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Le culte selon la Parole

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Ad. Cherbuliez ; George Kauffmann ; Boehm (p. T-71).

LE CULTE

SELON

LA PAROLE,

Par J.-N. DARBY.

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À PARIS,
Chez Ab. CHERBULIEZ, Libraire, Place de l’Oratoire, 6.
À GENÈVE,
Chez George KAUFFMANN, rue Basse des Allemands.
À MONTPELLIER,
Chez BOEHM, Imprimeur-Libraire.

1851.



Les habitudes de la plupart des chrétiens leur ont donné des idées très-vagues sur le culte. Passés du formalisme, ou des pensées superstitieuses sous l’influence desquelles ils laissaient à d’autres le soin de leur religion, au besoin de posséder la vérité, pour eux établir la vérité, la reconnaître, l’entendre, forme l’objet presque unique de leurs exercices religieux en commun.

Mais il importe incontestablement d’introduire un peu du ciel dans la religion d’ici-bas. Dans le ciel, la vérité sera connue sans doute dans toute sa perfection ; mais, reçue dans le cœur, elle se réalisera dans la gloire présente et vivante de Dieu et du Sauveur, desquels la vérité s’occupe. Il n’y sera plus besoin ni de l’entendre, ni de l’établir ; on y vit. La vérité se traduira en adoration : c’est là ce qui caractérise le ciel.

Mais on ne peut nier que cela ne doive se réaliser en quelque mesure sur la terre, parmi ceux du moins qui ont reçu la vérité, connaissent par elle le Dieu qui nous l’a communiquée, le Sauveur qui est venu accomplir l’œuvre de son amour et de sa justice pour nous, et ont en outre l’Esprit lui-même, qui a fait à la vérité une place dans leurs cœurs, et leur inspire le désir de glorifier celui qui y est révélé. Lorsque l’Esprit communique les vérités célestes au cœur renouvelé, elles remontent toujours vers le lieu de leur origine en actions de grâces et en louanges. Le vrai culte n’est que le retour vers Dieu, du cœur rempli du sentiment profond de ce qui a été communiqué d’en haut. L’Esprit Saint qui nous l’a communiqué, fait remonter en adoration les sentiments produits en nous par la révélation de Dieu, de son amour en Jésus, de sa gloire et de toutes les bénédictions dont il nous comble. Et à coup sûr, connaître la grâce de Dieu ne suffira pas à un cœur qui en est pénétré ; il éprouvera le besoin de faire monter vers Lui l’hommage de son adoration et de sa reconnaissance pour toutes ses bénédictions, qui sont autant de preuves de l’amour infini et éternel dont nous avons été et dont nous continuerons à être l’objet.

Examinons en conséquence ce sujet, d’après les bases scripturaires que l’Esprit a posées.

Qu’est-ce donc que le culte ?

C’est l’honneur et l’adoration rendus à Dieu en vertu de ce qu’Il est, et de ce qu’Il est pour ceux qui le rendent.

C’est là l’occupation du ciel. Beau et précieux privilége pour nous sur la terre, s’il nous est donné d’en jouir !

À cette définition, on peut de fait ajouter : rendus en commun. Ce n’est pas nier pour cela la possibilité d’un culte rendu par un seul individu[1]. Si Adam fût demeuré seul dans l’innocence, sans doute seul il eût adoré Dieu[2]. Mais il n’est pas moins vrai que, de fait, le culte est un hommage rendu en commun, parce que Dieu bénit plusieurs et plusieurs ensemble, soit anges, soit hommes. Dès-lors, la communauté d’adoration est de l’essence de l’acte, parce que la bénédiction est commune. La joie que j’ai dans la bénédiction des autres, fait partie de ma propre bénédiction ; leur bénédiction est une portion de la grâce à laquelle je réponds ; et si je n’en jouis pas, l’amour qui est la source et le ressort du tout, fait défaut. Si je ne bénis pas Dieu à son sujet, je suis moi-même incapable de rendre culte, car bénir Dieu suppose que je suis sensible à son amour, et que j’aime.

Puis donc que Dieu n’a pas voulu que nous fussions seuls, et que ses bénédictions nous sont communes, nous pouvons dire que le culte est l’honneur et l’adoration rendus en commun à Dieu, en vertu de ce qu’Il est, et de ce qu’Il est pour ceux qui le rendent. Mais ce n’est pas à une définition abstraite que je veux m’en tenir : tout au contraire. Il est bon toutefois de savoir de quoi nous parlons.

Aucune œuvre de Dieu envers les hommes ne constitue le culte. Aucun témoignage rendu à Lui et à sa grâce ne le constitue pas non plus. L’évangélisation, témoignage d’un prix infini rendu à sa grâce, n’a rien de commun avec le culte. Elle peut le produire, en tant qu’elle est le moyen de communiquer la connaissance de Dieu en grâce, qui réveille dans le cœur l’esprit d’adoration. Mais aucune prédication, quelque bénie qu’elle soit, n’est un acte de culte[3]; elle est un témoignage rendu de la part de Dieu aux hommes. Ce n’est pas là diminuer la valeur de la prédication ; car sans elle aucun culte chrétien ne pourrait subsister. L’Évangile fait connaître le Dieu qu’on doit adorer, et agissant par la grâce, amène l’âme à l’état où elle est capable de lui rendre un véritable hommage en esprit et en vérité. Mais il n’en est pas moins vrai qu’aucun témoignage rendu à l’homme de la part de Dieu, n’est un culte rendu à Dieu par l’homme. Un sermon n’a rien de commun avec le culte. Il peut être le moyen de le produire. Le ministère de la Parole est même un caractère distinctif de l’économie chrétienne. Le peuple Juif était censé déjà placé en relation avec Dieu ; il l’était même extérieurement. Il n’était pas question de l’amener à Dieu ; il était déjà son peuple, et Dieu demeurait au milieu de lui à titre du peuple qu’Il avait racheté. Mais maintenant le royaume des cieux et la grâce du salut sont annoncés aux pécheurs, et il y a un ministère de l’Évangile pour inviter les âmes à entrer en relation avec Dieu, tout comme en Israël il y avait un sacerdoce pour maintenir des relations déjà formées.

Les prières adressées à Dieu pour obtenir de Lui ce dont nous avons besoin, ne sont pas non plus le culte proprement dit. Elles s’y associent plus immédiatement, parce qu’elles supposent la connaissance de Dieu, de la confiance en Lui, et ce fait que celui qui Lui présente ses prières, s’est approché de Lui en vertu de ce qu’Il est et de ce qu’Il est en sa faveur. Mais les demandes adressées à Dieu, tout en étant fondées sur la confiance en Lui, et ainsi liées intimément à l’adoration, n’ont pas le caractère propre de l’adoration elle-même.

Des louanges, des actions de grâce, l’adoration, la célébration des attributs de Dieu et de ses actes de puissance ou de grâce en forme d’adoration, le tout adressé à Lui, voilà ce qui constitue proprement le culte. Dans le culte on s’approche de Dieu et on s’adresse à Lui. Ses louanges, sans qu’elles lui soient directement adressées, s’y lient sans doute, et le cœur les rapporte à Lui ; mais une telle célébration n’a pas la forme propre du culte, quoiqu’elle puisse y entrer comme accessoire, ainsi que les prières suggérées par l’adoration elle-même. Et il ne faut pas penser que cette distinction soit de peu d’importance. Il est doux de nous raconter les uns aux autres les excellences de celui que nous aimons ; mais le racheté trouve sa joie à introduire Dieu lui-même dans ses pensées, à s’adresser à Lui, à Lui parler, à l’adorer directement, à Lui ouvrir son cœur, à Lui dire qu’il l’aime ; il aime que les choses se passent entre Dieu personnellement et lui, à Lui témoigner le sentiment qu’il a de sa grandeur et de sa bonté, parce que Dieu lui-même est dans un tel entretien. Dans ce cas, c’est la communion entre l’âme et Dieu, et Dieu lui est plus précieux que ses frères même ; il l’est aussi à chacun de ceux ci ; ils ont tous le même sentiment. En un mot, dans un cas on s’adresse à soi-même ou aux autres, pour dire combien Dieu est digne d’être loué ; dans l’autre, on s’adresse à Dieu lui-même. Cette dernière direction des sentiments, pour celui qui connaît Dieu, est d’un ordre supérieur ; elle a un charme, une excellence que l’autre n’a pas. Les affections spirituelles sont évidemment plus élevées. La communion est plus complète.

Après avoir présenté ces idées générales sur la nature du culte, ou plutôt après avoir distingué la chose représentée par ce mot de l’aveu de tous, d’avec d’autres actes qui se mêlent avec elle dans la pensée des chrétiens à cause de leurs habitudes actuelles, j’examinerai maintenant ce qu’est le culte chrétien d’après la Parole.

J’ai fait remarquer, en passant, qu’il y avait un ministère dans l’économie chrétienne, un sacerdoce dans celle des Juifs. Je reprends cette remarque pour développer mon sujet ; j’y suis confirmé par cette circonstance que le Seigneur lie ce qu’il dit de l’adoration que veut le Père à ce qui subsistait anciennement à Jérusalem.

Le culte judaïque tout entier supposait, il est vrai, que le peuple était en relation avec Dieu, que même Dieu était venu habiter au milieu de lui. Mais, dans toutes les circonstances qui le caractérisaient, il mettait en évidence que le peuple lui-même ne pouvait pas s’approcher de Dieu. Au reste, c’était là une pensée essentielle à tous les rapports existant entre Dieu et le peuple. Dieu l’avait racheté d’Égypte à main forte et à bras étendu ; Il l’avait porté sur des ailes d’aigle et l’avait amené jusqu’à Lui. Il lui avait donné comme signe de la délivrance promise, qu’il l’adorerait sur la montagne de Sinaï, au pied de laquelle Il l’a en effet conduit, avec des preuves réitérées de sa patience et de sa bonté. Là, Dieu se manifeste ; mais c’est au milieu des tonnerres, du feu et avec une voix de trompette, qui fit trembler Moïse lui même, familier déjà avec les manifestations merveilleuses de la présence de Dieu. Conformément à une telle manifestation de sa gloire, Dieu ordonne qu’une barrière soit placée autour de la montagne, et que si une bête même s’approchait, elle soit lapidée ou transpercée d’un dard. Il a parlé immédiatement au peuple, il est vrai, mais de manière que le peuple a demandé qu’Il ne lui parlât plus ; et même Dieu a approuvé cette demande.

Le culte habituel du peuple dans le tabernacle et dans le temple, tout en revêtant une forme plus douce et plus calme, moins effrayante pour l’adorateur, avait au fond le même caractère. Si Dieu n’ébranlait pas la terre de sa voix, si sa présence ne jetait pas l’épouvante au milieu du peuple, c’est qu’Il se cachait derrière un voile qui le dérobait à ses yeux. Il ne se faisait connaître que dans ses actes de jugement ou de bénédiction, et ne se révélait pas lui-même au cœur du peuple. La conséquence était naturelle et évidente. Le peuple venait reconnaître ses bienfaits et s’humilier à la pensée de ses justes jugements ; il s’approchait du saint lieu, mais jamais de Dieu lui-même au dedans du voile. Il n’entrait même pas dans sa maison ; au dedans du voile, le seul souverain sacrificateur entrait une fois par an, pour porter le sang du bouc et du taureau, victimes de propitiation pour la réconciliation du peuple avec un Dieu qui ne pouvait supporter le péché, et le renouvellement de ses relations avec Celui qui exigeait que sa demeure aussi fût purifiée des souillures du peuple au milieu duquel Il daignait habiter. Sans doute si, d’une part, assis entre les chérubins, Il jugeait le mal depuis son trône ; de l’autre, Il comblait de bénédictions le peuple qu’Il avait racheté, et le garantissait, s’il était fidèle, de toutes les attaques de ses ennemis. Le peuple cherchait sa protection, et l’adorait pour ses bienfaits. La foi individuelle saisissait plus immédiatement peut-être la gloire de l’Éternel ; mais elle ne dépassait pas, et elle ne le pouvait, la révélation qu’Il avait faite de lui même dans son gouvernement d’Israël.

L’institution du sacerdoce était la conséquence naturelle d’un tel ordre de relations. Mais les sacrificateurs eux-mêmes accomplissaient leur service en dehors du voile qui leur cachait le Dieu qu’ils adoraient. Le chemin du lieu saint, dit l’Apôtre, n’était pas encore manifesté, tandis que le premier tabernacle subsistait.

