Le chemin de fer canadien du Pacifique/6

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Eusèbe Sénécal, imprimeur-éditeur (p. 51-62).

V

Les Territoires du Nord-Ouest et la Colombie Britannique.


Afin de mieux faire ressortir l’importance de notre grande route trans-continentale et les immenses résultats économiques qu’elle est appelée à produire, nous allons donner un aperçu des richesses agricoles, industrielles, minérales et fluviales des divers pays qu’elle doit traverser. Il servira de complément à notre travail.

Des études bien élaborées ont déjà été publiées par plusieurs plumes habiles sur les ressources multiples de ces territoires et nous invoquerons leur autorité pour donner à nos remarques toute l’exactitude possible. En parlant de ces régions, il est arrivé à plusieurs écrivains d’en faire un tableau trop flatté, de voir tout en rose, tandis que d’autres tombaient dans l’autre extrême. N’ayant aucun intérêt de farder la vérité, nous tâcherons d’éviter les exagérations que l’on a pu commettre dans l’un et l’autre sens.

En examinant la praticabilité du chemin du Pacifique, nous avons donné une idée du pays qui s’étend depuis le haut de l’Outaouais jusqu’au nord du Lac Supérieur. Cette contrée est à peine habitée ; on n’y trouve que quelques postes de la compagnie de la Baie d’Hudson autour desquels on cultive quelques arpents de terre. Elle est actuellement l’objet d’une exploration soignée, et elle ne sera plus bientôt une terra incognita, sur laquelle on ne peut risquer que des conjectures.

La région située entre le Lac Supérieur et la Rivière Rouge est très étendue et est accidentée à certains endroits. Si une certaine partie est impropre à la culture, on y trouve une portion considérable de bonnes terres. Elle est baignée par plusieurs rivières et grands lacs, qui la fertilisent et forment une chaîne ininterrompue de navigation.

Sir George Simpson se rendait en 1841 à la Rivière Rouge en suivant la rivière Kaministiquia, qui se décharge dans le Lac Supérieur, et il faisait de la vallée qu’elle arrose une brillante description. « Nous avons passé, » disait il, « pendant notre marche » à travers des forêts d’érable, de chêne, de bouleau, etc., et plus d’un endroit nous rappelait la richesse des scènes pittoresques de l’Angleterre. Les sentiers de beaucoup de portages étaient émaillés de violettes, de roses et de fleurs sauvages… Les fruits abondaient… On ne saurait traverser cette belle vallée sans croire qu’elle est appelée à devenir le séjour d’hommes civilisés, où paîtront des troupeaux d’animaux mugissants, et où s’élèveront des écoles et des églises »…

M. Dawson, qui a établi la route qui porte son nom entre la Baie du Tonnerre et Fort-Garry, parle dans les termes suivants du pays situé entre ces lieux :

« Cette contrée est généralement onduleuse, accidentée et coupée de rivières aux coulants rapides et par de grands lacs. Les montagnes, cependant, à l’exception de celles qui se trouvent sur les bords du Lac Supérieur, ne sont pas bien hautes, et l’on y voit plusieurs belles vallées d’alluvion, dont la plus considérable est celle de la Rivière La-Pluie. Les lacs et les rivières sont navigables sur de grandes distances, dont la plus longue est de 158 milles, s’étendant depuis le fort Francis jusqu’à l’extrémité ouest du Lac Plat. D’épaisses forêts couvrent tout la région et l’on y trouve en divers endroits, et en grande quantité des bois de la meilleure espèce. Il se trouve aussi de l’orme sur la rivière La-Pluie et du pin blanc de belle grosseur et de bonne quantité en abondance sur les bords des rivières qui descendent la pente rapide de la côte est pour se jeter dans le Lac Supérieur ; mais il est encore plus abondant sur la côte ouest, le long des rivières qui se dirigent vers le Lac La-Pluie. Sur les rivières Sageinogo, Seine et Maligne, il y a de vastes forêts de pin rouge et de pin blanc. Il se trouve aussi ça et là du pin blanc dans la belle vallée de la Rivière La-Pluie et sur les îles du Lac des Bois ; mais en gagnant à l’ouest, il devient de plus en plus rare, et arrivé près du Lac Winnipeg, il ne s’en voit plus du tout.

