Les 120 Journées de Sodome/Introduction

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Les guerres considérables que Louis XIV eut à soutenir pendant le cours de son règne, en épuisant les finances de l’état et les facultés du peuple trouvèrent pourtant le secret d’enrichir une énorme quantité de ces sangsues toujours à la suite des calamités publiques qu’ils font naître au lieu d’ap[p]aiser, et cela pour être à même d’en profiter avec plus d’avantage ; la fin de ce règne si sublime d’ailleurs, est peut-être une des époques de l’empire françois, où l’on fit le plus de ces fortunes obscures, qui n’éclatent que par un luxe et des débauches aussi sourdes qu’elles. C’était vers la fin de ce règne, et peu avant que le régent eût envoyé par ce fameux tribunal comme fous les hommes de chambre de justice, de faire rendre gorge à cette multitude de traîtres, — que quatre entre eux imaginèrent la singulière partie de débauche, dont nous allons rendre compte. Ce serait à tort que l’on imaginerait que les voleurs seuls s’étaient occupé[s] de cette maltôte, elle avait à sa tête de très grands seigneurs. Le duc de Blangis et son frère l’évêque de… qui tous deux y avaient fait des fortunes immenses, sont des preuves incontestables que la noblesse ne négligeait pas plus que les autres les moyens de s’enrichir par cette voie ; car deux illustres personnages intimement liés et de plaisirs et d’affaires avec le célèbre Durcet et le président de Curval furent les premiers qui imaginèrent la débauche dont nous écrivons l’histoire, et l’ayant communiqué à ces deux amis tous quatre composèrent les acteurs de ces fameux orgies.1) Depuis plus de six ans ces quatre libertins qu’unissait une conformité de richesse et de goûts avaient imaginé de resserrer leurs liens par des alliances, où la débauche avait bien plus de part qu’aucun des autres motifs, qui fondent ordinairement ces liens — voici quels avaient été leurs arrangements. Le duc de Blangis, veuf de trois femmes, de l’une des quelles il lui restait deux filles, ayant reconnu que le président de Curval avait quelque envie d’épouser l’aînée de ces filles, malgré les familiarités qu’il savait très bien que son père s’était permises avec elle, le duc, dis-je, imaginait tout d’un coup cette triple alliance : — „Vous voulez Julie pour épouse,“ dit-il à Curval, „je vous la donne, sans balancer, et je ne mets qu’une condition, c’est que vous n’en serez pas jaloux, qu’elle continuera, quoique votre femme, à avoir pour moi les mêmes complaisances qu’elle a toujours eu ; et de plus que vous vous joindrez à moi pour déterminer notre ami commun Durcet de me donner sa fille Constance, pour laquelle, je vous avoue, que j’ai conçu à peu près les mêmes sentiments que vous avez formé pour Julie.“ — „Mais,“ dit Curval, „vous n’ignorez pas sans doute, que Durcet, aussi libertin que vous, —“ „Je sais tout ce qu’on peut savoir,“ reprit le duc, „est-ce à notre âge et avec notre façon de penser, que des choses comme cela arrêtent ? Croyez-vous que je veuille une femme pour en faire ma maîtresse, je la veux, pour servir mes caprices, pour voiler, pour couvrir une infinité de petites débauches secrètes que le manteau de l’hymen enveloppe à merveille, en un mot je la veux, comme vous voulez ma fille, croyez-vous que j’ignore et votre but et vos désirs, nous autres libertins, nous prenons des femmes pour être nos esclaves, leur qualité d’épouse nous les rend plus soumises que des maîtresses, et vous savez, de quel prix est le despotisme dans les plaisirs que nous goûtons.“ — Sur ces entrefaits Durcet entra, les deux amis lui rendirent compte de leur conversation et le traitant, enchanté d’une ouverture, qui le mettait à même d’avouer les sentiments qu’il avait également conçu pour Adélaïde, fille du président, accepta le duc pour son gendre aux conditions qu’il deviendrait celui de Curval. Les trois2) mariages ne tardèrent pas à se conclure, les dots furent immenses et les clauses égales, le président aussi coupable que ses deux amis, avait sans dégoûter Durcet, avoué son petit commerce secret avec sa propre fille, au moyen de quoi les trois2) pères voulant chacun conserver leurs droits, convinrent pour les étendre encore d’avantage, que les trois jeunes personnes, uniquement liées de bien et de nom à leurs époux, n’ap[p]artiendraient relativement au corps pas plus à l’un des trois amis qu’à l’autre, et également à chacun deux, sous peine des punitions les plus sévères, si elles s’avisaient d’enfreindre aucune des clauses auxquelles on les assujettissait. On était à la veine de conclure, lorsque l’évêque déjà lié de plaisirs avec les deux amis de son frère, proposa de mettre un quatrième sujet dans l’alliance, si on voulait le laisser participer aux 3 autres. Ce sujet, la seconde fille du duc et par conséquence sa nièce, lui ap[p]artenait de bien plus près encore qu’on ne l’imaginait, il avait eu des liaisons avec sa belle-sœur, où les deux frères savaient à n’en pouvoir douter, que l’existence de cette jeune personne qui se nommait Aline était bien plus certainement due à l’évêque qu’au duc ; l’évêque qui s’était dès le berceau chargé du soin d’Aline ne l’avait pas, comme on imagine bien, vu arriver à l’âge des charmes sans en vouloir jouir, ainsi il était sur ce point l’égal de ses confrères et l’effet qu’il proposait dans ce commerce avait le même degré d’avarice et de dégradation, mais comme ses attraits et sa tendre jeunesse l’emportaient encore sur ces trois compagnes, on ne balança point à accepter le marché. L’évêque comme les trois autres céda, en conservant ses droits, et chacun de nos quatre personnages ainsi liés se trouva donc mari de quatre [jolies] femmes.3) Il s’ensuivit donc de cet arrangement, qu’il est à propos de récapituler pour la facilité du lecteur, que le duc, père de Julie, devint l’époux de Constance, fille de Durcet ; que Durcet, père de Constance, devint l’époux d’Adélaïde, fille du président, que le président, père d’Adélaïde, devint l’époux de Julie, fille aînée du duc, et que l’évêque, oncle et père d’Aline devint l’époux des trois autres en cédant cette Aline à ses amis, aux droits près qu’il continuait de se réserver sur elle. On fut à une terre superbe du duc située dans le Bourbonnais célébrer ces heureuses noces, et je laisse au lecteur à penser les orgies, qui s’y4) firent, la nécessité d’en peindre d’autres, nous interdit le plaisir, que nous aurions de peindre celle-ci. À leur retour l’association de nos quatre amis n’en devint que plus stable, et comme il importe de les faire bien connaître, un petit détail de leurs arrangements lubriques servira, ce me semble, à répandre du jour sur les caractères de ces débauchés en attendant que nous les reprenions chacun à leur tour séparément pour les mieux développer encore. — La société avait fait une bourse commune qu’administrait tour à tour l’un d’eux pendant six mois, mais les fonds de cette bourse qui ne devait servir qu’aux plaisirs, étaient immenses. Leur excessive fortune5) leur permettait des choses très singulières sur cela, et le lecteur ne doit point s’étonner, quand on lui dira qu’il y avait deux millions par an affectés aux seuls plaisirs de la bonne chère et de la lubricité. — Quatre fameuses maquerelles pour les femmes, et un pareil nombre de mercures pour les hommes n’avaient d’autre soin que de leur chercher et dans la capitale et dans les provinces, tout ce qui dans l’un et dans l’autre genre pouvait le mieux assouvir leur sensualité. — On faisait régulièrement ensemble quatre soupers par semaine, dans quatre différentes maisons de campagne, situées à quatre extrémités différentes de Paris.6) Le premier de ces soupers uniquement destiné aux plaisirs de la sodomie, n’admettait uniquement que des hommes ; on y voyait régulièrement 16 jeunes gens de 20 à 30 ans dont les facultés immenses faisaient goûter à nos quatre héros en qualité de femmes les plaisirs les plus sensuels, on ne les prenait qu’à la taille du membre, et il devenait presque nécessaire, que ce membre superbe fut d’une telle magnificence, qu’il n’eût jamais pu pénétrer dans aucune femme, c’était une clause essentielle et comme rien n’était épargné pour la dépense, il arrivait bien rarement qu’elle ne fut pas remplie, mais pour goûter à la fois tous les plaisirs on joignait à ces 16 maris un pareil nombre de garçons beaucoup plus jeunes et qui devaient remplir l’office de femme. Ceux-ci se prenaient depuis l’âge de 12 ans jusqu’à celui de 18, et il fallait pour y être admis une fraîcheur, une figure, des grâces, une tournure, une innocence, une candeur, bien supérieurs à tout ce que nos pinceaux pourraient peindre ; nulle femme ne pourrait être reçue à ces orgies masculines, dans lesquelles s’exécutait tout ce que Sodome et Gomorhe inventèrent jamais de plus luxurieux. — Le second souper était consacré aux filles du bon ton qui, obligées là de renoncer à leurs orgueilleux étalages et à l’insolence ordinaire de leur maintien étaient contraintes7) en raison des sommes reçues de se livrer aux caprices les plus irréguliers et souvent même aux outrages qu’il plaisaient à nos libertins de leur faire. On y en comptait communément 12, et comme Paris n’avait pas pu fournir à varier ce genre aussi souvent qu’il eût fallu, on entremêlait ces soirées-là d’autres soirées où l’on admettait uniquement dans le même nombre que des femmes comme il faut, depuis la classe des procureurs jusqu’à celle des officiers, il y a plus de quatre ou cinq mille femmes à Paris dans l’une ou l’autre de ces classes que le besoin ou le luxe oblige à faire de ces sortes de parties, il n’est question que d’être bien servi, pour en trouver et nos libertins qui l’étaient supérieurement, trouvaient souvent des miracles dans cette classe singulière ; mais on avait beau être une femme honnête, il fallait se soumettre à tout, et le libertinage qui n’admet