Les Évangiles (Renan)/III. Ebion au delà du Jourdain

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CHAPITRE III.


ÉBION AU DELÀ DU JOURDAIN.


Nous avons vu, en 68, l’Église chrétienne de Jérusalem, conduite par les parents de Jésus, fuir la ville livrée à la terreur et se réfugier à Pella, de l’autre côté du Jourdain[1]. Nous avons vu l’auteur de l’Apocalypse, quelques mois après, employer les plus vives et les plus touchantes images pour exprimer la protection dont Dieu couvrait l’Église fugitive, le repos dont elle jouissait dans son désert[2]. Il est probable que ce séjour se prolongea plusieurs années après le siège. La rentrée à Jérusalem était impossible, et l’antipathie entre le christianisme et les pharisiens était déjà trop forte pour que les chrétiens se portassent avec le gros de la nation du côté de Iabné et de Lydda. Les saints de Jérusalem demeurèrent donc au delà du Jourdain. L’attente de la catastrophe finale était arrivée au plus haut degré de vivacité. Les trois ans et demi que l’Apocalypse fixait comme échéance à ses prédictions conduisaient jusque vers le mois de juillet 72.

La destruction du temple avait sûrement été pour les chrétiens une surprise. Ils n’y avaient pas cru plus que les juifs. Par moments, ils s’étaient figuré Néron l’Antechrist revenant de chez les Parthes, marchant sur Rome avec ses alliés, la saccageant, puis se mettant à la tête des armées de Judée, profanant Jérusalem et massacrant le peuple des justes rassemblé sur la colline de Sion[3] ; mais personne ne supposait que le temple disparaîtrait[4]. Un événement aussi prodigieux, une fois arrivé, dut achever de les mettre hors d’eux-mêmes. Les malheurs de la nation juive furent regardés comme une punition du meurtre de Jésus et de Jacques[5]. En y réfléchissant, on se prit à trouver que Dieu avait été en tout cela d’une grande bonté pour ses élus. C’était à cause d’eux qu’il avait bien voulu abréger des jours qui, s’ils avaient duré, eussent vu l’extermination de toute chair[6]. L’affreuse tourmente qu’on avait subie resta dans la mémoire des chrétiens d’Orient, et fut pour eux ce que la persécution de Néron avait été pour les chrétiens de Rome, « la grande angoisse » [7], prélude certain des jours du Messie.

Un calcul, d’ailleurs, semble avoir vers cette époque beaucoup préoccupé les chrétiens. On songeait à ce passage d’un psaume : « Aujourd’hui du moins écoutez ce qu’il vous dit : « N’endurcissez pas vos cœurs comme à Meriba, comme au jour de Massa dans le désert… Pendant quarante ans, j’ai eu cette génération en dégoût, et j’ai dit : « C’est un peuple errant de cœur ; ils ignorent mes voies. Aussi ai-je juré dans ma colère qu’ils n’entreront pas dans mon repos » [8]. On appliquait aux juifs opiniâtres ce qui concernait la rébellion des Israélites dans le désert, et, comme à peu près quarante années s’étaient écoulées depuis la courte mais brillante carrière publique de Jésus, on croyait l’entendre adresser aux incrédules cet appel pressant : « Voilà quarante ans que je vous attends ; il est temps ; prenez garde » [9]. Toutes ces coïncidences, qui faisaient tomber l’année apocalyptique vers l’an 73, les souvenirs récents de la révolution et du siège, l’accès étrange de fièvre, d’exaltation, de folie, qu’on avait traversé, et ce comble du prodige, que, après des signes si évidents, les hommes eussent encore le triste courage de résister à la voix de Jésus qui les appelait, tout cela paraissait inouï et ne s’expliquait que par un miracle. Il était clair que le moment approchait où Jésus allait paraître et le mystère des temps s’accomplir.

Tant que l’on fut sous le coup de cette idée fixe et que l’on envisagea la ville de Pella comme un asile provisoire où Dieu lui-même nourrissait ses élus et les préservait de la haine des méchants[10], on ne pensa point à s’éloigner d’un endroit que l’on croyait avoir été désigné par une révélation du Ciel[11]. Mais, quand il fut clair qu’il fallait se résigner à vivre encore, un mouvement se fit dans la communauté ; un grand nombre de frères, y compris les membres de la famille de Jésus, quittèrent Pella et allèrent s’établir à quelques lieues de là, dans la Batanée, province qui relevait d’Hérode Agrippa II[12] mais tombait de plus en plus sous la souveraineté directe des Romains. Ce pays était alors très-prospère ; il se couvrait de villes et de monuments ; la domination des Hérodes y avait été bienfaisante, et y avait fondé cette civilisation brillante qui dura depuis le premier siècle de notre ère jusqu’à l’islam[13]. La ville choisie de préférence par les disciples et les parents de Jésus fut Kokaba, voisine d’Astaroth-Carnaïm[14], un peu au delà d’Adraa[15], et très-près des confins du royaume des Nabatéens[16]. Kokaba n’était qu’à treize ou quatorze lieues de Pella, et les Églises de ces deux localités purent rester longtemps dans des rapports étroits. Sans doute beaucoup de chrétiens, dès le temps de Vespasien et de Titus, regagnèrent la Galilée et la Samarie[17] ; cependant ce n’est qu’après Adrien que la Galilée devint le rendez-vous de la population juive, et que l’activité intellectuelle de la nation s’y concentra.

