Le mirage/011

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Édouard Garand (p. 25-28).

XI


En rentrant chaque midi pour le diner, Fabien Picard, anxieusement, alla voir sur le meuble où d’habitude la maîtresse de pension déposait le courrier, s’il n’y avait pas de lettres à son adresse.

Il y en avait bien quelques-unes chaque jour, mais pas celle qu’il attendait : des félicitations de confrères de classes dispersés à Québec ou ailleurs, qui avaient vu dans les journaux ses succès récents ou des lettres de jeunes filles qui profitaient de l’occasion pour se rappeler à son souvenir.

Le jeudi, il reconnut enfin le sceau postal de Saint-Chose. Il en reconnut également l’écriture régulière et fine. En tout autre occasion il en aurait éprouvé un grand plaisir. Aujourd’hui le billet le plus agréable à recevoir, était un billet de banque.

« Pourvu que la lettre arrive demain ! » soupira-t-il.

Ses finances s’épuisaient.

Serait-il forcé d’emprunter ? Cette perspective le rendait nerveux, lui gâtait chacune de ses heures. Elle les empoisonnait. C’était payer bien cher l’invitation de Lucille Messier que d’accomplir, pour y satisfaire, une démarche humiliante.

Tout le jour, il fut distrait. Une fois l’idée lui vint de décliner l’invitation, de remettre à plus tard cette visite.

Au bureau, profitant d’un moment où il était seul, il téléphona à Lucille. Dès les premières paroles, elle lui fit savoir qu’elle comptait sur lui, pour son party.

Il promit à nouveau d’être présent.

« Est-ce bête, songea-t-il de se tracasser pour une insignifiance ! »

Bah ! si la lettre n’arrive pas demain, il empruntera, voilà tout.

Enfin, la lettre tant désirée arriva.

Il décacheta l’enveloppe et vit entre les deux feuilles de papier blanc, le chèque bleu. De sa grosse écriture irrégulière, le père avait écrit « cent dollars. »

Cent dollars !

L’argent ne fait pas le bonheur, dit un proverbe. Peut-être ! En tous cas il contribue grandement à le créer.

Fabien le constata.

Dès qu’il fut à la banque toucher l’argent, que le caissier lui remit en beaux billets de dix et de cinq, la vie lui parut belle et le soleil glorieux.

Il se promena par la rue Ste-Catherine, mettant de temps à autre la main à sa poche pour palper le papier qu’il froissait. Il s’arrêtait aux vitrines de marchands d’habits, entrait, s’informait du prix des tuxedos, les examinait, et sortait pour recommencer ailleurs le même manège.

Le plaisir de magasiner, en se disant que si l’on veut, l’on peut acheter et emporter avec soi la marchandise étalée, lui était une volupté qu’il prolongeait.

Finalement, il se décida, fit ses emplettes, et malgré le volume du colis, voulut l’emporter lui-même.

Une fois à sa chambre il se dévêtit, essaya son nouvel habit. Il se mira complaisamment dans la glace, se tournant de tous les côtés.

La demeure des Mercier se dressait orgueilleusement sur une des rues de Westmount qui couronne le Mont-Royal. Elle était construite en pierre bleue et entourée d’un jardin français.

La vue y est superbe. De la serre contiguë à la salle à manger la vue embrasse toute un partie de Montréal. L’on y distingue à leur clocher la plupart des paroisses de l’ouest de la ville. Elle s’étend jusqu’au fleuve où l’Île aux Sœurs se découpe dans le gris argent de l’eau, et, dans les temps clairs, jusqu’aux montagnes qui barrent l’horizon de la rive sud, où l’on aperçoit au premier plan, comme un avant-garde isolé, celle de Saint-Grégoire.

M. Mercier qui est l’un des plus riches d’entre les millionnaires canadiens français a fait de sa demeure un véritable musée. Au cours de nombreux voyages en Europe ou en Orient, il a rapporté nombre de tableaux, des marbres, des œuvres rares, qui ornent quelquefois jusqu’à la profusion les pièces de sa maison.

