Le dîner du comte de Boulainvilliers/Édition Garnier/Deuxième entretien

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Le dîner du comte de BoulainvilliersGarniertome 26 (p. 537-552).
DEUXIÈME ENTRETIEN.
PENDANT LE DÎNER.
l’abbé.

Ah ! madame, vous mangez gras un vendredi sans avoir la permission expresse de monseigneur l’archevêque ou la mienne ! Ne savez-vous pas que c’est pécher contre l’Église ? Il n’était pas permis chez les Juifs de manger du lièvre, parce qu’alors il ruminait, et qu’il n’avait pas le pied fendu^^2 ; c’était un crime horrible de manger de l’ixion et du griffon^^3.

la comtesse.

Vous plaisantez toujours, monsieur l’abbé ; dites-moi de grâce ce que c’est qu’un ixion.

l’abbé.

Je n’en sais rien, madame ; mais je sais que quiconque mange le vendredi une aile de poulet sans la permission de son évêque, au lieu de se gorger de saumon et d’esturgeon, pèche mortellement ; que son âme sera brûlée en attendant son corps, et que, quand son corps la viendra retrouver, il seront tous deux brûlés éternellement, sans pouvoir être consumés, comme je disais tout à l’heure.

la comtesse.

Rien n’est assurément plus judicieux ni plus équitable ; il y a plaisir à vivre dans une religion si sage. Voudriez-vous une aile de ce perdreau ?

le comte.

Prenez, croyez-moi ; Jésus-Christ a dit : Mangez ce qu’on

1. Voyez ci-dessus, page 506.

2. Deutéronome, chap. xiv, v. 7. (Note de Voltaire.)

3. Ibid., v. 12 et 13. (Id.) 538 LE DINER DU COMTE

VOUS présenterai Mangez, mangez; que la honte ne vous fasse dommage.

l'abbé. Ah! devant vos domestiques, un vendredi, qui est le lende- main du jeudi ! Ils Tiraient dire par toute la ville.

LE COMTE,

Ainsi vous avez plus de respect pour mes laquais que pour Jésus-Christ.

l'abbé.

11 est bien vrai que notre Sauveur n'a jamais connu les dis- tinctions des jours gras et des jours maigres ; mais nous avons changé toute sa doctrine pour le mieux ; il nous a donné tout pouvoir sur la terre et dans le ciel. Savez-vous bien que, dans plus d'une province, il n'y a pas un siècle que l'on condamnait les gens qui mangeaient gras en carême à être pendus ? et je vous en citerai des exemples.

LA COMTESSE.

Mon Dieu ! que cela est édifiant, et qu'on voit bien que votre religion est divine !

l'abbé.

Si divine que, dans le pays même où Ton faisait pendre ceux qui avaient mangé d'une omelette au lard, on faisait brûler ceux qui avaient ôté le lard d'un poulet piqué, et que l'Église en use encore ainsi quelquefois : tant elle sait se proportionner aux dif- férentes faiblesses des hommes ! A boire...

le COMTE.

A propos, monsieur le grand vicaire, votre Église permet-elle qu'on épouse les deux sœurs?

l'abbé.

Toutes deux à la fois, non ; mais l'une après l'autre, selon le besoin, les circonstances, l'argent donné en cour de Rome, et la protection : remarquez bien que tout change toujours, et que. tout dépend de notre sainte Église. La sainte Église juive, notre mère, que nous détestons, et que nous citons toujours, trouve très-bon que le patriarche Jacob épouse les deux sœurs à la fois : elle défend dans le Léoitique de se marier à la veuve de son frère -; elle l'ordonne expressément dans le Deutéronome^; et la coutume de Jérusalem permettait qu'on épousât sa propre sœur, car vous

��1. Luc, chap. X, V. 8. [Xote de VuUaire.)

2. Lévitique, chap. xviir, v. 16. {Id.)

3. Deutéronome, chap. xxv, v. 5. {Jd.)

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savez que quand Amnon, fils du chaste roi David, viola sa sœur Thamar, cette sœur pudique et avisée lui dit ces paroles : (c Mou frère, ne me faites pas de sottises ; mais demandez-moi en ma- riage à notre père, et il ne vous refusera pas^ »

Mais, pour revenir à notre divine loi sur l'agrément d'épouser les deux sœurs ou la femme de son frère, la chose varie selon les temps, comme je vous lai dit. Notre pape Clément VII n'osa pas déclarer invalide le mariage du roi d'Angleterre Henri VIII avec la femme du prince Arthur son frère, de peur que Charles- Quint ne le fit mettre en prison une seconde fois, et ne le fit déclarer bâtard, comme il l'était ; mais tenez pour certain qu'en fait de mariage, comme dans tout le reste, le pape et monseigneur l'archevêque sont les maîtres de tout quand ils sont les plus forts. A Loire...

