Le diabolisme en France/XIII

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Traduction par Wikisource.
George Redway (p. 255-289).

CHAPITRE XIII

DIANA DÉVOILÉE


La découverte de Léo Taxil et de M. Ricoux a un dernier témoin en la personne de Mlle Diana Vaughan. Comme nous l’avons vu, elle est également rédactrice de mémoires et, en rendant compte de son récit, j’ai déjà indiqué en substance certaines critiques pertinentes. Nous devons évidemment en savoir plus sur cette dame et avoir l’occasion de vérifier les détails de sa vie antérieure avant de pouvoir accepter son affirmation selon laquelle elle a écrit après sa « conversion » et parle pour la première fois le langage d’un chrétienne et d’une catholique. L’élément surnaturel de ses mémoires ne mérite pas d’être discuté. Si elle méritait notre confiance, nous pourrions exonérer son honnêteté personnelle en supposant qu’elle fut trompée concernant l’apparition et hallucinée pendant la vision qui a suivi, mais je propose de soumettre à mes lecteurs suffisamment de preuves pour justifier qu’elle ne mérite pas qu’on lui accorde crédit, et, bien que par respect pour son sexe il soit souhaitable, dans la mesure du possible, de parler avec modération, je dois déclarer très fermement que les mobiles qui transparaissent dans ses mémoires ne sont guère préférables à bien des égards à ceux du témoin précédent.

Il conviendra toutefois de distinguer la partie du récit dont Mlle Vaughan est personnellement responsable de celle qu’elle dit avoir extraite de son histoire familiale. Je dois faire la distinction entre elles, non pas que je sois disposé à admettre comme une conséquence légitime de sa déclaration qu’il existe une différence réelle ou que je considère incontestablement que Mlle Vaughan donne des gages d’être en possession des documents qu’elle prétend avoir. Je ne fais que reconnaître la démarcation qu’elle peut être tenue de faire elle-même. Si à cet égard, il peut être démontré que j’ai fait erreur dans la situation actuelle, je m’excuserai comme il sied à un homme de lettres, dont l’indignation raisonnable au milieu de beaucoup d’impostures l’aura induit en erreur. Mais il n’y a qu’un chemin possible ouvert à Mlle Vaughan en la matière, c’est de produire les documents originaux sur lesquels elle a basé son récit, pour éclairer l’avis des enquêteurs anglais compétents, auquel cas, on pourra estimer que Mlle Vaughan a établi, non la véracité de son histoire familiale, qui est difficile à retracer, mais au moins sa bonne foi en rapport avec cette histoire. Après cela, la partie pour laquelle elle est personnellement responsable, et à la laquelle on ne peut pas échapper, sera toujours suspecte de mensonge.