Le nom que se donnaient à eux-mêmes ces pieux gardiens de la tradition de Jésus était celui d’ébionim ou « pauvres » [18]. Fidèles à l’esprit de celui qui avait dit : « Heureux les ébionim ! » [19] et qui avait attribué en propre aux déshérités de ce monde le royaume du ciel et la propriété de l’Évangile[20], ils se faisaient gloire de leur mendicité, et continuaient, comme la primitive Église de Jérusalem, à vivre d’aumônes[21]. Nous avons vu saint Paul toujours préoccupé de ces pauvres de Jérusalem[22], et saint Jacques prendre le nom de « pauvre » pour un titre de noblesse[23]. Une foule de passages de l’Ancien Testament où le mot ébion est employé pour désigner l’homme pieux et par extension l’ensemble du piétisme israélite, la réunion des saints d’Israël, chétifs, doux, humbles, méprisés du monde, mais aimés de Dieu, étaient rapportés à la secte[24]. Le mot « pauvre » impliquait une nuance de tendresse, comme quand nous disons « le pauvre chéri ! ». Ce « pauvre de Dieu », dont les prophètes et les psalmistes avaient raconté les misères, les humiliations, et annoncé les grandeurs futures, passa pour la désignation symbolique de la petite Église transjordanienne de Pella et de Kokaba, continuatrice de celle de Jérusalem. De même que, dans la vieille langue hébraïque, le mot ébion avait reçu une signification métaphorique pour désigner la partie pieuse du peuple de Dieu[25] ; de même la sainte petite congrégation de la Batanée, se considérant comme le seul véritable Israël, « l’Israël de Dieu » [26], héritier du royaume céleste, s’appela le pauvre, le chéri de Dieu. Ébion était ainsi souvent employé au sens collectif[27], à peu près comme Israël, ou comme l’ont été chez nous des personnifications telles que « Jacques Bonhomme ». Dans les parties éloignées de l’Église, pour lesquelles les bons pauvres de Batanée furent bientôt des étrangers, Ébion devint un personnage, prétendu fondateur de la secte des ébionites[28].

Le nom par lequel les sectaires étaient désignés chez les autres populations de la Batanée était celui de « Nazaréens » ou « Nazoréens » [29]. On savait que Jésus, ses parents, ses premiers disciples étaient de Nazareth ou des environs ; on les désignait par leur lieu d’origine[30]. On a supposé, non sans raison peut-être, que le nom de « nazaréens » s’appliqua surtout aux chrétiens de Galilée réfugiés en Batanée[31], tandis que le nom d’ébionim continua d’être le titre que se donnaient les saints mendiants de Jérusalem[32]. Quoi qu’il en soit, « nazaréens » resta toujours en Orient le mot générique pour désigner les chrétiens ; Mahomet n’en connut pas d’autre, et les musulmans s’en servent encore de nos jours. Par un bizarre contraste, le nom de « nazaréens », à partir d’une certaine époque[33], présenta, comme celui d’ « ébionites », un sens fâcheux à l’esprit des chrétiens grecs ou latins. Il était arrivé dans le christianisme ce qui arrive dans presque tous les grands mouvements ; les fondateurs de la religion nouvelle, aux yeux des foules étrangères qui s’y étaient affiliées, n’étaient plus que des arriérés, des hérétiques ; ceux qui avaient été le noyau de la secte s’y trouvaient isolés et comme dépaysés. Le nom d’ébion, par lequel ils se désignaient, et qui avait pour eux le sens le plus élevé, devint une injure et fut hors de Syrie synonyme de sectaire dangereux ; on en fit des plaisanteries, et on l’interpréta ironiquement dans le sens de « pauvre d’esprit » [34]. L’antique dénomination de «  nazaréens », à partir du IVe siècle, désigna de même pour l’Église catholique orthodoxe des hérétiques à peine chrétiens[35].

Ce singulier malentendu s’explique quand on considère que les ébionim et les nazaréens restaient fidèles à l’esprit primitif de l’Église de Jérusalem et des frères de Jésus, d’après lesquels Jésus n’était qu’un prophète élu de Dieu pour sauver Israël, tandis que, dans les Églises sorties de Paul, Jésus devenait de plus en plus une incarnation de Dieu. Selon les chrétiens helléniques, le christianisme se substituait à la religion de Moïse comme un culte supérieur à un culte inférieur. Aux yeux des chrétiens de la Batanée, c’était là un blasphème. Non-seulement ils ne tenaient pas la Loi pour abolie, mais ils l’observaient avec un redoublement de ferveur. Ils regardaient la circoncision comme obligatoire, célébraient le sabbat en même temps que le dimanche[36], pratiquaient les ablutions et tous les rites juifs[37]. Ils étudiaient l’hébreu avec soin[38] et lisaient la Bible en hébreu. Leur canon était le canon juif ; déjà peut-être ils commençaient à y faire des retranchements arbitraires[39].