LA COMTESSE.

Eh bien, monsieur Fréret, vous ne répondez rien à ces beaux discours; vous ne dites rien I

M. FRÉRET.

Je me tais, madame, parce que j'aurais trop à dire.

l'abbé.

Et que pourriez-vous dire, monsieur, qui pût ébranler l'au- torité, obscurcir la splendeur, infirmer la vérité de notre mère sainte Église catholique, apostolique, et romaine? A boire...

M. FRÉRET.

Parbleu ! je dirais que vous êtes des juifs et des idolâtres, qui vous moquez de nous, et qui emboursez notre argent.

l'abbé. Des juifs et des idolâtres ! comme vous y allez !

M. FRÉRET.

Oui, des juifs et des idolâtres, puisque vous m'y forcez. Votre Dieu n'est-il pas né Juif? n'a-t-il pas été circoncis comme Juif- ? n'a-t-il pas accompli toutes les cérémonies juives ? ne lui faites- vous pas dire plusieurs fois qu'il faut obéir à la loi de Moïse'? n'a-t-il pas sacrifié dans le temple ? votre baptême n'était-il pas une coutume juive prise chez les Orientaux? n'appelez-vous pas encore du mot juif pâques la principale de vos fêtes ? ne chantez- vous pas depuis plus de dix-sept cents ans, dans une musique diabolique, des chansons juives que vous attribuez à un roitelet

��1. II. Bois, cliap. xiii, v. 12 et 13. {Note de VoUaire.

2. Luc, chap. ii, v. 22 et 39. (Id.)

3. Matthieu, chap. v, v. 17 et 18. {hl.)

�� � §40 LE DINER DU COMTE

juif \ brigand, adultère, et homicide, homme selon le cœur de Dieu ? Ne prêtez-vous pas sur gages à Rome dans vos juiveries, que vous appelez monts de pictè? et ne vendez-vous pas impi- toyablement les gages des pauvres quand ils n'ont pas payé au terme ?

LE COMTE.

Il a raison ; il n'y a qu'une seule chose qui vous manque de la loi juive, c'est un bon jubilé, un vrai jubilé, par lequel les seigneurs rentreraient dans les terres qu'ils vous ont données comme des sots, dans le temps que vous leur persuadiez qu'Élie et l'antechrist allaient venir, que le monde allait finir, et qu'il fallait donner tout son bien à l'Église « pour le remède de son âme, et pour n'être point rangé parmi les boucs ». Ce jubilé vau- drait mieux que celui auquel vous ne nous donnez que des indul- gences plénières; j'y gagnerais, pour ma part, plus de cent mille livres de rentes.

l'abbé.

Je le veux bien, pourvu que sur ces cent mille livres vous me fassiez une grosse pension. Mais pourquoi M. Fréret nous appelle-t-il idolâtres ?

M. FRÉRET.

Pourquoi, monsieur ? demandez-le à saint Christophe, qui est la première chose que vous rencontrez dans votre cathédrale 2, et qui est en même temps le plus vilain monument de barbarie que vous ayez ; demandez-le à sainte Claire, qu'onin voque pour le mal des yeux, et à qui vous avez bâti des temples ; à saint Genou, qui guérit de la goutte ; à saint Janvier ^ dont le sang se liquéfie si solennellement à Naples quand on l'approche de sa tête ; à saint Antoine, qui asperge d'eau bénite les chevaux dans Rome*.

Oseriez-vous nier votre idolâtrie, vous qui adorez du culte de dulie dans mihe églises le lait de la Vierge, le prépuce et le nom- bril de son fils, les épines dont vous dites qu'on lui fit une cou- ronne, le bois pourri sur lequel vous prétendez que l'Être éternel est mort ? vous enfin qui adorez d'un culte de latrie un morceau de pâte que vous enfermez dans une boite, de peur des souris ?

i. David ; voyez II, Rois, chap. xi et xii.