jamais aucune borne, se trouvait singulièrement échauffé de contraindre à des horreurs et à des infamies ce qu’il semblait que la nature et la convention sociale dût soustraire à de belles épreuves. — On y venait, il fallait tout faire et comme nos quatre8) scélérats avaient tous les goûts les plus crapuleux et de la plus insigne débauche cet acquiescement essentiel à leurs désirs n’était pas une petite affaire. — Le troisième9) souper était destiné aux créatures les plus viles et les plus souillées qui pussent se rencontrer ; à qui connait les écarts de la débauche, ce raffinement paraîtra tout simple, il est très voluptueux de se vautrer, pour ains[s]i dire, dans l’ordure, avec des créatures de cette classe, on trouve là, l’abandonnement le plus complet, les crapules les plus monstrueuses, l’avilissement le plus entier et les plaisirs comparés à ceux qu’on a goûtés la veille ou aux créatures distinguées qui nous les ont fait goûter, jettent un grand sel et sur l’un et sur l’autre excès. Là, comme les débauches10) étaient plus entières, rien n’était oublié pour les rendre et nombreuses et piquantes. Il y paraissaient cent putains dans le cours de six heures et trop souvent toutes les cent ne sortaient pas entières. Mais ne précipitons rien, ce raffinement-ci a des détails où nous ne sommes pas encore. Le quatrième11) souper était réservé aux pucelles. On ne les recevait que jusqu’à 15 ans depuis 7. Leur condition était égale, il ne s’agissait que de leur figure, on la voulait charmante et de la sûreté de leur prémices, il fallait qu’ils fussent authentiques, incroyable raffinement du libertinage. Ce n’était pas qu’ils voulussent assurément cueillir toutes ces roses et comment l’eussent-ils pu, puisqu’elles étaient toujours offertes au nombre de 20 et que de nos quatre libertins deux seulement étaient en état de pouvoir procéder à cet acte, l’un des deux autres la traitant n’éprouvait plus absolument aucune érection et l’évêque ne pouvant absolument jouir que d’une façon qui peut, j’en conviens déshonorer un vierge, mais qui pourtant la laisse toujours bien entière, n’importe, il fallait que les 20 prémices y fussent et ceux qui n’étaient pas endommagés par eux devenaient devant eux la proie de certains valets aussi débauchés qu’eux et qu’ils avaient toujours à leur suite pour plus d’une raison. Indépendamment de ces quatre soupers il y en avait tous les vendredis un secret particulier, bien moins nombreux que les quatre autres, quoique peut-être infiniment plus cher. On n’admettait à celui-là [que] 412) jeunes demoiselles de condition enlevées de chez leurs parents à force de ruse et d’argent. Les femmes de nos libertins partageaient presque toujours cette débauche et leur extrême soumission, leurs soins, leurs services les rendaient toujours plus piquantes. À l’égard de la chère faite à ces soupers, il est inutile de dire que la profusion y régnait autant que la délicatesse. Pas un seul de ces repas ne coûtait moins de dix mille francs, et on y réunissait tout ce que la France et l’étranger peuvent offrir de plus rare et de plus exquis. Les vins et les liqueurs s’y trouvaient avec la même finesse et la même abondance, les fruits de toutes les saisons s’y trouvaient même pendant l’hiver et l’on peut assurer en un mot que la table du premier monarque de la terre n’était certainement pas servie avec autant de luxe et de magnificence. Revenons maintenant sur nos pas et peignons de notre mieux au lecteur chacun de ces quatre personnages en particulier, non en beau, non de manière à séduire ou à captiver, mais avec le pinceau même de la nature qui malgré tout son désordre est souvent bien sublime même alors qu’elle se déprave le plus. Car osons le dire en passant, si le crime n’a pas ce genre de délicatesse qu’on trouve dans la vertu n’est-il pas toujours plus sublime, n’a-t-il pas sans cesse un caractère de grandeur et de sublimité qui l’emporte et l’emportera toujours sur les attraits monotones et efféminés de la vertu ? Parlerez-vous de l’utilité de l’un ou de l’autre ? Est-ce à nom de scruter les lois de la nature, est-ce à nom de décider si le vice lui était aussi nécessaire que la vertu ? Elle ne nous inspire pas peut-être en raison égale du penchant à l’un ou à l’autre en raison de ses besoins respectifs. Mais poursuivons. —

Le duc de Blangis maître à 18 ans d’une fortune déjà immense et qu’il a beaucoup accru par des maltôtes depuis, éprouva tous les inconvénients qui naissent en foule autour d’un jeune homme riche, en crédit, et qui n’a rien à se refuser presque toujours dans un tel cas ; la mesure des forces devient celle des vices et on se refuse d’autant moins qu’on a plus de facilités à se prouver tout. Si le duc eût reçu de la nature quelques qualités primitives, peut-être eussent-elles balancé les dangers de sa position ; mais cette mère bizarre qui paraît quelquefois s’entendre avec la fortune, pour que celle-ci favorise dans les vices qu’elle donne à de certains êtres dont elle attend des soins très différents de ceux que la vertu suppose, et cela parce qu’elle a besoin de ceux-là comme des autres. La nature — dis-je — en destinant Blangis à ces richesses immenses lui avait précisément départi tous les mouvements, toutes les inspirations qu’il fallait, pour en abuser ; avec un esprit très noir et très méchant, elle lui avait donné l’âme la plus scélérate et la plus dure acompagnée des désordres dans les goûts et dans les caprices d’où naissait le libertinage effrayant auquel le duc était si singulièrement enclin. Infame, dur, impérieux, barbare, égoiste, également prodigue pour ses plaisirs et avare quand il s’agissait d’être utile, menteur, gourmand, ivrogne, poltron, sodomite, incestueux, meurtrier, incendiaire, voleur, pas une seule vertu ne comprenait autant de vices, que dis-je non seulement il n’en révérait aucune, mais elle(s) lui étaient toutes en horreur, et l’on lui entendait dire souvent, qu’un homme pour être véritablement homme dans le monde, devait non seulement se livrer à tous les vices, mais ne se permettre jamais une vertu, et qu’il n’était pas non seulement question de toujours mal faire, mais qu’il s’agissait même de ne jamais faire le bien. Il y a tout plein de gens, disait le duc, qui ne se portent au mal que quand leur passion les y porte, revenue de l’égarement leur âme tranquille reprend paisiblement la route de la vertu et passant ainsi leur vie de combat en erreur, et d’erreurs en remord ils finissent sans qu’il puisse devenir possible de dire précisément quelle rôle ils ont joué sur la terre. De tels êtres, continuait-il, doivent être malheureux, toujours flottants toujours indécis, leur vie entière se passe à débattre le matin ce qu’ils ont fait le soir. Bien surs de se repentir des plaisirs qu’ils goûtent, ils frémissent en se les permettant, de façon qu’ils deviennent tout à la fois, et vertueux dans le crime et criminels dans la vertu. Mon caractère plus ferme, ajoutait notre héros, ne se démentira jamais ainsi. Je ne balance jamais dans mes choix et comme je suis toujours certain de trouver le plaisir dans celui que je fais, jamais le repentir ne vient émousser l’attrait ferme dans mes principes parce que je m’en suis formé dès mes plus jeunes ans. J’agis, toujours conséquemment à eux, ils m’ont fait connaître le vide et le néant de la vertu, je la hais, et l’on ne me verra jamais revenir à elle. Ils m’ont convaincu que le vice était seul fait pour faire éprouver à l’homme cette vibration morale et physique, sources des plus délicieuses voluptés, je m’y livre, je me suis mis de bonne heure au-dessus des chimères de la religion, parfaitement convaincu que l’existence du créateur est une absurdité révoltante que les enfants ne croient mêmes plus. Je n’ai nullement besoin de contraindre mes penchants dans la vue de lui plaire, c’est de la nature que je les ai reçus les penchants et je ne l’irriterais en y résistant si elle me les a donné mauvais, c’est qu’ils devenaient ainsi, nécessaires à ses vues, je ne suis dans sa main qu’une machine qu’elle meut à son gré et il n’est pas un de mes crimes qui ne la servent, plus elle m’en conseille, plus elle en a besoin, je servis un sot de lui résister. Je n’ai donc contre moi que les lois, mais je les brave, mon or et mon crédit me mettent au-dessus de ces fléaux vulgaires, qui ne doivent frapper que le peuple. Si l’on objectait au duc, qu’il existait cependant chez tous les hommes des idées de juste et d’injuste, qui ne pouvaient être que le fruit de la nature puisqu’on les retrouvait également chez tous les peuples et même chez ceux qui n’étaient pas policés, il répondait affirmativement à cela que ces idées n’étaient jamais que relatives, que le plus fort trouvait toujours très juste ce que le plus faible regardait comme injuste et qu’en les changeant tous deux de place, tous deux en même temps changeaient également de façon de penser, d’où il concluait qu’il n’y avait de réellement juste que ce qui faisait plaisir et d’injuste que ce qui faisait de la peine, qui à l’instant où il prenait cent louis dans la poche d’un homme il faisait une chose très juste pour lui, quoique l’homme vil dut le regarder d’un autre œil, que toutes les idées n’étant donc qu’arbitraires, bien fou qui se laisserait enchaîner par elles. C’était par des raisonnements de cette espèce que le duc légitimait tous ses travers et comme il avait tout l’esprit possible ses arguments paraissaient décisifs. Modelant donc sa conduite sur sa philosophie le duc dès sa plus tendre jeunesse s’était abandonné sans frein aux égarements les plus honteux et les plus extraordinaires. Son père mort jeune et l’ayant laissé comme je l’ai dit maître d’une fortune immense avait pourtant mis pour clause que le jeune homme laisserait jouir sa mère sa vie durant d’une grande partie de cette fortune. Une telle condition déplût bientôt à Blangis.