En plus de son histoire personnelle, les mémoires de Mlle Vaughan contiennent : premièrement, une biographie mensongère du mystique anglais Thomas Vaughan et secondement, une histoire secrète de la fraternité rosicrucienne anglaise et de ses liens avec la franc-maçonnerie, qui est aussi une fraude impudente. Les deux constituent l’une des plus curieuses falsifications littéraires de toute la littérature hermétique ; et on sait bien que la littérature hermétique s’est enrichie de nombreux succès d’invention. Je traiterai de ces récits en supposant provisoirement que Mlle Vaughan a elle-même été trompée à leur égard. Ils sont basés sur des papiers de famille qui seraient en possession du Directoire Dogmatique de Charleston. Les faits essentiels que l’on cherche à établir au moyen de ces documents ont déjà été mentionnés dans mon huitième chapitre, à savoir que Mlle Vaughan est l’une des deux derniers descendants de l’alchimiste Thomas Vaughan ; qu’en 1645, ce personnage fit un pacte avec Satan, puis, sous le nom de Eirenæus Philalèthe, il aurait écrit l’ouvrage alchimique bien connu intitulé Introitus apertus ad occlusum regis palatium (« Une entrée ouverte au palais fermé du roi ») et qu’il aurait consommé un mariage mystique avec Vénus-Astarté, dont la Maîtresse-Templière palladiste est le dernier développement. Pour les besoins de ce récit, la naissance de Thomas Vaughan est placée en 1612 et sa mort, ou plutôt sa translation, en 1678. À l’âge de vingt-quatre ans, c’est-à-dire, en 1636, il se rendit à Londres, et il se mit en relation avec le mystique Robert Fludd, par qui il fut initié à un grade inférieur de la fraternité rosicrucienne, et reçut une lettre d’introduction qu’il emporte à Stuttgart pour la présenter au Grand Maître, Johann Valentin Andreæ. En 1637, après être retourné à Londres, il était présent à la mort de Robert Fludd, qui eut lieu cette année-là. En 1638, il fit son premier voyage en Amérique, où il fut reçu avec hospitalité par un ministre protestant, nommé John Cotton, mais sa visite n’a pas été caractérisée par un événement remarquable. À cette époque, l’alchimiste est représenté par sa descendante comme un puritain imprégné de la doctrine secrète de Robert Fludd. En 1639, Vaughan retourna en Angleterre, mais fut immédiatement attiré au Danemark par la découverte d’une corne dorée ornée de figures mystérieuses, dont lui et ses collègues en alchimie supposaient qu’elle symbolisait la recherche de la pierre philosophale. À l’âge de vingt-huit ans, Vaughan fit de nouveaux progrès dans la fraternité rosicrucienne, étant promu au grade d’Adeptus minor par Amos Komenski, la même année où Elias Ashmole entra aussi dans l’ordre. Accompagné de Komenski, Vaughan se rendit à Hambourg, de là il poursuivit seul en Suède, puis à la Haye, où il initia Martin de Vriès. Un an plus tard, il visita l’Italie, et fit connaissance avec Bérigard de Pise. Ce fut un pèlerinage pieux qui témoigna son dévouement à Fausto Socin, car Mlle Vaughan, sur l’autorité de ses documents, considère l’hérétique italien, non seulement comme un sataniste conscient, mais comme le fondateur de la société des Rose-Croix, et l’initiateur de Johann Valentin Andreæ, qu’il a aussi gagné à Lucifer. À son retour, Thomas Vaughan passa un court laps de temps en France, où il conçut le projet d’organiser la franc-maçonnerie telle qu’elle existe à l’heure actuelle, et il lui apparut que les guildes du compagnonnage pourraient en être la matière première. Quand, cependant, il retourna en Angleterre, il conclut que les maçons honoraires ou acceptés, reçus par les guildes maçonniques d’Angleterre, étaient mieux adaptées à son but. Certains d’entre eux étaient déjà rosicruciens, il se mit au travail parmi eux. En 1644, il présida une assemblée rosicrucienne à laquelle Ashmole était présent. À ce moment-là Oliver Cromwell aurait été aussi un maçon accepté, et c’est par son intervention qu’un an plus tard Thomas Vaughan prit la place du bourreau lors de l’exécution de l’archevêque Laud, dans le but déjà décrit. C’est après son pacte avec Lucifer que l’alchimiste écrivit l’Introitus apertus. Son activité dans la cause rosicrucienne est alors devenue prodigieuse, et les disciples de Socin, apparemment tous impliqués dans le satanisme de leur maître, commencèrent à grossir les rangs des maçons acceptés. À ce moment-là aussi, il commença sa collaboration avec Ashmole pour la composition des grades d’Apprenti, de Compagnon, et de Maître, c’est-à-dire, pour l’institution de la franc-maçonnerie symbolique. En 1646, il visita de nouveau l’Amérique, et consomma son mariage mystique, comme cela est raconté dans le huitième chapitre. En 1648, il retourna en Angleterre, et un an plus tard, composa le grade de Maître, celui de Compagnon ayant été produit en son absence par Elias Ashmole, suivant les indications qu’il avait données. En 1650, il commença à faire paraître ses écrits rosicruciens et alchimiques, à savoir Anthroposophia Theomagica et Anima Magica Abscondita, suivis de Lumen de Lumine et Aula Lucis en 1651. Le Grand Maître des rosicruciens Andreæ mourut en 1654, et fut remplacé par Thomas Vaughan, qui publia ensuite Euphrates, or the Waters of the East. En 1656, il aurait publié les œuvres complètes de Socin, une collection de deux volumes folio, intitulée Bibliotheca Fratrum Polonorum. Trois ans plus tard apparut Fraternity of R. C. et en 1664 le Medulla Alchymiæ. En 1667, il décida de publier l’Introïtus apertus, manuscrit qui lui fut renvoyé par l’éditeur Langius après l’impression, et ensuite annoté de la manière que j’ai déjà mentionnée. Au début de la même année, Vaughan convertit Helvetius, le célèbre médecin de la Haye, qui à son tour devint Grand Maître de la fraternité rosicrucienne. En 1668, il publia ses Experiments with Sophic Mercury et Tractatus tres, alors que dix ans plus tard, soit en 1678, l’année de sa translation infernale, il produisit son édition de Ripley revised et l’Enarratio Trium Gebri.