« Si l’on met les forêts de pin du voisinage du Lac La-Pluie en regard avec les fertiles régions qui s’étendent à l’ouest de la Rivière Rouge, — où il n’y a que peu de bois propre aux objets domestiques, — et si on les envisage sous le rapport de ce que peuvent devenir plus tard les besoins de cette immense contrée, elles prennent alors une importance qu’il ne faut pas se dissimuler en estimant les ressources de cette partie du pays. »

Les remarques de M. Dawson sur l’importance de ces forêts sont très justes. Car, le sol du nord ouest est loin d’être aussi généralement couvert de vastes boisés que celui du Canada. Il y a sans doute à certains endroits de magnifiques futaies, mais sur des espaces immenses, dans les prairies par exemple, on n’y trouve que quelques bouquets de peupliers et d’arbrisseaux. Beaucoup de forêts qui existaient encore, il y a quelques années, ont été détruites par de terribles incendies qui ont causé des dommages incalculables.

Mgr Taché confirme en partie ce que dit M. Dawson à ce sujet dans son Esquisse sur le Nord-Ouest, un ouvrage qui doit revêtir une grande autorité ; puisque cet éminent prélat a parcouru toutes ces régions lointaines depuis plus de vingt-cinq ans, et qu’il a été ainsi en mesure d’en faire une étude approfondie :

« La Rivière La-Pluie, le Lac des Bois, la Rivière Winnipeg, les îles du lac de ce nom, les terres entre le Lac des Bois et la Rivière Rouge sont les seules parties bien boisées quant aux espèces, et seront d’une ressource immense pour la colonie d’Assiniboine où on sent déjà le besoin de ce secours éloigné. La belle lisière qui bordait autrefois la Rivière Rouge et l’Assiniboine a déjà subi une atteinte désastreuse. »

Dans la vallée de la Rivière Rouge se trouve la province de Manitoba, le plus petit des états de la Confédération, puisqu’il n’embrasse qu’un espace de 13 000 milles carrés et ne compte pas plus de 13 à 14 000 âmes.

Il serait superflu d’en parler longuement. C’est l’endroit du pays qui, à cause de ses troubles politiques, a le plus occupé l’attention publique en Canada depuis deux ans. Déjà des centaines d’émigrants haut canadiens s’y sont dirigés et l’on peut compter qu’il vont y affluer avant longtemps, au fur et à mesure que l’on facilitera les communications avec le Canada. Ces 14 000 âmes jouissent du self-government et des libertés constitutionnelles dans toute leur plénitude.

Mgr Taché dit qu’au point de vue de la traite des fourrures, « le district de la Rivière Rouge a son importance, non pas sans doute dans ce qu’il produit lui-même, mais bien dans le fait qu’il est le seul centre important d’affaires dans le pays… Ce district n’est pas encore tout colonisé et il est incontestablement la portion du Département du Nord la plus propre à cet effet. Le terrain y est partout un riche sol d’alluvion et une plaine de la plus complète uniformité. »

La plupart des explorateurs et voyageurs qui ont parlé de la Rivière Rouge, ont fait le plus bel éloge de la fertilité de son sol. Lord Selkirk qui fit des essais de colonisation dans cette région, au commencement du siècle, prétendait qu’elle pourrait nourrir une population de trente millions d’habitants.

La vallée de la Rivière Rouge est un des pays du monde qui produit le blé en plus grande abondance. Le professeur Hind, dans son rapport officiel, porte la moyenne du rendement à 40 minots l’acre, et il remarque qu’elle l’emporte sur les régions les plus favorisées des États-Unis, puisque le Minnesota ne produit que 20 minots l’acre en moyenne ; le Wisconsin, 14 minots ; le Massachusetts, 16 minots, et la Pennsylvanie, 15 minots.