Voilà donc le caractère du culte mosaïque, ainsi que Dieu l’a établi. Or, tout est changé maintenant. Le culte chrétien est fondé sur des principes qui sont dans un parfait contraste avec tout ce dont nous venons de parler[4].

L’honneur et l’adoration rendus à Dieu, en vertu de ce qu’Il est et de ce qu’Il est pour nous, dépendent nécessairement de la révélation qu’Il fait de lui-même. Dieu ne change pas ; mais personne ne peut pénétrer dans la lumière inaccessible pour s’approcher de Lui. C’est quand Il se révèle, que nos rapports commencent avec Lui, que ces rapports soient partiels ou parfaits. Or, sous la loi, Dieu se manisfestait comme exigeant de l’homme ce que l’homme devait être, et l’ayant placé par sa puissance dans une position où il aurait dû produire des fruits pour la gloire de Celui qui en avait fait sa propre vigne. Il le bénissait s’il était fidèle à ses devoirs, et le jugeait s’il ne l’était pas. À cet effet, Dieu n’avait pas dû se révéler pleinement. L’homme n’était capable de supporter ni l’éclat de sa majesté, ni la lumière de sa sainteté. Son amour souverain comme Sauveur, ne comportait pas l’exigence des devoirs sous peine de malédiction, juste exigence qui devait révéler le besoin que l’homme avait de cet amour et de cette grâce qui apportent le salut. Dieu pouvait agir, bénir et punir ; mais, s’Il se révélait pleinement, ce devait être pour se trouver en rapport avait ce qui répondait parfaitement à ce qu’Il est lui-même. Autrement, c’eût été supporter le mal, et, dans ce cas, ce n’eût pas été Lui ; ou le chasser absolument de devant sa face, et alors l’amour n’aurait pas eu sa place, et Dieu est amour. La révélation immédiate de lui-même tel qu’Il est à l’homme tel qu’il est, est impossible.

Dieu se mettant en rapport avec l’homme responsable mais pécheur, agissait et se cachait.

Or, le Christianisme est fondé sur une intervention toute nouvelle de Dieu, intervention arrêtée dans ses conseils avant que le monde fût, mais qui attendait pour son accomplissement non seulement le fait du péché de l’homme, mais en outre que ce péché fût venu à son comble et qu’il eût revêtu la forme, qui n’était d’ailleurs que son vrai fond, d’inimitié contre Dieu, et contre Dieu dans la plus parfaite manifestation possible de sa bonté et de l’autorité qu’Il voulait exercer en bonté sur l’homme. Christ a paru, et l’homme l’a crucifié. Quel rapport pouvait donc exister entre l’homme et Dieu ? Tout est jugement ou tout est grâce. Le jugement, qui sera sûrement exécuté contre toute impiété et en particulier contre ceux qui méprisent la grâce, n’est pas aujourd’hui notre sujet, et nous en remercions Dieu. Il ne forme que le sombre et solennel fond du tableau, qui fait ressortir la perfection, la nécessité et tout l’éclat de la grâce. C’est de cette dernière que, Dieu en soit béni, nous avons à nous occuper.

Or, l’homme a mis le comble à son iniquité, en rejetant dans la personne de Jésus, non-seulement l’autorité, mais aussi la bonté de Dieu. Mais le même acte qui a été le dernier terme de la manifestation du péché existant dans le cœur de l’homme, et mis le comble au mal positif qui en était le fruit, a en même temps accompli tout ce que la justice de Dieu exigeait au sujet de ce péché, et fait connaître son amour parfait. L’homme s’y est pleinement révélé ; Dieu aussi y a agi dans toute la plénitude de sa sainte justice contre le péché. En Christ, il a été parfaitement glorifié à cet égard. Le cœur et la majesté de Dieu n’ont plus rien à réclamer de celui qui vient à Lui par Christ : son amour est libre de bénir. Sa sainteté est une jouissance infinie pour celui qui peut s’approcher de Lui ; car il n’est plus question de péché entre l’adorateur et Dieu. Christ l’a aboli par le sacrifice de lui-même.

Entièrement purifiés, selon l’efficace de l’œuvre de Christ lui-même, nous venons, là où il n’y a point de péché, jouir de tout ce dont Dieu peut nous combler en bénédiction, dans la lumière où son amour a plein cours, sans nulle entrave provenant du péché, soit à l’égard de son cœur, soit à cause de sa justice. Par-dessus tout, nous venons jouir de Dieu lui-même. Nous sommes en relation avec Dieu, sans péché, dans sa présence, pour jouir de ce qu’Il est, ayant été amenés à sa connaissance par le moyen de ce qu’Il a été pour nous dans cette œuvre glorieuse, par laquelle Il nous a réconciliés avec Lui, et nous a introduits en sa présence dans la lumière. Christ ayant accompli l’œuvre même qui le glorifie à l’égard du péché, comparaît en sa présence pour nous.

De plus, comme conséquence nécessaire, ou plutôt comme expression frappante de ces vérités, le voile qui était le signe que personne ne pouvait s’approcher de Dieu, a été déchiré de haut en bas. Nous avons pleine liberté d’entrer dans le lieu Très-Saint. Dieu lui-même s’est parfaitement et pleinement manifesté. Le coup qui a déchiré le voile et manifesté le Dieu de sainteté qui ne peut supporter le péché, et a dû frapper le Fils même de son amour lorsqu’il a pris sur lui le nôtre, ce même coup a ôté le péché qui nous aurait fermé tout accès auprès de Lui, et nous eût empêché de paraître en sa présence, dans la lumière qui reluit sur nous maintenant, purifiés de tout péché. Ce qui manifeste la sainteté de sa justice, et la fait ressortir dans toute sa force, nous a rendus capables de nous tenir devant cette sainteté, sans tache et avec joie. Tout ce que Dieu est, a été manifesté dans ce qu’Il est pour nous, et nous pouvons jouir de Lui comme de notre portion, selon son amour infini par Christ.

C’est là la base du culte. Ce que les anges désirent de sonder jusqu’au fond, est l’aliment journalier de tous nos précieux rapports avec Dieu, et personne ne reconnaît convenablement la gloire de l’œuvre de Christ ni l’amour de son Dieu, auquel il est redevable de tout, qui ne s’y place pas. Personne ne peut rendre un culte convenable à Dieu sur un autre pied. Personne même ne s’est reconnu pécheur comme il devrait le faire, qui prétend rendre culte à Dieu autrement que dans cette liberté ; car, qui oserait se présenter devant Dieu, si tout péché n’est pas ôté, qui oserait se placer en sa présence sans voiles, et il ne peut le faire autrement, car le voile est déchiré ? Dieu ne veut ni ne peut plus, maintenant qu’il s’est manifesté, que la vraie lumière est arrivée, supporter aucun péché en aucune manière dans sa présence. Qui est quitte du péché hors de Christ ? Qui en a, qui est en lui ? Non, en lui, nous n’avons plus de péchés devant Dieu, puisqu’il nous en a purifiés par une œuvre qui ne saurait se répéter, et dont l’efficace est également éternelle et parfaite.

Or, cela seul donne la liberté aux affections spirituelles. Dieu est amour parfait pour nous, et nous introduit dans la lumière, comme Lui-même est dans la lumière. Mais qui peut jouir pleinement de l’amour, si sa conscience est en mauvais état ? Il peut être attiré, oui ; mais jouir, non. Ses affections ne peuvent avoir un libre jeu, si sa conscience lui reproche des offenses contre Celui qui l’aime, si elle fait naître des craintes dans son âme. Il faut que le cœur soit au large, pour que les affections s’exercent. Mais l’œuvre du Christ purifie la conscience, et met le cœur au large dans la présence de Dieu, qui est connu dans l’amour parfait qu’Il y a eu pour nous, et dont le Christ est la preuve et l’accomplissement. Dès-lors, la lumière de sa sainteté est la joie de nos âmes. C’est dans cette lumière que nous voyons tout ce que nous aimons.

Cette relation qui dépasse toutes nos pensées, nous est présentée de la manière la plus frappante dans ce titre : Le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ. Lorsque Dieu se dit le Dieu de quelqu’un, Il parle d’un lien intime formé entre Lui et celui dont le nom est ajouté au sien, d’une relation qui a pour base ce qu’Il est pour celui dont Il est le Dieu, et ce dont celui de qui le nom est ajouté au sien jouit en lui par la foi, ou du moins ce qu’il est en droit de s’approprier comme lui appartenant de la part de Dieu. Ainsi, quand Il se dit le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Il exprime ce qu’Il était pour ces patriarches selon la révélation qu’Il leur avait faite de lui-même, ce sur quoi leur foi pouvait compter dans leurs relations avec Lui, ce qu’ils étaient appelés à réaliser, Il se mettait en rapport avec eux, selon ce que ce nom exprimait ; leurs droits spirituels avaient pour mesure ce nom. De même pour nous Dieu est ce qui est contenu dans l’expression : Le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est de cette manière qu’il se révèle à nous, pour que nous soyons en relation avec Lui, selon toute la portée de ce titre. Dès qu’on a saisi cela, on comprend quelle glorieuse position on a, en s’approchant de Dieu en vertu de ce titre : Le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire. Car Christ est dans cette relation avec Lui, comme homme, comme chef de la nouvelle famille, étant monté vers son Dieu et notre Dieu. Le Dieu dont nous nous approchons, est pour nous tout ce qu’Il est pour Christ, entré dans sa présence comme l’ayant parfaitement glorifié sur la terre, comme son Fils bien-aimé en qui Il a mis toute son affection. Cette vérité ressort avec la dernière évidence de la lecture des chapitres I et II de l’Épître aux Éphésiens. L’Apôtre, dans le chapitre I, demande que les yeux de nos entendements soient éclairés pour que nous sachions quelle est l’espérance de l’appel de Dieu, et quelle est la gloire de son héritage dans les saints. Puis il nous lie à Christ dans ce qu’il nous montre être la vraie portée de cette gloire, « qu’elle est l’excellente grandeur de sa puissance envers nous qui croyons selon la puissance de sa force, laquelle Il a opérée en Christ, lorsqu’Il l’a ressuscité d’entre les morts et l’a mis à sa droite dans les lieux célestes, bien au-dessus de toute principauté, de toute puissance, etc. ». « Et vous, » dit-il, « morts dans vos fautes et dans vos péchés, Il vous a vivifiés ensemble avec lui, et vous a ressuscités ensemble, et vous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ, afin qu’Il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce par sa bonté envers nous par Jésus-Christ. » Et quelles sont les relations de Dieu avec Jésus-Christ ? Qu’est-ce qui lui appartient de sa part, en justice, en amour, même comme homme ? Qui peut rendre ce que l’amour de Dieu est pour Christ ; quels sont ses droits sur le cœur de son Père ? Voilà où nous sommes placés, quand nous entrons dans la présence de Dieu. La gloire même que Dieu lui a donnée, il nous l’a donnée, afin que le monde sache que Dieu nous a aimés comme Il l’a aimé.

On se souviendra des paroles du Sauveur : « Je m’en vais vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » On trouvera les deux prières des Ier et IIIe chapitres de l’Épître aux Éphésiens, fondées respectivement sur ces deux titres : celle du premier chapitre, sur le titre de son Dieu ; celle du troisième, sur le titre de son Père : la première, en vue de la gloire ; la seconde, en vue de la communion en amour. Le passage du XVIIe chapitre de Jean, que nous venons de citer, montre que la communication de la gloire, toute merveilleuse qu’elle soit, n’est, après tout, que la preuve que nous sommes aimés comme Jésus est aimé. Quelle simplicité dans cette vérité, mais quel amour, quelle profondeur divine, et cela en proportion de sa simplicité même ! J’étais comme le premier Adam, je suis comme le second ; j’ai porté l’image du premier, je porterai l’image du second. Oui, c’est simple : mais qui aurait pensé à cela, sinon Dieu ? C’est Lui que nous connaissons dans cette vérité.