2. Il y avait à Paris, dans l'église cathédrale, une énorme statue qu'on disait être celle de saint Christophe.

3. Voyez tome XIII, pages 96-97.

4. Voyage de Misson, tome II, page 294; c'est un fait public. {Note de Vol- taire.)

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Vos catholiques romains ont poussé leur catholique extravagance jusqu'à dire qu'ils changent ce morceau de pâte en Dieu par la vertu de quelques mots latins, et que toutes les miettes de cette pâte deviennent autant de dieux créateurs de l'univers. Un gueux qu'on aura fait prêtre, un moine sortant des hras d'une prostituée, vient pour douze sous, revêtu d'un habit de comédien, me mar- motter en une langue étrangère ce que vous appelez une messe, fendre l'air en quatre avec trois doigts, se courber, se redresser, tourner à droite et à gauche, par devant et par derrière, et faire autant de dieux qu'il lui plaît, les boire et les manger, et les rendre ensuite à son pot de chambre ! et vous n'avouerez pas que c'est la plus monstrueuse et la plus ridicule idolâtrie qui ait jamais déshonoré la nature humaine ? Ne faut-il pas être changé en bête pour imaginer qu'on change du pain blanc et du vin rouge en Dieu ? Idolâtres nouveaux, ne vous comparez pas aux anciens qui adoraient le Zeus, le Démiourgos, le maître des dieux et des hommes, et qui rendaient hommage à des dieux secon- daires ; sachez que Cérès, Pomone et Flore, valent mieux que votre Ursule et ses onze mille vierges ; et que ce n'est pas aux prêtres de Marie-Magdeleine à se moquer des prêtres de Minerve.

LA COMTESSE.

Monsieur l'abbé, vous avez dans M. Fréret un rude adversaire. Pourquoi avez-vous voulu qu'il parlât? c'est votre faute.

l'abbé.

Oh! madame, je suis aguerri ; je ne m'effraye pas pour si peu de chose ; il y a longtemps que j'ai entendu faire tous ces rai- sonnements contre notre mère sainte Église,

LA COMTESSE.

Par ma foi, vous ressemblez à certaine duchesse qu'un mé- content appelait catin; elle lui répondit: « Il y a trente ans qu'on me le dit, et je voudrais qu'on me le dît trente ans encore. »

l'abbé.

Madame, madame, un bon mot ne prouve rien.

LE COMTE.

Cela est vrai ; mais un bon mot n'empêche pas qu'on ne puisse avoir raison.

l'abbé. Et quelle raison pourrait-on opposer à l'authenticité des pro- phéties, aux miracles de Moïse, aux miracles de Jésus, aux martyrs?

le comte. Ah! je ne vous conseille pas de parler de prophéties, depuis

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que les petits garçons et les petites filles savent ce que mangea le prophète Ézéchiel à son déjeuners et qu'il ne serait pas honnête de nommer à dîner ; depuis qu'ils savent les aventures d'Oolla et d'Ooliba-, dont il est difficile de parler devant les dames; depuis qu'ils savent que le Dieu des Juifs ordonna au prophète Osée de prendre une catin^ et de faire des fils de catin. Hélas! trouverez- vous autre chose dans ces misérables que du galimatias et des obscénités?

Que vos pauvres théologiens . cessent désormais de disputer contre les Juifs sur le sens des passages de leurs prophètes, sur quelques lignes hébraïques d'un Amos, d'un Joël, d'un Habacuc, d'un Jérémiah ; sur quelques mots concernant Éliah, transporté aux régions célestes orientales dans un chariot de feu, lequel Éliah, par parenthèse, n'a jamais existé.

Qiu'ils rougissent surtout des prophéties insérées dans leurs Évangiles. Est-il possible qu'il y ait encore des hommes assez im- béciles et assez lâches pour n'être pas saisis d'indignation quand Jésus prédit dans Luc* : « H y aura des signes dans la lune et dans les étoiles^; des bruits de la mer et des flots; des hommes séchant de crainte attendront ce qui doit arriver à l'univers entier. Les vertus des cieux seront ébranlées, et alors ils verront le fils de l'homme venant dans une nuée avec grande puissance et grande majesté. En vérité je vous dis que la génération présente ne passera point que tout cela ne s'accomplisse. »

Il est impossible assurément de voir une prédiction plus mar- quée, plus circonstanciée et plus fausse. Il faudrait être fou pour oser dire qu'elle fut accomplie, et que le fils de l'homme vint dans une nuée avec une grande puissance et une grande majesté. D'où vient que Paul, dans son Épitre aux Thessaloniciens (r% ch. iv, v. 16), confirme cette prédiction ridicule par une autre encore plus impertinente? « Nous qui vivons et qui vous parlons, nous serons emportés dans les nuées pour aller au-devant du Seigneur au milieu de l'air, etc. »

Pour peu qu'on soit instruit, on sait que le dogme de la fin du monde et de l'établissement d'un monde nouveau était une chimère reçue alors chez presque tous les peuples. Vous trouvez cette opinion dans Lucrèce, au hvre IV. Vous la trouverez dans le pre-

1. Ézéchiel, chap. iv, v. 12. (A'o/e de Voltai?-e.)