Leur admiration pour Jésus était sans bornes ; ils le qualifiaient de prophète de vérité par excellence, de Messie, de fils de Dieu, d’élu de Dieu ; ils croyaient à sa résurrection, mais ne sortaient pas pour cela de l’idée juive selon laquelle un homme-Dieu est une monstruosité. Jésus, dans leur pensée, était un simple homme, fils de Joseph, né dans les conditions ordinaires de l’humanité, sans miracle[40]. C’est tardivement qu’ils expliquèrent sa naissance par une opération du Saint-Esprit[41]. Quelques-uns admettaient que, le jour où il fut adopté par Dieu, l’Esprit divin ou le Christ était descendu en lui sous la forme visible d’un colombe[42], si bien que Jésus ne fut fils de Dieu et oint du Saint-Esprit qu’à partir de son baptême[43]. D’autres, se rapprochant plus encore des conceptions bouddhiques, pensaient qu’il était arrivé à la dignité de Messie et de fils de Dieu par sa perfection, par des progrès successifs[44], par son union avec Dieu, et surtout en faisant le tour de force d’observer toute la Loi. À les entendre, Jésus seul avait résolu ce problème difficile. Quand on les poussait, ils avouaient que tout autre homme qui pourrait en faire autant obtiendrait le même honneur. Ils s’efforçaient en conséquence, dans leurs récits sur la vie de Jésus, de le montrer accomplissant la Loi tout entière ; ils lui mettaient, à tort ou à raison, dans la bouche ces mots : « Je suis venu, non abolir la loi, mais l’accomplir[45]. » Plusieurs, enfin, portés vers les idées gnostiques et cabbalistes, voyaient en lui un grand archange[46], le premier de ceux de son ordre, être créé à qui Dieu avait donné pouvoir sur toutes les choses créées et qu’il avait chargé spécialement d’abolir les sacrifices.

Leurs églises s’appelaient « synagogues », leurs prêtres, « archisynagogues »[47]. Ils s’interdisaient l’usage de la chair[48] et pratiquaient toutes les abstinences des hasidim, abstinences qui firent, comme on sait, la plus grande partie de la sainteté de Jacques, frère du Seigneur. Ce Jacques était pour eux la perfection de la sainteté[49]. Pierre aussi obtenait tous leurs respects[50]. C’est sous le nom de ces deux apôtres qu’ils mettaient leurs révélations apocryphes[51]. Au contraire, il n’y avait malédiction qu’ils ne prononçassent contre Paul. Ils l’appelaient « l’homme de Tarse », « l’apostat » ; ils racontaient sur lui les histoires les plus ridicules ; ils lui refusaient le titre de juif, et prétendaient que, soit du côté de son père, soit du côté de sa mère, il n’avait eu pour ascendants que des païens[52]. Un juif véritable parlant de l’abrogation de la Loi leur paraissait une impossibilité absolue.

Nous verrons bientôt une littérature sortir de cet ordre d’idées et de passions. Les bons sectaires de Kokaba tournaient obstinément le dos à l’Occident, à l’avenir. Leurs yeux étaient toujours dirigés vers Jérusalem, dont ils espéraient sans doute la miraculeuse restauration. Ils l’appelaient « la maison de Dieu », et, comme ils se tournaient vers elle dans la prière, on devait croire qu’ils lui avaient voué une espèce d’adoration[53]. Un œil pénétrant aurait pu dès lors apercevoir qu’ils étaient en train de devenir des hérétiques, et qu’un jour ils seraient traités de profanes dans la maison qu’ils avaient fondée.

Une différence totale séparait, en effet, le christianisme des nazaréens, des ébionim, des parents de Jésus, de celui qui triompha plus tard. Pour les continuateurs immédiats de Jésus, il s’agissait non de remplacer le judaïsme, mais de le couronner par l’avènement du Messie. L’Église chrétienne n’était pour eux qu’une réunion de hasidim, de véritables Israélites, admettant un fait qui, pour un juif non sadducéen, devait paraître fort possible : c’est que Jésus, mis à mort et ressuscité, était le Messie, qui dans un bref délai devait venir prendre possession du trône de David et accomplir les prophéties. Si on leur eût dit qu’ils étaient des déserteurs du judaïsme, ils se fussent sûrement récriés, et eussent protesté qu’ils étaient les vrais juifs, les héritiers des promesses. Renoncer à la loi mosaïque eût été, d’après leur manière de voir, une apostasie ; ils ne songeaient pas plus à s’en affranchir qu’à en délivrer les autres. Ce qu’ils croyaient inaugurer, c’était le triomphe complet du judaïsme, et non une religion nouvelle, abrogeant celle qui avait été promulguée sur le Sinaï.