M. Hind fait ici erreur. Malgré sa fertilité, le sol de la Rivière Rouge ne produit probablement pas en moyenne plus de 30 minots. Et nous appuyons notre assertion sur le rapport assermenté de plusieurs habitants de la Rivière Rouge, dont les témoignages furent recueillis par un comité nommé par le Sénat au mois d’avril 1870. D’autres personnes de Manitoba que nous avons eu l’occasion de consulter corroborent ce fait.

« Après le blé, » dit M. James W. Taylor, dans un rapport élaboré qu’il a adressé au gouvernement des États-Unis sur les relations commerciales entre cette contrée et l’Amérique Britannique du Nord Ouest, « toutes les autres céréales secondaires en importance se cultivent, mais dans un rayon de cinq dégrés plus étendu dans la vallée McKenzie jusqu’au cercle arctique. L’orge réussit dans les champs cultivés en blé précédemment ; les rendements en sont énormes et le poids du minot varie de 48 à 55 livres. L’avoine vient bien. Les pommes de terre se distinguent surtout par leur qualité et leur abondance.

« En 1856 la Colonie de la Rivière Rouge comptait 9 253 bêtes à cornes, et 2 799 chevaux, chiffres qui, dans un établissement de 6 523 âmes, font bien voir l’importance qu’on attache à l’élève du bétail. Les chevaux, l’été comme l’hiver paissent dans les bois, et restent toujours gras sans qu’il soit nécessaire de les enfermer ou de leur donner du foin. Les pâturages sans bornes qu’offrent les savanes herbeuses de la Rivière Rouge favorisent grandement l’élève des moutons. »

Comme les contrées les plus favorisées ont leur part d’inconvénient, la région de la Rivière Rouge laisserait peu à désirer, malgré les rigueurs de son climat, si elle n’était visitée à certaines époques par des légions de sauterelles qui ravagent les grains.

Un bateau-à-vapeur la met l’été en communication avec les États-Unis, qui lui fournissent en grande partie ses importations, et dans quelques mois un embranchement du Pacifique Nord américain la reliera au Minnesota et au réseau de voies ferrées des États Unis. Nos voisins qui savent apprécier l’importance de ses ressources, font tout en leur pouvoir pour accaparer à jamais son commerce. N’est-ce pas là une preuve évidente qu’après nous être laissé devancer par nos voisins, il nous faut contrecarrer ces mesures, qui auraient pour effet d’américaniser promptement la nouvelle province de Manitoba, ou bien avouer notre impuissance ?

Notre chemin du Pacifique développera, entre autres grandes vallées, celle qu’arrose la rivière Assiniboine, le plus important tributaire de la Rivière Rouge. Mgr Taché dit que « cette rivière n’est point navigable quoiqu’elle ait un cours de plusieurs centaines de milles. Son cours est excessivement tortueux, le bas coule sur un lit argileux à travers une vallée fertile, le haut traverse une plaine souvent sablonneuse et aride… Le grand affluent de l’Assiniboine à l’Ouest est la rivière Qu’appelle, petit ruisseau au fond d’une vallée délicieuse et dont l’élargissement forme huit lacs où abonde la meilleure qualité de poisson blanc. Avec plus de bois la vallée du lac Qu’appelle serait une place de premier choix pour la colonisation. »

Parlons maintenant, de la grande vallée de la Siskatchewan, cette magnifique rivière qui, avec ses diverses branches, arrose une vaste région extrêmement productive et entre autres, la zone fertile {fertile belt). Tous ceux qui ont visité ce pays ne tarissent pas d’éloges sur sa beauté et ses richesses agricoles et houillères. Dès 1814, notre compatriote Gabriel Franchère, qui revenait des côtes du Pacifique, en parlait avec la plus haute admiration, comme présentant en plusieurs endroits la scène la plus belle, la plus riante et la mieux diversifiée qu’on puisse imaginer. Pourquoi, disait-il, tandis qu’en Europe et en Angleterre surtout, tant de milliers d’hommes ne possèdent pas en propre un pouce de terre, et cultivent le sol de leur patrie pour des propriétaires qui leur laissent à peine de quoi subsister, tant de millions d’arpents de terres en apparence grasses et fertiles, restent-ils incultes et absolument inutiles ?