2. Ibid., chap, xxiii, v. 4. (/(/.)

3. Osée, chap, i, v, 2; et chap, iit, v. 1 cl 2. {Id.)

4. Chap. XXI, V. 23, 20, 27, 32. {Id.)

5. Voyez ci-dessus, page 242,

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mier livre des Métamorphoses d'Ovide. Heraclite, longtemps aupa- ravant, avait dit que ce monde-ci serait consumé par le feu. Les stoïciens avaient adopté cette rêverie. Les demi-juifs demi-cliré- tiens, qui fabriquèrent les Am/ig-iVes, ne manquèrent pas d'adopter un dogme si reçu, et de s'en prévaloir. Mais, comme le monde subsista encore longtemps, et que Jésus ne vint point dans les nuées avec une grande puissance et une grande majesté au 1" siècle de l'Église, ils dirent que ce serait pour le 11 siècle ; ils le promirent ensuite pour le m*' ; et de siècle en siècle cette extra- vagance s'est renouvelée. Les théologiens ont fait comme un charlatan que j'ai vu au bout du Pont-Neuf sur le quai de l'École: il montrait au peuple, vers le soir, un coq et quelques bouteilles de baume : « Messieurs, disait-il, je vais couper la tête à mon coq, et je le ressusciterai le moment d'après en votre présence ; mais il faut auparavant que vous achetiez mes bouteilles. » Il se trouvait toujours des gens assez, simples pour en acheter. « Je vais donc couper la tête à mon coq, continuait le charlatan ; mais comme il est tard, et que cette opération est digne du grand jour, ce sera pour demain. »

Deux membres de l'Académie des sciences eurent la curiosité et la constance de revenir pour voir comment le charlatan se tirerait d'affaire; la farce dura huit jours de suite ; mais la farce de l'attente de la fin du monde, dans le christianisme, a duré huit siècles entiers. Après cela, monsieur, citez-nous les prophé- ties juives ou chrétiennes.

M. FRÉRET.

Je ne vous conseille pas de parler des miracles de Moïse devant des gens qui ont de la barbe au menton. Si tous ces prodiges inconcevables avaient 'été opérés, les Égyptiens en auraient parlé dans leurs histoires, La mémoire de tant de faits prodigieux qui étonnent la nature se serait conservée chez toutes les nations. Les Grecs, qui ont été instruits de toutes les fables de l'Egypte et de la Syrie, auraient fait retentir le bruit de ces actions surnatu- relles aux deux bouts du monde. Mais aucun historien, ni grec, ni syrien, ni égyptien, n'en dit un seul mot. Flavius Josèphe, si bon patriote, si entêté de son judaïsme, ce Josèphe qui a recueilli tant de témoignages en faveur de l'antiquité de sa nation, n'en a pu trouver aucun qui attestât les dix plaies d'Egypte, et le passage à pied sec au milieu de la mer, etc.

Vous savez ([uc l'auteur du Pentatcuque est encoi'e incertain : quel homme sensé pourra jamais croire, sur la foi de je ne sais quel Juif, soit Esdras, soit un autre, de si épouvantables mer-

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veilles inconnues à tout le reste de la terre ? Quand même tous vos prophètes juifs auraient cité mille fois ces événements étranges, il serait impossible de les croire ; mais il n'y a pas un seul de ces prophètes qui cite les paroles du Pentateuque sur cet amas de miracles, pas un seul qui entre dans le moindre détail de ces aventures : expliquez ce silence comme vous pourrez.

Songez qu'il faut des motifs bien graves pour opérer ainsi le renversement de la nature. Quel motif, quelle raison aurait pu avoir le Dieu des Juifs? Était-ce. de favoriser son petit peuple? de lui donner une terre fertile? Que ne lui donnait-il l'Egypte au lieu de faire des miracles, dont la plupart, dites-vous, furent égalés par les sorciers de Pharaon? Pourquoi faire égorger par l'ange exter- minateur tous les aînés d'Egypte, et faire mourir tous les ani- maux, afin que les Israélites, au nombre de six cent trente mille combattants, s'enfuissent comme de lâches voleurs? Pourquoi leur ouvrir le sein de la mer Rouge, afin qu'ils allassent mourir de faim dans un désert? Vous sentez l'énormité de ces absurdes bêtises; vous avez trop de sens pour les admettre, et pour croire sérieusement à la religion chrétienne fondée sur l'impos- ture juive. Vous sentez le ridicule de la réponse triviale qu'il ne faut pas interroger Dieu, qu'il ne faut pas sonder l'abîme de la Providence. Non, il ne faut pas demander à Dieu pourquoi il a créé des poux et des araignées, parce qu'étant sûrs que les poux et les araignées existent, nous ne pouvons savoir pourquoi ils existent; mais nous ne sommes pas si sûrs que Moïse ait changé sa verge en serpent et ait couvert l'Egypte de poux, quoique les poux fussent familiers à son peuple : nous n'interrogeons point Dieu; nous interrogeons des fous qui osent faire parler Dieu, et lui prêter l'excès de leurs extravagances.

LA COMTESSE.