Le retour à la ville sainte leur était interdit ; mais, comme ils espéraient que les empêchements ne dureraient pas, les membres importants de l’Église réfugiée continuaient à faire corps ensemble, et s’appelaient toujours l’Église de Jérusalem[54]. Dès l’époque du séjour à Pella[55], on donna un successeur à Jacques, frère du Seigneur, et naturellement on choisit ce successeur dans la famille du maître. Rien de plus obscur que tout ce qui touche à ce rôle des frères et des cousins de Jésus dans l’Église judéo-chrétienne de Syrie[56]. Certains indices[57] feraient croire que Jude, frère du Seigneur et frère de Jacques, fut quelque temps chef de l’Église de Jérusalem. Il n’est pas facile de dire quand ni dans quelles circonstances. Celui que toute la tradition désigne comme ayant été le successeur immédiat de Jacques sur le siège de Jérusalem est Siméon, fils de Clopas[58]. Tous les frères de Jésus, vers l’an 75, étaient probablement morts. Jude avait laissé des enfants et des petits-enfants[59]. Pour des motifs que nous ignorons, ce ne fut pas dans la descendance des frères de Jésus qu’on prit le chef de l’Église. On suivit le principe de l’hérédité orientale. Siméon, fils de Clopas, était probablement le dernier des cousins germains de Jésus qui vécût encore. Il pouvait avoir vu et entendu Jésus dans son enfance[60]. Quoique l’on fût au delà du Jourdain, Siméon se considéra comme chef de l’Église de Jérusalem, et comme l’héritier des pouvoirs singuliers que ce titre avait conférés à Jacques, frère du Seigneur.

Les plus grandes incertitudes règnent sur le retour de l’Église exilée (ou plutôt d’une partie de cette Église) dans la ville, à la fois coupable et sainte, qui avait crucifié Jésus et devait néanmoins être le siège de sa gloire future. Le fait du retour n’est pas douteux[61] ; mais l’époque où il s’effectua est inconnue. À la rigueur, on pourrait en reculer la date jusqu’au moment où Adrien décida la reconstruction de la ville, c’est-à-dire jusqu’à l’an 122[62]. Il est plus probable cependant que la rentrée des chrétiens eut lieu peu de temps après la complète pacification de la Judée. Les Romains se relâchèrent sans doute de leur sévérité pour des gens aussi paisibles que les disciples de Jésus. Quelques centaines de saints pouvaient bien demeurer sur le mont Sion, dans ces maisons que la destruction avait respectées[63], sans que pour cela la ville cessât d’être considérée comme un champ de ruines et de désolation. La légion 10e Fretensis, à elle seule, devait former autour d’elle un certain groupe de population. Le mont Sion, comme nous l’avons déjà dit, faisait une exception dans l’aspect général de la ville. Le Cénacle des apôtres[64], plusieurs autres constructions et en particulier sept synagogues, restées debout comme des masures isolées, et dont une se conserva jusqu’au temps de Constantin, étaient presque intactes, et rappelaient ce verset d’Isaïe : « La fille de Sion est délaissée comme une cabane dans une vigne[65] ». C’est là, on peut le croire, que se fixa la petite colonie chrétienne qui fit la continuité de l’Église de Jérusalem. On peut aussi supposer, si l’on veut, qu’elle résida dans une de ces bourgades de juifs, voisines de Jérusalem, telles que Béther, qu’on identifiait idéalement avec la ville sainte[66]. En tout cas, cette Église du mont Sion fut, jusqu’au temps d’Adrien, bien peu nombreuse. Le titre de chef de l’Église de Jérusalem paraît n’avoir été qu’une sorte de pontificat honorifique, une présidence d’honneur, n’impliquant pas une vraie charge d’âmes. Les parents de Jésus, en particulier, semblent être restés pour la plupart au delà du Jourdain.

L’honneur de posséder dans leur sein des personnages aussi marquants inspirait aux Églises de Batanée un orgueil extraordinaire[67]. Il est probable qu’au moment du départ de l’Église de Jérusalem pour Pella, quelques-uns des « Douze », c’est-à-dire des apôtres choisis par Jésus, Matthieu par exemple, vivaient encore et firent partie de l’émigration[68]. Certains des apôtres pouvaient être plus jeunes que Jésus, et par conséquent n’être pas fort âgés à l’époque où nous sommes[69]. Les données que nous avons sur les apôtres sédentaires, sur ceux qui restèrent en Judée et n’imitèrent pas l’exemple de Pierre et de Jean, sont si incomplètes, qu’on ne peut cependant l’affirmer. « Les Sept », c’est-à-dire les diacres choisis par la première Église de Jérusalem, étaient aussi sans doute morts ou dispersés. Les parents de Jésus héritèrent de toute l’importance qu’avaient eue les élus du fondateur, ceux du premier Cénacle. De l’an 70 à l’an 110 environ, ils gouvernent réellement les Églises transjordaniques, et forment une sorte de sénat chrétien[70]. La famille de Clopas surtout jouissait dans ces cercles pieux d’une autorité universellement reconnue[71].