Du début à la fin, en général et en particulier, le récit que j’ai résumé ci-dessus est une imposture grossière et volontaire, aucun épithète ne serait trop sévère pour n’être pas mérité par la personne qui l’a concocté, parce qu’il fait outrage aux morts, et en particulier au plus grand des mystiques spirituels anglais, Thomas Vaughan, et au plus grand des mystiques physiques anglais, Eirenæus Philalethes. En effet, cette histoire mensongère confond deux personnes entièrement distinctes : Eugenius et Eirenæus Philalethes. Il est vrai que cette confusion a été faite fréquemment, et il est vrai aussi qu’au début de mes recherches sur l’histoire de la littérature hermétique, j’en ai été victime, ce pourquoi j’ai été fortement réprimandé par des gens plus savants que moi. Mais un jeune enquêteur sans assistance, imparfaitement équipé, a une excuse qui l’exonérera au moins d’une intention malveillante. Il en est autrement d’une soi-disant histoire familiale. Lorsque des documents de ce genre reproduisent des énormités que seule l’ignorance peut excuser, et sur un sujet sur lequel deux avis ne sont plus possibles, il est certain que ces documents ne sont pas ce qu’ils prétendent ; en d’autres termes, ils ont été fabriqués, et la fabrication de documents historiques est essentiellement une œuvre de malveillance. En outre, lorsque de tels faux accusent de crimes inconnus des personnes depuis longtemps décédées, ils sont l’œuvre d’une malice diabolique, et c’est un jugement formulé avec modération sur la présente affaire. Thomas Vaughan, alias Eugenius Philalethes, est né en l’an 1621 à Newton, dans le Brecknockshire. La référence admise et parfaitement correcte sur ce fait est l’Athenæ Oxonienses d’Anthony Wood, mais il n’est pas la seule autorité, et s’il n’est pas assez valable pour Mlle Vaughan, elle peut prendre à sa place les recherches exhaustives du révérend Alexander Balloch Grosart, dont l’édition des œuvres du « Siluriste » Henry Vaughan n’a probablement pas été lue par cette femme imprudente, qui n’en a sans doute pas entendu parler, de même qu’elle ignore la plupart des éléments essentiels des sujets qu’elle prétend traiter. L’autorité d’un savant sérieux comme le Dr Grosart sera probablement de plus grand poids que le récit grossier d’une écrivaine de mémoires de palladiste, qui n’a pas publié ses documents. À partir de cette date, il s’ensuit qu’en 1636 Thomas Vaughan était encore un écolier, et n’avait pas l’âge de commencer une carrière universitaire. Il ne pouvait pas, comme il est affirmé, avoir visité Fludd, l’illustre mystique du Kent, à Londres, et il n’aurait pas été mature pour l’initiation, en supposant que Fludd aurait pu la dispenser. De la même manière, Andreæ, en supposant qu’il était Grand Maître des rosicruciens, n’aurait pas accueilli un jeune de quinze ans, en supposant qu’à l’époque, celui-ci était susceptible de voyager de Londres à Stuttgart, mais Andreæ lui aurait recommandé de retourner à ses manuels scolaires. Le premier voyage en Amérique et tous les incidents antérieurs du récit sont faux pour la même raison. Au lieu d’errer à travers le Danemark, à la Haye, en Suède, initiant et se faisant initier, il bûchait sur ses cours à Oxford ; à la place des pèlerinages pieux au sanctuaire de Socin, il se préparait à entrer dans les ordres au sein de l’Église anglaise, et le récit qui est faux concernant sa jeunesse est tout aussi faux sur le reste de sa vie. Après avoir reçu l’ordination, il retourna dans son village natal et prit le soin des âmes. Il n’a jamais été un puritain ; il n’a jamais été un ami de Cromwell ; il était un haut ecclésiastique et un royaliste, et il pâtit des accusations de ses ennemis politiques, prétendant qu’il portait les armes pour le roi. Il n’a jamais voyagé ; au contraire, il s’est marié, on ne sait pas vraiment à quelle date, mais sa tendre dévotion à sa femme est attestée au dos d’un de ses manuscrits alchimiques, conservé au British Museum, qui dément en outre, à chaque ligne et dans chaque mot, l’imposture luciférienne des documents américano-parisiens, par son aspiration religieuse passionnée et son amour ardent pour le Christ.

Quand Vaughan vint à Londres, il était un homme mal à l’aise avec l’anglais, en dépit de sa carrière à Oxford, parce que sa langue maternelle était le gallois, et quand il se met à écrire des livres, il s’excuse pour son style maladroit. Il souligne aussi sa jeunesse, ce qui se comprendrait à l’âge de vingt-huit ans, mais serait absurde pour un écrivain approchant la quarantaine. Ce point peut être vérifié par quiconque se réfère à mon édition de l’Anthroposophia Theomagica de Vaughan. Les œuvres de Thomas Vaughan, à part Anthroposophia Theomagica, sont Anima Magica Abscondita, publié en 1650 ; Magia Adamica, de 1650 aussi, est apparemment oublié par les « documents authentiques » de Mlle Vaughan, comme le sont également The Man-Mouse et The Second Wash, or the Moore scoured once More, un satire sur Henry More, écrite en réponse à ce platonicien, qui avait attaqué les ouvrages précédents. Ces dernières sont de l’année 1651, tout comme Lumen de Lumine et The Fame and Confession of the Fraternity R.C. parus en 1652, et non pas en 1659, comme l’« histoire familiale » l’affirme ; Aula Lucis, en 1652 (et non 1651) ; et Euphrates, en 1655. Ce qui est évident partout dans ces petits livres inestimables est la dévotion d’un vrai mystique à Jésus-Christ, et leur donner l’interprétation sordide d’un culte de Lucifer inventé en France, est aussi impossible qu’attribuer une intention chrétienne aux calomnies des documents de Mlle Vaughan.