Les noms des douze tribus d’Israël portés sur le cœur du souverain sacrificateur, de même que leur jugement, selon la lumière et la perfection de Dieu, n’étaient, après tout, qu’une ombre, comme dit l’Apôtre, de pareilles grâces. C’est pourquoi Paul, en parlant de la vraie circoncision au IIIe chapitre des Philippiens, dit : Nous adorons Dieu en esprit, nous nous glorifions en Jésus-Christ, et nous n’avons aucune confiance dans la chair. Tout ce qui nous fait sortir de cette position et exige quelque chose pour que nous puissions nous approcher de Dieu, tout ce qui prétend qu’il nous faut à cet effet quelque intermédiaire, nie que nous sommes en Christ, nous fait sortir de lui, et nous place dans le Judaïsme, qui a été comme système cloué à la croix, et qui, depuis cette croix, n’est pas meilleur que les ordonnances païennes. (Voy. Gal., IV, 8-10.) On est en Christ ou hors de Christ, un avec lui ou séparé de lui. Si on est séparé de lui, peu importe la distance, on n’est pas attaché à la source de la vie. Le corps qui est détaché de la tête d’une distance plus petite que l’imagination de l’homme ne saurait concevoir, le corps qui a entre la tête et lui un objet plus mince qu’une feuille d’or battu, sont des corps sans vie. En Christ, nous sommes les objets de la faveur de Dieu, en lui et comme lui. Hors de Christ, on ne l’est que de son jugement. Que devrions-nous être devant le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu ? C’est pourquoi aussi nous sommes héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ. Mais, pour suivre cette conséquence glorieuse de notre position, il nous faudrait sortir de notre sujet.

Mais il y a une autre chose encore qui se rattache à l’œuvre de Christ, et de laquelle le culte dépend essentiellement. Non-seulement Christ a ôté nos péchés, nous purifiant pour la présence de Dieu, dont l’amour est manifesté par le don ineffable de son Fils ; mais, en outre, il a acquis en même temps pour nous le don du St-Esprit pour que nous en jouissions.

Nous recevons, non-seulement une nouvelle nature, sainte et capable des sentiments qui con viennent à la position dans laquelle la grâce nous a placés devant Dieu ; mais en outre le St-Esprit, qui nous communique les choses qui se trouvent dans la présence de Dieu, et nous inspire les sentiments qui y répondent. Nous sommes fortifiés par l’Esprit dans l’homme intérieur, afin qu’étant fondés et enracinés en amour, Christ demeure dans nos cœurs par la foi, et que nous puissions comprendre avec tous les saints quelle est la longueur, la largeur, la hauteur et la profondeur, et connaître quel est l’amour de Christ, lequel surpasse toute intelligence, afin que nous soyons remplis de toute la plénitude de Dieu. « L’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le St-Esprit qui nous a été donné ». « Il prend les choses de Christ et nous les communique ; or, tout ce que le Père a, est à Christ ». « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté dans le cœur de l’homme, les choses que Dieu a préparées pour celui qui l’aime, Dieu nous les a révélées par son Esprit, car l’Esprit sonde toutes choses, même les choses profondes de Dieu. »

Le St-Esprit est une onction que nous recevons de Dieu, par laquelle nous connaissons les choses qui nous sont gratuitement données de Dieu, par laquelle nous connaissons toutes choses. Il est le sceau que Dieu a mis sur nous pour le jour de la rédemption. Dieu a marqué pour ce jour glorieux ceux qui croient. Le St-Esprit est l’arrhe de notre héritage jusqu’à la rédemption de la possession acquise. Il nous donne la pleine certitude de l’efficace de l’œuvre de Christ, la connaissance de la position dans laquelle nous sommes placés, purifiés par le sang du Sauveur, dans la présence de Dieu, sans tache dans la lumière. Par lui l’amour qui a voulu faire et qui a accompli toutes ces choses, et nous a amenés à la jouissance d’un tel bonheur, l’amour de Dieu, est répandu dans nos cœurs. Il est la source en nous de toutes les pensées et de toutes les affections qui y répondent, comme il communique tout ce qui les produit.

Mais il fait plus que cela, il est plus que cela pour nous. Celui qui est uni au Seigneur, est un seul esprit. Ceci n’est pas une idée, un sentiment, mais un fait. Le même Esprit, dont la plénitude est en Christ, demeure en nous, et nous sommes unis à Christ, membres de son corps, de sa chair et de ses os. Par un seul Esprit nous avons tous été baptisés pour être un seul corps. Non-seulement il est la force, le lien de cette union, mais il nous en donne la conscience. « En ce jour-là, vous saurez que je suis en mon Père, et vous en moi et moi en vous. »

Le St-Esprit donc nous donne en premier lieu la certitude de notre rédemption. Là où est l’Esprit, là est la liberté. Il nous révèle en outre la gloire de Christ comme à Étienne, qui rempli du St-Esprit a vu la gloire de Dieu, et le Fils de l’homme à la droite de Dieu. Il nous donne de plus la conscience de notre union avec Christ là-haut. Nous savons que nous sommes vivifiés ensemble avec lui, ressuscités ensemble et assis ensemble dans les lieux célestes en Christ. Enfin, il répand dans nos cœurs l’amour de Dieu, qui est le principe de tout et une source de joie quand nous y pensons. Toutes ces opérations du St-Esprit rejaillissent aussi en flots de joie et d’abondant amour envers ce pauvre monde et envers ceux de la maison de Dieu. Mais je n’entre pas dans l’examen de cette précieuse conséquence et de ce doux privilége, pour ne pas m’écarter de notre sujet.

Une autre vérité, inférieure sans doute dans sa portée, mais bien précieuse à sa place, dépend de la présence du St-Esprit ; c’est que nous sommes du même corps, et ainsi membres les uns des autres. Si Christ est la tête du corps, chaque chrétien en est un membre et par conséquent uni par le St-Esprit, qui forme le lien du tout, à chaque autre membre. Le même Esprit demeure en chaque chrétien, dont le corps en est le temple, les unit ainsi, et forme également de leur ensemble son temple. Dieu y demeure par l’Esprit d’une manière moins palpable, mais bien plus excellente que dans le temple de Jérusalem.

Or, c’est selon cette glorieuse révélation de Dieu, dans cette position que son amour nous a faite et par cet Esprit qu’Il nous a donné pour en jouir, que le vrai culte chrétien est rendu à Dieu.

C’est ainsi que nous savons ce qu’Il est et ce qu’Il est pour nous, qui le lui rendons. Nous le contemplons sans voile, selon la perfection de son être, de son amour et de sa sainteté ; nous sommes rendus capables de nous tenir dans la lumière, comme Il est lui-même dans la lumière, en vertu de l’œuvre même qui l’a révélé, et ainsi d’après la même perfection ; nous sommes les objets de cet amour qui n’a pas épargné son Fils bien-aimé pour que nous y ayons part ; nous avons reçu son Esprit pour nous faire comprendre son amour et nous mettre en état de l’adorer selon son cœur : c’est ainsi que nous lui rendons culte, selon ce qu’Il s’est manifesté être dans son œuvre pour nous, dans ces choses que les anges désirent sonder jusqu’au fond, et par les quelles Il fera connaître dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ, mais que nous connaissons déjà par l’Esprit.

Il reste encore à considérer un autre élément de notre service intelligent : c’est le caractère de Père. Dieu doit être adoré en Esprit et en vérité, car Il est Esprit. Mais aussi le Père cherche de tels adorateurs.

Adorer en Esprit, c’est adorer selon la puissante énergie de la communion que donne l’Esprit de Dieu, en contraste avec les formes, les ordonnances et toute la religion dont la chair est capable, dans la connaissance de la vraie nature de Celui que nous adorons. (Compar. Philip. III.) Adorer Dieu en vérité, c’est l’adorer selon la révélation qu’Il a donnée de lui-même. Les Samaritains n’adoraient Dieu ni en Esprit ni en vérité. Les Juifs adoraient Dieu en vérité, autant que cela peut se dire d’une révélation imparfaite, car la vérité n’est venue que par Jésus-Christ. (Les ténèbres sont passées, dit l’Apôtre, et la vraie lumière luit maintenant.) Mais ils n’adoraient nullement en Esprit. Or, pour adorer Dieu, ces deux conditions sont nécessaires : la vraie révélation de lui-même, pour que nous l’adorions en vérité, et l’adoration selon sa nature, c’est-à-dire, en Esprit.

Mais là n’est pas tout ce qui nous est présenté dans ce passage : un autre et précieux élément s’y trouve : le Père cherche de tels adorateurs. C’est la grâce qui en fait maintenant. La grâce en veut de tels, mais elle en veut. Ce n’est pas une obligation imposée par les flammes du mont Sinaï, qui, tout en demandant l’adoration au nom de la sainte majesté de l’Éternel, mettent par cette exigence même une barrière qu’on ne peut franchir que sous peine de mort ; majesté si terrible qu’elle ferme l’accès auprès de Dieu par le fait même qu’elle exige qu’on s’en approche, laissant l’adorateur loin de Dieu, tremblant dans le sentiment du devoir, quoique encouragé par les bienfaits qu’il reçoit de Celui dont il n’ose pas s’approcher. Non, l’amour cherche des adorateurs sous le doux nom de Père. Il les place dans une position de liberté devant Lui, comme des enfants qu’Il aime. L’Esprit qui agit en eux pour produire l’adoration, est un Esprit d’adoption qui crie : Abba, Père. Ce n’est pas que Dieu ait perdu de sa majesté ; mais Celui duquel la majesté est bien mieux reconnue, a pour nous le tendre caractère de père, L’Esprit qui fait adorer le Père, fait sentir tout l’amour de Dieu qui nous a amenés à l’adorer comme ses enfants.

Ce sentiment est, Dieu en soit béni, des plus simples et des plus doux. Le chrétien le plus ignorant, une fois qu’il a compris la grâce et qu’il a reçu l’Esprit d’adoption, le possède sans raisonnement, comme l’enfant connaît son père avant qu’il se rende compte de ce dont il jouit. Je vous écris ces choses, dit Jean en s’adressant aux petits enfants en Christ, parce que vous connaissez le Père. C’est pourquoi le plus faible chrétien est pleinement capable d’adorer. Toutefois il est doux de s’en rendre compte, et plus on pense à ce qu’on possède en Christ sous ce rapport, plus on examine la Parole à ce sujet, plus on voit la haute portée, la profonde bénédiction de cette relation avec Dieu. Le seul fait que Dieu est notre père, et que nous jouissons d’une telle relation avec Lui par l’Esprit, est déjà un privilége immense pour des êtres tels que nous. Chaque enfant de Dieu en jouit de plein droit.

Or, c’est en Christ et avec Christ que nous jouissons de ce privilége. Il est le premier né d’entre plusieurs frères. Il est allé vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. Quelle parenté précieuse, quelle famille que celle dans laquelle nous sommes introduits !

Or, comment apprenons-nous ces affections et cet amour, nous qui y étions autrefois étrangers ? Comment apprenons-nous quel est ce Père dont la connaissance les fait naître dans nos cœurs ? C’est le Fils unique, le premier-né dans cette nouvelle relation qui nous le révèle, qui nous apprend à le connaître comme il le connaît lui-même. Fils éternel du Père, jouissant de l’amour infini de Celui dans le sein duquel il demeurait, devenu homme sur cette terre, Jésus ne cessait pas d’être l’objet de cette même affection, qui ne put se taire quand sa gloire fut mise en question. « C’est ici mon Fils unique, dit la voix du Père, en qui j’ai mis toute mon affection. »

Le Fils ne s’éloignait pas non plus de l’affection du Père. Sur la terre il en était l’objet, et il révélait celui en qui elle se trouve. « Personne ne vit jamais Dieu, le Fils unique, qui est au sein du Père, est Celui qui l’a révélé. » Jésus homme, fils jouissant de toute la plénitude de cette affection, demeure étant sur cette terre dans le sein du Père, pour reproduire ici-bas comme en étant l’objet, toute la beauté, toute la force de cette affection. Lui aussi a aimé ses disciples, comme le Père l’a aimé. Comme homme, il a été l’objet de cette affection, afin que nous la comprissions dans son application à des hommes. Ainsi il nous associe à lui-même dans la joie de cet amour, et il nous le révèle comme il le connaît lui-même. Comment aurait-il pu nous révéler cet amour, sinon comme il l’a connu ? Mais quelle grâce et quelle position pour nous ! Combien la personne même de Jésus, qui, par ses souffrances, son dévouement, nous y a placés, devient pour nous un objet d’amour, d’adoration, de dévouement de cœur ! La gloire même que nous posséderons nous est présentée par le Sauveur comme une preuve de cet amour. « La gloire, dit-il au XVIIe chapitre de Jean, que tu m’as donnée, je la leur ai donnée, afin que le monde sache que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » Il nous aime assez pour vouloir que nous jouissions de cet amour ; aussi nous en rend-il capables. « J’ai déclaré, dit-il au même chapitre, ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde, et je le leur déclarerai, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux. » Notre communion est avec le Pére et avec son Fils Jésus. Cette communion s’exprime en adoration envers Celui qui est révélé et envers celui qui révèle.