Et le scélérat ne voyant que le poison qui put l’empêcher d’y souscrire il se détermina sur le champ à en faire usage. Mais le fourbe débutant pour lors dans la carrière du vice n’osa pas agir lui même, il engagea une de ses sœurs avec laquelle il vivait en intrigue criminelle à se charger de cette exécution en lui faisant entendre que si elle réussirait il la ferait jouir d’une partie de la fortune dont cette mort les rendrait maîtres, mais la jeune personne eut horreur de cette action, et le duc voyant que son secret mal confié allait peut-être trahi se décide dans la minute à réunir à sa victime celle qu’il avait voulu rendre sa complice, il les menait à une de ses terres d’où les deux infortunées ne revinrent jamais.

Rien n’encourage comme un premier vice impuni. Après cette14) épreuve le duc brisa tous les freins, dès qu’un être quelconque opposait à ses désirs les plus légers entraves le poison s’employait aussitôt, des meurtres nécessaires il passa bientôt aux meurtres de volupté, il conçut le malheureux écart qui nous fait trouver des plaisirs dans les maux d’autrui, il sentit qu’une commotion violente imprimée sur un adversaire quelconque rapportait à la masse de nos nerfs une vibration dont l’effet irritant les esprits animaux qui coulent dans les concavités de ces nerfs les oblige à presser les nerfs électeurs, et à produire d’après cet ébranlement ce qu’on appelle une sensation lubrique. En conséquence il se mit à commettre des vols et des meurtres par unique principe de débauche et de libertinage comme un autre, pour enflammer ces mêmes passions, se contente d’aller voir des filles. À 23 ans il fit partie avec trois de ses compagnons de vice auxquels il avait inculqué sa philosophie, d’aller arrêter un carosse public dans le grand chemin, de violer également les hommes et les femmes, de les assassiner après, de s’emparer de l’argent dont ils n’avaient assurément15) aucun besoin, et de se trouver tous trois la même nuit au bal de l’opéra afin de prouver l’alibi. Ce crime n’eut que trop lieu, deux demoiselles charmantes furent violées et massacrées dans les bras de leurs mères, on joignait à celui une infinité d’autres horreurs et personne n’ose les soupçonner. La douce épouse charmante que son père lui avait donnée avant de mourir, le jeune Blangis ne tarda pas de la réunir aux manes de sa mère, de sa sœur et de toutes ses autres victimes et cela pour épouser une fille assez riche, mais publiquement déshonorée et qu’il savait très bien être la maîtresse de son frère. C’était la mère d’Aline, l’une des actrices de notre roman et dont il a été question plus haut. Cette seconde épouse bientôt sacrifiée comme la première fit place à une troisième qui le fit bientôt comme la seconde, on disait dans le monde que c’était l’immensité de sa construction qui tuait ainsi toutes ses femmes et comme ce gigantesque était exact dans tous les points le duc laissait germer une opinion qui voilait la vérité. Ce colosse effrayant donnait en effet l’idée d’Hercule ou d’un centaure ; le duc avait cinq pieds aux épaules, des membres d’une force et d’une énergie, des articulations d’une vigueur, des nerfs d’une élasticité, joignez à cela une figure mâle et fière, de très grands yeux noirs, de beaux sourcils bruns, le nez aquilin, de belles dents, l’air de la santé et de la fraîcheur, des épaules larges, une chevelure épaisse quoique parfaitement coupée, les hanches belles, les fesses supportables, les plus belles jambes du monde, un tempérament de feu, une force de cheval et le membre d’un véritable mulet étonnamment vêtu et doué de la faculté de perdre son sperme aussi souvent qu’il le voulait dans un jour, même à l’âge de 50 ans, qu’il avait alors une érection presque continuelle dans le membre dont la taille était de 8 pouces justes de pourtour sur 12 de long, et vous aurez le portrait du duc de Blangis, comme si vous l’eussiez dessiné vous-même. Mais si ce chef d’œuvre de la nature était violent dans ses désirs que devenait-il o grand dieu quand l’ivresse de la volupté le couronnait ! Ce n’était plus un homme, c’était un tigre en fureur, malheur à qui servait alors ses passions, des cris épouvantables, des blasphèmes atroces s’élançaient de sa poitrine, gonflées des flammes semblaient alors sortir de ses yeux, il écumait, il hennissait, on l’eut pris pour le dieu même de la lubricité, quelque fut sa manière de jouir alors, sa main nécessairement s’égarait toujours, et on l’a vu plus d’une fois étrangler tout net une femme à l’instant de sa perfide décharge. Revenu de là l’insouciance la plus entière sur les infamies qu’il venait de se permettre prenait aussitôt la place de son égarement et de cette indifférence, de cette espèce d’apathie naissait presque aussitôt de nouvelles étincelles de volupté.

Le duc dans sa jeunesse avait déchargé jusque 18 fois dans un jour et sans qu’on le vit plus épuisé à la dernière perte qu’à la première. Sept ou huit16) dans le même intervalle ne l’effrayait point encore malgré son demi-siècle. Depuis près de vingt-cinq ans il s’était habitué à la sodomie passive et il en soutenait les attaques avec la même vigueur qu’il les rendait activement l’instant d’après lui-même quand il lui plaisait de changer de rôle. Il avait soutenu dans une gageure jusque 55 assauts dans un jour. Doué comme nous l’avons dit d’une force prodigieuse une seule main lui suffirait pour violer une fille, il l’avait prouvé plusieurs fois. Il paria un jour d’étouffer un cheval entre ses jambes et l’animal creva à l’instant qu’il l’avait indiqué. Ses excès de table l’emportaient encore s’il est possible sur ceux du lit, on ne concevait pas ce que devenait, l’immensité des vivres qu’il en gloutissait, il faisait régulièrement trois repas et les faisait tous trois et fort longs et fort amples et son service ordinaire était toujours de dix bouteilles de vin de bourgogne, il en avait bu jusque trente et pariait contre qui voudrait d’aller même à 50. Mais son ivresse, prenant la teinte de sa passion, dès que la liqueur ou le vin avaient échauffé son crâne, il devenait furieux, on17) était obligé de le lier. Et avec tout cela qui l’eut18) dit il est vrai que l’âme répond souvent bien mal aux dispositions corporelles, un enfant résolu eût effrayé ce colosse et dès que pour se défaire de son ennemi, il ne pouvait plus employer ses ruses ou sa trahison, il devenait timide et lâche et l’idée du combat le moins dangereux, mais à égalité de forces, l’eût fait fuir à l’extrémité de la terre. Il avait pourtant selon l’usage fait une campagne ou deux, mais il s’y était si bellement deshonoré qu’il avait sur le champ quitté le service, soutenant sa turpitude avec autant d’esprit que d’effronterie, il prétendait hautement que la poltronerie n’étant que le désir de sa conservation, il était parfaitement impossible à des gens sensés de la reprocher comme un défaut.