En 1665, dans la maison du pasteur d’Albury, une expérience chimique avec du mercure coûta sa vie à l’alchimiste gallois, et il fut enterré dans le cimetière de ce village de l’Oxfordshire.

Il est donc clair que les merveilleuses archives en possession de Mlle Vaughan donnent une histoire factice d’Eugenius Philalethes, mais elles ne rendent pas justice à Eirenæus. Il est faux que ce mystérieux adepte, dont l’identité n’a jamais été divulguée, soit né en 1612 ; il est né dix ans plus tard.

La source des deux dates est l’Introitus apertus ad Occlusum Regis Palatium ; mais celle que Mlle Vaughan soutient est basée sur une lecture corrompue d’une mauvaise version, et elle n’a évidemment jamais vu l’édition originale de Langius, qui est la meilleure des éditions en latin, bien qu’elle ait la présomption de la citer. Cette édition établit qu’il a écrit le traité en 1645, il est alors dans sa vingt-troisième année, d’où il s’ensuit que la date de sa naissance était très probablement 1622 ; et l’histoire qui lui est attribuée par Mlle Vaughan ne lui correspond pas ; elle met les vêtements d’un homme sur un garçon. En outre, il n’y a pas un élément dans ses déclarations concernant l’Introitus apertus qui n’est pas faux, directement et de manière prouvée. Il n’a pas été imprimé, comme elle l’indique, sous la supervision de l’auteur ; il n’a pas été imprimé à partir du manuscrit original, et ce manuscrit n’a pas été renvoyé à Philalethes après son passage par l’imprimerie. Il est honteux pour toute personne, homme ou femme, même si elle fait peu de cas de sa réputation, de violer si ouvertement les règles de l’honneur littéraire au point d’émettre des affirmations dogmatiques concernant une œuvre qu’elle n’a jamais vue. La préface ajoutée à cette édition par Langius réfute complètement les dires de Mlle Vaughan. Voici un passage pertinent : « Quant à savoir vraiment qui ou quel genre de personne a écrit cet ouvrage plaisant et appréciable, je n’en sais pas plus que le dernier des ignorants, et de peur de lui être déplaisant, je ne juge pas utile d’enquêter à son sujet car lui-même dissimulerait son nom. » Un peu plus loin : « Cueillir les roses des buissons les plus épineux de la littérature, et faire l’élixir des philosophes par ses propres moyens, sans aucun tuteur, et à vingt-trois ans d’âge, cela n’a peut-être été donné à personne, ou seulement à quelques-uns jusqu’à présent. » Langius, en outre, déplore explicitement le fait qu’il n’a pas pu imprimer à partir d’un manuscrit original. Il a travaillé sur la base d’une traduction latine, l’œuvre d’une main inconnue, qui était venue en sa possession, comme il nous le dit, d’un homme érudit dans ce domaine. Le prétendu manuscrit autographe de Mlle Vaughan, avec ses notes marginales méprisables, est évidemment une copie latine, quelle que soit son histoire. L’original était en anglais, et quand Langius regrettait sa perte, « une transcription, probablement écrite à partir de la copie de l’auteur, ou très peu corrompue, » était en possession du libraire William Cooper, de Little Saint Bartholomews, près de Little Britain, dans la City de Londres, qui l’a publié en 1669, pour corriger les imperfections de l’édition d’Amsterdam. Cette transcription établit également que l’Introitus apertus a été écrit lorsque l’auteur était dans sa vingt-troisième année.

En fait, Philalethes ne semble pas avoir supervisé la publication d’aucun de ses écrits, et ici Mlle Vaughan expose à nouveau son ignorance impardonnable concernant les œuvres dont elle traite. Pour prouver que son ancêtre présumé était vivant après la date communément admise de la mort de Thomas Vaughan, elle observe triomphalement qu’en 1668 il publia ses Experiments with Sophic Mercury et Tractatus tres. Mais ce dernier volume était une édition pirate, car dans sa préface à Ripley revived, l’auteur se plaint expressément que deux de ses trois traités lui avaient échappé, et il craignait qu’il ne soient imprimés, parce qu’ils étaient des œuvres imparfaites d’une période où il n’avait pas les connaissances solides qui ont permis d’écrire l’Introitus apertus; encore une fois, il fut si peu consulté sur la publication de Sophic Mercury que l’imprimeur en fait l’œuvre d’un philosophe américain, il a donc été faussement attribué à George Starkey.

Eirenæus Philalethes était sans aucun doute un grand voyageur et il a visité l’Amérique, mais rien ne permet de supposer qu’il soit jamais allé en Italie et c’est une fiction idiote d’affirmer que lui-même ou Thomas Vaughan ait édité les œuvres de Socin, et pour cela, même Mlle Vaughan ne peut trouver meilleure garantie que le lieu de publication évasif qui figure sur la page de titre de Bibliotheca Fratrum Polonorum, à savoir Eirenæopolis. De la même manière, elle lui attribue à tort la paternité de Medulla Alchemiæ, qui est l’œuvre d’Eirenæus Philoponos Philalethes, c’est à dire George Starkey.