On sentira combien l’œuvre de Christ est à la base de tout ceci, soit pour nous présenter sans tache et sans crainte en la présence du Dieu que nous adorons dans la lumière, soit pour nous placer dans la relation d’enfants devant le Père. C’est après sa résurrection qu’il a pu dire : « Je vais vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » C’est alors qu’il a pu dire : « Va vers mes frères. » Or, l’Esprit qu’il donne d’en haut répond à cette grâce. Il est un Esprit d’adoption, comme il est un Esprit de liberté, parce que nous sommes agréables dans le Bien-Aimé, et que nous jouissons d’une rédemption qui nous a fait la justice de Dieu en lui, nous plaçant en sa présence sans tache.

Nous avons ainsi, en principe du moins, les grandes bases du culte chrétien. Parfaits en Christ, unis à lui, les objets du même amour, dans la présence de Dieu dont l’amour et la sainteté sont manifestés sans voile et sont la joie infinie de nos cœurs, enfants chéris du Père avec Christ le premier-né, nous adorons ensemble, selon la force, les affections et l’énergie que nous inspire l’Esprit qui nous a été donné, le Dieu de majesté dont la présence est le soutien au lieu d’être l’épouvante de nos âmes, le Dieu d’amour qui a voulu nous amener là pour nous rendre parfaitement heureux en Lui, et pour jouir lui-même de notre bonheur parfait, plus heureux que nous-mêmes de notre propre bonheur, et dont cependant nous connaissons l’amour en aimant. Nous adorons notre Père dans une tendre confiance en sa bonté. Lui qui nous bénit de toutes bénédictions spirituelles, et compte les cheveux de nos têtes en pensant à tous nos besoins. Nous l’adorons pour ce qu’Il est ; nous l’adorons pour ce qu’Il est pour nous, qui sommes les enfants de sa maison à toujours. Nous le faisons dans la conscience que nous sommes ses chers enfants, qui se présentent devant le même Père, leur Père commun, en sorte que les affections fraternelles se développent. La joie de la bénédiction de chacun est réciproque ment la joie de tous, et des louanges multipliées montent à Dieu ; car une joie qui aime et qui se retrouve dans la bénédiction d’un autre, dans une bénédiction commune, est bien plus puissante que la joie qui découle d’une bénédiction isolée, particulière à celui qui la ressent. Il y a plus de Dieu dans cette joie commune. C’est pourquoi nous voyons dans le Nouveau Testament que, bien que la conscience de cette relation soit nécessairement individuelle, pour que nous puissions en jouir ensemble, que chacun de nous doive la maintenir personnellement avec Dieu, et sous sa responsabilité propre ; égale ment le Saint-Esprit emploie constamment le mot nous dans l’expression des affections et des sentiments chrétiens. Cela ne peut pas être autrement, puisque le Saint-Esprit répand l’amour de Dieu dans nos cœurs.

Mais l’effet de la présence du St-Esprit, qui est un, va plus loin encore. Non-seulement il nous donne la conscience d’être en Christ parfaits devant Dieu, présentés selon l’efficace de la rédemption qu’il a accomplie, d’être des enfants devant le Père qui les aime et les a introduits dans sa maison ; mais il nous donne aussi la conscience d’être un seul corps, le corps de Christ, et membres les uns des autres. L’Église que Dieu a créée, cet homme nouveau, ces rachetés qui ont été tous baptisés pour être un seul corps, ne rendant culte que par l’Esprit, le font nécessairement comme un seul corps, et cela avec tous les rachetés. Ils sont un tabernacle de Dieu par l’Esprit, et cet Esprit les unissant tous dans l’unité du corps de Christ, l’adoration monte en haut vers le Dieu qui les a formés en un seul homme en Christ. Si Israël formait un tout représenté par les sacrificateurs qui officiaient dans le tabernacle, les fidèles qui rendent un culte immédiat à Dieu, le font dans l’unité dans laquelle ils sont tous un seul corps en Christ. Il y a plus que fraternité, il y a unité, non de nation seulement, ni même de famille, mais de corps par un seul Esprit. C’est ce qui est propre à l’Église, seule baptisée pour être un seul corps en Christ, la tête étant montée en haut, afin qu’elle puisse rendre culte librement et avec joie devant Dieu, par cette onction qui descend de Lui.

Constatons quelques effets pratiques qui en découlent :

Premièrement, il est évident que le culte est la portion uniquement des enfants de Dieu. Comme il doit être rendu en Esprit et en vérité, puisqu’il est rendu à Celui qui ne saurait admettre le péché en sa présence, il n’y a que ceux qui sont lavés dans le sang de l’agneau et qui ont reçu l’Esprit, qui puissent s’approcher de Dieu pour l’adorer. Qu’un homme inconverti rende culte à Dieu, c’est une pure impossibilité. Il se peut que Dieu le bénisse temporellement ; il se peut encore qu’il demande cette bénédiction et qu’il soit exaucé. Dieu peut avoir pour lui une tendre compassion, comme pour un pauvre pécheur. Mais cet homme inconverti ne connaît pas encore Dieu ; il n’a pas encore l’Esprit ; il n’est pas encore lavé dans le sang de Christ. Pour lui, penser s’approcher de Dieu, n’est que la preuve qu’il ignore ce qu’il est lui-même, et ce qu’est le Dieu qu’il pense servir. Qui peut entrer dans le sanctuaire, que celui qui est sanctifié ? Qui, s’adresser à un père comme tel, sauf un enfant ?

Du reste, le fait que le corps de Christ est un, et que le culte est rendu par l’Esprit qui a formé l’unité de ce corps et y habite comme dans un temple, exclut, du moment que le culte s’exerce, celui qui n’est pas de ce corps. C’est nier l’existence de ce corps, que de supposer qu’une personne qui n’a pas l’Esprit en fasse partie ; c’est nier son but et sa nature. Car si l’homme inconverti peut y entrer et adorer le Dieu qu’on y sert, il n’est pas besoin qu’il y ait un tel corps, ni le rachat qui en fait le fondement. Pourquoi des rachetés, si le mondain peut servir Dieu en sa présence : pourquoi un corps de Christ, si le mondain en fait partie ; pourquoi adorer Dieu par l’Esprit, si celui qui n’a pas l’Esprit peut l’adorer tout de même ?

Le culte en commun suppose que je puisse dire : nous, en sincérité, en m’adressant à Dieu. Il suppose des personnes unies dans un même corps par le même Esprit. Il est possible qu’il y ait un hypocrite dans l’assemblée ; il sera une entrave dans le culte ; mais la sincérité ne sera pas détruite, lorsque l’adorateur dira nous au nom de tous. Ce sont les croyants qui adorent Dieu.

Le vrai culte rendu à Dieu suppose une âme affranchie, c’est-à-dire, qui ait la liberté de s’approcher de Dieu en vertu de l’efficace de l’œuvre de Christ. Si je vois une âme, serait-ce la plus timide, qui aime Dieu et n’a d’autre espérance que l’œuvre de Christ, il est clair que mon devoir est de l’encourager ; mais si cette âme n’a pas elle-même la conscience de l’efficace de l’œuvre de Christ, elle sera gênée en s’approchant de Dieu, parce que sa présence lui donnera plutôt la conscience de son pêché que la joie qu’elle inspire à celui qui en jouit en paix par Christ. Cependant, dans des cas pareils, les affections devancent souvent l’affranchissement et sont accompagnées d’un sentiment plus juste que le raisonnement de l’âme qui tremble ; mais cet état n’est pas celui qui convient à l’adoration. Devant Dieu, dans la lumière, purifié de tout péché par le sang de Christ, voilà l’état du véritable adorateur. Le croyant est toujours purifié de tout péché. Pour adorer véritablement, il faut qu’il le sache. Quelquefois les mauvais enseignements qu’il a reçus le privent aux yeux de son intelligence de la liberté nécessaire, tandis que son âme seule avec Dieu crie vraiment : Abba, Père. En principe, quels que soient d’ailleurs les ménagements commandés par la charité, un vrai culte rendu à Dieu suppose qu’on peut s’approcher de Dieu sans crainte. Mais ceci est l’effet nécessaire et absolu du sang et de l’œuvre de Christ, auquel tout vrai croyant a part. C’est la présence de l’Esprit qui en donne la Jouissance.

Quelle joie, que de pouvoir ainsi adorer Dieu ! Quelle source de joie, que Celui qu’on adore ! Combien est grand le bonheur de se trouver en sa présence, sans nuage et sans crainte, étant la justice de Dieu en Christ ! Sa présence n’est que source de joie pour une nature donnée par Lui, et capable de jouir de Lui. Quelle joie de pouvoir exprimer sa reconnaissance, de lui rendre des actions de grâce, qu’on sait lui être agréables ! Quelle bénédiction, que d’avoir son Esprit, l’Esprit de liberté et d’adoption, pour nous rendre capables de ces actions de grâce, nous inspirer les louanges et les sentiments de la confiance et de l’adoration ! Quelle joie de s’y livrer en unité, comme membres de la même famille et du même corps, dans le sentiment que cette joie est une joie commune, et avec celui que tous ceux que nous aimons sont parfaitement agréables au Seigneur, et trouvent leur joie à louer Celui qui est digne de l’être et qui nous a aimés, le Dieu qui est la source de notre bonheur et l’objet de notre adoration, le Seigneur qui s’est donné lui même pour que nous le possédions !

La perfection de tout ceci sera dans le ciel. Et le culte chrétien est la réalisation, ici-bas, en faiblesse sans doute, de ce qui fera notre éternel bonheur et notre vie là-haut. Nous avons le privilége de nous sentir pour quelques moments hors du monde, hors du travail même de la foi, pour jouir de l’état de choses dans lequel Christ verra tout le travail de son âme et en sera rassasié. Je le répète, c’est en faiblesse que cette réalisation a lieu, mais en vérité par l’Esprit. Aussi ce culte étant rendu par l’Esprit, est rendu dans l’unité de tout le corps. On peut n’être que deux ou trois ; mais Celui qui est le centre et le lien de tous les membres s’y trouve, et son Esprit vous lie nécessairement et en amour à tous les autres membres de son corps, qui est un. Nous comprenons avec tous les saints, quel que soit d’ailleurs le nombre de ceux qui sont réunis, cet amour de Christ qui surpasse toute intelligence.

Il reste toujours vrai que la vie se cultive en particulier, mais elle s’exerce devant Dieu dans la joie commune de l’Église. Je crois qu’il y aura dans le ciel même une joie, une communion individuelle, et qui ne sera connue que de celui qui en jouira. Cette précieuse vérité est, ce me semble, enseignée par ce qui est dit à l’Église de Pergame : À celui qui vaincra je lui donnerai un caillou blanc, et un nom écrit sur ce caillou que personne ne connaît que celui qui le reçoit. J’ajoute que la capacité pour la joie commune du culte dépend même du maintien de la vie intérieure. Car, comment en jouir, si Dieu n’est pas connu de l’âme ? Je dis ces quelques mots, pour qu’on ne suppose pas que, pour la joie commune, je veuille faire négliger la vie secrète avec Dieu. Bien au contraire. Si la vie secrète est négligée, ou le culte sera froid, ou la joie sera charnelle. Or, la vraie bénédiction du culte dépend de la présence du Saint-Esprit, et partant de l’état spirituel de ceux qui y assistent, à moins que la bonté souveraine de Dieu intervienne. Ceci nous a fait toucher à un principe important, à savoir que le Saint-Esprit est l’énergie, la seule source vivante de ce qu’il y a de vrai dans le culte. Du reste, c’est un principe universellement vrai : il l’est à l’égard de toute la vie chrétienne. On vit par l’Esprit, on marche par l’Esprit, on adore en Esprit et en vérité. C’est l’Esprit qui lutte contre la chair. C’est l’affection de l’Esprit qui est l’expression de toute la vie intérieure chrétienne. Mais, dans le culte chrétien, les membres de Christ étant réunis, l’Esprit agit dans le corps. Tout ce qui est vrai et béni vient de lui. Souverain dans son action, mais agissant selon la capacité spirituelle de chacun, il s’en sert pour exprimer les affections qui conviennent à l’assemblée devant Dieu : mais il les élève jusqu’à Lui, car Dieu est là pour les nourrir par sa grâce. Ce qui se fait, doit être selon la capacité spirituelle de l’assemblée, en l’élevant cependant, en la rapprochant de Dieu. C’est ainsi que le Saint-Esprit agit ; car il agit dans l’homme, mais selon l’énergie et la grâce de Dieu.