En conservant absolument les mêmes traits moroses et les adaptant à une existence physique infiniment inférieure à celle qui vient d’être tracée on avait le portrait de l’évêque de —, frère du duc de Blangis. Même noirceur dans l’âme, même penchant au crime, même mépris pour la religion, même athéisme, même fourberie, l’esprit plus souple et plus adroit cependant et plus d’art [de] précipiter ses victimes, mais une taille fine et légère, un corps petit et fluet, une santé chancelante, des nerfs tous délicats, une recherche plus grande dans les plaisirs, des facultés médiocres, un membre très ordinaire, petit même mais se ménageant avec un tel art19) et perdant toujours si peu que son imagination sans cesse enflammée le rendait aussi fréquemment que son frère susceptible de goûter le plaisir, d’ailleurs de sensation d’une telle finesse, un agacement si prodigieux dans le genre nerveux qu’il s’évanouissait souvent à l’instant de sa décharge et qu’il perdait presque toujours connaissance en la faisant. Il était âgé de 45 ans, la physionomie très fine, d’assez jolis yeux, mais une vilaine bouche et des vilaines dents, le corps blanc sans poils, le cul petit mais bien pris et le vit de 5 pouces de tour et 6 de long. Idolâtre de la Sodomie active et passive, mais plus encore de cette dernière, il passait sa vie à se faire enculer, et ce plaisir, qui n’exige une grande consommation de force s’arrangeait au mieux avec la petitesse de ses moyens. Nous parlerons ailleurs de ses autres goûts. À l’égard de ceux de la table, il les portait presque aussi loin que son frère, mais il y mettait un peu plus de sensualité. Monseigneur aussi scélérat que son aîné avait d’ailleurs par devers lui des traits qui l’égalaient sans doute aux célèbres actions des héros que l’on vient de peindre.20) Nous nous contenterons d’en citer un, il suffira à faire voir au lecteur de quoi un tel homme pouvait être capable, et ce qu’il savait et pouvait faire ayant fait ce qu’on va lire. — Un de ses amis homme puissamment riche avait autrefois eu une intrigue avec une fille de condition de laquelle il y avait eu deux enfants, une fille et un garçon, il n’avait cependant jamais pu l’épouser et la demoiselle était devenue la femme d’un autre. L’amant de cette infortunée mourut jeune, mais possesseur cependant d’une fortune immense n’ayant aucun parent dont il se soucia, il imagine de laisser tous ses biens aux deux malheureuses fruits de son intrigue. Au lit de mort il confia son projet à l’évêque et le chargea de ces deux dots immenses, qu’il partagea en deux portefeuilles égaux et qu’il remit à l’évêque, en lui recommandant l’éducation de ces deux orphelins, et de leur remettre à chacun ce qui leur revenait dès qu’ils auraient atteint l’âge prescrit par les lois. Il en joignit en même temps au prélat de faire valoir jusque là les fonds de ses pupilles afin de doubler leur fortune, il lui témoigne en même temps, qu’il avait dessein de laisser éternellement ignorer à la mère ce qu’il faisait pour ses enfants, et qu’il exigeait qu’absolument on ne lui en parle jamais. Ces arrangements pris, le moribond ferma les yeux, et monseigneur se vit maître de près d’un million en billets de banque et des deux enfants. Le scélérat ne balance pas longtemps à prendre son parti. Le mourant n’avait parlé qu’à lui, la mère devait tout ignorer, les enfants n’avaient que quatre ou cinq ans. Il publia que son ami en expirant avait laissé son bien aux pauvres, et dès le même jour le fripon s’en empara. Mais ce n’était pas assez, de ruiner ces deux malheureux enfants. L’évêque qui ne commettait jamais un crime sans en concevoir à l’instant un nouveau, fut muni du consentement de son ami, retirer les enfants de la pension obscure où l’on les élevait, et les plaça chez des gens à lui et se résolvait de l’instant, de les faire tous deux bientôt servir à ses perfides voluptés. Il les attendit jusqu’à 13 ans, le petit garçon atteignit le premier cet âge, il s’en servait, l’assouplit à toutes ses débauches et comme il était extrêmement joli, il s’en amusa près de 8 jours. Mais la petite fille ne réussit pas aussi bien. Elle arrive fort laide à l’âge prescrit sans que rien arrêta pourtant la lubrique fureur de notre scélérat, ses désirs assouvis il craignait que s’il laissait vivre ces enfants, ils ne vinssent à découvrir quelque chose du secret qui les intervenait ; il les conduisit à une terre de son frère et sûr de retrouver dans un nouveau crime des étincelles de lubricité que la jouissance venait de lui faire perdre, il les immole tous deux à ses passions féroces, et accompagna leur mort d’épisodes si piquantes et si cruelles que sa volupté renaquit au sein des tourments dont il les accabla. Le secret n’est malheureusement que trop sûr et il n’y a pas de libertin un peu encré dans le vice qui ne sache combien le meurtre a d’empire sur les sens et combien il détermine voluptueusement une décharge, c’est une vérité dont il est bon que le lecteur se prémunisse avant d’entreprendre la lecture d’un ouvrage qui doit autant développer ce système.21) — Tranquille désormais sur tous les événements l’évêque revint à Paris pour jouir des fruits de ses forfaits, et sans le plus petit remord d’avoir trompé les intentions d’un homme hors d’état par sa situation de prouver ni peine ni plaisirs. —

Le président de Curval était le doyen de la société, âgé de près de 60 ans, et singulièrement usé par la débauche. Il n’offrait presque plus qu’un squelette, il était grand, sec, mince, des yeux bruns et éteintes, une bouche livide et malsaine, le menton élevé, le nez long. Couvert de poils comme un satire, un dot plat, des fesses molles et tombantes qui ressemblaient plutôt à deux sales torchons flottant sur le haut de ses cuisses, la peau en était tellement flétri à force de coups de fouet qu’on la tortillait autour des doigts sans qu’il le sentit ; au milieu de cela s’offrait sans qu’on eut la peine d’écarter un orifice immense dont le diamètre énorme, l’odeur et la couleur le faisait ressembler plus à une cunette de commodité qu’au trou d’un cul, et pour comble d’appas il entrait dans les petites habitudes de ceux de Sodome, de laisser toujours cette partie là dans un état de malpropreté, qui y voyait sans cesse autour un bourlet de deux pouces d’épaisseur au bas d’un ventre aussi plisse que livide et mollasse, on apercevait dans un forêt de poil un outil qui dans l’état d’érection pouvait avoir environ 8 pouces de long, sur 7 de pourtour, mais cet état ne fut plus que fort rare, et il fallait une furieuse suite d’efforts pour le déterminer, cependant il avait encore lieu au moins deux ou trois fois de la semaine et le président alors enfilait indistinctement tous les trous, quoique celui du derrière d’un jeune garçon lui fut infiniment plus précieux. Le président s’était faire circoncire, de manière que la tête de son vit n’était jamais recouverte, cérémonie qui facilite beaucoup et à laquelle tous les gens voluptueux devraient se soumettre ; mais l’un de ces objets est de tenir cette partie la plus propre. Il s’en fallait beaucoup qu’il se trouve rempli chez Curval, car aussi sale en cette partie là que dans l’autre cette tête de calotte déjà naturellement fort grosse, devenait plus ample d’au moins un pouce de circonférence. Egalement malpropre sur toute sa personne le président, qui à cela joignait des goûts pour le moins aussi cochons que sa personne devenait un personnage dont l’abord assez mal odorant eut peu pu plaire à tout le monde, mais ses confrères n’étaient pas gens à se scandaliser pour si peu de chose et on ne lui en parlait seulement pas. Peu d’hommes avaient été aussi lestes et aussi débauchés que le président, mais entièrement blazé, absolument abruti il ne lui vertait plus que la dépravation et la crapule du libertinage. Il fallait plus de trois heures d’excès et d’excès les plus infâmes pour obtenir de lui un chatouillement voluptueux ; quant à la décharge quoiqu’elle eut lieu chez lui bien plus souvent que l’érection et presqu’une fois toujours, elle était cependant si difficile à obtenir ou elle n’avait lieu qu’en précédant des choses si singulières et souvent si cruelles ou si malpropres, que les agents de ses plaisirs y renonçaient souvent, et de là naissait chez lui une sorte de colère lubrique qui quelquefois par ses effets réussissait mieux que ses efforts. Curval était tellement englouti dans [le] bourbier du vice et du libertinage, qu’il lui était devenu comme impossible de tenir d’autres propos que de ceux là, il en avait sans cesse les plus salées expressions à la bouche comme dans le cœur et il les entremêlait le plus énergiquement de blasphèmes et d’imprécations fournis par le véritable horreur qu’il avait à l’exemple de ses confrères pour tout ce qui était du ressort de la religion. Ce désordre d’esprit encore augmenté par l’ivresse presque continuelle dans laquelle il aimait à se tenir lui donnait depuis quelqu’années un air d’imbécilité et d’abrutissement qui faisait, prétendait-il, ses plus chéris délices. Né aussi gourmand qu’ivrogne lui seul était en état de tenir tête au duc, et nous le