Le Vieux Tambour

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La Jeune BelgiqueTome deuxième (p. 15).




POÉSIES


LE VIEUX TAMBOUR



A Émile Van Arenbergh


Je suis un vieux tambour. Autrefois, sur ma peau,
Quand le ciel du matin semble un bouquet de roses,
De Cythère avolaient les amours en troupeau,
Et mon âme sonnait sous des baguettes roses.

Je suis un vieux tambour. Naguère, après l’assaut,
Quand les soudards tuaient les femmes dans les bouges,
La volupté du sang me spasmait d’un tressaut,
Et mon âme hurlait sous des baguettes rouges.

Je suis un vieux tambour. Maintenant mes bois morts
Geignent sous le malheur, la honte, le remords…
Plus d’aube rosoyante et de flambantes gloires.

Aujourd’hui, recouvert d’un long crêpe de deuil,
Sourdement je sanglote au devant d’un cercueil,
Et mon âme se meurt sous des baguettes noires.


Albert GIRAUD.