M. E. Bourgeau, un botaniste remarquable qui accompagna le Capt. Paisler dans son expédition, disait entre autres choses : « Je dois appeler l’attention sur les avantages qu’il y aurait de fonder des établissements agricoles dans les vastes plaines de la Terre de Rupert, et particulièrement sur la Siskatchewan, dans les environs du Fort Carlelon. Cette région est beaucoup plus propre à la culture des principales céréales des climats tempérés, tels que le blé, le seigle, l’orge, l’avoine, etc., qu’on semblerait porté à le croire, à cause de sa haute latitude. En effet, les quelques tentatives, que l’on a faites, de cultiver des céréales dans les environs des postes de la compagnie de la Baie d’Hudson, démontrent abondamment combien il serait facile de récolter des produits sur une échelle suffisante pour récompenser le travail du cultivateur. Là, pour mettre la terre en culture, il suffirait d’ensemencer les meilleures parties du sol. Les prairies offrent des pâturages naturels pour la nourriture d’immenses troupeaux, tout aussi riches que s’ils avaient été faits artificiellement. La construction des maisons pour les pionniers à mesure que la contrée s’établirait, serait chose facile, parceque, dans plusieurs localités, à part le bois, l’on trouve de bonne pierre à bâtir, et dans d’autres il serait aisé de trouver de la glaise pour faire de la brique, plus particulièrement auprès de la Rivière Battle. Les parties les plus favorables seraient ensuite, dans les environs du fort Edmonton, ainsi que le long de la rive sud du bras nord de la Siskatchewan. Dans cette dernière région, l’on rencontre de riches et vastes prairies parsemées ça et là de bois et de forêts, et remarquables par l’excellent pâturage qu’ils pourraient offrir aux animaux domestiques… Dans les jardins aux postes de la compagnie de la Baie d’Hudson, mais surtout dans ceux des missions, les légumes, tels que les fèves, les pois et les haricots ont été cultivés avec succès, ainsi que les pommes de terre, les choux, les navets, les carottes, la rhubarbe et les raisins. »

Le professeur Hind en parle comme suit : « La région fertile de sol cultivable — composée partiellement de prairies riches et ouvertes, et partiellement couverte de bouquets de tremble — qui s’étend du lac des Bois au pied des montagnes Rocheuses, a environ 80 à 100 milles de largeur. Le bras nord de la Siskatchewan traverse la région fertile, par une vallée variant d’un quart de mille à un mille de largeur, avec une profondeur de 200 à 300 pieds au dessous du niveau de la prairie ou des plaines, jusqu’à ce qu’il atteigne les bas-fonds, à quelques milles à l’est de Fort-à-la-Corne. La superficie de cette région si extraordinairement fertile, est d’environ 40 millions d’acre. Autrefois, c’était une contrée boisée, mais plusieurs feux consécutifs l’ont partiellement dépouillée de ces arbres ; les pâturages y sont excellents, et le sol en est profond et composé de terre franche…

« La région fertile de la vallée de Siskatchewan ne doit pas uniquement son importance au fait qu’elle contient 64 000 milles carrés de terre arable, couvrant une longueur de 800 milles sur une largeur de 80 milles à travers le continent ; c’est plutôt au contraste entre une immense contrée sub-arctique au nord et une contrée déserte au sud, que cette lisière de bois si favorisée est redevable de sa valeur politique et commerciale. »

Le capitaine Palliser dit que « c’est une contrée partiellement boisée, couverte de lacs et riche en pâturages naturels, rivalisant en beauté avec les plus beaux parcs de notre pays. »