Ma foi, mon cher abbé, je ne vous conseille pas non plus de parler des miracles de Jésus. Le créateur de l'univers se serait- il fait Juif pour changer l'eau en vin^ à des noces où tout le monde était déjà ivre? aurait-il été emporté par le diable"^ sur une montagne d'où l'on voit tous les royaumes de la terre? aurait- il envoyé le diable^ dans le corps de deux mille cochons, dans un pays où il n'y avait point de cochons? aurait-il séché un figuier* pour n'avoir pas porté des figues, a quand ce n'était pas le temps

1. Jean, chap. ii, v. 9. {Note de Voltaire.)

2. Matthieu, chap. iv, v. 8. (Id.)

3. Ibid., chap. viii, v. 32. (/c/.)

4. Marc, chap. xi, v. 13. (/'i.)

�� � DE BOULAINVILLIERS. 545

des figues »? Croyez-moi, ces miracles sont tout aussi ridicules que ceux de Moïse. Convenez hautement de ce que vous pensez au fond du cœur.

l'abbé. Madame, un peu de condescendance pour ma robe, s'il vous plaît; laissez-moi faire mon métier : je suis un peu battu peut- être sur les prophéties et sur les miracles ; mais pour les martyrs il est certain qu'il y en a eu ; et Pascal, le patriarche de Port- Royal des Champs, a dit : a Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger i. »

M. FRÉRET.

Ah! monsieur, que de mauvaise foi et d'ignorance dans Pascal ! On croirait, à l'entendre, qu'il a vu les interrogatoires des apôtres, et qu'il a été témoin de leur supplice. Mais où a-t-il vu qu'ils aient été suppliciés? Qui lui a dit que Simon Barjone, sur- nommé Pierre, a été crucifié à Rome, la tête en bas? Qui lui a dit que ce Barjone, un misérable pêcheur de Galilée, ait jamais été à Rome, et y ait parlé latin? Hélas! s'il eût été condamné à Rome, si les chrétiens l'avaient su, la première église qu'ils auraient bâtie depuis à l'honneur des saints aurait été Saint-Pierre de Rome, et non pas Saint-Jean de Latran;les papes n'y eussent pas manqué ; leur ambition y eût trouvé un beau prétexte. A quoi est-on réduit quand, pour prouver que ce Pierre Barjone a demeuré à Rome, on est obligé de dire qu'une lettre qu'on lui attribue, datée de Babylone^, était en effet écrite de Rome même? Sur quoi un auteur célèbre a très-bien dit que, moyennant une telle explication, une lettre datée de Pétersbourg devait avoir été écrite à Constantinople.

Vous n'ignorez pas quels sont les imposteurs qui ont parlé de ce voyage de Pierre. C'est un Abdias, qui le premier écrivit que Pierre était venu du lac de Génézareth droit à Rome chez l'empereur, pour faire assaut de miracles contre Simon le Magi- cien ; c'est lui qui fait le conte d'un parent de l'empereur, ressus- cité à moitié par Simon, et entièrement par l'autre Simon Bar- jone ; c'est lui qui met aux prises les deux Simon, dont l'un vole dans les airs et se casse les deux jambes par les prières de l'autre ; c'est lui qui fait l'histoire fameuse des deux dogues envoyés par Simon pour manger Pierre. Tout cela est répété par un Marcel »,

1 . Voyez tome XXII, page 46.

2. P" de saint Pierre, chap. v, v. 13. {Note de Voltaire.)

3. Voyez ci-après la Relation de Marcel, dans la Collection d'anciens évangiles. 26. — MÉLANGES, v. 35

�� � 54G LE DINER DU COMTE

par un Hégésippe. Voilà les fondements de la religion chrétienne. Vous n'y voyez qu'un tissu des plus plates impostures faites par la plus vile canaille, laquelle seule embrassa le christianisme pendant cent années.

C'est une suite non interrompue de faussaires. Ils forgent des lettres de Jésus-Christ, ils forgent des lettres de Pilate^ des lettres de Sénèque, des constitutions apostoliques, des vers des sibylles en acrostiches, des évangiles au nombre de plus de qua- rante, des actes de Barnabe, des liturgies de Pierre, de Jacques, de Matthieu, et de Marc, etc., etc. Vous le savez, monsieur, vous les avez lues, sans doute, ces archives infâmes du mensonge, que vous appelez fraudes pieuses ; et vous n'aurez pas l'honnêteté de convenir, au moins devant vos amis, que le trône du pape n'a été établi que sur d'abominables chimères, pour le malheur du^genre humain ?

l'abbé.

Mais comment la religion chrétienne aurait-elle pu s'élever si haut, si elle n'avait eu pour base que le fanatisme et le men- songe?

LE COMTE.