verrons dans le cours de cette histoire faire des prouesses en ce genre qui étonneront, sans doute, nos plus célèbres mangeurs. Depuis 10 ans22) Curval n’exerçait plus ses charges, non seulement il n’en était plus en état, mais crois même que quand il l’aurait pu, on l’aurait prié de s’en dispenser toute de vie. Curval avait mené une vie fort libertine. Toutes les espèces d’écart lui étaient familières et ceux qui le connaissaient particulièrement le soupçonnaient fort de n’avoir jamais dû, qu’à deux ou trois meurtres exécrables la fortune immense dont il jouissait. Quoiqu’il en soit il est très vraisemblable à l’histoire suivante, que cette espèce d’excès avait l’art de l’émouvoir puissamment et c’est à cette aventure qui malheureusement eut un peu d’éclat qu’il dut son exclusion de la cour. Nous allons la rapporter pour donner au lecteur une idée de son caractère. — Curval avait dans le voisinage de son hôtel un malheureux porte-faix qui, père d’une petite fille charmante, avait le ridicule d’avoir du sentiment. Déjà vingt fois des messagers de toutes les façons étaient venus essayer de corrompre le malheureux et sa femme par des propositions relatives à la jeune fille sans pouvoir venir à les ébranler, et Curval directeur des ambassades, et que23) la multiplication des réfus ne faisait qu’irriter ne savait plus comment s’y prendre pour jouir de la jeune fille et pour la soumettre à ses libidineux caprices, lorsqu’il s’imagina tout simplement de faire rouer le père pour amener la fille dans son lit. Le moyen fut aussi bien conçu qu’exécuté ; deux ou trois coquins gagés par le président s’en mêlèrent, et avant la fin d’un mois le malheureux porte-faix fut enveloppé dans un crime imaginaire que l’on eut l’air de commettre à sa porte et qui le conduisit tout de suite dans un cachot dans la conciergerie. Le président comme on l’imagine bien s’empare bientôt de cette fille et comme il n’avait pas envie de faire trainer l’affaire en trois jours grâce à de coquineries et à son argent le malheureux porte-faix fut condamné à être roué vif, sans qu’il eut jamais commis d’autres crimes que celui de vouloir garder son honneur et conserver celui de sa fille. Sur ces entrefaites les sollicitations recommencèrent, on fit trouver la mère, on lui représenta qu’il ne tenait qu’à elle de sauver son mari, que si elle satisfaisait le président, il était clair qu’il arracherait par là son mari au sort affreux qui l’attendait. Il n’était plus possible de balancer, la femme consulta, on savait bien à qui elle s’adresserait, on avait gagné les conseils et ils répondirent sans tergiverser, qu’elle ne devait pas hésiter un moment. L’infortunée amène elle-même sa fille en pleurant au pied de son juge. Celui-ci promet tout ce qu’on veut, mais il était bien loin d’avoir envie de tenir sa parole, non seulement il craignait en la tenant que le mari sauvé ne vint à faire de l’éclat en voyant à quel prix on avait mis sa vie, mais le scélérat trouvait même encore un délice bien plus piquant à se faire donner ce qu’il voulait sans être obligé de rien tenir, il s’était offert sur cela des épisodes de scélératesse à son esprit dont il sentait accroître sa perfide lubricité, et voilà comme il s’y prit pour mettre à la scène toute l’infamie et tout le piquant qu’il y put. Son hôtel se trouvait en face d’un endroit ou l’on exécuta quelquefois des criminels à Paris et comme le délit s’était commis dans ce quartier-là, il obtint que l’exécution serait faite sur cette place en question, à l’heure indiquée, il fit trouver chez lui la femme et la fille de ce malheureux, tout était bien fermé du côté de la place de manière qu’on ne voyait des appartements, où il tenait ses victimes, rien des trains qui pouvaient s’y passer, le scélérat qui savait l’heure positive de l’exécution prit ce moment là pour dépuceler la petite fille dans les bras de sa mère et tout fut arrangé avec tant d’adresse et d’une précision que le scélérat déchargeait dans le cul de la fille au moment où le père expirait. Dès que son affaire fut faite, venez voir dit-il à ses deux princesses, en ouvrant une fenêtre sur la place, venez voir comment je vous ai tenu parole et les malheureuses virent l’une son père, l’autre son mari expirant sous le fer du bourreau. Toutes deux tombèrent évanouies, mais Curval avait tout prévu. Cet évanouissement était leur agonie, elles étaient toutes deux empoisonnées et elles ne rouvrirent jamais les yeux. Quelque précaution qu’il prit pour envelopper toute cette action des ombres du plus profond mystère, il en transpira néanmoins quelque chose, on ignora la mort des femmes, mais on la supposa vivement des prévarications dans l’affaire du mari, le motif fut à moitié connu, et de tout cela sa retraite résulte enfin. Dès ce moment Curval n’ayant plus de décorum à garder se précipita dans un nouvel océan d’horreurs et de crimes, il se fit chercher des victimes partout pour les immoler à la perversité de ses goûts, par le raffinement de cruauté atroce, et pourtant bien aisé à comprendre, la classe de l’infortune était celle sur laquelle il aimait le plus à lancer les effets de sa perfide rage. Il avait plusieurs femmes qui lui cherchaient nuit et jour dans les greniers et dans les galetas tout ce que la misère pouvait offrir de plus abandonné et sous le prétexte de leur donner des secours, ou il les empoisonnait, ce qui était un de ces plus délicieux passetemps, ou il les attirait chez lui et les immolait lui-même à la perversité de ses goûts. Hommes, femmes, enfants, tout était bon à sa perfide rage et il commettait sur cela des excès qui l’auraient fait porter, mille fois sa tête sur un échafaud sans son crédit et son or qui l’en préservèrent mille fois. On imagine bien qu’un tel être n’avait pas plus de religion que ses deux confrères, il la détestait sans doute aussi souverainement, mais il avait jadis plus fait pour l’extirper dans les cœurs, car profitant de l’esprit qu’il avait eu pour écrire contre elle, il était auteur de plusieurs ouvrages dont les effets avaient été prodigieux et ces succès qu’il se rappellait sans cesse, étaient encore une de ses plus chères voluptés.24)

Durcet est âgé de 53 ans, il est petit, court, gros, fort épais, une figure agréable et fraiche, la peau très blanche, tout le corps et principalement les hanches et les fesses absolument comme une femme, son cul frais, gras, ferme et petite, mais excessivement ouvert par l’habitude de la Sodomie. Son vit est extraordinairement petit, à peine a-t-il 2 pouces de tour et 4 de long, il ne bande absolument plus, ses décharges sont rares et fort pénibles, pas abondantes et toujours précédées des spasmes qui le jettent dans une espèce de fureur qui le porte au crime. Il a de la gorge comme une femme, une voix douce et agréable, et fort honnête en société quoique sa tête soit pour le moins aussi dépravée que celle de ses confrères, camarade d’école du duc ils s’amusent encore journellement ensemble, et l’un des grands plaisirs de Durcet est de se faire chatouiller l’anus par le membre énorme du duc.25)

Tels sont en un mot, cher lecteur, les quatre scélérats avec lesquels je vais te faire passer quelque mois. Je te les ai dépeints de mon mieux pour que tu les connaisses au fond et que rien ne t’étonne dans le récit de leurs différents écarts. Il est impossible d’entrer dans le détail particulier de leurs goûts, j’aurais nui à l’intérêt et la place principale de cet ouvrage en te les divulguant. Mais à mesure que le récit s’acheminera on n’aura qu’à les suivre avec attention et l’on démêlera facilement leurs petits péchés d’habitude et l’espèce de manie voluptueuse qui les flatte le mieux chacun en particulier. Tout ce que l’on peut dire à présent engros c’est qu’ils étaient généralement susceptibles du goût de la Sodomie, que tous quatre se faisaient enculer régulièrement. Et que tous quatre idolâtraient les culs, le duc cependant relativement à l’immensité de la construction et plutôt sans doute par cruauté que par goût foutait encore des cons avec le plus grand plaisir, le président quelquefois aussi, mais rarement. Quant à l’évêque il les détestait si souverainement que leur seul aspect l’eût fait débander pour 6 mois. Il n’en avait jamais foutu qu’un dans sa vie, celui de sa belle sœur, et dans la vue d’avoir un enfant qui put lui procurer un jour les plaisirs de l’inceste. On a vu comme il avait réussi. À l’égard de Durcet, il idolâtrait le cul pour le moins avec autant d’ardeur que l’évêque, mais il en jouissait plus accessoirement. Ses attaques favorites se dirigeaient dans un 3e temple et la suite nous dévoilera ce mystère. Achevons des portraits essentiels à l’intelligence de cet ouvrage et donnons au lecteur maintenant une idée des quatre épouses de ces respectables maris — quel constraste ! Constance, femme du duc et fille de Durcet, était une grande femme, mince, faite à peindre, et tournée comme si les grâces eussent26) pris plaisir à l’embellir. Mais l’élégance de sa taille n’enlevait rien à sa fraîcheur, elle n’en était pas moins grasse et potelée et les formes les plus délicieuses s’offrant sous une peau plus