Mgr Taché affirme de son côté que « la rivière Siskatchewan a une importance tout exceptionnelle qu’elle emprunte à l’immensité et aussi à la richesse de la plaine qu’elle arrose. Elle a ses sources principales dans les Montagnes Rocheuses, ce qui, grâce à ses sinuosités, lui donne un cours de plus de 1 200 milles… Les terrains houillers que traversent les différentes branches de la Siskatchewan sont une grande source de richesse et favoriseront la colonisation de cette vallée, où la nature a multiplié des sites d’une beauté qui défie ce qu’il y a de plus remarquable au monde en ce genre. Je comprends la prédilection exclusive que les enfants de la Siskatchewan nourrissent pour leur pays natal. Après avoir traversé le désert, après s’être éloigné à une si grande distance des pays civilisés, que l’on croirait parfois avoir le monopole du beau, on s’étonne de trouver à l’extrémité ouest tant et de si magnifiques terres. À côté de grandes et sauvages beautés qu’offre l’aspect des Montagnes Rocheuses, l’auteur de la création s’est plu à étaler le luxe si attrayant des plaines de la Siskatchewan. »

Au nord de la Siskatchewan, près des Montagnes Rocheuses, coule la grande rivière Athabasca. Le district auquel elle donne son nom, dit Mgr Taché, « est en plus grande partie un pays inculte. La vallée de la rivière à la Paix fait une belle exception à cette triste aridité. Sur les deux rives de cette rivière il y a des terres magnifiques ; des prairies d’une grande fertilité y sont parsemées d’épaisses touffes de beau bois de construction. Quelques points sur la rivière Athabasca offrent aussi des avantages réels pour la colonisation. La nature est magnifique dans ce district, la vallée de la petite rivière de l’Eau Claire a des beautés saisissantes et exceptionnelles. Les rives du grand fleuve reportent, par leur aspect, vos pensées sur les plus beaux fleuves du monde… »

C’est à environ 150 milles à l’est des Montagnes Rocheuses que se trouve la grande couche de charbon, qui donnera plus tard tant d’importance à la région de la Siskatchewan. Selon Sir John Richardson, elle s’étend sur une largeur probable de 50 milles et se prolonge sans interruption sur 16 degrés de latitude jusqu’à l’océan arctique.

On ne saurait, en vue surtout de la construction du Pacifique, attacher trop de prix à ces gisements de houille. Car, le charbon joue de notre temps un rôle énorme dans l’industrie économique des peuples. Il alimente la navigation à vapeur, les voies ferrées, les manufactures et usines, sert à la fabrication du gaz et à mille objets dont la dénomination serait longue. La houille et le fer ont fait la fortune de l’Angleterre, et on a dit avec raison que le charbon lui était d’une bien plus grande valeur que les sables aurifères ou les mines du Mexique. Il fera notre propre fortune dans un avenir qui n’est pas éloigné.

Du reste, toute notre région du nord-ouest est fort riche en métaux et en minéraux. Dans le district arrosé par la rivière MacKenzie, on trouve des gisements carbonifères, des puits de poix minérale et bitumineuse. Le vaste territoire de l’Athabaskaw renferme d’abondantes richesses minérales, telles que le souffre, le sel, le fer, le bitume, la plombagine et le pétrole. On remarque sur les bords de la Rivière à la Paix des carrières de plâtre et des dépôts houillers que l’on croit être d’une grande valeur. Les masses de sable qu’elle roule depuis l’endroit où elle s’échappe des montagnes Rocheuses recèlent de l’or. On trouve également de l’or sur les bords de la Siskatchewan : c’est donc une nouvelle richesse à ajouter à ses inépuisables ressources.