Les chrétiens étant rassemblés en corps, et les membres agissant chacun à sa place par l’Esprit, l’occasion est offerte pour l’emploi des dons qui s’exercent en vue de l’édification des membres du corps. Je dis en vue des membres du corps, parce qu’il n’en est pas de même pour l’évangélisation, qui s’adresse nécessairement au monde. Ainsi donc, une assemblée réunie en vue du culte est l’occasion, par sa nature même, de l’exercice de tous les dons qui tendent à l’édification du corps, quoique cet exercice ne soit pas du tout le but de la réunion[5]. Ceci est clairement constaté par le XIVe chapitre de la Ire Épître aux Corinthiens, qui parle de la manière la plus expresse de l’exercice des dons, lorsque l’assemblée est réunie, et donne des directions pour régler l’ordre de cet exercice. Cela se comprend très-bien. L’assemblée étant réunie comme corps de Christ, et l’Esprit agissant par les membres, le corps s’édifie par ce qui est fourni par chaque membre, selon le don qui est départi à chacun, l’Esprit réglant tout, afin que ce soit pour l’édification, qui est son but. Mais la chose principale est de s’approcher de Dieu lui-même. L’exercice des dons n’est qu’un moyen ; la joie de l’amour devant Dieu en l’adorant, en est le but éternel. Les dons cesseront dans le ciel, ainsi que l’ignorance qui exige qu’on enseigne, et la paresse qui a besoin qu’on l’exhorte ; le culte ne cessera jamais, grâce à Dieu. Sous la loi, la fonction de sacrificateur était plus excellente que celle de lévite ; or, le lévite servait, et le sacrificateur s’approchait de Dieu selon l’onction qui était sur lui. Dans l’exercice des dons nous sommes lévites ; dans le culte nous sommes sacrificateurs. Au reste, celui qui par l’Esprit agit dans le culte même, n’exerce pas un don[6], qui est en général une faculté donnée de Dieu pour agir à l’égard des hommes. Toutefois, c’est la mesure de spiritualité qui le rend capable d’être l’organe de l’assemblée.

L’Esprit donc agissant en des hommes spirituels pour exprimer les affections spirituelles de l’assemblée, voilà comment le culte se rend à Dieu.

Nous avons remarqué, ce qui d’ailleurs tient aux fondements de la vérité en toute âme chrétienne, que le sacrifice de Christ est la base nécessaire et fondamentale de tout culte chrétien. Nous savons que c’est par ce sacrifice seul que nous nous approchons de Dieu, et que c’est seulement en nous appuyant sur son efficace, que nous pouvons nous présenter devant Lui, qui en a exigé toute la sainteté, toute la valeur parfaite, et qui, dans sa nature, ne pouvait rien demander de moins. Mais, ce n’est pas là tout le rapport entre le culte et le sacrifice de Christ. Christ nous ayant frayé un chemin nouveau et vivant à travers le voile, c’est-à-dire, sa chair, nous avons la pleine liberté d’entrer par son sang dans le lieu très-saint. Mais, est-ce tout ? Une fois entrés en vertu de la valeur de ce précieux sacrifice, l’oublions-nous ? Non : c’est là que nous apprenons à la connaître, à l’apprécier dans toute son étendue. Avant d’y entrer, nous mesurions la valeur de l’œuvre de Christ, par la nécessité où le péché nous avait jetés. Maintenant, heureux et en communion avec Dieu, goûtant la douceur de son amour, instruits dans ses pensées et dans ses affections, nous mesurons cette œuvre qui dépasse d’ailleurs toute mesure, par la grâce de Dieu qui y a été déployée ; nous y voyons ce que Dieu y voit, au lieu d’y voir seulement ce que le pécheur y voit, tout précieux que soit, au reste, pour nous ce sentiment dans le temps qu’il nous est donné d’en être pénétrés. Jouissant de la paix, étant spirituellement dans le ciel en vertu de ce sacrifice, nous contemplons toute sa valeur avec les yeux de Dieu, nous nous nourrissons de toute sa perfection selon les pensées de Dieu. Car, cette vue et ces pensées nous sont données par l’Esprit, pour nous sanctifier, pour mettre nos cœurs en accord avec ce qui est dans le ciel. Nous pensons aussi à ce que l’amour de Christ a été pour nous dans le sacrifice qu’il a fait de lui-même.

La mort de Christ a un tel prix aux yeux du Père, que le Seigneur, qui, comme Fils unique du Père, avait fait ses délices avant que le monde fût, a pu dire : « C’est pourquoi mon Père m’aime, parce que je laisse ma vie, afin que je la reprenne ». Son dévouement à la gloire de son Père avait été absolu dans sa mort. Tout ce qui tenait au développement moral de cette gloire, y avait été accompli aux dépens de celui qui a souffert. Tout ce mal mystérieux par lequel Satan régnait dans ce monde, et par lequel y sont entrés la misère, la mort et la condamnation, a abouti à manifester la gloire de Dieu. La justice de Dieu, sa majesté, sa vérité, son amour, impossibles à concilier au sein du péché, ont été mis en relief à l’occasion même du péché, par le moyen de celui qui a consenti à être fait péché pour nous. Le dévouement de Christ à la gloire de son Père, l’amour, l’obéissance, la soumission, le sacrifice de tout, de sa vie même pour que son Père fût glorifié, et que ceux qu’il aimait fussent sauvés, une patience parfaite, une confiance en Dieu qui n’a jamais manqué, même alors qu’il a été abandonné, se sont trouvés réunis à la croix pour faire éclater sa perfection personnelle. Quand on pense à ce qu’il était et à ce qu’il était pour nous, quelle valeur sa mort ne doit-elle pas avoir à nos yeux ? Ajoutons à tout cela la puissance de Satan vaincue, la mort détruite et devenant même un gain pour nous, le mal ôté de devant les yeux de Dieu, une perfection hors de toute atteinte introduite dans l’univers tout entier, rempli de paix et de lumière et dont nous sommes faits les héritiers, et par-dessus tout, la jouissance parfaite de l’amour de Dieu, et nous sentirons quelle valeur morale a la croix de Christ à nos yeux, quelle que soit d’ailleurs la faiblesse de nos lèvres pour l’exprimer, et de nos cœurs pour être les vases des sentiments qu’elle inspire.

Les adorations se lient nécessairement à la croix. Le Dieu que nous adorons y a été glorifié ; il n’aurait pas pu l’être convenablement sans elle ; c’est là que nous avons appris ce qu’Il est.

Mais la gloire de Christ à la croix, est-ce une gloire qui soit loin de nous, nous éblouisse et nous éloigne par sa grandeur même ? Bien au contraire. Le Christ a été sur la croix pour nous, à notre place, comme le plus bas d’entre les enfants des hommes, avec un visage défait plus que celui d’aucun homme. Sa croix est l’expression d’une tendre affection pour nous, plus puissante que la mort. Il nous a aimés jusqu’à la fin. Il s’est chargé du soin de nous rendre heureux auprès du Père, propres à jouir de sa présence. Rien ne lui a coûté pour s’en acquitter. Son cœur parfait en amour s’est attaché à ceux dont il a entrepris la cause. Il se les est associés à lui-même. Celui qui n’avait besoin de rien, a eu besoin de nous. Je m’en vais vous préparer le lieu, dit-il, et quand je vous aurai préparé le lieu, je viendrai vous prendre, afin que là où je suis vous y soyez aussi. Qui cherchez-vous ? dit-il dans le jardin de Gethsémané ; si vous me cherchez, laissez aller ceux-ci, afin que sa parole fût accomplie : Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. Il s’est donné lui-même pour nous. J’ai fort désiré de manger cet agneau de Pâque avec vous avant que je souffre, car je vous dis que je n’en mangerai plus avant qu’il soit accompli dans le royaume de Dieu. Ainsi que la Pâque était le souvenir de la délivrance d’Égypte pour Israël, ainsi la cène est le mémorial non-seulement de notre délivrance, mais plus encore de l’amour de celui qui nous a délivrés. L’amour de Jésus qui attache du prix à notre souvenir, et se met près de nous avec tant de tendresse, est un amour qui produit les affections les plus profondes, se rattachant à tout ce qu’il y a de plus élevé dans la grâce de Dieu, et s’exprimant dans l’adoration du cœur.

Dès-lors, quoique le culte se rende en diverses manières, par des cantiques, des actions de grâce, en forme de prières, en louanges, etc., on comprend que la cène, comme expression de ce qui en forme la base, soit le centre de son exercice, autour duquel se groupent les autres éléments qui le composent. L’adorateur se souvient de ce qu’il y a de plus précieux aux yeux de Dieu : la mort de son Fils bien-aimé ; il rappelle l’acte dans lequel le Sauveur a témoigné le plus puissamment son amour.

D’autres considérations viennent à l’appui de, celles que nous venons de présenter à l’égard de la cène. On est à table dans la maison de Dieu ; on mange, comme les sacrificateurs, des choses avec lesquelles l’expiation a été faite. On entre de cœur dans la perfection de cette expiation, et de ce que Christ a été en l’accomplissant. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Je n’applique pas ceci exclusivement à la cène ; elle en est seulement la plus vive expression.

Les sacrifices de prospérité présentent avec la Pâque la plus vive image du vrai caractère de la cène. Ces sacrifices consistaient dans un festin faisant suite à l’immolation de la victime. Dans la Pâque, Israël se nourrissait du sacrifice dont le sang l’avait garanti du jugement. Dans les sacrifices de prospérité, les convives étaient Dieu, le sacrificateur officiant, les sacrificateurs, l’adorateur et ceux qui étaient avec lui. La graisse brûlée sur l’autel était appelée la viande de Dieu ; elle était l’expression de la satisfaction profonde de Dieu dans la bonne odeur de l’œuvre de Christ. Le sacrificateur qui offrait le sang avait sa part. C’est Christ qui jouit de la joie des siens produite par l’efficace de sa mort, qui est rassasié du travail de son âme. Les autres sacrificateurs avaient aussi leur portion ; ce sont les chrétiens en général. Puis, les convives de celui qui faisait le sacrifice, nous représentent les adorateurs réunis. Dieu lui-même a sa part de la joie, de même que le Christ, l’Église en général, enfin l’assemblée qui participe au festin. Cette joie du sacrifice de prospérité se retrouve, d’une manière plus précieuse, dans la cène. Nous nous nourrissons par la foi de cette victime déjà offerte, dont la bonne odeur monte vers Dieu. Christ a sa joie dans notre joie ; nous y participons avec toute l’Église. Déjà dans le ciel en esprit, nous nous souvenons de ce qui nous a donné le droit d’y entrer, et sera ce qu’il y aura de plus précieux à nos cœurs. Comme Josué a célébré la Pâque en Canaan devant les murs de Jérico, séparés du monde et unis en un seul corps, nous annonçons la mort de Jésus, qui est le fondement de notre salut, jusqu’à ce qu’il vienne et que nous soyons toujours avec lui, en haut, là où le mémorial sera inutile parce que nous serons toujours avec lui-même.

Nos louanges, le dévouement de notre adoration, nos actions de grâce se lient nécessairement à l’acceptation du sacrifice de Christ par notre Dieu dans le ciel. Ceci est toujours vrai pour le cœur ; voilà pourquoi, lorsque le culte est complet, la cène en fait partie. Dans l’Ancien Testament, cette vérité était figurément exprimée d’une manière remarquable dans le sacrifice de prospérité. Dans ce sacrifice, manger la chair de la victime à une époque trop éloignée du moment où la graisse avait été brûlée sur l’autel, était une iniquité au lieu d’être un acte de communion. Dans le cas d’un sacrifice d’actions de grâce, on ne pouvait manger la chair que le jour même où il avait lieu ; dans celui d’une offrande volontaire, on le pouvait aussi le lendemain. La joie des adorateurs devait se lier immédiatement à l’offrande faite à Dieu ; sans cela cette joie était profane. L’énergie de la piété donnait plus de force à ce lien, de sorte que le festin du lendemain n’était pas réellement séparé du sacrifice.