Quand Fabien sonna à la porte, ce fut un domestique en livrée, galonné comme un attaché d’ambassade qui vint lui ouvrir.

Ce luxe l’impressionnait toujours. Toujours il se sentait gêné devant ce domestique. Mais ce soir, conscient d’être quelqu’un, l’invité de marque qu’on attend, il entra le front haut, le torse bombé et la démarche assurée.

En son for intérieur il envia son ami de sa situation mondaine et en l’espace d’une seconde, il passa dans son imagination, comme un mirage le tableau d’un luxe futur, égal à celui-là, et qui serait le sien.

Dans le salon quelques couples étaient déjà réunis. Il reconnut deux des amis de Jules. Les autres, et les jeunes filles lui étaient inconnus.

Tout de suite, et comme instinctivement, il fut mis en défiance.

Il n’était pas à son aise parmi ces jeunes gens et ces jeunes filles. Ils n’avaient ni la même éducation ni la même manière de voir et de juger les événements, ni les mêmes goûts. Il comprit qu’il pénétrait dans un milieu totalement différent de ceux qu’il était accoutumé de fréquenter jusqu’alors. Lui, fils de terrien, issu de ses œuvres, n’avait rien de commun avec ces êtres gâtés par la fortune, snobs et noceurs, du moins il en soupçonnait quelques-uns aux plis précoces au dessous des yeux. Quand les propos, interrompus par son arrivée, reprirent au diapason d’avant, le fossé sembla s’élargir encore.

De la dizaine de personnes présentes, les deux confrères de Jules qu’il connaissait étaient les seuls avec qui il aurait pu sympathiser, bien qu’à l’Université il ne leur adressât presque jamais la parole. C’était deux fervents du sport, plus intéressés dans la valeur d’un club de baseball ou de hockey, que dans les articles du code civil, habitués des cafés de nuit et des roadhouses de la banlieue où ils faisaient des randonnées en auto avec des dames dont la conversation avait un charme plus prenant qu’un cours de droit civil. Quant aux autres, ils composaient un ensemble des plus bizarres. Il y avait Félix Gerval, le musicien, qui s’appelait Gervais avant son séjour à Paris où il avait appris à détester les maîtres anciens et à leur préférer les plus décadents d’entre les modernes.

Il professait à Montréal où Lucille Mercier, qui avait du talent à en jeter par les fenêtres, était sa plus brillante élève.

Il y avait en outre un financier, membre du Club, un député encore célibataire, bel homme et bel orateur, partisan du féminisme et qui de ce fait était le lion de la société dans la présente saison. Quand aux jeunes filles, si elles n’étaient pas toutes très jolies, elles étaient par contre d’une élégance coûteuse.

Fabien prit donc le parti d’être sur ses gardes, de ne pas s’aventurer trop dans les conversation. Des personnes dont on parlait en bien ou en mal, le plus souvent en mal tel qu’il se doit, il n’en connaissait pratiquement aucune. Pour ne pas paraître trop provincial, il se tut, se contentant d’écouter et de sourire. Il adopta la politique du Sphinx. Bien lui en prit. Comme il écoutait attentivement chacun et chacune leur donnant toujours raison, on le déclara intéressant et charmant causeur.

Gerval interpréta au piano quelques morceaux d’auteurs modernes, Lucille chanta quelques airs, les couples firent quelques tours de danse et vers minuit la maîtresse de céans proposa, ce qui était dans son programme d’ailleurs, de terminer le « party » au Café de la Riviera. Cette boîte, la plus chic de Montréal. était renommée pour sa cuisine, ses vins et ses divertissements. Cette semaine on avait ajouté une attraction spéciale : quatre danseuses célèbres newyorkaises évoluaient au milieu de la place dans des costumes divers plus légers les uns que les autres.

Les places étaient déjà réservées.