On sait encore qu’à l’extrémité sud-est de ces régions, sur les bords du Lac Supérieur à Fort William et Prince Arthur’s Landing, et sur le Lac Shebandowan, qui est situé à 40 milles de ces localités, on trouve de magnifiques mines d’or, d’argent et de cuivre. L’an dernier, les mines d’argent seules ont donné un rendement de 1 000 000 $. Il y a quelques mois des centaines de mineurs sont accourus sur les bords du Lac Shebandowan, à la recherche de l’or, et il est certain que leur exploitation deviendra une source de richesse pour cette partie du pays.

Les Montagnes Rocheuses sont la grande barrière naturelle qui sépare la Colombie Britannique du Canada. La nouvelle province s’étend depuis le versant occidental de ces montagnes jusqu’à l’Océan Pacifique et embrasse une superficie de 220 000 milles carrés. Ses côtes maritimes ont une longueur de plusieurs cents milles et sont échancrées par mille baies pittoresques, qui forment une multitude de ports naturels, et offrent en conséquence de grands avantages à la navigation océanique. Entre le détroit du Puget et Sitka, dans l’Alaska, se trouve un archipel renfermant grand nombre d’îles magnifiques ; la plus importante est l’Île de Vancouver, qui a 270 milles de long et 40 à 50 de large.

La Colombie est traversée par plusieurs chaînes de montagnes aux groupes gigantesques, qui courent dans une direction parallèle avec l’Océan Pacifique. La chaîne Cascade est la plus élevée et quelques uns de ses pics neigeux ont une altitude de 8 000 à 14 000 pieds. Les flancs de ces montagnes sont couverts de bois et recèlent des minéraux en grande abondance.

Elle est sillonnée par plusieurs belles rivières, au cours majestueux, entre autres la Fraser, la Thompson et la Colombie. La Fraser est navigable jusqu’au Fort Yale à 100 milles de son embouchure, et son cours se trouve ensuite interrompu sur un espace de 300 milles. La Colombie prend sa source dans l’Océan Pacifique sur le territoire de Washington et parcourt le pays sur une étendue de 600 milles.

MM. Milton et Cheadle dans leur ouvrage : The northwest passage by land, affirment que l’étendue de la terre arable est vraiment très limitée dans cette province et que si l’on excepte un petit district qui va de l’extrémité méridionale du lac Okanagan à la Grande Prairie, sur la route qui conduit à la rivière Thompson ; quelques morceaux de bonne terre à l’intérieur ; et le delta du Fraser couvert presque en entier d’épaisses forêts et exposé aux inondations de l’été, tout le pays n’offre qu’une nappe de rochers, de graviers et de cailloux roulés.

On ne saurait appeler, à proprement parler, la Colombie Britannique une région agricole. Cependant, il semble que l’opinion énoncée par MM. Milton et Cheadle est loin d’être aussi juste qu’ils voudraient le faire croire. Le gouverneur de la Colombie, M. Trutch, est d’opinion qu’un quart ou un tiers de cette province se compose de terres arables. Les travaux miniers ont jusqu’à présent été l’occupation presque exclusive des colons, mais une bonne partie de la Colombie est cependant en culture. Le terrain est extrêmement propre à l’élève des bestiaux et plus d’un cultivateur possède de 200 à 1 000 têtes de bétail. Les animaux vivent constamment en plein air et leur entretien est peu coûteux. Les plateaux et collines qui s’étendent entre les rivières Thompson et Fraser sont couverts d’une herbe extrêmement abondante et nutritive appelée le bunch-grass.

La Colombie est couverte de forêts épaisses, d’une végétation puissante, auxquelles celles de la Californie sont seules comparables. Les arbres ont cent, 200 et quelquefois plus de 300 pieds de hauteur avec une circonférence de 10 à 12 pieds. Le pin Douglas est surtout d’une valeur précieuse. Droit et uniforme, souple et flexible à la fois, il fournit des espars et des mâts pour les plus grands navires. On peut s’en procurer de 150 pieds de long. On trouve également en quantités inépuisables l’érable, le cèdre, le pin blanc, l’aulne, le saule, le peuplier, le bouleau, enfin la plupart des espèces de la famille des conifères. Ces forêts ont encore été si peu exploitées qu’elles semblent intactes. On en exporte annuellement pour une valeur d’environ 250 000 $.