Ces faits établissent pleinement la nature frauduleuse de l’histoire familiale de Mlle Vaughan — quelle que soit la personne qui l’a conçue — et sachant que, là où il est possible de la vérifier, elle tombe en morceaux de tous côtés, nous n’avons aucune hésitation à rejeter les informations qu’elle fournit, dans les cas où il est impossible d’enquêter. Le lien de Fausto Socin avec la fraternité rosicrucienne, dont il serait le fondateur, en est un exemple ; il ne s’agit là que d’une reprise de l’imposture de l’abbé Lefranc dans son Voile levé pour les curieux et elle ne repose, comme l’original, sur aucun élément de preuve tangible. On peut citer d’autres exemples comme le titre d’empereur rosicrucien d’Andreæ et l’initiation de Robert Fludd. Encore une fois, la relation entre Philalethes et John Frederick Helvetius n’est fondée que sur des spéculations, et le rôle d’Ashmole dans l’institution de la maçonnerie symbolique n’a jamais été autre chose qu’une hypothèse, qui n’est pas très valable d’ailleurs. Je regrette d’ajouter que, sur la foi de faux documents, Mlle Vaughan a donné du crédit à une rumeur selon laquelle le fondateur de l’Ashmolean Museum aurait empoisonné sa première femme. Elle mérite la réprobation la plus sévère pour ne pas avoir vérifié ses sources avant de rendre publique cette calomnie. En outre, dans la partie de ses écrits qui concerne ses antécédents familiaux, elle s'abaisse à fausser le sens des textes imprimés. Les adorateurs de Lucifer sont représentés comme appelant invariablement leur divinité le « Dieu-Bon » ou « notre Dieu » pour le distinguer du dieu des adonaïtes, ainsi elle remplace faussement les références faites par Philalethes à la divinité dans l’Introitus apertus par ces équivalents lucifériens, créant ainsi dans l’esprit de l’ignorant une impression qu’il ne parle pas du vrai dieu. Après cela, mes lecteurs ne seront guère surpris qu’une prétendue traduction d’un manuscrit de Gillermet de Beauregard, qui, selon elle, doit être conservé dans les archives du Conseil Patriarcal Souverain de Hambourg, est tout simplement plagié du texte Instruction sur la vérité sur l’histoire des frères de la Roze-Croix, de Gabriel Naudé, qui a ridiculisé et insulté cet ordre. Je conclus que, compte tenu des faits déjà exposés, il ne vaut pas la peine d’enquêter sur la valeur de l’épisode relatif à l’assassinat judiciaire de l’archevêque Laud et de faire valoir de manière détaillée qu’Oliver Cromwell aurait été la dernière personne en Anglettre impliquée dans une telle affaire, il était, à la période en question, très occupé à faire échec à son roi, qui était à Oxford dans ses quartiers d’hiver, et il n’avait ni le pouvoir ni l’occasion de se mêler des détails d’une exécution. En un mot, l’incident a autant de valeur que l’histoire abominable du pacte conclu ultérieurement avec Lucifer ou la duperie du mariage mystique.

L’enquête critique sur les prétendus documents de Mlle Vaughan ayant abouti à ces résultats, il reste à voir dans quelle mesure les autres parties de son récit vont résister à l’analyse. Tant qu’elle limitait la partie la plus raisonnable de ses mémoires à des expériences personnelles dans la science de la conversion et au récit de ses ravissements eucharistiques, les amateurs de la lecture ardente de ce genre de sensations étaient les seuls à pouvoir se plaindre d’elle, si elle ne satisfaisait pas à leurs exigences. Aussi longtemps qu’elle fixait la scène de son histoire dans un endroit relativement éloigné, et parmi des hommes aujourd’hui décédés, elle était partiellement protégée de la réfutation, mais lorsqu’elle situe ses révélations en Angleterre, elle marche sur un terrain dangereux et tombe dans la fosse. Elle a eu la témérité de se mêler de l’histoire moderne des sociétés rosicruciennes et s’est engagée à informer ses lecteurs de la manière dont elle a mis la main sur les rituels de l’ordre rosicrucien ravivé, et son récit est particulièrement faux. Elle connaît sans aucun doute les grades de l’ordre, mais elle aurait pu les obtenir de plus d’une source publiée, comme par exemple, la Cyclopædia of Freemasonry de Kenneth McKenzie ou mon propre ouvrage Real History of the Rosicrucians. Mais même si elle possède les rituels, elle ne les a pas suivis de la manière qu’elle décrit. Son récit est le suivant : « La Fraternité de la Rose-Croix comporte 9 degrés d’initiation : 1er, Zelator ; 2e, Theoricus ; 3e, Practicus (Mlle Vaughan écrit Praticus, ce qui serait l’erreur d’un Française qui ne lit pas le latin et non l’erreur d’un Anglaise ou d’une Américaine, ce qu’elle prétend être[1]) ; 4e, Philosophus ; 5e, Adeptus Minor, selon les cahiers de Valentin Andreæ, ou Adeptus Junior, selon les cahiers de Nick Stone (ce sont ces cahiers de Nick Stone qui censément furent brûlés en 1720 par le grand-maître Théophile Désaguliers, mais qui ne l’ont été aucunement ; transmis, à des Frères de confiance, Anglais, après la mort de Désaguliers, ils ont passé de mains sûres en mains sûres, jusqu’à la reconstitution de la Rose-Croix ; car l’association reconstituée existe actuellement en Angleterre, en Écosse, aux États-Unis et au Canada, et les cahiers des grades, rédaction de Nick Stone, sont aujourd’hui en dépôt chez le docteur W. W. W., demeurant Camden (sic) Road, à Londres, Suprême Mage de la Rose-Croix pour l’Angleterre, CHEZ QUI JE LES AI RECOPIÉS) ; 6e, Adeptus Major ; 7e, Adeptus Exemptus ; 8e, Magister Templi ; 9e, Magus. "

