Les Éblouissements/Hermione

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Comtesse Mathieu de Noailles ()
Calmann-Lévy, éditeurs (p. 178).

HERMIONE


Ah ! que n’ai-je pu vivre au temps sacré des Dieux,
Dans un jardin limpide et léger de Colone,
Buvant l’azur, foulant de mes pieds radieux
L’ombre d’un noir cyprès sur la blanche anémone !

Que n’ai-je pu dîner aussi chez Agathon,
Ou bien, dansant la nuit près des feux de la rade,
Me mêler, le front ceint de roses en bouton,
Au cortège amoureux qui suivait Alcibiade.

J’aurais vécu, portant une cruche de grès,
Me reposant au bord odorant des fontaines,
Ecoutant le vent bleu chanter dans les agrès
Quand le soir ramenait les vaisseaux près d’Athènes.

Miracle des jours grecs, que je vous eusse aimé !
J’aurais vu, quand le saule au vent d’été s’écarte,
Petite fille, avec son cœur encor fermé,
Jouer dans un jardin Hermione de Sparte…