront contents.

Autour du pot c’est trop tourner,
Messieurs ! l’on m’attend pour dîner.