Les méthodes littéraires de Mlle Vaughan ne sont pas vraiment captivantes et l’énorme parenthèse est la sienne, mais les majuscules à la fin sont de moi. Le médecin anglais mentionné est bien connu des transcendantalistes et il est en réalité un maçon de haut grade ; il fait aussi partie de mes connaissances. Malgré des efforts de mémoire, il ne souvient pas d’avoir jamais rencontré une dénommée Diana Vaughan. Plus particulièrement, aucune personne de ce nom n’est venue chez lui, et encore moins pour copier des rituels qu’il pourrait avoir en sa possession. Il n’y a donc qu’un terme permettant de qualifier Mlle Vaughan dans son récit, et si je me retiens de l’utiliser, c’est plus par grâce littéraire que par des considérations de galanterie, car lorsque des personnes du sexe féminin choisissent de se rendre odieuses par une imposture grossière, elles ne peuvent pas espérer échapper aux conséquences légitimes de la critique, pas plus que d’autres femmes délinquantes n’échapperont à la justice en plaidant leur sexe.

Le sujet de la franc-maçonnerie luciférienne a été abordé dans les colonnes de Light bien avant la parution de ce volume, et un certain nombre de transcendentalistes, dont l’un très éminent — M. Charles Carleton Massey — quelques francs-maçons de haut grade et moi-même, avons dénoncé les prétentions de la conjuration française. Dans la plupart des cas, et par plus d’une personne, des exemplaires de plusieurs numéros ont été envoyés à Mlle Vaughan par l’intermédiaire de son éditeur. Si elle n’est pas, comme je l’ai dit dans ce journal, la Mrs Harris de la franc-maçonnerie, il ne fait aucun doute qu’elles lui sont parvenues, tout comme les cadeaux amicaux qu’elle évoque dans des recoins étranges de ses mémoires. C’est probablement en raison des révélations faites dans Light en lien avec d’autres qui auraient été faites récemment au Canada que, dans le huitième numéro de ses mémoires, elle menace de s’attaquer avec quelque désespoir à ses critiques. J’ai ouï dire que le boomerang australien est une arme qui revient à son lanceur, de même, le sentiment de vengeance qui a poussé Mlle Vaughan à une nouvelle rafale de révélations est revenu la frapper de manière accablante. « Je suis motivée et je le ferai », telle est sa position. « Je vais révéler les palladistes anglais tels qu’ils sont réellement et personnellement. » Et elle le fait à ses risques et périls comme suit :

« Le chef actuel des Lucifériens anglais est M. le docteur William-Wynn Wescott, demeurant à Londres, Cambden-Road, n° 396. Précédemment, je ne l’avais désigné que par ses initiales. C’est lui, le détenteur des diaboliques cahiers de Nick Stone ; c’est lui le Suprême Mage de la Rose-Croix Socinienne pour l’Angleterre. » Elle donne ensuite les noms des Senior Sub-Magi et des Junior Sub-Magi, des membres du grand conseil, des chefs de ce qu’elle appelle le Tiers-Ordre Luciférien et des Maîtres du Temple, autrement du Collège Métropolitain. Des détails similaires suivent concernant le Collège d’York, le Collège de Newcastle-on-Tyne et celui d’Édimbourg.