Ces parents de Jésus étaient des gens pieux, tranquilles, doux, modestes, travaillant de leurs mains[72], fidèles aux plus sévères principes de Jésus sur la pauvreté[73], mais en même temps juifs très-exacts, mettant le titre d’enfant d’Israël avant tout autre avantage[74]. On les révérait fort et on leur donnait un nom (peut-être maraniin ou moranoïé) dont l’équivalent grec était δεσπόσυνοι. Déjà, depuis longtemps, sans doute même du vivant de Jésus, on avait du supposer que Jésus descendait de David[75], puisqu’il était reçu que le Messie serait de la race de David. L’admission d’une telle descendance pour[76] Jésus l’impliquait pour sa famille. Ces bonnes gens en étaient fort préoccupés et un peu vaniteux[77]. Nous les voyons sans cesse occupés à construire des généalogies qui rendissent vraisemblable la petite fraude dont la légende chrétienne avait besoin. Quand on était trop embarrassé, on se réfugiait derrière les persécutions d’Hérode, qui, prétendait-on, avait détruit les livres généalogiques. Aucun système arrêté ne prit le dessus à cet égard. Tantôt on soutenait que le travail avait été fait de mémoire, tantôt qu’on avait eu pour le construire des copies des anciennes chroniques. On avouait qu’on avait fait « le mieux qu’on avait pu » [78]. Deux de ces généalogies nous sont parvenues, l’une dans l’Évangile dit de saint Matthieu, l’autre dans l’Évangile de saint Luc, et il paraît qu’aucune d’elles ne satisfaisait les ébionim, puisque leur Évangile ne les contenait pas, et qu’il y eut toujours contre ces généalogies une forte protestation dans les Églises de Syrie[79].

Ce mouvement, tout inoffensif qu’il était en politique, excita des soupçons. Il semble que l’autorité romaine eut plus d’une fois l’œil ouvert sur les descendants vrais ou prétendus de David[80]. Vespasien avait entendu parler des espérances que les Juifs fondaient sur un représentant mystérieux de leur antique race royale[81]. Craignant qu’il n’y eût là un prétexte pour de nouveaux soulèvements, il fit, dit-on, rechercher tous ceux qui semblaient appartenir à cette lignée ou qui s’en targuaient. Cela donna lieu à beaucoup de vexations, qui peut-être atteignirent les chefs de l’Église de Jérusalem réfugiés en Batanée[82]. Nous verrons ces poursuites reprises avec beaucoup plus de rigueur sous Domitien.

L’immense danger que renfermaient pour le christianisme naissant ces préoccupations de généalogies et de descendance royale n’a pas besoin d’être démontré. Une sorte de noblesse du christianisme était en voie de se former. Dans l’ordre politique, la noblesse est presque nécessaire à l’État, la politique ayant trait à des luttes grossières, qui en font une chose plus matérielle qu’idéale. Un État n’est bien fort que quand un certain nombre de familles, par privilège traditionnel, ont pour devoir et pour intérêt de suivre ses affaires, de le représenter, de le défendre. Mais, dans l’ordre de l’idéal, la naissance n’est rien : chacun y vaut en proportion de ce qu’il découvre de vérité, de ce qu’il réalise de bien. Les institutions qui ont un but religieux, littéraire, moral, sont perdues, quand les considérations de famille, de caste, d’hérédité, viennent à y prévaloir. Les neveux et les cousins de Jésus eussent causé la perte du christianisme, si déjà les Églises de Paul n’avaient eu assez de force pour faire contre-poids à cette aristocratie, dont la tendance eût été de se proclamer seule respectable et de traiter tous les convertis en intrus. Des prétentions analogues à celles des Alides dans l’islam se fussent produites. L’islamisme eût certainement péri sous les embarras causés par la famille du Prophète, si le résultat des luttes du ier siècle de l’hégire n’eût été de rejeter sur un second plan tous ceux qui avaient tenu de trop près à la personne du fondateur. Les vrais héritiers d’un grand homme sont ceux qui continuent son œuvre, et non ses parents selon le sang. Considérant la tradition de Jésus comme sa propriété, la petite coterie des nazaréens l’eût sûrement étouffée. Heureusement ce cercle étroit disparut de bonne heure ; les parents de Jésus furent bientôt oubliés au fond du Hauran. Ils perdirent toute importance et laissèrent Jésus à sa vraie famille, à la seule qu’il ait reconnue, à ceux qui « entendent la parole de Dieu et qui la gardent » [83]. Beaucoup de traits des Évangiles, où la famille de Jésus est présentée sous un jour défavorable[84], peuvent venir de l’antipathie que les prétentions nobiliaires des desposyni ne manquèrent pas de provoquer autour d’eux.