Dans son ouvrage sur la Colombie, le Dr Rattray dit, au chapitre relatif au bois de construction :

« Le bois de construction de la Colombie Britannique est très-varié en même temps que fort précieux. La contrée, principalement sur le bas de la Rivière Fraser, est fortement boisée. Les forêts de cette colonie, on peut le dire, sont inépuisables, et produiront encore du bois en abondance lorsque celui de Vancouver sera entièrement consommé.

« La Colombie Britannique possède des avantages hors ligne pour activer l’exportation de ses bois. Au moyen de ses rivières larges et rapides, surtout le Fraser et ses tributaires, et du lac Harrison ainsi que d’autres lacs, qui s’y relient, les bois du nord-est, de l’est et du sud de l’intérieur, et de toute l’immense étendue de la contrée boisée égouttée par le Fraser, peuvent être acheminés à New Westminster ou Victoria pour de là être expédiés à l’étranger ; tandis que les bois des régions montagneuses, entre la côte occidentale et la chaîne Cascade et du lac Harrison, peuvent être pareillement transportés par les plus petits cours d’eau et les nombreux bras de mer qui se trouvent dans cette direction, entre autres, le bras Bentinck, Howe Sound, Bute Inlet, etc., où il serait facile d’établir des moulins à scie pour la fabrication des espars, semblables à ceux qui sont actuellement en opération à Barclay Sound.

« Les bois de construction de la Colombie Britannique, bien que plus variés que ceux de Vancouver, y sont, cependant, moins utilisés, sauf comme combustible et pour la construction des maisons.

« L’on pourrait facilement trouver grand nombre de marchés vers lesquels pourraient être dirigés les bois de Vancouver et de la Colombie Britannique. En Angleterre, le besoin d’espars, de chêne et d’autres bois, se fait vivement sentir dans la construction des navires. En Australie et dans l’Amérique du Sud, le bois est rare ; et, en Chine, surtout dans le Sud, où la population sacrifie tout aux exploitations agricoles, le bois est très-rare, très-précieux et en grande demande pour la construction des maisons, des jonques et des bateaux. En Chine, les bois mous de Vancouver s’écouleraient promptement, de même que le charbon de bois dont se servent les Chinois pour tous les usages domestiques. »

La Colombie est remarquable encore par des richesses minérales qui le cèdent à peine à celles de la Californie. Ses terrains aurifères s’étendent non seulement le long des rivières Fraser et Thompson, mais encore dans le district d’Ominica, dans le nord, de la Colombie sur les bords de la rivière à la Paix, de l’Ominica, de Germansen Creek et de plusieurs autres rivières et ruisseaux. Les mines d’or du district de Caribou sont célèbres dans le monde entier. De fait leur richesse n’a jamais été surpassée. Des milliers de personnes les ont exploitées depuis le moment de leur découverte, et bien que leur outillage ait été fort imparfait, grand nombre ont fait par leurs fouilles de grandes fortunes. En 1864, le claim Cunnigham a fourni en moyenne durant le temps des opérations à peu près 2 000 $ par jour ; le claim Dillon a donné en un jour la somme étonnante de 1 000 £ sterling. Les mines d’or de la Colombie ont été extrêmement productives durant les années 1863, 1864 et 1865 ; on porte l’exportation de l’or pour cette période à 8 000 000 $. En 1867, elle a été de 1 500 000 $, et depuis la découverte des mines jusqu’à cette année elle n’a pas dépassé 17 000 000 $.

Lorsque l’étude de la constitution géologique du pays sera terminée, et que l’on aura construit des chemins plus faciles pour arriver aux mines, on peut compter que les capitalistes s’empresseront de poursuivre énergiquement leur exploitation, dont le développement prendra des proportions extraordinaires.