Or, le Dr Wynn Westcott est un maçon de haut grade, comme je l’ai dit, et occupe une position professionnelle d’influence et d’importance ; il est clair qu’une tentative gratuite de lui imputer des accusations d’un caractère odieux est une action extrêmement perverse et place la personne qui le fait en dehors de toute considération. Lorsque Mlle Vaughan déclare que le Dr Westcott est un palladiste, un diaboliste, un adorateur de Lucifer, ou tout autre qualificatif qu’elle choisisse, je lui réponds qu’elle est coupable de diffamation flagrante, qui est à la fois un mensonge abominable et cruel. Quand elle dit qu’elle a été reçue chez lui, je réponds qu’elle n’y a pas été reçue et que le Dr Westcott exigera probablement de ses visiteuses de meilleures références que celles fournies par les infâmes inventions des Mémoires d’une ex-palladiste. Lorsque Mlle Vaughan affirme qu’elle a transcrit les rituels du Dr Westcott chez le Dr Westcott, je réponds que ce serait une fausse affirmation si la dame qui l’avait faite était une amie intime, et cela est d’autant plus faux quand c’est l’affirmation d’une parfaite étrangère. Lorsque Mlle Vaughan déclare que le Dr Westcott est à la tête d’une société qui vénère Lucifer, je réponds qu’elle parle faussement d’une organisation qu’elle ne connaît absolument pas et quand une personne ignorante attribue ainsi le mal, elle ne le fait pas seulement par bêtise mais aussi avec une extrême malveillance. Mlle Vaughan est désormais tout à fait indigne de l’honneur littéraire qui permet de parler dignement d’elle. Enfin, Mlle Vaughan allègue que les nominations officielles faites par le Dr Westcott en tant que Suprême Mage de la société en question pour l’année 1896 ont été soumises à Adriano Lemmi et approuvées par lui. Cette allégation est totalement fausse. En général ou en particulier, le Dr Westcott n’est responsable ni envers Lemmi, ni envers aucun franc-maçon italien ; de plus, aucune communication personnelle ou écrite n’a jamais eu lieu entre eux, et à part comme ancien Grand Maître, le Dr Westcott n’a jamais entendu parler de la personne à laquelle il est censé obéir. Nous verrons que cette déclaration absurde est sans fondement et qu’il n’y a aucune raison d’attribuer la moindre crédibilité à ce qui a été avancé concernant la position suprême d’Adriano Lemmi, qui lui-même la dément. Lemmi, quel que soit son passé, a autant le droit à notre confiance que les accusateurs qui trahissent leur véritable caractère de cette manière peu enviable.

La société qui a ainsi été attaquée en la personne de son Suprême Mage est d’une nature singulièrement ordinaire, son histoire est très simple et elle ne revendique aucune importance maçonnique ou mystique. Elle ne possède ni ne prétend avoir aucun lien avec la fraternité rosicrucienne originelle. Elle ne prétend pas que les rituels qu’elle utilise sont anciens. Elle a été fondé par Robert Wentworth Little, décédé en 1878, et existe depuis un peu moins de quarante ans. Son seul lien avec la franc-maçonnerie est qu’elle n’initie que des maçons. Elle ne bénéficie ni n’attend de reconnaissance de la part de la Grande Loge d’Angleterre. Son objectif est littéraire et historique et elle a vu le jour principalement pour étudier l’histoire de la franc-maçonnerie et d’autres sociétés secrètes. Ses membres sont tenus de croire aux principes fondamentaux de la doctrine chrétienne. Le Metropolitan College a seulement quatre réunions et un banquet par an ; le nombre de frères inscrits au tableau des adhérents est de cinquante-quatre. Il attire des francs-maçons intéressés par l’histoire de leur pratique et n’a aucune autre sphère d’influence. Il publie occasionnellement des comptes rendus dont les dimensions sont conditionnées par un budget très modeste. Je mentionne ces détails simplement pour contrebalancer les exagérations. Certains collèges provinciaux ont un effectif plus important, mais ils ont exactement le même caractère. Ce n’est pas une société d’occultistes, bien que, comme d’innombrables autres associations, elle compte des occultistes parmi ses frères. Enfin, aucun culte religieux d’aucune sorte n’est pratiqué lors de ses réunions et aucune femme n’a jamais passé son seuil.

La Societas Rosicruciana in Anglia n’est rosicrucienne que par son nom, tout comme elle n’est maçonnique que par son nom et ses membres ne sont pas les « ex-frères d’Angleterre » de Mlle Vaughan.