  1. Voir l’Antechrist, p. 295 et suiv.
  2. Ibid., p. 408, 410.
  3. Carm. sib., V, 146-153.
  4. Voir l’Antechrist, p. 401.
  5. Hégésippe (judéo-chrétien), dans Eus., H. E., II, xxiii, 18. Il fallait que cette idée fût bien répandue pour que Mara, fils de Sérapion, qui n’était, ce semble, pas chrétien, l’ait adoptée (Cureton, Spicil. syr., p. 73-74). Cet auteur appartient, selon nous, à la seconde moitié du IIe siècle.
  6. Matth., xxiv, 22 ; Marc, xiii, 20 ; Épître de Barnabé, 4. Cf. Vie de Jésus, 13e édit. et suiv., p. xlii, note 4 ; l’Antechrist, p. 294, 295.
  7. Θλῖψις μεγάλη, hébr. sara guedola.
  8. Ps. xcv, 7 et suiv.
  9. Hébr., iii, 7 et suiv. Cf. Saint Paul, p. lxi.
  10. Apoc., xii, 14.
  11. Voir l’Antechrist, p. 296-297.
  12. Jos., Ant., XX, vii, 1.
  13. Voir Waddington, Inscr. grecques de Syrie, nos 2112, 2135, 2211, 2303, 2329, 2364, 2365, surtout le no 2329. Cf. les Apôtres, p. 188.
  14. Aujourd’hui Tell Aschtéreh.
  15. Aujourd’hui Deraat.
  16. Κωκάϐα, Χωχάϐα, Κωχάϐα. Jules Africain, dans Eusèbe, H. E., I, vii, 14 ; Eusèbe, Onomast., au mot Χωϐά ; Épiphane, hær. xviii, 1 ; xix, 1-2 ; xxix, 7 ; xxx, 2, 18 ; xl, 1 ; liii, 1. Les passages d’Épiphane, qui avait voyagé dans ces contrées, fixent le site de Kokaba avec beaucoup de précision, et rectifient les inexactitudes de Jules Africain et d’Eusèbe. C’est bien à tort qu’on a supposé qu’il s’agissait ici de Kokab, à quatre lieues au sud-ouest de Damas. Épiph., xxx, 2, 18 ; xl, 1, s’y opposent ; d’ailleurs, cette localité ne faisait pas partie de la Batanée. Encore moins faut-il songer aux nombreux villages du nom de Kokab situés à l’ouest de l’Antiliban et du Jourdain, et au Khoba de Gen., xiv, 15. Kruse (Commentare zu Seetzen’s Reisen, p. 13, 23, 36, 37, 139, 140 ; cf. p. xvii, xviii, xix) identifie notre Kokaba avec Ktébé ou Koteibé. On pourrait aussi songer à Hibbé, à deux lieues au sud de Ktébé. Voir les cartes de van De Velde et de Wetzstein.
  17. Voyez ci-dessus, p. 25.
  18. En grec πτωχοί. Voir Vie de Jésus, p. 189, 13e édit. et suiv.
  19. Matth., v, 3 ; Luc, vi, 20.
  20. Matth., xi, 5 ; Luc, iv, 18.
  21. Épiph., xxx, 17.
  22. Gal., ii, 10 ; Act., xi, 29 ; Rom., xv, 25, 26.
  23. Jac., ii, 5, 6.
  24. Voir surtout Ps. ix, 19 ; xl, 18 ; lxx, 6 ; lxxxvi, 1 ; cvii, 41 ; cix, 22 ; cxiii, 7 ; Amos., ii, 6.
  25. Passage des Psaumes précités ; Isaïe, xxv, 4 ; xxvi, 6 ; xli, 17 ; Jérémie, xx, 13. Il en était de même des mots dal et ani ou anav. Voir Ps. ix-x et Vie de Jésus, p. 188, 13e édit. et suiv.
  26. Gal., vi, 16.
  27. Épiphane, hær. xxx, 18.
  28. Voir Vie de Jésus, p. 189. Ajoutez à la liste des Pères qui ont cru à l’existence d’un Ébion, Victorin de Pettau, Bibl. max. Patrum (Lugd.), III, p. 418, et l’interpolateur d’Ignace, ad Philad., § 6. Le raisonnement d’Hégésippe (dans Eus., H. E., IV, xxii, 5) explique cette erreur. C’est ainsi qu’Hégésippe lui-même suppose un Masbothée pour expliquer les masbothéens.
  29. Voir les Apôtres, p. 235.
  30. Épiph., hær. xxix, 1, 4, 5, 6 ; Jules Africain, dans Eus., H. E., I, vii, 14. C’est par confusion et faute de connaître l’orthographe hébraïque que l’on a cru voir une relation entre ce mot et l’ascétisme des nazirs.
  31. Voir l’Antechrist, p. 278.
  32. Gal., ii, 10.
  33. Cela ne s’observe pas avant saint Épiphane.
  34. Origène, De princ., IV, 22 (Opp., I, 183) Contre Celse, II, 1 ; Philocalie d’Orig., I, 17 ; Eusèbe, H. E., III, xxvii, 6 ; l’interpolateur d’Ignace ad Phil., § 6 ; Épiph., xxx, 17.