L’importance de la célébration de la cène dans le culte, dans ses rapports soit avec le sacrifice offert à Dieu, base de toutes nos relations avec Lui, soit avec l’amour et le dévouement de Christ pour nous (sacrifice et dévouement qui font la sphère des affections spirituelles en activité dans le culte), est suffisamment démontrée aux yeux de celui qui réfléchit aux vérités dont nous venons de parler. Mais il y a une autre vérité qui s’y rattache, et qu’il importe de signaler. Nous avons vu que le St-Esprit étant la source, la force, le conducteur de tout vrai culte chrétien rendu à Dieu, l’unité du corps formé par lui et dans lequel il agit, se trouve nécessaire ment mise en évidence dans le culte qu’il fait rendre aux membres du corps réunis. L’amour qui est l’âme du culte, manque dans l’une de ses formes les plus parfaites, si la conscience de cette unité n’existe pas. La présence du St-Esprit produit la conscience de cette unité, dont il est l’auteur et le lien. Or, l’une des faces de la cène, c’est l’expression de cette unité : « Nous sommes tous un seul corps, en tant que nous participons à un seul pain. » Si, d’un côté, le pain rompu représente le corps rompu de Christ, d’un autre, l’unité du pain représente l’unité de son corps spirituel. « Quand j’ai entendu, dit l’apôtre, votre amour pour tous les saints, » etc… « comprenant avec tous les saints quelle est la longueur et la largeur, la hauteur et la profondeur, et quel est l’amour de Christ qui surpasse toute intelligence, afin que nous soyons remplis de toute la plénitude de Dieu. » « Or, à Celui qui, par la puissance qui agit en nous avec efficace, peut faire infiniment plus que ce que nous demandons et pensons, à lui soit gloire dans l’Église ! »

Quelle douceur que de se trouver unis à tous les saints, où qu’ils soient, dans l’unité du corps de Christ, comme étant ensemble les membres de ce corps, selon tous les priviléges qui s’y rattachent, en vertu de l’amour de celui qui le nourrit et l’entretient comme un homme entretient sa propre chair ; de se sentir par l’Esprit uni à tout ce qui est uni à Christ, et de le sentir par la pensée profondément joyeuse que tous ceux qui nous sont infiniment chers comme lui appartenant, jouissent des soins immanquables de son amour ; quelle joie de leur faire par la foi l’application de tout cet amour dont nous avons la conscience, en rendant culte, foi d’ailleurs qui ne manque jamais son but !

C’est ainsi que l’intercession se lie si intimement au culte proprement dit, étant inspirée par les affections qui sont en exercice en vertu de la présence du Saint-Esprit. Les demandes de grâce que ceux qui rendent culte font pour eux-mêmes, s’y rattachent presque au même degré, parce que le sentiment qui s’exprime dans le culte de ce que nous devons à Dieu, produit nécessairement le désir de le glorifier et le besoin de la grâce qui seule nous en rend capables.

À l’égard de la cène, nous trouvons, en effet, que non-seulement elle faisait la partie la plus saillante des exercices religieux des fidèles ; mais, en outre, que c’était pour la célébrer qu’ils se réunissaient dans les assemblées régulières et solennelles. « Et tous les jours ils persévéraient d’un commun accord dans le temple, et rompant le pain à la maison (ou chez eux, c’est-à-dire dans les maisons particulières en contraste avec le temple), etc… ». « Ils demeuraient fermes dans la doctrine et dans la communion des apôtres, et dans la fraction du pain et dans les prières. » Il paraît, d’après cela, qu’ils prenaient la cène tous les jours, et que Juifs encore sous plusieurs rapports, comme nous le savons, ils montaient assidûment au temple, mais qu’ensuite ils avaient dans leurs maisons, en mémoire de Christ, ce service spécial, duquel il avait dit : Faites ceci en mémoire de moi.

Au chapitre XXe des Actes il nous est dit que le premier jour de la semaine (appelé maintenant le dimanche), les disciples étant assemblés pour rompre le pain, Paul fit un discours, etc… C’est dire que cet acte, bien qu’il y en eût d’autres qui l’accompagnassent, était le but de leur réunion. On a supposé que rompre le pain pouvait signifier autre chose que prendre la cène, puisqu’il est évident qu’on prenait en même temps un repas. Ce dernier fait n’est pas douteux. Christ a institué la cène à son dernier souper, et au commencement on soupait en même temps qu’on rompait le pain. Mais la fraction du pain avait son caractère propre et distinctif, comme elle l’avait eu à son institution. Négliger d’y être attentif lors qu’on y participait, est ce que l’apôtre appelle ne pas discerner le corps du Seigneur. Dans sa Ire Épître aux Corinthiens, il corrige cet abus, en ordonnant de séparer la cène du souper qui auparavant l’avait accompagnée. Ce passage démontre qu’on se réunissait pour manger. Mais, hélas ! le repas avait fait négliger aux Corinthiens le service spirituel ; on en était venu à manger et à boire son soûl, et à laisser les pauvres dans la disette. On ne se réunissait plus dans une maison particulière, mais dans un local commun à tous, où chacun apportait son souper. Ce service avait entièrement perdu le caractère de la cène du Seigneur. Mais il n’en demeure pas moins établi par ce passage, quel était le but de la réunion. Pour maintenir cette institution dans toute son importance, l’apôtre a ordonné de la séparer du souper, prescrivant à chacun de manger chez soi, de se rendre à l’assemblée dans un esprit sérieux, de peur d’attirer sur soi des châtiments[7].

Les deux grands éléments du culte des chrétiens rendu en commun sont la présence du Saint-Esprit et la commémoration du sacrifice de Christ célébrée dans la cène. Nous venons de voir, d’après le témoignage de la Bible, que c’était en vue de la cène que les chrétiens se réunissaient primitivement.

Mais, en outre, les affections qui se rattachent à chacune de nos relations avec Dieu, trouvent leur application dans le culte.

Sa majesté y est adorée. Les grâces de sa Providence même sont reconnues. Celui qui est Esprit est adoré en Esprit et en vérité. Nous présentons à notre Père, Père de notre Seigneur Jésus-Christ, l’expression des saintes affections qu’Il a produites en nous, Lui qui nous a cherchés lorsque nous étions loin de Lui, et nous a placés près de Lui, comme ses chers enfants, dans l’Esprit d’adoption, nous associant, merveilleuse grâce ! à son Fils bien-aimé. Nous adorons le Dieu sauveur, placés en sa présence sans tache, sa sainteté et sa justice parfaite étant pour nous le sujet d’une joie qui ne passe pas, car nous sommes dans la lumière, par l’œuvre parfaite du Christ, comme lui-même est dans la lumière. C’est le Saint-Esprit lui-même qui nous révèle ces choses célestes de même que la gloire à venir, et qui agit en nous pour produire les sentiments et les affections qui con viennent à une telle grâce, à de telles relations avec Dieu. C’est lui qui lie le cœur à ces choses. Mais il le lie en nous faisant sentir que nous sommes enfants de la même famille et membres du même corps, nous unissant dans le culte par des affections mutuelles et par des sentiments communs envers celui qui est l’objet de notre commune adoration. Enfin, le culte s’accomplit en rapport avec le plus doux souvenir de l’amour de Christ, soit que nous regardions à l’efficace de son œuvre, soit que nous nous rappelions sa tendre affection pour nous. Il veut que nous nous souvenions de lui. Douce et précieuse pensée pour le cœur ! Oh ! qu’un tel culte devrait être précieux pour nos âmes et solennel en même temps ! De quelle manière ne devrions-nous pas vivre pour être en état de le rendre ; avec quelle ardeur ne devrions-nous pas rechercher la présence et l’action du Saint-Esprit pour pouvoir le rendre convenablement ?

Cependant il devrait être très-simple, car de vraies affections sont toujours simples ; sérieux en même temps, car de tels intérêts rendent sérieux. La majesté et la grandeur de l’amour de Celui que nous adorons, donnent de la solennité à tout acte par lequel nous nous approchons de Lui. Avec quelles profondes affections et quelle reconnaissance nous pensons aussi au Sauveur dans un pareil moment, où nous pouvons par lui nous tenir en la présence de Dieu, loin de tout mal, dans l’avant-goût de notre bonheur éternel, et où nous nous rappelons tout son amour pour nous.

Ces deux grands sujets dont le culte chrétien s’occupe, savoir : l’amour de Dieu, notre Père, et celui du Seigneur dans son œuvre, et comme chef de l’Église qui est son corps, font varier un peu le caractère du culte, selon l’état de ceux qui le rendent. Il y aura des moments où Jésus sera plus présent à leurs pensées ; d’autres, où le Père remplira davantage leur esprit. Le Saint-Esprit seul peut diriger en ceci ; mais, comme les sentiments doivent être vrais, leur direction dépendra de l’état des personnes qui composent l’assemblée. Rien ne doit être forcé en de pareilles choses. Celui qui est l’organe du culte, disons-le ici, n’a pas à exprimer ce qui lui est propre et personnel ; il est appelé à présenter ce qui est vraiment le mouvement des cœurs par le Saint Esprit dans l’assemblée. Ceci nous fait sentir notre entière dépendance du Consolateur, pour servir Dieu en vérité tous ensemble. Rien de plus simple cependant et de plus évident que cette vérité : que, dans le culte rendu en commun, les sentiments ressentis par tous sont ceux qui doivent être exprimés.

Une autre remarque que nous pouvons faire ici, c’est que le culte se ressentira à un haut degré de tout ce qui contriste le Saint-Esprit. Tout interdit, ne serait-ce que chez un seul membre de l’assemblée, se fera ressentir (au moins s’il y a de la spiritualité), car nous sommes là comme un seul corps. Il est de toute importance que la délicatesse spirituelle se maintienne, et qu’on ne prenne pas son parti d’un état où, dans le culte, la présence de Dieu serait peu sentie, l’action du Saint-Esprit peu connue. S’il y a une vraie spiriritualité, si le Saint-Esprit remplit l’assemblée de sa présence, tout mal quelconque sera bientôt découvert. Car Dieu est un Dieu jaloux et un Dieu fidèle. Un seul Hacan a été découvert au commencement de l’histoire d’Israël ; un seul mensonge d’Ananias au commencement de l’histoire de l’Église. Hélas ! que de choses se sont passées plus tard en Israël, que de choses se sont accomplies dans l’Église, sans que personne ait eu même le sentiment qu’il y avait du mal ! Que Dieu nous rende humbles, vigilants, vrais, et nous fasse souvenir que son Esprit demeure toujours avec nous, afin que nous soyons capables par l’action de cet Esprit en nous, de lui offrir un culte spirituel, beau et puissant témoignage rendu à l’œuvre de Christ, qui nous place dans la présence de Dieu, irrépréhensibles et pleins de joie, pour lui présenter les adorations de cœurs qui trouvent dans sa présence la source de leur bonheur, témoignent devant les anges du ciel de son amour parfait, et présentent à Dieu lui même la preuve la plus acceptable de l’efficace de cette œuvre, qui lui rend possible le plein et parfait exercice de son amour, dans lequel il trouve ses délices.

