Poèmes antiques/Les Éolides

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Poèmes antiquesAlphonse Lemerre, éditeur (p. 262-265).





          Ô brises flottantes des cieux,
          Du beau Printemps douces haleines,
          Qui de baisers capricieux
          Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Éole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’aurore vermeille.

          Effleurant le cristal des eaux
          Comme un vif essaim d’hirondelles,
          De l’Eurotas aux verts roseaux
          Revenez-vous, Vierges fidèles ?


Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Épouse pensive.

          L’air où murmure votre essor
          S’emplit d’arome et d’harmonie :
          Revenez-vous de l’Ionie,
          Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Éolides, salut ! Ô fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

          Quand Theugénis au col de lait
          Dansait le soir auprès de l’onde,
          Vous avez sur sa tête blonde
          Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

          Sous le platane où l’on s’abrite
          Des flèches vermeilles du jour,
          Vous avez soupiré d’amour
          Sur les lèvres de Théocrite.


Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fites don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

          Au temps où l’abeille murmure
          Et vole à la coupe des lys,
          Le Mantouan, sous la ramure,
          Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

          Tandis que drapés dans la toge,
          Debout à l’ombre du hallier,
          Les vieillards décernaient l’éloge,
          La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

          Quand les vierges au corps d’albâtre,
          Qu’aimaient les Dieux et les humains,
          Portaient des colombes aux mains,
          Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,


Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

          Oh ! combien vous avez baisé
          De bras, d’épaules adorées,
          Au bord des fontaines sacrées,
          Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Îles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Éolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

          Ô vous que le thym et l’égile
          Ont parfumés, secrets liens
          Des douces flûtes de Virgile
          Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !