Le parfait mareschal/116

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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 343-345).
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LA poudre suivante reüssit tres bien aux Chevaux qui ont le flanc alteré & echauffé, & mesme qui commencent à se declarer poussifs, mais elle ne les guerit pas radicalement : il faut pour leur conserver le flanc frais, en donner tous les ans une vingtaine de jours de suite, j’ay maintenu un Cheval qui paroissoit estre poussif : mais il ne toussoit pas beaucoup par l’usage de cette poudre, plus de six ans qu’il paroissoit avoir le flanc frais comme un poulain : la poudre est telle.

Prenez bayes, ou graines de laurier d’Italie ou de Provence, myrrhe, gentiane, aristoloche ronde, de chacun huit onces, agaric quatre onces, saffran pilé deux dragmes : pulverisez le tout à part, puis le mélez & passez dans le tamis de crin fin, & le conservez pour en donner une cueillerée d’argent tous les matins dans une chopine de vin blanc, & tenez le Cheval bridé une heure avant & autant après ; continuez jufqu’à ce qu’il ayt avallé toute la poudre, si vous n’avez pas la commodité de la faire avaller avec la corne, vous pouvez la donner dans du son moüillé quinze jours de suite ou plus.

Il peut travailler moderément prenant de cette poudre, mais il ne le faut gueres faire suer, ou point du tout, si on peut : si il a le corps fort cacochime, c’est à dire, plein de mauvaises humeurs, elles pourroient empécher l’operation de cette poudre. Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/358 Chap.
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fera beaucoup d’effet : si pourtant apres avoir reïteré cette poudre, le Cheval n’est point guery, ce sera une marque d’une guerison tres-difficile, ou peut estre impossible.

Notez que si vous donnez les deux livres d’huile sans que vous ayez de grands indices, & des signes fort évidents qu’il y aye necessité de faire cette évacuation, asseurement vous ne serez pas sans peur d’en voir crever vostre Cheval ; car ceux qui sont d’un temperament bilieux ou qui ont trop de feu, s’ils avallent cette huile, quand on les debridera, ils ne voudront point manger en suitte, ils enfleront huit ou dix heures apres la prise, comme s’ils alloient crever, mais ils n’en meurent pas, si on les promene en main & apres une demie heure de promenade leur donner un lavement avec de la bierre & des scories, comme je l’ay décript en plusieurs endrois ; une demie heure apres le lavement les promener encore une heure en main, au retour encor un lavement comme le precedent qui ouvrira vostre Cheval & le fera purger & des lors vous serez quitte de la peur, & vostre Cheval vuidera beaucoup quelquefois vingt-quatre heures de suite, que s’il ne mange point pendant tout ce temps-là, il n’importe, il mangera apres.

Ce desordre n’arrive point aux Chevaux d’un temperament humide qui sont paresseux, chargez d’humeurs, à ceux-là l’évacuation se fait fans peine, & fait un bon effet ; c’est à vous de prendre vos mesures là dessus.