blanche que le lys achevaient de faire imaginer souvent que l’amour même avait pris soin en la former. Son visage était un peu long, ses traits extraordinairement nobles, plus de majesté que de gentillesse et plus de grandeur que finesse, ses yeux étaient grands, noirs, et pleins de feu, sa bouche extrêmement petite et ornée des plus belles dents qu’on pût soupçonner, elle avait la langue mince étroite, du plus bel incarnat et son haleine était plus douce que l’odeur même de la rose. Elle avait la gorge pleine, fort ronde, de la blancheur et de la fermeté de l’albâtre. Des reins extraordinairement cambrés amenaient par une chute délicieuse au cul le plus exactement et le plus artistement coupé que la nature eût produit depuis longtemps, il était du rond le plus exact, pas très grand, mais ferme, blanc, potelé, et ne s’entre’ouvrant que pour offrir le petit trou le plus propre le plus mignon et le plus délicat, une nuance de rose, le plus tendre colorit. Ce cul charmant asile du plus doux plaisir de la lubricité, — mais grand dieu qu’il conserve plus longtemps tant d’attraits, quatre ou cinq attaques du duc en flétrirent bientôt toutes les grâces, et Constance après son mariage ne fut bientôt plus que l’image d’un beau lis que la tempête vient d’effeuiller. Deux cuisses rondes et parfaitement moulées soutenaient un autre temple moins délicieux sans doute mais qui offrit au sectateur tant d’attraits qu’une plume entreprendrait en vain de les peindre. Constance était à peu près vierge quand le duc l’épousa et son père le seul homme qu’elle eut connu l’avait comme on le dit laissé bien parfaitement entière de ce côté là. Les plus beaux cheveux noirs retombant en boucles naturels par dessus les épaules et quand on le voulut, jusque sur le joli poil d’une couleur [égale] qui ombrageait ce petit con volupteuex devenait une nouvelle parure que j’eusse été coupable d’omettre et achevait de prêter à cette créature angélique âgée d’environ 22 ans tout le charme que la nature peut prodiguer en une femme. À tous ses agréments Constance joignait un esprit juste, agréable, et même plus élevé qu’il n’eut dû être dans la triste situation où l’avait placé le sort, car elle en sentait toute l’horreur et elle eut été bien plus heureuse sans doute avec des perceptions moins délicates. Durcet qui l’avait élevé plutôt comme une courtisane que comme sa fille, et qui ne s’était occupé qu’à lui donner des talents bien plutôt que des mœurs n’avait pourtant jamais pu détruire dans son cœur les principes d’honnêteté et de vertu qu’il semblait que la nature y eut engravé à plaisir. Elle n’avait point de religion, on ne lui en avait jamais parlé, on n’avait jamais souffert qu’elle en pratique aucune exercice, mais tout cela n’avait point éteint dans elle cette pudeur, cette modestie naturelle indépendante des chimères religieuses et qui dans une âme honnête et sensible s’efface bien difficilement. Elle n’avait jamais quitté la maison de son père, et le scélérat dès l’âge de douze ans l’avait fait servir à ses crapuleux plaisirs, elle trouva bien de la différence dans ceux que goûtait le duc avec elle. Son physique s’altéra sensiblement de cette distance énorme et le lendemain de ce que le duc l’eut dépucelé sodomitement, elle tomba dangereusement malade, on lui crut le rectum absolument percé, mais sa jeunesse, sa santé et l’effet de quelques topiques salutaires, rendirent bientôt au duc l’usage de cette voie défendue et la malheureuse Constance contrainte à s’accoutumer à ce supplice journalier qui n’était pas le seul se rétablit entièrement et s’habitua à tout. Adélaïde femme de Durcet et fille du président était une beauté peut-être supérieure à Constance mais dans un genre absolument tout autre, elle était âgée de vingt ans, petite, mince, extrêmement fluette et délicate, faite à peindre, les plus beaux cheveux blonds qu’on puisse voir, un air d’intérêt et de sensibilité répandue sur toute sa personne et principalement dans ses traits, lui donnait l’air d’une héroïne de roman, ses yeux extraordinairement grands étaient bleux, ils exprimaient à la fois la tendresse et la décence ; deux grands sourcils minces mais singulièrement tracés ornaient un front peu élevé, mais d’une noblesse, d’un tel attrait qu’on eut [cru] qu’il était le temple de la pudeur même, son nez étroit, un peu servi du haut descendait insensiblement dans une forme demi aquilin, ses lèvres étaient minces, bordés de l’incarnat le plus vif, et sa bouche un peu grande, c’était le seul défaut de sa céleste physionomie, ne s’ouvrait que pour faire voir 32 perles que la nature avait l’air d’avoir semé parmi des rosers. Elle avait le col un peu long singulièrement attaché par une habitude assez naturelle la tête toujours un peu penchée sur l’épaule droite surtout quand elle écoutait, mais que de grâces lui prétait cette intéressante attitude. Sa gorge était petite fort ronde, très ferme et très soutenue, mais à peine y avait-il de quoi remplir la main, c’était comme deux petites pommes que l’amour en se jouant avait apporté là du jardin de sa mère. Sa poitrine était un peu pressée, aussi l’avait-elle fort délicate, son ventre était uni et comme du satin, une petite motte blonde peu fournie servait comme péristile au temple, où Venus semblait exiger son hommage, ce temple était étroit au point de n’y pouvoir même introduire un doigt sans la faire crier et cependant grâce au président depuis près de deux lustres le pauvre enfant n’était plus vierge, ni par là, ni du côté délicieux qu’il nous reste encore à tracer ; que d’attraits possédait ce second temple quelle chute de reins, quelle coupe de fesses, que de blancheur et d’incarnat réunis, mais l’ensemble était un peu petit, délicat dans toutes ses formes. Adélaïde était plutôt l’esquisse, que le modèle de la beauté, il semblait que la nature n’eut voulu qu’indiquer dans Adélaïde ce qu’elle avait prononcé si majestueusement dans Constance. Entre’ouvrait-on le cul délicieux, un bouton de rose s’offrait alors à vous et c’était dans toute sa fraîcheur et dans l’incarnat le plus tendre que la nature voulait vous le présenter. Mais quel étroit, quelle petitesse, ce n’était qu’avec des peines infinies que le président avait pu réussir, et il n’avait jamais pu renouveler que deux ou trois fois ces assauts. Durcet, moins exigeant, la rendait peu malheureuse sur cet objet mais depuis qu’elle était sa femme, par combien d’autres complaisances cruelles par quelle quantité d’autres soumissions dangereuses à lui fallait-il pas acheter ce petit bienfait, et d’ailleurs livrée au quatre libertins comme elle le devenait par l’arrangement pris que de cruels assauts n’avait-elle pas encore à soutenir et dans le genre dont Durcet lui faisait grâce et dans tous les autres. Adélaïde avait l’esprit que lui supposait sa figure c’est à dire extrêmement romanesque, les lieux solitaires étaient ceux qu’elle recherchait avec le plus de plaisir et elle y versait souvent des larmes involontaires, larmes que l’on n’étudie pas assez27) et qu’il semble que le pressentiment arrache à la nature, elle avait perdu depuis peu une amie qu’elle idolâtrait et cette perte affreuse se présentait sans cesse à son imagination, comme elle connaissait son père à merveille et qu’elle savait à quel point il portait l’égarement, elle était que sa jeune amie était devenue la victime des scélératesses du président, parce qu’il n’avait jamais pu la déterminer à lui accorder de certaines choses, et le fait n’était pas sans vraisemblance. Elle s’imaginait qu’on lui en faisait quelque jour autant, et tout cela n’était pas improbable, le président n’avait pas pris pour elle la même attention, relativement à la religion que Durcet avait pris pour Constance, il avait laissé naître et fomenter le préjugé imaginant que les discours et ses livres le détruiraient facilement. Il se trompa. La religion est l’aliment d’une âme de la complexion de celle d’Adélaïde. Le président avait beau prêcher, beau faire lire, la jeune personne resta dévote et tous ces écarts qu’elle ne partageait point, qu’elle haïssait, et dont elle était victime, étaient loins de la détromper sur de chimères qui faisaient le bonheur de sa vie. Elle se cachait pour prier dieu, elle se dérobait pour remplir ses devoirs de chrétienne et ne manquait jamais d’être punie très sévèrement ou par son père ou par son mari, dès que l’un ou l’autre s’en apercevait. — Adélaïde souffrait tout en patience bien persuadée que le ciel la dédommagerait un jour. Son caractère d’ailleurs était aussi doux que son esprit et sa bienfaisance, l’une des verrues qui la faisait le plus détester de son père, allait jusqu’à l’excès. Curval irrité contre cette classe vile de l’indigence, ne cherchait que l’humilier, à l’avilir d’avantage ou à trouver des victimes, sa généreuse fille au contraire, se servit passée de sa propre subsistance pour procurer celles des pauvres, et on l’avait souvent vue aller leur porter et cacheter toute la somme destinée à ses plaisirs. Enfin Durcet et le président la tancèrent et la morigénèrent si bien qu’il la corrigèrent de cet abus et lui en enlevèrent