  35. Épiphane, hær. xxix et xxx, et Resp. ad Acac. et Paul., sub fin. L’identité primitive des ébionim et des nazaréens est entrevue par Épiphane, hær. xxx, 1, 2 ; puis il la méconnaît. Rien de plus confus que le système de ce Père, égaré par son fanatisme orthodoxe. Ailleurs il admet des nazaréens purement juifs (hær. xviii) ; les rapprochements qu’il fait entre eux et les ossènes (hær. xix) sont superficiels. Il ne veut à aucun prix que les sectaires judaïsants, qu’il déteste, soient la descendance directe de la famille et des vrais disciples de Jésus. Le passage de Jules Africain, dans Eusèbe, H. E., I, vii, 14, malgré ses inexactitudes, associe les nazaréens, Kokaba et les parents de Jésus. Kokaba était le séjour commun de trois catégories de personnes, au fond identiques : les nazaréens, les ébionim et les δεσπόσυνοι. Les rapprochements qu’on a faits entre les nazaréens et les nosaïris ou ansariés sont sans fondement.
  36. Eusèbe, H. E., III, 27.
  37. Justin, Dial. cum Tryph., 47, 48 ; Iréoée, I, xxvi, 2 ; III, xxi, 1 ; IV, xxxiii, 4 ; Tertullien, Præscr., 33 ; De carne Christi, 14 ; Origène, Adv. Celsum, I, 2 ; V, 61, 65 ; De principiis, l. IV, c. 22 ; Philosophumena, VII, 8, 34 (comp. ce qui regarde Théodote, copiste des ébionites, ibid., VII, 35) ; X, 22 ; Constitutions apostoliques, VI, 6 ; Eusèbe, H. E., III, 27 ; VI, 17 ; Épiphane, hær. xviii, 1 ; xxix, 5, 7, 8, 9 ; xxx, 2, 3, 13, 16, 17, 18, 21, 32 ; Théodoret, Hæret. fab., II, 1 ; Philastre, De hær., 8 ; saint Jérôme, Sur Isaïe, i, 12 ; viii, 14 ; ix, 1 ; xxix, 20 ; Sur saint Matthieu, prol. ; De viris ill., c. 3 ; Lettre à saint Augustin, 89 (74), Martianay, IV, 2e partie, col. 617 et suiv., et réponse de saint Augustin, ibid., p. 630 et suiv.
  38. Hégésippe, dans Eus., H. E., IV, xxii, 7.
  39. Épiph., hær. xxx, 18.
  40. Épiph., xxx, 2, 3.
  41. Épiph., xxx, 3, 13, 14, 16, 34 ; Eusèbe, H. E., III, 27 ; Origène, Contre Celse, l. c. ; Théodoret, l. c.
  42. Épiph., xxx, 16 ; Évang. des Hébr., Hilgenfeld, p. 15, 21.
  43. Évang. des Hébr., Hilg., p. 15, 16.
  44. Κατὰ προκοπήν. Épiph., xxx, 18 ; Eusèbe, H. E., III, xxvii, 2. Cf. Ἰησοῦς προέκοπτεν, Luc, ii, 52. Paul de Samosate se servait de la même expression (ἐκ προκοπῆς), Saint Athanase, De synod., 4 (Opp., t. I, 2e partie, p. 739). Cf. Justin, Dial., 47 (ἐκλογή).
  45. Évang. des Hébreux, p. 16, 21, 22.
  46. Épiph., XXX, 3, 16 ; Hermas, Pasteur, Simil. v, 4 ; viii, 1, 2 ; ix, 12 ; x, 1, 4 ; Maud. v, 1, etc. La formule ΧΜΓ, fréquente surtout en Syrie, paraît devoir se résoudre en Χριστὸς, Μιχαὴλ, Γαϐριήλ, et appartenait peut-être aux judéo-chrétiens. Voir Waddington, Inscr. gr. de Syrie, nos  2145, 2660, 2663, 2665, 2674, 2691 ; Mission de Phénicie p. 592-593 ; de Rossi, Bull. di archeol. crist., 2e série, t. I (1870), p. 8-31, 115-121.
  47. Épiph., xxx, 18. Ce fut un usage général dans la Syrie, même chez les sectes les moins judaïsantes. Συναγωγὴ Μαρκιωνιστῶν à Deïr-Ali, à une journée au sud de Damas (Waddington, Inscr. de Syrie, n° 2558, daté de l’an 318). Comparez كنيست pour כנסת. Il en fut de même en Égypte. V. Zoega, Catal. cod. copt. Mus. Borg., p. 380, ligne 19 ; 393, l. 21 ; 398, l. 10 ; 399, l. 12.
  48. Épiph., xviii, 1 ; xxx, 15, 18.
  49. Épiph., xxx, 2, 16 ; Homélies pseudo-clémentines, lettres préliminaires.
  50. Épiph., xxx, 15, 21.
  51. Épiph., xxx, 16 ; Homélies pseudo-clém., lettres prélim. ; Sacy, Chrest. arabe, I, p. 306, 346.
  52. Irénée, I, xxvi, 2 ; III, xv, 1 ; Eusèbe, H. E., III, 27 ; Épiph., xxx, 17, 25 ; Théodoret, Hæret. fab., II, 1 ; saint Jérôme, In Matth., xii, init. Cf. Saint Paul, p. 299 et suiv.
  53. Irénée, I, xxvi, 2.
  54. C’est ainsi que, de nos jours, le patriarche des maronites, dans le Liban, s’appelle toujours « patriarche d’Antioche », quoique les maronites aient quitté Antioche depuis des siècles.
  55. Eusèbe, H. E., III, 1. Cf. Chron., an 7 de Néron. La contradiction entre ces deux textes n’est qu’apparente. Le second fait est donné par anticipation.
  56. Voir l’Appendice à la fin du volume.