Et comment le mahométisme s'est-il élevé encore plus haut? Du moins ses mensonges ont été plus nobles, et son fanatisme plus généreux. Du moins Mahomet a écrit et combattu ^ ; et Jésus n'a su ni écrire ni se défendre. Mahomet avait le courage d'Alexandre avec l'esprit de Numa ; et votre Jésus a sué sang et eau^ dès qu'il a été condamné par ses juges. Le mahométisme n'a jamais changé, et vous autres vous avez changé vingt fois toute votre religion. Il y a plus de différence entre ce qu'elle est aujourd'hui et ce qu'elle était dans vos premiers temps, qu'entre vos usages et ceux du roi Dagobert, Misérables chrétiens ; non, vous n'adorez pas votre Jésus, vous lui insultez en substituant vos nouvelles lois aux siennes. Vous vous moquez plus de lui avec vos mystères, vos agnus, vos reliques, vos indulgences, vos béné- fices simples, et votre papauté, que vous ne vous en moquez tous les ans, le 5 janvier, par vos noëls dissolus, dans lesquels vous couvrez de ridicule la vierge Marie, l'ange qui la salue, le pigeon qui l'engrosse, le charpentier qui en est jaloux, et le poupon que

��1. Voyez ces lettres aussi dans la Collection d'anciens évangiles.

2. Le comte de Boulainvilliers, dans sa Vie de Mahomet, avait montré beau- coup de prédilection pour ce prophète guerrier et politique. (Cl.)

3. Luc, XXII, 44.

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les trois rois viennent complimenter entre un bœuf et un àne, digne compagnie d'une telle famille.

l'abbé. C'est pourtant ce ridicule que saint Augustin a trouvé divin ; il disait : « Je le crois, parce que cela est absurde ; je le crois, parce que cela est impossible. »

M. FRÉRET.

Eh ! que nous importent les rêveries d'un Africain, tantôt ma- nichéen, tantôt chrétien, tantôt débauché, tantôt dévot, tantôt tolérant, tantôt persécuteur? Que nous fait son galimatias théo- logique? Voudriez-vous que je respectasse cet insensé rhéteur, quand il dit, dans son sermon xxii, que l'ange fit un enfant à -Alarie par l'oreille, imprxgnavit per aurem?

LA COMTESSE.

En effet je vois l'absurde; mais je ne vois pas le divin. Je trouve très-simple que le christianisme se soit formé dans la po- pulace, comme les sectes des anabaptistes et des quakers se sont établies, comme les prophètes du Vivaraisetdes Cévennes se sont formés, comme la faction des convulsionnaires prend déjà des forces*. L'enthousiasme commence, la fourberie achève. Il en est de la religion comme du jeu : .

On commence par être dupe, On finit par être fripon-.

M. FRÉRET.

Il n'est que trop vrai, madame. Ce qui résulte déplus probable du chaos des histoires de Jésus, écrites contre lui par les juifs et en sa faveur par les chrétiens, c'est qu'il était un juif de bonne foi, qui voulait se faire valoir auprès du peuple, comme les fon- dateurs des récabites, des esséniens, des saducéens, des phari- siens, des judaïtes, deshérodiens, des joanistes, des thérapeutes, et de tant d'autres petites factions élevées dans la Syrie, qui était la patrie du fanatisme. Il est probable qu'il mit quelques femmes dans son parti, ainsi que tous ceux qui voulurent être chefs de secte ; qu'il lui échappa plusieurs discours indiscrets contre les magistrats, et qu'il fut puni cruellement du dernier supplice. Mais qu'il ait été condamné, ou sous le règne d'Hérode le Grand,

1. Les convulsions n'ayant eu lieu qu'après la mort du diacre Paris, arrivée en 1727 (voyez tome XVHl, page 268), c'est un anachronisme d'en faire parler devant le comte de Boulainvilliers, mort cinq ans auparavant, comme on l'a dit dans la note, page 529.

2. Réflexions diverses, dans le tome V des OEuvres de madame Deshoulières.

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comme le prétendent les talmudistes, ou sous Hérode le tétrarque, comme le disent quelques Évangiles, cela est fort indifférent. Il est avéré que ses disciples furent très-obscurs jusqu'à ce qu'ils eussent rencontré quelques platoniciens, dans Alexandrie, qui étayèrent les rêveries des galiléens par les rêveries de Platon. Les peuples d'alors étaient infatués de démons, de mauvais génies, d'obsessions, de possessions, de magie, comme le sont aujourd'hui les sau- vages. Presque toutes les maladies étaient des possessions d'esprits malins. Les Juifs, de temps immémorial, s'étaient vantés de chasser les diables avec la racine barath^ mise sous le nez des malades, et quelques paroles attribuées à Salomon, Le jeune Tobie chassait le diable avec la fumée d'un poisson sur le gril-. Voilà l'origine des miracles dont les Galiléens se vantèrent.