Sauf Jules Mercier tous acceptèrent la proposition. Quand à celui-ci qui s’ennuyait et le manifestait avec un sans gêne qui lui était coutumier, il annonça son intention d’aller se coucher.

Ce fut un flot de protestations et de récriminations qui noya sa volonté. L’une des jeunes filles, la plus jolie, une anglaise, qui cassait le français à ravir, le prit par le bras, le conduisit au vestiaire, lui enfonça son chapeau sur la tête et l’aida à revêtir son paletot.

Les autos attendaient au dehors. Lucille fit monter Fabien avec elle.

Le café de la Riviera occupe tout le second plancher d’un des principaux édifices de la rue Ste-Catherine-ouest, avec une entrée sur une rue transversale.

Sa clientèle pourrait se ranger dans la catégorie de ce que les Américains appellent : « High hats ». Les prix en sont excessivement élevés. C’est peut-être pour cette raison qu’il regorge de clients.

Les murs sont décorés de peintures mythologiques. L’éclairage à la moderne se passe de candélabres sauf aux petites tables. Elle filtre du plafond et des murailles au travers de glaces dépolies de différentes nuances.

Au milieu, dans un espace libre, entourée comme un ring de boxe d’un câble de soie, les couples fox trottent ou valsent au son d’un jazz band énervant et langoureux. Au centre de cette espace libre une estrade est réservée pour les attractions spéciales.

Un peu partout, dans des vases montés sur des supports en fer forgé, brûlent des parfums exotiques.

Quand le groupe arriva, les tables étaient presque toutes remplies, la fermeture des théâtres ayant eu lieu depuis quelque temps déjà.

Sur l’estrade, un danseur russe, culottes de soie noire descendant jusqu’à mi-jambes, se livrait à tous les mouvements chorégraphiques, athlétiques et acrobatiques des danses de son pays. On se chuchotait à l’oreille que c’était un ancien noble exilé de son pays par la révolution et qui avait recours à ce moyen pour gagner sa vie.

Il y avait dans ses évolutions que la musique accompagnait au rythme des tam-tams et au ronflement des cuivres quelque chose de barbare, de farouche, de brutal et de tendre tout à la fois.

Le pied gauche posé à plat sur son genoux droit il tourna sur lui-même, comme un dérviche, à une vitesse folle, puis s’arrêta brusquement salua les spectateurs les deux mains tendues et disparut en courant. Le jazz attaqua un fox trot.

Un bruit de chaises remuées, un frottement de pieds sur le parquet ciré, et les toilettes claires des femmes se mêlèrent aux habits

— Jules, vous commanderez les vins et le menu : je vous laisse ce soin. On dit que vous excellez dans cela, dit une des jeunes filles en se levant à l’invitation de Gerval.

Fabien ne pouvait faire autrement que de demander à Lucille de lui accorder cette danse. Ce qu’elle fit.

Pendant qu’il dansait avec elle, une vision de jeune fille aux joues roses, aux lèvres charnues et rouges comme une belle cerise, s’implanta avec insistance en son imagination. Il se rappelait ses déclarations d’amour par une soirée chaude de juillet. N’avait-il pas ce soir-là, enchaîné par une quasi promesse bêtement arrachée, son existence qu’il voulait magnifique à celle de cette petite campagnarde.

Cette pensée l’agaça et cela parut aux contractions de ces traits.

— Vous avez l’air ennuyé ? lui demanda sa compagne.

— Du tout.

Il secoua la tête comme pour chasser cet inopportun souvenir.

— Il m’est venu une pensée désagréable. Je l’ai chassé et voilà comment l’on peut être maître de ses pensées.

La musique arrêta. Des battements de mains demandèrent le rappel. Le chef d’orchestre fit un signe et les musiciens reprirent les dernières mesures du morceau.