Le privilége de pouvoir rendre culte est ac cordé à deux ou trois réunis au nom de Jésus, c’est-à-dire, que ce nom a réunis, comme un lien entre eux, par sa force commune à eux tous, connue de tous, et reconnue entre eux comme le principe de leur réunion. Jésus se trouve avec eux, pour être la joie et la force de leur service commun. L’Éternel avait dit à Israël : « En quelque lieu que ce soit que je mettrai la mémoire de mon nom, je viendrai là à toi et je te bénirai. » (Ex. XX, 24.) Plus tard Il a dit qu’ils devraient offrir leurs offrandes dans le lieu qu’Il aurait choisi pour y mettre son nom. C’est ce qui a eu son accomplissement définitif à Jérusalem. (I. R. VIII. 29.) Maintenant Dieu a placé son nom en Jésus, là où deux ou trois sont réunis en son nom, avec la promesse, pareille à celle con tenue dans le chapitre XX de l’Exode, que Jésus s’y trouverait avec eux. Précieux encouragement pour la faiblesse de son peuple. S’il y avait des milliers de disciples réunis ; une telle œuvre du Saint-Esprit serait un grand encouragement ; mais le plus précieux de tous, la présence de Jésus lui-même est accordée à deux ou trois des plus petits d’entre les siens, s’ils se réunissent vraiment en son nom. Que ce soit vraiment et uniquement en son nom que nous soyons réunis ! L’orgueil de la chair qui aime de faire valoir un don et de s’approprier un troupeau comme sien, l’arrangement humain qui cherche à éviter ce qui blesse la chair ou le monde, l’étroitesse qui réunit quelques-uns sur la base d’un sentiment particulier, ne sont pas le nom de Christ. Ceux qui se réunissent au nom de Christ, embrassent dans leurs pensées et dans leurs cœurs tous ceux qui sont de lui, tous les membres de son corps ; ils les embrassent d’après le principe sur lequel ils sont réunis ; sans cela ils ne seraient pas réunis en son nom, car on ne peut pas exclure du bénéfice attaché à son nom ceux qui sont siens. Son cœur les embrasse ; nous ne sommes pas réunis selon son cœur, si en principe notre réunion ne les embrasse pas. Il est clair que son nom ne comporte ni le monde ni le péché, ni ce qui nie la vérité qui est révélée dans ce nom. Son nom réunit ceux qui sont vraiment siens. Celui qui ne rassemble pas avec lui, disperse.

Les chrétiens sont tenus de maintenir la sainteté et la vérité, et de progresser constamment vers la mesure de la stature de la plénitude de Christ. Celui qui voudrait empêcher ce progrès, qui chercherait à retenir les âmes dans le moule de doctrines particulières, tendrait à détruire l’unité en pratique. Il n’y a que la spiritualité réglée par la Parole et conduite par la Grâce, en un mot l’action de l’Esprit de Dieu, qui puisse faire discerner dans certains cas le véritable progrès d’avec ce qui n’est qu’une insistance sur quelque vue particulière. Car l’esprit mondain qui n’aime pas le progrès et ce qui développe Christ dans les cœurs, appelle vue particulière tout ce qui tend à rendre nos liens à Christ plus puissants et plus sentis. D’un autre côté, l’esprit étroit considérera comme un progrès tout ce qui fera prévaloir ses propres idées.

Au reste, si une réunion de culte est vraiment fondée sur la base de l’unité de l’Église de Dieu, quand la masse de l’assemblée n’est pas capable de réaliser ce qui en soi serait un vrai progrès, il est inutile d’y insister ; ce serait tendre à diviser plutôt qu’à faire progresser. C’était le cas des Corinthiens. L’apôtre a dû les nourrir de lait. Ils n’étaient pas capables de mieux, même quand il leur a écrit.

D’un autre côté, lorsqu’il s’opère dans l’Église un retour vers l’esprit judaïque qui compromettrait l’Évangile, on voit que l’apôtre refuse de s’arrêter (Héb. V, 12–14 ; VII, 1–4.) La sagesse vivante de l’Esprit de Dieu est nécessaire à l’Église. Ce n’est pas la volonté de Dieu qu’elle puisse s’en passer, ni cesser de se placer sous sa dépendance.

Quoique ces dernières considérations pratiques ne touchent qu’accessoirement à mon sujet, je les ai présentées ici, parce qu’elles se rapportent à des difficultés qui se rencontrent constamment dans la marche chrétienne de ceux qui se réunissent en assemblée de culte, ou qui leur sont suscitées pour faire naître des obstacles. Je suppose toujours qu’on s’est réuni sur la base éternelle de l’unité de l’Église de Dieu. Si cette base est compromise, il n’y a pas lieu de se réunir du tout ; la réunion elle-même n’est pas selon Dieu. Il faut premièrement être bien au clair sur ce point.

Mais je désire ramener nos âmes au fond du sujet que je traite. Ce dont je viens de parler, s’applique aux enfants de Dieu réunis pour lui rendre culte. Doux et glorieux privilége d’anticiper ce qui sera notre éternelle occupation dans le ciel. Là, notre culte sera parfait ; toute l’Église, parvenue à la perfection, sera réunie pour le rendre au milieu de l’assemblée générale d’en haut. Elle en jouira éternellement, sans distraction et sans crainte que sa joie soit altérée, dans la parfaite faveur de Dieu. Quel privilége déjà dès ici-bas, de fermer la porte pour un moment sur toutes les distractions de ce monde, et par l’Esprit de satisfaire au besoin du cœur, en rendant à Dieu les grâces qu’Il est digne de recevoir et qu’Il nous a inspirées par sa bonté.

J’indiquerai encore quelques passages qui peuvent aider à saisir individuellement l’esprit du culte.

Le premier est contenu dans le Chapitre III de l’Épître aux Philippiens : « Nous servons Dieu en Esprit, nous nous glorifions en Jésus-Christ, et nous n’avons aucune confiance en la chair. »

On remarquera ici, qu’il ne s’agit pas de la chair prise dans son sens ordinaire, comme exprimant le péché, mais de confiance en la chair. La confiance en la chair est, en matière de religion, aussi condamnable que les convoitises de la chair ; et après tout elle n’est qu’une de ces convoitises, que recouvre le voile des œuvres et de la sainteté. La pierre de touche, c’est qu’elle ne glorifie pas Jésus, et encore mieux qu’elle ne se glorifie pas en Jésus seul. La religion de la chair peut s’occuper beaucoup de bonnes œuvres, avoir une conduite irréprochable, beaucoup d’abnégation, beaucoup de piété, beaucoup d’humilité, s’appliquer ardemment à l’amour de Dieu en prétendant peut-être le faire reposer sur son amour infini ; mais ce sera l’amour de Dieu dans son cœur, l’amour qu’elle ressent pour Lui.

On peut faire cette demande : Si tout cela peut exister en une personne, et n’être pourtant que la chair, comment discerner la vraie circoncision ? La vraie circoncision se glorifie en Jésus-Christ. Rien de plus facile que de juger toutes ces apparences de la piété, si Christ est notre tout. Nous reconnaîtrons sans hésiter le vrai caractère de ce qui ne se glorifie pas en lui, et fournit des armes à ce qui détruit le christianisme de fond en comble.

Voulez-vous un autre signe pour discerner cette prétentieuse religion de la chair ? Elle ne retient pas la tête du corps de l’Église. (Col. II, 19.) Cela veut dire que celui qui en est imbu, n’a jamais la conscience de sa propre union avec Christ, de manière à être placé dans les lieux célestes avec lui comme étant ressuscité avec lui, os de ses os et chair de sa chair, un même Esprit avec le Seigneur, un membre de son corps. Cet homme acceptera peut-être cette vérité pour l’Église d’une manière abstraite, car il est possible que la religion de la chair soit orthodoxe, mais il ne s’en fera pas l’application. Or, la foi est individuelle et elle place personnellement celui qui la possède, dans la jouissance ou sous l’effet de l’objet qu’elle envisage. Le chapitre II de l’Épître aux Colossiens juge aussi bien que le Chapitre III de l’Épître aux Philippiens, cette belle mais fausse apparence. Le Seigneur, quand il s’adresse aux Scribes et aux Pharisiens, la condamne dans ses formes les plus grossières.

Un autre trait qui signale la religion de la chair, c’est que, quelle que soit l’élévation apparente de sa piété, elle s’accorde avec des choses qui ne sont pas du ciel. Elle ne cherche pas à tous égards les choses qui sont en haut, qui seules répondent aux sentiments de celui qui est mort et ressuscité en Christ.

Le vrai culte, la religion de l’Esprit sert Dieu en Esprit ; elle n’a aucune confiance en la chair : elle ne connaît pas la religion de ses pères, lors même que cette religion serait vraie ; on n’hérite de ses pères qu’une nature pécheresse. Elle ne se fie ni à son zèle, ni à une piété qu’elle puisse offrir à Dieu, ni à son amour pour Lui. Devant Dieu elle ne se glorifie qu’en Jésus Christ seul. L’âme a appris qu’elle était morte dans ses péchés, que le précieux Sauveur s’est abaissé jusqu’à être fait péché pour nous, qu’elle est morte et ressuscitée avec lui, qu’elle serait perdue si elle vivait de sa vie de nature ; il n’y a pour elle devant Dieu que Jésus-Christ qu’elle présente, en qui elle se réjouit, dont elle se glorifie, dans lequel elle sait que le Père a mis toute son affection.

On ne peut méconnaître combien cette description pratique que fait le chap. III de l’Épître aux Philippiens de la vraie circoncision, c’est-à-dire du vrai peuple, mis à part pour Dieu et mort selon la chair, se lie aux grandes bases sur lesquelles nous avons reconnu que s’appuyait le vrai chrétien dans le service qu’il rend à Dieu. Souvenons nous aussi qu’il ne vaut rien de mêler la religion de la chair avec celle de l’Esprit. La chair, le chrétien trouve bien son aliment dans la première. Au commencement de l’Église, les efforts de l’adversaire avaient pour objet, non de substituer la chair à la circoncision et la loi à Christ, mais de les ajouter. Mais l’apôtre a bien vu que si elles étaient admises, tout était perdu. Le chrétien est un avec Christ, la tête du corps. Au moindre objet qui s’interpose entre la tête et le corps, celui-ci n’est qu’un cadavre. L’œuvre de Christ ne serait plus suffisante, si quelque chose devait y être ajouté.Mais, non-seulement cela ; la position du chrétien serait entièrement détruite. Car, au lieu d’être en Christ heureux devant Dieu, en vertu d’une œuvre déjà accomplie uniquement par le glorieux Sauveur ; au lieu d’être « rendu accompli en lui », « agréable dans le Bien-aimé », l’homme serait encore à chercher des moyens pour se rendre agréable à Dieu, et pouvoir se présenter devant Lui. Avec une telle doctrine, on est déchu de la grâce ; le christianisme est dénaturé, nié implicitement. La vérité de l’Évangile n’existe plus.

Que Dieu nous donne de n’avoir aucune confiance en la chair, et de nous glorifier en Jésus-Christ !

On peut demander : mais n’est-il pas possible qu’on maintienne ces vérités dans toute leur élévation, et qu’on soit encore charnel ? Je réponds : Sans doute. Mais alors la chair prend la forme de la licence, son caractère réel, et non celle de la religion. La chair est très-pieuse, quand elle fait de la piété, parce qu’elle veut se glorifier en elle-même.

Un autre passage que je citerai pour indiquer l’esprit du culte, quoique dans la forme il se rapporte aux choses terrestres, se trouve au chapitre XXVI du Deutéronome. Canaan est la figure du ciel. Or, Israël, arrivé en Canaan, jouissait de l’effet de la promesse. Lisez maintenant le chapitre indiqué. L’adorateur, déjà arrivé au bon pays que Dieu lui a donné en héritage, se présente avec les fruits de ce pays. C’est là ce que nous avons à offrir à Dieu, la joie, l’amour célestes, tout ce qui se trouve pour nos cœurs dans la possession du ciel où nous sommes entrés en Esprit, dans le Christ qui le remplit de sa gloire et de sa perfection, dans l’amour de Dieu lui-même qui nous y a introduits. La sainteté et l’amour caractérisent ce pays, ce sont les fruits qui y croissent naturellement ; ils accompagnent les actions de grâce prononcées par les cœurs de ceux qui y habitent. L’adorateur professait hautement que son Dieu avait tout accompli (v. 3). C’était en faisant cette profession, qu’il se présentait. Il la devait à Dieu, puisqu’il était là ; il aurait manqué au seul vrai sentiment de sa position, s’il ne se fût pas présenté de cette manière. Oubliait-il pour cela sa misère ? Non, sans doute. Mais elle n’était plus. Le souvenir qu’il en gardait, ne servait qu’à relever l’idée de sa délivrance. « Mon Père n’était qu’un misérable Syrien. » Ses enfants opprimés par les Égyptiens, esclaves et misérables, avaient été délivrés par le bras puissant de l’Éternel, que le fidèle venait maintenant adorer. Le chrétien était l’esclave de Satan et misérable par lui-même ; mais Dieu l’a délivré par Christ. C’est pourquoi il adore.