  57. Surtout l’épisode raconté par Hégésippe, dans Eusèbe, H. E., III, 32. Notez αἱρετικῶν τινες dans Eus., III, xix, et III, xxxii, 2, 3, 6, impliquant une confusion de Juda et de Siméon (v. ci-après, p. 493). L’épiscopat de Siméon est bien long, s’il commença vers 72 ; Hégésippe est obligé de donner 120 ans de vie à ce personnage (Eus., III, xxxii, 3). Eusèbe avoue que la liste des évêques de Jérusalem avait peu d’authenticité (H. E., IV, 5). Cette liste (elle se retrouve dans la Chronique d’Eusèbe, à l’année 7 d’Adrien, et dans Samuel d’Ani) a peu de vraisemblance. De 33 à 105, Jérusalem aurait eu deux évêques ; de 105 à 122, elle en aurait eu treize.
  58. Hégésippe, dans Eusèbe, H. E., III, xxxii, 3, 6 ; IV, xxii, 4 ; Eusèbe, III, 11, 22, 35 ; IV, 5 ; Eus., Chron., à l’an 7 de Néron ; Constit. apost., VII, 46.
  59. Hégésippe, dans Eusèbe, III, 19, 20. Voir l’Appendice à la fin du volume.
  60. Eusèbe l’affirme (H. E., III, 32), et l’âge de 120 ans qu’Hégésippe prête à Siméon au moment de sa mort (dans Eus., ibid.) rendrait la chose toute simple, si cette longévité était admissible. Il est probable que Clopas était plus jeune que son frère Joseph, et que ses fils étaient en moyenne plus jeunes que Jésus et ses frères. On en a la certitude pour Jacques, qui paraît avoir été l’aîné des Cléophides, et qu’on surnomma ὁ μικρός pour le distinguer de son cousin germain du même nom.
  61. Épiph., De mensuris, c. 14, 15. Le passage de Matth., xxvii, 8, et celui d’Hégésippe, dans Eusèbe, II, xxiii, 18, supposent chez les chrétiens une connaissance familière de Jérusalem après le siège de Titus.
  62. L’argument qui milite en faveur de cette opinion, c’est qu’Adrien trouva la ville ἠδαφισμένην, à l’exception d’un petit nombre d’οἰκίσματα qu’Épiphane énumère. Mais ἠδαφισμένην reste d’une exactitude suffisante, en supposant que la population chrétienne qui revint ne fut pas fort nombreuse et vécut retirée dans un coin des ruines. Les textes d’Eusèbe (Démonstr. évang., III, v. p. 124 ; H. E., III, xxxv) sur la continuité de l’Église de Jérusalem jusqu’à la guerre d"Adrien ne s’expliquent pas sans un retour partiel. Un in partibus trop prolongé se comprendrait difficilement.
  63. Épiphane, l. c. Cf. saint Jérôme, Epist. ad Dard., Opp., t. II, p. 610, édit. Martianay.
  64. Cf. saint Cyrille de Jér., Catech. xvi, 4 ; Vogüé, les Églises de terre sainte, p. 323.
  65. Isaïe, I, 8.
  66. Ainsi Eusèbe considère la πολιορκία de Béther comme une πολιορκία de Jérusalem (voir Revue hist., t. II, p. 112 et suiv.). Le martyrologe romain (7 kal. oct.) fait mourir Cléophas à Emmaüs (Nicopolis) ; mais cela vient d’une confusion : cf. Luc, xxiv, 13, 18.
  67. Eus., H. E., III, 11, 19, 20, 32.
  68. Hégésippe, dans Eus., H. E., III, 32, le suppose, mais sans précision. Eusèbe, H. E., III, 11 ; Démonstr. évang., VI, xviii, p. 287, le suppose également.
  69. Matth., xvi, 28 ; Marc, ix, 1.
  70. Hégésippe, dans Eus., H. E., III, xx, 8.
  71. Le même, ibid., III, xxxii, 6.
  72. Le même, ibid., III, 20.
  73. Évang. des Hébr., Hilg., p. 16, 17, 25 ; Recognit., II, 29.
  74. Saint Jacques en fut l’idéal. Voir l’épître attribuée à ce dernier. Cf. l’Antechrist, ch. iii.
  75. Voir Vie de Jésus, p. 246 et suiv. En 58, la légende était sûrement déjà formée. Cf. Rom., I, 3 ; Hebr., vii, 14 ; Apoc., v, 5. Notez Marc, x, 47, 48 ; xi, 10.
  76. La préoccupation de la race de David est assez vive vers l’an 100. Talm. de Jér., Kilaïm, ix, 3 (Derenbourg, p. 349).
  77. Φανητιῶντες (Jules Afr., dans Eus., H. E., I, vii, 11).
  78. Εἰς ὅσον ἐξικνοῦντο. Jules Afr., dans Eus., H. E., I, vii, 14.
  79. Voir Vie de Jésus, p. 250. L’origine royale de Jésus est admise des juifs dès le commencement du IIIe siècle. Talm. de Bab., Sanhédrin, 43 a (cf. Derenbourg, p. 349, note 2).
  80. Voir Vie de Jésus, p. 246-247 (13e édition et suiv.).
  81. Voir l’Antechrist, p. 490 et suiv.
  82. Eusèbe, H. E., III, 12, d’après Hégésippe ; Orose, VII, 10. Cf. Eus., H. E., III, 19, 20, 32.
  83. Luc, xi, 28.
  84. Voir Vie de Jésus, p. 139, 160.