Jules Mercier n’avait pas démérité les compliments qu’on lui avait adressés. Un boulevardier parisien n’aurait pas mieux ordonné le repas. En homme pratique et terre à terre il était gourmet et gastronome. Dans les réunions où il allait, sa spécialité était précisément le choix des mets et des entremets. Les convives maintenant attablés, le verre de cocktail en main, saluèrent Fabien Picard après un petit discours qu’un de ses confrères présents se permit d’improviser.

Les verres se rapprochèrent par-delà la table, s’entrechoquèrent et l’on but au nouveau président de la faculté de droit et à ses succès futurs.

Plus que toute autre, cette manifestation flatta dans sa vanité le fils d’Ignace Picard. Il pouvait donc frayer avec les individus de n’importe quel milieu social et figurer sans trop rougir parmi la jeunesse dorée des écus de leur père. Et puis, cette vie nocturne de plaisirs et de bonne chère lui était inconnue et il aimait à se féliciter d’y être initié en de telles circonstances.

Les accords de l’orchestre au rythme endiablé laissait le groupe indifférent. Ils mangeaient et buvaient. Les vins se succédaient de qualité toujours meilleure. Qu’importait la note ? Le député payait et le député ne regardait pas à la dépense. Ses revenus passablement élevés lui permettait bien des largesses.

Fabien avait le vin triste. Au bout de quelque temps, il commença à sentir ses tempes se serrer comme sous l’emprise d’un étau, et un engourdissement de tout l’être le paralyser. Il s’accota la tête sur le dossier de sa chaise, alluma un cigare, et, lentement, en aspirait les bouffées qu’il renvoyait en l’air où elles dessinaient des capricieuses arabesques blanches.

De nouveau le souvenir de Suzanne s’empara de lui. Il s’empara de lui tout entier ou point qu’il cessa de suivre la conversation et que des jeunes filles présentes aucune ne l’intéressait plus. Pas même Lucille qu’il regardait en ce moment de ses yeux qu’un commencement d’ivresse rapetissait. Il lui parut qu’elle aussi avait le regard vague et que la rougeur colorait ses joues.

De communicatif qu’il commençait d’être tantôt, il était devenu subitement taciturne, absorbé en lui-même. La bonne chère, les vins, la danse lui étaient devenus indifférents. Le temps lui sembla long. Il s’embêtait tout à coup et avait hâte de regagner sa chambre et de se livrer tout entier au repos du sommeil.

Jules Mercier qui avait l’œil à tout et qui portait l’alcool comme une barrique de chêne s’apperçut de son état. Il fit venir le garçon et lui commanda une bouteille d’eau de selz que celui-ci apporta aussitôt.

Tiens, prends cela. Tu as l’air fatigué. Ça va te remettre.

Fabien ingurgita le contenu du verre. Pour se donner du mouvement il accomplit quelques tours de danse. Ses idées se parèrent d’une couleur plus claire.

Vers quatre heure la bande se disjoignit. Fabien voulut appeler un taxi.

— Vous allez revenir avec nous, dit Lucille et le chauffeur ira vous reconduire ensuite chez vous.

La nuit était fraîche.

Cette fraîcheur de l’air était douce à respirer après un séjour de quelques heures dans une atmosphère surchargée de parfum, de fumée de tabac et de mille senteurs diverses. Elle reposait comme une douche bienfaisante après un exercice violent.

Jules Mercier s’installa sur le siège d’avant avec le chauffeur, Lucille et Fabien prirent place à l’arrière.

Comme dans les romans à l’eau de rose, il y avait dans le ciel une lune ronde pâle et blanche. Plus prosaïques et plus réalistes, il y avait également, circulant par les rues endormies, les voitures des laitiers qui faisaient songer au jour prochain avec toutes les corvées qu’il renferme.

Il n’y a rien de triste comme un retour chez soi à l’heure des marchands de lait. La réaction du plaisir commence à se faire sentir.