De plus, l’Éternel avait donné à l’Israélite ce bon pays, plein de ce qui fait la gloire de tout pays. L’Israélite lui en apportait les fruits en témoignage, avec des actions de grâce. Assis en paix dans les lieux célestes, nos cœurs n’ont-ils rien à offrir ? Ce pays n’a-t-il rien produit qui puisse être offert à Dieu en témoignage du prix attaché à ses dons, du sentiment de sa bonté ?

Puis, l’adorateur s’adressait directement à Dieu, en lui rendant le culte qui lui était dû, le fruit d’un cœur heureux dans sa bonté. Ainsi, l’esprit de grâce et d’amour était répandu au dedans de lui. Il jouissait de tout en simplicité et avec allégresse ; il en faisait aussi jouir les autres, rendait heureux avec lui les désolés et l’étranger (v. 11–13). Pur dans ses voies, gardant soigneusement sans profanation la sainteté de Dieu et ce qui lui était consacré, il pouvait invoquer de cœur la bénédiction en faveur de tout le peuple de son Dieu, et demander qu’elle reposât sur l’ensemble des choses au milieu desquelles l’Éternel l’avait placé. C’était le souvenir du lien existant entre Dieu et son peuple.

Si on examine le chapitre XVI du Deutéronome, on trouvera dans les directions données à propos des fêtes de l’Éternel, pour indiquer dans quel esprit Israël devait les célébrer, un développement et en quelque sorte un contraste instructif entre les divers états d’âme qu’elles étaient appelées à inspirer respectivement.

À Pâque, où le peuple rappelait qu’il avait été épargné du glaive exterminateur, il n’était pas question de la joie ressentie dans les autres fêtes. Il reconnaissait sans doute la délivrance dont il avait été l’objet. Mais le pain sans levain, type de la pureté et de la simplicité du cœur, est appelé le pain de l’affliction. Le peuple était sorti du pays d’Égypte, à la hâte, pour se sauver. La sainteté était une obligation impérieuse. Voudrait-on périr dans le territoire de Satan, prince des ténèbres ? Puis, chacun s’en retournait dans sa tente.

Oui, c’est une grâce que d’être délivré. Mais aussi longtemps que nous n’avons guère que le sentiment de notre délivrance de la ruine, de l’esclavage, encore présents à notre esprit comme ce dont nous avons été retirés ; aussi longtemps que la sainteté est pour nous une obligation, que nous voyons la pureté de Christ comme exigeant que le levain du péché soit entièrement ôté d’au dedans de nous, nous sommes dans le vrai. La délivrance était nécessaire pour de tels esclaves, la sainteté obligatoire. Sans la sanctification, personne ne verra le Seigneur. Nous avons un sentiment solennel de la grâce qui nous a délivrés, de la profonde réalité et de la nécessité de ce sacrifice, dont le sang a arrêté à notre porte le glaive de la justice de Dieu. Mais ce n’est pas la joie, ce n’est pas la communion : chacun se retirait chez soi.

À la fête de Pentecôte, qui préfigurait le don du St-Esprit, il y avait de la joie. On offrait à Dieu une offrande volontaire, selon la bénédiction qu’Il avait accordée. Il y avait une joie commune. On relevait le cœur abattu de la veuve, de l’orphelin, du Lévite et de l’étranger. On se réjouissait devant l’Éternel, son Dieu, dans le lieu où Il avait placé son nom. On se souvenait d’avoir été esclave ; mais, en rappelant ce souvenir, on jouissait de la liberté en la présence de l’Éternel, qui avait répandu sa bénédiction sur le peuple qu’Il avait affranchi.

Ici, nous retrouvons le véritable esprit du culte. On remarquera que chacun offrait à l’Éternel, selon que l’Éternel l’avait béni.

La fête des Tabernacles avait plus de portée. On se réjouissait comme à celle de Pentecôte, et la joie se répandait sur ceux dont Dieu voulait relever les cœurs. L’esprit de joie et de grâce caractérise encore les dispositions des adorateurs rassemblés dans la présence de leur Dieu ; il caractérise la communion, qui est l’effet de cette présence ; il est en rapport avec cette circonstance que son peuple est rapproché de Lui. Mais la fête devait durer sept jours : l’esprit de la fête devait se soutenir pendant toute leur durée. « Et tu seras », est-il dit, « dans la joie. » Car les adorateurs avaient la pleine conscience du repos de Dieu. Les récoltes de l’aire et de la cuve étaient faites. Dans une pleine et abondante jouissance de tous les fruits du pays, dans le repos de Dieu, ils célébraient la bonté de Celui qui le leur avait donné, non selon qu’Il les avait bénis, mais parce qu’Il les avaient bénis dans tous les ouvrages de leurs mains.

Sans doute pour nous, l’accomplissement de cette fête (type du repos dont jouira Israël à l’égard de tous ses travaux dans le siècle à venir) sera dans le ciel. Mais en tant que réalisant par avance notre portion, nous anticipons cette joie, et nous bénissons Dieu selon le sentiment que nous en avons par l’Esprit.

Je dirigerai maintenant l’attention du lecteur sur les chap. IV et V de l’Apocalypse.

Au chap. IV, 8, nous trouvons les quatre êtres vivants qui attribuent au Seigneur Dieu Tout-Puissant la gloire de tout ce qu’Il est dans sa sainte et éternelle Majesté. La célébration de cette gloire amène ceux qui représentent les saints dans la gloire envisagés comme rois et sacrificateurs, à se dépouiller de leurs couronnes et à quitter leurs trônes pour se prosterner devant Celui qui vit aux siècles des siècles, plus élevés moralement en appréciant et reconnaissant la gloire de Celui à qui toute Majesté appartient qu’en étant revêtus de la leur, en saisissant comme objet d’adoration la gloire suprême de Dieu, au point de se servir de celle qui leur avait été accordée uniquement pour rehausser la sienne, en en jetant les symboles devant son trône plutôt qu’en les portant devant les armées des cieux ou les habitants de la terre.

Ce qui nous rapproche de Dieu est plus excellent que ce qui nous distingue du reste des créatures. Estimer leur gloire, quoiqu’elle fût vraie comme étant donnée de Dieu, comme n’ayant d’autre valeur que de pouvoir être une offrande, parce qu’ils comprenaient la gloire de Celui qui les avait aimés, et qui était haut placé au-dessus d’eux, était à coup sûr une position plus élevée que de faire un grand cas de leur gloire et de s’en revêtir aux yeux de ceux qui sont placés au-dessous d’eux. Je le répète, leur gloire était réelle, parce qu’elle leur était conférée de Dieu ; mais il leur était donné de reconnaître une gloire infiniment plus excellente, d’en jouir, de la voir, d’aimer que Celui à qui seul elle appartient en fût en possession et la manifestât. L’objet était plus excellent, l’esprit plus élevé, car ils ne pensaient plus à eux-mêmes. Ils s’élevaient vers Dieu, en ne pensant qu’à Lui, contents que Lui seul fût glorifié. C’est la perfection de l’état et de la position de la créature en présence de Dieu.

Cependant, pour rendre cet état et cette position complets, un autre élément en fait partie. Ce que j’ai dit en suppose l’existence, et celle-ci est mise en évidence dans le passage qui a été cité ; c’est qu’il y a dans les vingt-quatre anciens, représentants des saints faits rois et sacrificateurs, l’intelligence, beau et précieux privilége pour nous, de ce qui rend l’Éternel digne de ces louanges. « Tu es digne, Seigneur, car, etc.… » Ici, c’est sa gloire comme créateur. Toutes choses sont de Lui et pour son bon plaisir. Il est la source et le but final de tout ce qui existe. Ce qu’Il est, c’est qu’Il est digne de recevoir toute gloire à cause des manifestations qu’Il a faites de lui-même : voilà le sujet des hommages rendus par les saints au Dieu créateur.

Le chap. V a pour sujet la rédemption. L’agneau mis à mort est digne de prendre le livre des voies de Dieu en gouvernement, parce qu’il a racheté. Ici encore l’intelligence de son œuvre, de la gloire qui en devait résulter pour ceux qui en étaient les objets dans leurs rapports avec Dieu et dans le règne qui leur était confié, se retrouve dans les louanges adressées à l’agneau par les saints célestes. On peut remarquer aussi que les louanges sont adressées à Celui qu’elles célèbrent. Les prières des saints les accompagnent. Les louanges (des anges dans ce cas-ci), non adressées directement à l’agneau, sont suscitées par l’adoration des saints. Puis, tous les habitants de la création tout entière de Dieu célèbrent ensemble, en chœur, la gloire du Dieu souverain et de l’agneau, avec l’amen des quatre êtres vivants. L’adoration directe de l’Éternel demeure la portion propre des vingt-quatre anciens, rois et sacrificateurs.

On peut remarquer ici, que ces passages ne font pas ressortir le caractère de Père. C’est le Dieu gouverneur et souverain qui est célébré. Ceci est en rapport avec le caractère du livre. On remarquera, en outre, que le caractère par excellence des vingt-quatre anciens, est l’adoration et l’intelligence des fondements de la gloire de Dieu, manifestée dans ses actes de puissance et de grâce.

Je cite ces divers passages, non comme donnant la révélation précise de ce qu’est le culte chrétien ; mais comme fournissant bien des éléments précieux qui aident à saisir l’esprit du culte en général. Les Psaumes nous en présenteraient d’autres exemples. Il faut se rappeler seulement que Dieu y est envisagé comme gouverneur de la terre et non comme Père de ses enfants bien aimés, qui participent à sa nature d’amour.

Notre portion est d’adorer le Père en Esprit et en Vérité, dans la douce confiance d’enfants qu’Il aime, sans qu’il perde rien de sa Majesté à leurs yeux.


FIN.
  1. Je doute cependant qu’il soit actuellement possible qu’un seul rende un culte adéquat à Dieu. Un homme innocent pouvait bénir Dieu pour sa bonté ; mais un culte rendu par un seul être, pour monter à la hauteur de ce que Dieu est, suppose une capacité de saisir les motifs du culte en Dieu, telle qu’elle mettrait celui qui le rend à peu près au niveau de celui à qui il est rendu. Dieu ne serait pas dans sa vraie place pour le culte ; car, qui pourrait seul le glorifier convenablement, étant le seul objet de sa faveur ? Ici l’intervention du Christ est d’une haute importance pour fonder le culte, parce que Dieu est glorifié d’une manière adéquate pour que le culte lui soit rendu, et ceux qui l’adorent, le font en vertu de ce qu’Il est pour eux dans cette intervention. Le culte est fondé sur le fait que Dieu est pleinement glorifié, et on l’adore comme déjà pleinement glorifié.
  2. Cependant pour l’homme lui-même, Dieu a déclaré qu’il n’était pas bon qu’il fût seul.
  3. Plus on est dans l’esprit du culte cependant, plus on sait rendre témoignage ; car il est évident que quand on sera dans une intime communion avec Dieu, on saura lui rendre témoignage en amour.
  4. On trouvera, par conséquent, que l’Épître aux Hébreux prend partout le caractère d’un contraste plutôt que celui d’une comparaison.
  5. Le culte est aussi parfait sans l’exercice d’aucun don, et même en soi il l’est davantage. Si la manière dont les dons s’exercent habituellement a pour effet de fausser le caractère de la réunion et de la priver de celui du culte, on y perd toujours. Car, si l’Esprit de Dieu qui agit, trouve bon d’exhorter et d’enseigner à cette occasion les membres du corps, il reste toujours vrai que pouvoir adorer Dieu sans avoir besoin d’être exhorté, est un état plus excellent ; on est dans ce cas plus simplement et plus entièrement avec Dieu, en jouissant par grâce de Lui-même.
  6. Il paraît que le don des langues s’exerçait dans des prières aussi bien que dans des discours. Cela se comprend bien : l’homme spirituel devant prendre part à une assemblée dont il ne connaissait la langue que par inspiration. Ceci ne fait que confirmer l’idée générale que j’ai émise dans le texte.
  7. L’apôtre n’émet pas l’idée de s’examiner pour savoir si l’on devait manger, mais pour manger, c’est-à-dire, pour ne pas le faire avec légèreté. La cène étant l’expression de l’unité du corps, s’en abstenir était s’excommunier. On n’avait pas l’idée qu’un chrétien commit une action pareille envers lui-même.