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Le Vivier (Gilkin)

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La NuitLibrairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (p. 69).




LE VIVIER



Mon livre est un vivier profond de marbre noir,
Où parfois, te penchant plein d’horreur, tu peux voir,
Or et flamme ! onduler dans la fange et l’eau noire
Une murène comme un long éclair de moire.

Dans l’ébène affamé de ce boueux miroir
Le soleil, qui s’y voit noir d’un deuil sans espoir,
Boit les baisers glaireux d’une flore illusoire
Où s’ouvre, au lieu de fleurs, mainte lente mâchoire.

Toi, qui viens te mirer dans ces traîtreux remous,
Regarde, ô cher visage hypocrite et si doux,
Sous ton reflet tremblant glisser des monstres mous.

Pour repaître à la fois mes amours et mes haines,
Tous les jours, de mes mains, je nourris mes murènes
De beaux yeux frais d’enfants et d’entrailles humaines.