absolument tous les moyens. Adélaïde n’ayant plus que ses larmes à offrir à l’infortune allait encore les répandre sur leurs maux et son cœur impuissant mais toujours sensible, ne pouvait cesser d’être vertueux. Elle apprit un jour qu’une malheureuse femme allait venir prostituer sa fille au président parce que l’extrême besoin les contraignait, déjà le paillard enchanté se préparait à cette jouissance du genre de celles qu’il aimait le mieux. Adélaïde, fit vendre en secret une de ses robes, en fit donner tout de suite l’argent à la mère et la détourna par ce petit secours et quelque sermon, du crime qu’elle allait commettre, le président venant à le savoir, sa fille n’était pas encore mariée, se porte contre elle à de telles violences, qu’elle en fut 13 jours au lit. Et tout cela sans que rien put arrêter l’effet des tendres mouvements de cette âme sensible. — Julie femme du président et fille aînée du duc eut peut-être effacé les deux précédentes, sans un défaut capital pour beaucoup de gens et qui peut-être avait décidé seul la passion de Curval pour elle, tant il est vrai que les effets des passions sont inconcevables et que leur désordre fouit du dégoût et de la satiété, on peut se comparer qu’à leurs écarts, Julie était grande, bien-faite, quoique très grasse et très potelée, les plus beaux yeux bruns possibles, le nez charmant, les traits saillants et gracieux, les plus beaux cheveux châtains, le corps blanc et dans le plus délicieux embonpoint un cul qui eut pu servir de modèle à celui même que sculpta Praxitèle, le con chaud, étroit et d’une jouissance aussi agréable que put l’être un tel local, la jambe et le pied charmant, mais la bouche la plus mal ornée, les dents les plus infectes, et une saleté d’habitude dans tout le reste de son corps et principalement aux deux temples de la lubricité, que nul autre être, je le repète, nul autre être que le président sujet aux mêmes défauts et les aimant sans doute, nul autre assurément malgré tous ses attraits ne se fut arrangé de Julie. Mais pour Curval il en était fou, ses plus divins plaisirs se cueillaient sur cette bouche puante, il était dans le délire en la baisant et quant à sa malpropreté naturelle bien loin de la lui reprocher, il l’y excitait au contraire et avait enfin obtenu d’elle qu’elle faisait un parfait divorce avec l’eau. À ses défauts Julie en joignait quelques autres, mais moins désagréables sans doute ; elle était très gourmande, elle avait du penchant à l’ivrognerie,28) peu de vertu, et je crois que si elle l’eut osé, la putasserie l’eut fort peu effrayée. Élevée par le duc dans un abandon total de principes et de mœurs elle adoptait assez cette philosophie, et de tout point sans doute il y avait de quoi faire un sujet mené par un effet encore très bizarre de libertinage. Il arrive souvent qu’une femme qui a un défaut nous plait bien mieux dans nos plaisirs qu’une qui n’a que des vertus, l’une nous ressemble, nous ne la scandalisons pas, l’autre s’effraie et voilà un attrait bien certain de plus. Le duc malgré l’énormité de sa construction avait joui de sa fille, mais il avait été obligé de l’attendre jusqu’à 15 ans et malgré il n’avait pu empêcher29) qu’elle ne fut très endommagée de l’aventure, et tellement qu’ayant envie de la marier il avait été obligé de cesser des jouissances et de se contenter avec elle de plaisirs moins dangereux quoique pour le moins aussi fatiguants. Julie gagnait peu avec le président, dont on sait que le vit était fort gros et d’ailleurs quelque malpropre qu’elle fut elle-même par négligence elle ne s’arrangeait nullement d’une saleté de débauche, telle qu’était celle du président son cher époux. — Aline sœur cadette de Julie et réellement fille de l’évêque, était bien éloignée et des habitudes et du caractère, et des défauts de sa sœur. C’était la plus jeune des quatre, à peine avait-elle 18 ans, c’était une petite physionomie, piquante, fraîche et presque mutine, un petit nez retroussé, des yeux bruns, pleins de vivacité et d’expression, une bouche délicieuse, une taille très bien prise quoique peu grande, bien en chair, la peau un peu brun, mais douce et belle, le cul un peu gros, mais moulé, l’ensemble des fesses le plus voluptueux qui pût s’offrir à l’œil du libertin, une motte brune et jolie, le con un peu bas ce qu’on appelle à l’anglaise, mais parfaitement étroite et quand on l’offrit à l’assemblée, elle était exactement pucelle, elle l’était encore lors de la partie dont nous écrivons l’histoire et nous verrons comme ces prémices furent anéantis à l’égard de ceux du cul. Depuis 8 ans l’évêque en jouissait paisiblement tous les jours, mais sans en avoir fait prendre le goût à sa chère fille, qui malgré son air espiègle et émoustillé ne se prêtait pourtant que par obéissance et n’avait pas encore démontré que le plus léger plaisir lui fit partager les infamies dont on la rendait journellement la victime. L’évêque l’avait laissée dans une ignorance profonde, à peine savait-elle lire et écrire, et elle ignorait absolument ce que c’était que la religion, son esprit naturel n’était guère que de l’enfantillage, elle répondait drôlement, elle jouait, aimait beaucoup sa sœur, détestait souverainement l’évêque et craignait le duc comme le feu. Le jour des noces, quand elle se vit nue au milieu de 4 hommes, elle pleura et fit d’ailleurs tout ce qu’on voulut d’elle, sans plaisir comme sans humeur. Elle était sobre, très propre, et n’ayant autre défait que beaucoup de paresse, la nonchalance régnant dans toutes ses actions et dans toute sa personne malgré l’air de vivacité que ses yeux annonçaient. Elle abhorrait le président presque autant que son oncle et Durcet qui ne la ménageait pourtant pas était néanmoins le seul pour lequel elle eut l’air de n’avoir aucune répugnance. —

Tels étaient donc les 8 principaux personnages avec lesquels nous allons vous faire vivre30) mon cher lecteur. Il est temps de vous dévoiler maintenant l’objet de plaisir singulier qu’on se proposait. — Il est reçu parmi les véritables libertins que les sensations communiquées par l’organe de la langue sont celles qui flattent davantage et dont les impressions sont les plus vives, en conséquence nos quatre scélérats, qui voulaient que la volupté s’emprégnât dans leur cœur aussi avant et aussi profondément qu’elle y pouvait pénétrer avaient à ce dessein imaginé une chose assez singulière.31) — Il s’agissait après d’être entouré de tout ce qui pouvait le mieux satisfaire les autres sens par la lubricité, de se faire en cette situation raconter avec les plus grands détails et par ordre, tous les différents écarts de cette débauche, toutes les branches, toutes ses attenances, ce qu’on appelle en un mot en langue de libertinage toutes les passions. On n’imagine point en quel degré l’homme les varie,32) quand son imagination s’enflamme ; leur différence entre eux excessive dans toutes leurs autres manies, dans tous leurs autres goûts, l’est encore bien davantage dans ce cas là et qui pourrait fixer et détailler ces écarts faisait peut-être un des plus beaux travaux que l’on pût voir sur les mœurs et peut-être un des plus intéressants.33) Il s’agissait donc, d’abord de trouver des sujets en état de rendre compte de tous ses excès, de les analyser, de les étendre, de les détailler, de les graduer et de placer au travers de cela l’intérêt d’un récit. Tel fut en conséquence le parti qui fut pris après des recherchés et des informations sans nombre, on trouva quatre femmes déjà dans le retour. C’est ce qu’il fallait, l’expérience ici était la chose la plus essentielle, quatre femmes dis-je, qui ayant passé la vie dans la débauche la plus excessive se trouvaient en état de rendre un compte exact de toutes ces recherches, et comme on s’était appliqué à les choisir douées d’une certaine éloquence et d’une tournure d’esprit propre à ce qu’on en exigeait.34) Après d’être entendues et recordées, toutes quatre furent en état de placer chacune dans les aventures de leurs vices tous les écarts les plus extraordinaires de la débauche et cela dans un tel ordre que la première par exemple placerait dans le récit des événements de sa vie les 150 passions les plus simples et les écarts les moins recherchés ou les plus ordinaires, la seconde dans un même cadre un égal nombre de passions plus singulières et d’un ou plusieurs hommes avec plusieurs femmes ; la troisième également dans son histoire devait introduire 150 manies des plus criminelles et des plus outrageantes, aux lois, à la nature et à la religion, et comme tous ces excès mènent au meurtre et que les meurtres commis par libertinage se varient à l’infini, et autant de fois que l’imagination enflammée du libertin adopte de différents supplices, la quatrième devait joindre aux événements de sa vie le récit détaillé de 150 de ces différentes tortures, pendant ce temps-là nos libertins entourés comme je l’ai dit d’abord de leurs femmes et ensuite de plusieurs antres objets dans tous les genres écouteraient, s’échaufferaient la tête et finiraient par éteindre avec ou leurs femmes ou ces différents objets l’embrasement que les conteuses avaient produit. Il n’y a sans aucun doute rien de plus voluptueux dans ce projet que la manière luxurieuse dont [on] y procéda et ce sont et cette manière et les différents récits qui vont former cet ouvrage que je conseille — d’après cet exposé — à tout dévot de laisser là tout de suite s’il ne veut pas être scandalisé, car il voit que la plupart est peu chaste et nous osons lui répondre d’avance que l’exécution le sera encore bien moins. Comme les quatre actrices dont il s’agit ici jouent un rôle très essentiel dans ces mémoires, nous croyons — dussions-nous en demander excuse au lecteur — être encore obligés de les peindre ; elles raconteront, elles agiront, est-il possible d’après cela de les laisser inconnues ? Qu’on ne s’attende pas à des portraits de beauté, quoiqu’il y eut sans doute des projets de servir physiquement comme moralement de ces quatre créatures, néanmoins ce n’était pas leurs attraits ni leur âge qui décidaient ici, c’étaient uniquement leur esprit et leur expérience et il était dans ce sens-là impossible d’être mieux servi qu’on ne le fut. —