La Colombie possède encore des mines d’argent, de cuivre, de fer, de plombagine et autres, mais malgré leur richesse elles n’ont guère été exploitées, car on s’est livré avant tout à la recherche de l’or. La vallée du Fraser abonde en mines d’argent qu’une compagnie va exploiter sur une grande échelle. Nous avons déjà parlé des superbes mines de charbon bitumineux et anthracite qui gisent dans l’Île de Vancouver. En 1869, l’exportation de la houille à San-Francisco seulement a atteint la somme de 125 000 $, et la vente en 1870 a été de 29 845 tonneaux.

Les pêcheries de la Colombie sont d’une richesse extraordinaire. L’éturgeon, le saumon, le houlican, la morue, le hareng, le flétan, les sardines, etc., se trouvent en abondance. L’éturgeon pèse jusqu’à 500 livres et se prend très facilement. Le saumon est très varié et on peut en mer en emplir un canot par jour en le pêchant à la ligne. Le houlican est un petit poisson qui afflue dans les rivières à la fin d’avril ; on peut alors en prendre par millions. On trouve des bancs d’huîtres à Burrard Inlet. Une compagnie fait depuis quelques années, avec de bons profits, la pêche à la baleine sur les côtes du Pacifique.

Lorsque ces richesses maritimes et fluviales seront exploitées sur une grande échelle, elles seront une source inépuisable de revenu et l’on fera des exportations immenses de poisson.

La chasse est aussi abondante que variée. L’exportation des fourrures en 1869 a été d’environ 233 000 $.

À l’époque de la fièvre de l’or, la population de la Colombie était plus nombreuse qu’à présent. En 1871, elle se composait de 8 570 blancs, 422 noirs et 1 548 chinois, formant un total de 10 586, outre 30 à 40 000 sauvages.

On peut être sûr qu’une immigration considérable va se porter dans cette province aussitôt que le chemin du Pacifique sera en voie d’exécution. Les travaux seuls de cette colossale entreprise donneront de l’emploi dans cette partie de la Confédération à environ 10 000 travailleurs durant plusieurs années.

Le manque de communications a été le grand obstacle qui a nui au développement de la Colombie. Plusieurs de ses mines d’or les plus précieuses ont dépéri à cause de leur difficile accès. Bien que ses ressources soient limitées, le gouvernement de la Colombie a cependant exécuté un grand chemin qui ferait honneur à une nation plus populeuse, celui qui conduit aux mines d’or du Caribou.

Cette route a coûté environ 1 250 000 $. Elle a été construite en grande partie sur le flanc des montagnes qui bordent les rivières Fraser et Thompson, et sur son parcours se trouvent des précipices affreux de 500 à 1 000 pieds de profondeur. Les obstacles que notre Pacifique aura à vaincre sont sans importance en comparaison de ceux que l’on a dû surmonter pour construire ce chemin. Le transport des voyageurs se fait sur cette voie au moyen d’une diligence traînée par 5 à 6 chevaux, et celui des marchandises par des convois de chariots traînés par de nombreux mulets et bœufs. Ce moyen de communication est aussi lent que difficile et coûteux, et les mineurs attendent anxieusement, le jour où un chemin de fer abrégera les distances et rendra leurs exploitations plus économiques.

La Colombie jouit maintenant des libertés constitutionnelles si chères à tout sujet anglais et le nouveau régime ne peut manquer d’avoir une influence énorme sur son avenir. Encore quelques années, et les chemins de fer en la sillonnant l’auront transformée et des millions naîtront de ses mines, de son agriculture, de ses bois et de ses pêcheries. Le chemin du Pacifique terminé, elle deviendra l’un des entrepôts du commerce universel, Victoria éclipsera San-Francisco comme port de mer, et la Colombie aura pour le Canada l’importance que la Californie a pour les États-Unis.

Lorsque cette grande œuvre sera accomplie, nous verrons alors la réalisation de la parole prophétique de Montalembert, que des bouches de l’Orégon à celles du St. Laurent, la nouvelle fédération sera un jour la rivale de la grande fédération américaine.