Les Gentils étaient assez fanatiques pour convenir que les Galiléens pouvaient faire ces beaux prodiges : car les Gentils croyaient en faire eux-mêmes. Ils croyaient à la magie comme les disciples de Jésus. Si quelques malades guérissaient par les forces de la nature, ils ne manquaient pas d'assurer qu'ils avaient été délivrés d'un mal de tête par la force des enchantements. Ils disaient aux chrétiens : Vous avez de beaux secrets, et nous aussi; vous guérissez avec des paroles, et nous aussi ; vous n'avez sur nous aucun avantage.

Mais quand les Galiléens, ayant gagné une nombreuse popu- lace, commencèrent à prêcher contre la religion de l'État ; quand, après avoir demandé la tolérance, ils osèrent être intolérants ; quand ils voulurent élever leur nouveau fanatisme sur les ruines du fanatisme ancien, alors les prêtres et les magistrats romains les eurent en horreur; alors on réprima leur audace. Que firent- ils ? ils supposèrent, comme nous l'avons vu, mille ouvrages en leur faveur ; de dupes ils devinrent fripons, ils devinrent faus- saires ; ils se défendirent par les plus indignes fraudes, ne pou- vant employer d'autres armes, jusqu'au temps où Constantin, devenu empereur avec leur argent, mit leur religion sur le trône; Alors les fripons furent sanguinaires. J'ose vous assurer que de- puis le concile de Nicée jusqu'à la sédition des Cévennes, il ne s'est pas écoulé une seule année où le christianisme n'ait versé le sang.

l'abbé.

Ah ! monsieur, c'est beaucoup dire.

��1. Voyez tome XI, page 137; et XVIII, 337.

2. Tobie, vi, 8.

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M. FRERE T.

Non ; ce n'est pas assez dire. Relisez seulement VHistoire ecclé- siastique ; voyez les donatistes et leurs adversaires s'assommant à coups de bâton ; les atlianasiens et les ariens remplissant l'empire romain de carnage pour une diplitliongue. Voyez ces barbares chrétiens se plaindre amèrement que le sage empereur Julien les empêche de s'égorger et de se détruire. Regardez cette suite épouvantable de massacres ; tant de citoyens mourant dans les supplices, tant de princes assassinés, les bûchers allumés dans vos conciles, douze millions d'innocents, habitants d'un nouvel hémisphère, tués comme des ])ètes fauves dans un parc, sous prétexte qu'ils ne voulaient pas être chrétiens; et, dans notre ancien hémisphère, les chrétiens immolés sans cesse les uns par les autres, vieillards, enfants, mères, femmes, filles, expirant en foule dans les croisades des Albigeois, dans les guerres des hussites, dans celles des luthériens, des calvinistes, des anabaptistes, à la Saint-Barthélémy, aux massacres d'Irlande, à ceux du Piémont, à ceux des Cévennes ; tandis, qu'un évêque de Rome, mollement couché sur un lit de repos, se fait baiser les pieds, et que cinquante châtrés lui font entendre leurs fredons pour le désennuyer. Dieu m'est témoin que ce portrait est fidèle, et vous n'oseriez me contredire.

l'abbé.

J'avoue qu'il y a quelque chose de vrai ; mais, comme disait l'évêque de NoyonS ce ne sont pas là des matières de table; ce sont des tables des matières. Les dîners seraient trop tristes si la conversation roulait longtemps sur les horreurs du genre humain. L'histoire de l'Église trouble la digestion.

LE COMTE.

Les faits l'ont troublée davantage.

l'abbé. Ce n'est pas la faute de la religion chrétienne, c'est celle des abus.

LE COMTE.

Cela serait bon s'il n'y avait eu que peu d'abus. Mais si les prêtres ont voulu vivre à nos dépens depuis que Paul, ou celui qui a pris son nom, a écrit : « \e suis-je pas en - droit de me faire nourrir et vêtir par vous, moi, ma femme, ou ma sœur? »

��1. François de Clermont-Tonnerre, né en 10-29, mort le !5 février 1701, membre de l'Académie française, et dont le malin d'Alembert a fait l'Apologie. (B.)

2. !■■« aux Corinthiens, chap. ix, v. 4 et 5. [Xote de VoUaire.^

�� � 530 LE DINER DU COMTE

Si l'Église a voulu toujours euvaliir, si elle a employé toujours toutes les armes possibles pour uous ôter nos biens et nos vies, depuis la prétendue aventure d'Ananie et de Saphire, qui avaient, dit-on, apporté aux pieds de Simon Barjone le prix de leurs liéritages, et qui avaient gardé quelques dragmes pour leur subsistance^; s'il est évident que l'histoire de l'Église est une suite continuelle de querelles, d'impostures, de vexations, de four- beries, de rapines et de meurtres; alors il est démontré que l'abus est dans la chose même, comrhe il est démontré qu'un loup a toujours été carnassier, et que ce n'est point par quelques abus passagers qu'il a sucé le sang de nos moutons,

l'abbé. Vous en pourriez dire autant de toutes les religions,

LE COMTE,

î*oint du tout; je vous défie de me montrer une seule guerre excitée pour le dogme dans une seule secte de l'antiquité. Je vous défie de me montrer chez les Romains un seul homme persécuté pour ses opinions, depuis Romulus jusqu'au temps où les chré- tiens vinrent tout bouleverser. Cette absurde barbarie n'était ré- servée qu'à nous. Vous sentez, en rougissant, la vérité qui vous presse, et vous n'avez rien à répondre,

l'abbé.