Les nerfs tendus, le cerveau fatigué, les membres las, on a une conception autre que l’habitude des choses et de la vie. Les sensations perçues sont autres que d’ordinaire. Elles varient avec les tempéraments. Des êtres forts et froids comme marbre se laissent porter à la sentimentalité ; d’autres prennent le monde et ses habitants en dégoût, d’autres broient du noir…

Pour Fabien il était devenu sentimental, habituellement timide devant Lucille Mercier dont la beauté avait quelque chose de distant, il s’était enhardi jusqu’à lui prendre la main et à y déposer ses lèvres. Il éprouvait un besoin impérieux de parler, de conter ses rêves d’avenir qu’il échafaudait très haut jusque dans les nuages ; de lui faire part de son ambition que les dernières fumées de l’alcool rendait d’une grandeur démesurée.

Devant la jeune fille qui l’écoutait en l’encourageant, il s’exhaltait et professait le « quo non ascendam » des orgueilleux insatisfaits et insatiables. Son mérite serait d’autant plus grand qu’il se serait hissé au sommet de par ses propres forces.

— N’ai-je pas commencé, disait-il, à émerger au-dessus de la foule de mes confrères. Ne suis-je pas le premier d’entre eux et vous verrez que l’an prochain à l’examen final, je serai encore le premier et d’emblée. Il s’étourdissait de sa paroles. Sa vanité s’en grisait.

— N’est-ce pas à moi que vous le devez, lui dit-elle. Vous rappelez-vous notre entrevue du Lac-aux-Grenouilles où je vous disais…

— « Un homme comme vous n’a pas le droit de s’enliser dans un petit village. » Oui, je me souviens, et c’est votre phrase qui m’a décidé à abandonner pour la ville mon petit et monotone village.

— Et vous le regrettez ?

— Non. Bien qu’il y a des fois, surtout des soirs, quand je suis fatigué d’une journée dure d’études, où j’aspire à la tranquillité de la campagne, et j’envie presque le sort de ceux qui y passent leur vie, leur petite vie calme, sans rien qui les dérange, dans le contentement de leur état, et dans l’ignorance de conditions supérieures. Mais ce regret passe vite.

— Il reste encore un peu de paysan en vous ?

— Si peu. Que voulez-vous ? On ne peut être le fruit de cinq générations de cultivateurs sans que l’atavisme et l’hérédité…

— Est-ce l’hérédité qui doit guider vos actes ? L’homme véritablement supérieur doit se débarrasser totalement de ces liens, et faire sa vie par lui-même, selon le choix libre de sa volonté… Savez-vous pourquoi je vous aime ?

— Vous m’aimez ? souligna-t-il moitié sérieux, moitié badin.

— C’est une façon de parler. Mettons : « Pourquoi vous me plaisez ». C’est à cause des possibilités que je devine en vous. Je voudrais être pour vous une allumeuse d’idéal. Vous ne savez pas quelle satisfaction ce serait que de se dire qu’un homme issu d’un milieu obscur est monté jusqu’au pinacle de la grandeur parce qu’on a contribué en lui insufflant l’énergie et le courage à le faire ce qu’il est. C’est participer à son ascension, coopérer à ses succès.

L’auto venait d’arrêter devant la demeure des Mercier.

— Je vous attendrai dimanche après-midi. Nous prendrons le thé ensemble, et si vous le voulez nous reprendrons notre conversation…

— Si je le veux ! Mais vous venez de m’insuffler une force nouvelle. Vous me donnez une confiance en moi-même de plus en plus grande, une confiance telle que je ne reculerais devant rien me sachant capable de tout entreprendre et de réussir. Bonsoir ou plutôt bonjour et à dimanche.

Seul maintenant dans l’auto somptueuse qui roulait mollement, il se joua à lui-même la comédie de la richesse et de la puissance, jusqu’au moment où devant l’humble maison bourgeoise qui lui servait de demeure, le chauffeur l’arracha brusquement de ses rêves.

— Monsieur. C’est ici. Vous êtes arrivé.