À tous les égards, il est certainement nécessaire que quelque chose d’efficace soit mis en œuvre pour lutter contre une langue calomnieuse et diffamatoire qui a l’audace de mettre les sentiments les plus sacrés de la religion au service d’un mensonge délibéré. Le Dr Westcott n’est pas le seul maçon anglais à avoir subi les diffamations injustes et grossières de cette plume malpropre. Une autre victime est Mr Robert S. Brown, Grand Secrétaire du Chapitre Suprême de la Grande Royale-Arche d’Écosse, également membre du rite ancien et accepté, et de presque tous les ordres maçonniques, y compris la Societas Rosicruciana in Anglia. Mlle Vaughan a spécialement recommandé cet homme honorable à l’attention des catholiques d’Édimbourg, ville où il réside. Elle le décrit comme un dangereux sectaire, un véritable sorcier et le mauvais génie d’un de ses propres parents. Elle déclare en outre qu’il est un Mage Élu du Palladium, qu’il protège Sophia Walder lors de ses visites en Écosse et qu’il était un grand admirateur de Phileas Walder, et c’est par ce dernier qu’il s’est consacré au démon Anti-Christ. Dans chacune de ces déclarations, cette femme malveillante a menti grossièrement. J’ai communiqué avec M. Brown à ce sujet et j’ai avec moi ses démentis écrits, que je tiens à disposition de toute personne qui désire les voir. Mr Brown a déclaré : « Je ne suis pas un Mage Élu du Palladium. À ma connaissance, je n’ai jamais vu Mlle Walder, ni Mlle Vaughan, ni personne de ce nom, homme, femme ou enfant. Je n’ai jamais entendu parler de Mlle Walder jusqu’à ce que je reçoive votre lettre et que je n’ai jamais connu l’existence de l’ordre palladique, s’il existe vraiment, avant de le voir mentionné dans des articles de Light et de Freemason’s Chronicle (Londres)… À propos des déclarations particulières de cet exemplaire des Mémoires, l’auteur a sans doute réussi à obtenir les informations concernant les positions officielles des personnes nommées, qui sont bien entendu faciles à obtenir ; les petits détails concernant certains d’entre nous indiqueraient la présence d’un informateur parmi nous ou à proximité. Les inventions et les déclarations les plus diffamatoires concernant la plupart d’entre nous sont cependant scandaleusement fausses et malfaisantes. Ma maison n’a jamais eu l’honneur (!!!) d’accueillir Mlle Walder ou toute autre dame du même genre. Ce n’est pas un laboratoire de chimie et je n’y ai jamais pratiqué de « mystérieuses expériences », ni là, ni ailleurs. Je suis un humble membre de l’Église épiscopale d’Écosse et, j’espère, un disciple sincère du Seigneur… Je compte presque parmi mes amis tous les messieurs nommés dans cette vile proclamation, ils sont tous des hommes bons et vrais, et j’espère continuer à les côtoyer pendant de nombreuses années. Je nie avec la plus grande fermeté les viles calomnies jetées sur leurs personnes et sur la mienne, et vous avez tout mon appui pour faire de même dans la mesure où cela sert votre objectif. » Mes lecteurs conviendront que la déclaration claire et modérée de Mr R. S. Brown marque Diana Vaughan d’une honte indélébile aux yeux du monde civilisé.

Il y a une limite à ces réfutations, mais si Mlle Vaughan manifestait le désir d’avoir d’autres preuves de la fausseté de ses déclarations, je m’engage à les lui fournir. J’ajouterai seulement ici en conclusion mon opinion personnelle selon laquelle Mlle Vaughan n’a jamais vécu dans un pays anglophone, et encore moins qu’elle ait reçu, comme le prétendent certains de ses amis, une éducation américaine. La preuve en est qu’elle fait des erreurs françaises typiques sur des noms anglais. Ainsi, nous avons chaque fois « Cambden » pour Camden, « Wescott » pour Westcott ; nous avons « baronnet » pour baronet, « Cantorbéry » pour Canterbury, « Kirkud-Bright » pour Kirkcudbright ; nous avons des combinaisons hybrides comme « Georges » Dickson, des impossibilités comme le « Tiers-Ordre Luciférien d’Honoris Causa » et de nombreux exemples similaires.

Voir Diana dévoilée était équivalent, en terminologie alchimique, à atteindre le magnum opus. L’auteur réputé de New Light of Alchemy témoigne que certaines personnes avaient, à son époque et à sa connaissance, acquis ce privilège suprême. Ce n’était pas le but de ma quête si, dans un autre sens, j’ai rendu public le même spectacle et rompu ainsi avec les traditions de la science secrète. Il aurait été préférable d’un certain point de vue de découvrir Lucifer derrière le masque de franc-maçonnerie plutôt que de trouver le complot contre celle-ci dans un autre Tableau des inconstances des démons dans lequel l’infidélité et la mécréance liées au vieux faux témoin abondent d’une manière dont Bodin et Wierus n’ont jamais rêvé, car il est déconcertant de penser qu’une grande église est si peu honorée par ses combattants et ses convertis.

Il me reste à dire, et je le fais avec une extrême réticence, que le témoignage du signor Domenico Margiotta, qui semble si fort en soi, ne peut être accepté, comme nous l’avons vu, qu’en lien avec la crédibilité de Mlle Vaughan, et celle-ci est tombée complètement, nous ne pouvons faire autrement que de considérer cette partie de son témoignage concernant le palladisme comme le récit d’une personne qui a été très sérieusement induite en erreur. Et je pense qu’il nous a montré par ailleurs qu’il n’a pas fait une critique très avisée des documents qui lui étaient parvenus. Par exemple, il n’aurait jamais dû imprimer sa liste de loges palladiques du Lotus — pour ce qui est de la Grande-Bretagne, il s’agit indéniablement d’une fausse liste. Prenons l’exemple d’Édimbourg. Mr Brown, qui a toutes les occasions de le savoir, me dit qu’il est absolument faux qu’il y ait à Édimbourg une loge-mère, ou toute loge de l’ordre palladique. « Il n’y a pas non plus de Province Triangulaire — quoi que cela signifie — telle qu’elle est décrite. Tout est absolument faux. »

  1. NdT : il semble bien que Diana Vaughan (en réalité Léo Taxil), écrivait Practicus, voir les Mémoires d’une ex-palladiste, page 141.