Aussi je ne réponds rien. Je conviens que les disputes théolo- giques sont absurdes et funestes.

M. FRÉRET.

Convenez donc aussi qu'il faut couper par la racine un arbre qui a toujours porté des poisons.

l'abbé.

C'est ce que je ne vous accorderai point, car cet arbre a aussi quelquefois porté de bons fruits. Si une république a toujours été dans les dissensions, je ne veux pas pour cela qu'on détruise la république. On peut réformer ses lois.

LE COMTE.

Il n'en est pas d'un État comme d'une religion. Venise a ré- formé ses lois, et a été florissante; mais quand on a voulu réfor- mer le catholicisme, l'Europe a nagé dans le sang; et en dernier lieu, quand le célèbre Locke, voulant ménager à la fois les im- postures de cette religion et les droits de l'humanité, a écrit son livre du Christianisme raisonnable^-, il n'a pas eu quatre disciples :

t. Actes des apôtres, chap. v. (Note de Voltaire.) 2. Voyez, ci-dessus, la note 2 de la page 483.

�� � DE BOULAINVILLIERS. 531

preuve assez forte que le christianisme et la raison ne peuvent subsister ensemble. Il ne reste qu'un seul remède dans l'état où sont les choses, encore n'est-il qu'un palliatif : c'est de rendre la religion absolument dépendante du souverain et des magistrats.

M. FRÉRET.

Oui, pourvu que le souverain et les magistrats soient éclairés, pourvu qu'ils sachent tolérer également toute religion, regarder tous les hommes comme leurs frères, n'avoir aucun égard à ce qu'ils pensent, et en avoir beaucoup à ce qu'ils font; les laisser libres dans leur commerce avec Dieu, et ne les enchaîner qu'aux lois dans tout ce qu'ils doivent aux hommes. Car il faudrait traiter comme des bêtes féroces des magistrats qui soutiendraient leur religion par des bourreaux.

l'abbé.

Et si toutes les religions étant autorisées, elles se battent toutes les unes contre les autres? Si le catholique, le protestant, le grec, le turc, le juif, se prennent parles oreilles en sortant de la messe, du prêche, de la mosquée, et de la synagogue?

M. FRÉRET.

Alors il faut qu'un régiment de dragons les dissipe.

LE COMTE.

J'aimerais mieux encore leur donner des leçons de modéra- tion que de leur envoyer des régiments; je voudrais commencer par instruire les hommes avant de les punir.

l'abbé.

Instruire les hommes! que dites-vous, monsieur le comte? Les en croyez-vous dignes?

le comte.

J'entends; vous pensez toujours qu'il ne faut que les tromper : vous n'êtes qu'à moitié guéri : votre ancien mal vous reprend toujours.

LA COMTESSE.

A propos, j'ai oublié de vous demander votre avis sur une chose que je lus hier dans l'histoire de ces bons mahométans, qui m'a beaucoup frappée. Assan, fils d'Ali, étant au bain, un de ses esclaves lui jeta par mégarde une chaudière d'eau bouillante sur le corps. Les domestiques d'Assan voulurent empaler le cou- pable. Assan, au lieu de le faire empaler, lui fit donner vingt pièces d'or. « Il y a, dit-il, un degré de gloire dans le paradis pour ceux qui payent les services, un plus grand pour ceux qui pardonnent le mal, et un plus grand encore pour ceux qui récompensent le mal involontaire. » Comment trouvez-vous cette action et ce discours?

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le comte.

Je reconnais là mes bons musulmans du premier siècle.

l’abbé.
Et moi, mes bons chrétiens.
m. fréret.

Et moi, je suis fâché qu’Assan l’échaudé, fils d’Ali, ait donné vingt pièces d’or pour avoir de la gloire en paradis. Je n’aime point les belles actions intéressées. J’aurais voulu qu’Assan eût été assez vertueux et assez humain pour consoler le désespoir de l’esclave, sans songer à être placé dans le paradis au troisième degré.

la comtesse.

Allons prendre du café. J’imagine que, si à tous les dîners de Paris, de Vienne, de Madrid, de Lisbonne, de Rome, et de Moscou, on avait des conversations aussi instructives, le monde n’en irait que mieux.