Md. Duclos était le nom de celle que l’on chargea du récit des 150 passions simples. C’était une femme de quarante35-huit ans, encore assez fraîche qui avait de grands restes de beauté, des yeux fort beaux, la peau fort blanche et l’un des plus beaux culs et des plus potelés qu’on pût voir, la bouche fraîche et propre, les seins superbes et de jolis cheveux bruns, la taille grosse mais élevée et tout l’air et le ton d’une fille de très bon air, elle avait passé comme on le verra sa vie dans des endroits où elle avait été bien à même d’étudier ce qu’elle allait raconter, et on croyait qu’elle devait s’y prendre avec esprit, facilité et intérêt. — Md. Champville était une grande femme d’environ 50 ans, mince, bien faite, l’air le plus voluptueux dans le regard et dans la tournure, fidèle imitatrice de Sappho ; elle en avait l’expression jusque dans les plus petits mouvements, dans les gestes les plus simples et dans ses moindres paroles ; elle s’était ruinée à entretenir des femmes, et sans ce goût auquel elle sacrifiait généralement ce qu’elle pouvait gagner dans le monde, elle eut été très à son aise, elle avait été très longtemps fille publique et depuis quelques années, elle faisait à son tour le métier d’appareilleuse, mais elle était vénérée dans un certain nombre de pratiques tous paillardes et d’un certain âge ; jamais elle ne recevait de jeunes gens, et cette conduite prudente et lucrative raccommodait un peu ses affaires. Elle avait été blonde, mais une teinte plus sage commençait à colorer sa chevelure, ses yeux étaient toujours fort beaux, bleus et d’une expression très agréable. Sa bouche était belle, fraîche encore et parfaitement entière ; pas de gorge, le ventre bien elle n’avait jamais fait d’envie, la motte un peu élevée et le clitoris saillant de plus de 3 pouces quand il était échauffé ; en la chatouillant dans cette partie on était bientôt sûr, de la voir se pâmer et surtout si le service lui était rendu par une femme ; son cul était très flacque et très usé, entièrement mou et flétri et tellement endurci par des habitudes libidineuses que son histoire nous expliquera qu’on pouvait y faire tout ce qu’on voulait sans qu’elle le sentit. Une chose assez singulière et assurément fort rare à Paris surtout, c’est qu’elle était pucelle de ce côté comme une fille qui sort du couvent, et peut-être sans la maudite partie où elle s’engagea, et où elle s’engagea avec des gens qui ne voulaient que des choses extraordinaires et à qui par conséquent celle-là plut, peut-être — dis-je — sans cette partie-là ce pucelage singulier fut-il mort avec elle.

La Martaine, grosse maman de 52 ans, bien fraîche et bien saine et douée du plus gros et du plus beau fessier qu’on pût avoir, offrait absolument le contraire de l’avancière,36) elle avait passé sa vie dans cette débauche sodomite, et y était bellement familiarisée qu’elle ne goûtait absolument des plaisirs que par là. Une difformité de la nature — elle était barrée — l’ayant empêché de connaître autre chose, elle s’était livrée à cette espèce du plaisir, entraînée et par cette impossibilité de faire autre chose, et par des premières habitudes, moyen à quoi elle s’en tenait à cette lubricité dans laquelle on prétend qu’elle était encore délicieuse, bravant tout, ne redoutant rien, les plus monstrueux engins ne l’effrayaient pas. Elle les préférait même, et la suite de ces mémoires nous l’offrira peut-être combattant valeureusement encore sous les étendarts de Sodome comme le plus intrépide des bougres. Elle avait des traits assez gracieux, mais un air de langueur et de dépérissement commençait à flétrir ses attraits et sans son embonpoint qui la soutenait encore elle eut déjà passé pour très usée. Pour la Desgranges, c’était le vice et la luxure personifiée, grande mince, âgée de 56 ans, l’air livide et décharnée, les yeux éteints, les lèvres mortes, elle donnait l’image du crime prêt à périr faute de force, elle avait été jadis brune, on avait prétendu même qu’elle avait un beau corps, peu après ce n’était plus qu’un squélete qui ne pouvait inspirer que du dégoût, son cul flétri, usé, marqué, déchiré, ressemblait plutôt à du papier marbré qu’à de la peau humaine. Et le trou en était tellement large et ridée que les plus gros engins, sans qu’elle le sentit, pouvaient y pénétrer à sec. Pour comble d’agréments, cette généreuse athlète de Cithère, blessée dans plusieurs combats, avait un talon de moins, et trois doigts découpées, elle boitait, et il lui manquait dix dents et un œil. Nous apprendrons peut-être à quels genres d’attaques elle avait été si maltraitée. Ce qu’il y a de bien sûr, c’est que rien ne l’avait corrigée et si son corps était l’image de la laideur, son âme était le réceptacle de tous les vices et de tous les forfaits les plus inouïs ; incendiaire, parricide, incestueuse, sodomite, tribade, meurtrière, empoisonneuse, coupable de viol, de vol, d’avortement et de sacrilège, on pouvait affirmer avec vérité qu’il n’y avait pas un seul crime dans le monde que cette coquine-là n’eût commis ou fait commettre. Son état actuel était le maquerellage, elle était l’une des fournisseuses attitrées de la société et à beaucoup d’expérience, elle joignait un jargon assez agréable. On l’avait choisi pour remplir le quatrième rôle d’historienne, c’est à dire celui dans le récit duquel il devait se rencontrer le plus d’horreur et d’infamie. Qui mieux qu’une créature37) qui les avait toutes faites, pouvait jouer ce personnage-là ?

Ces femmes trouvées, et trouvées dans tous points tels qu’on pouvait les désirer il fallut s’occuper des accessoires. On avait d’abord désiré de s’entourer d’un grand nombre d’objets luxurieux des deux sexes, mais quand on eut fait attention que le seul local où cette partie lubrique put commodément s’exécuter était le même château en Suisse appartenant à Durcet et dans lequel il avait expédié la petite Elvire, que ce château peu considérable ne pouvait pas contenir un si grand nombre d’habitants, et que d’ailleurs, il pouvait devenir indiscret et dangereux d’emmener tant de monde, on se réduisit à 32 sujets en tout les historiennes comprises, savoir quatre de cette classe, huit jeunes filles, huit jeunes garçons, huit hochets doués de membres monstrueux pour les voluptés de la sodomie passive et quatre servantes. Mais on voulut de la recherche à tout cela. Un an entier se passa à ses détails, on y dépensa un argent immense et voici la précaution que l’on y employa pour les huit jeunes filles. Afin d’avoir tout ce que la France pouvait offrir de plus délicieux, seize maquerelles intelligentes ayant chacune deux secondes avec elles furent envoyées dans les 16 principales provinces de France, pendant qu’une 17e travaillait dans le même genre à Paris seulement. Chacune de ses appareilleuses eut un rendez-vous indiqué à une terre du duc auprès de Paris et toutes devaient s’y rendre, dans les mêmes semaines à 10 mois juste de leur départ ; on leur donna ce temps là pour chercher, chacune devait amener neuf sujets ce qui faisait un totale de 147 filles et dans ce nombre de 147 huit seulement devaient être choisies. Il était recommandé aux maquerelles de ne s’attacher qu’à la naissance, la vertu et la plus délicieuse figure. Elles devaient faire leurs recherches principalement dans des maisons honnêtes, et on ne leur passait aucune fille qui ne fut prouvée ravie ou dans un couvent de pensionnaires de qualité ou dans le sein de sa famille, et d’une famille de distinction ; tout ce qui n’était pas au-dessus de la classe de la bourgeoisie, et qui dans les classes supérieures n’était pas et bien vertueuse, très vierge et très parfaitement belle était refusée sans miséricorde. Des espions surveillaient les démarches de ces femmes et informaient à l’instant la société de ce qu’elles faisaient. Les sujets trouvées comme on le désirait, leur était payé trente mille francs, tous frais faits il est inouï ce que ça coûta, à l’égard de l’âge il était fixé de 12 à 15 et tout ce qui était au-dessus, ou au-dessous était impitoyablement réfusé ; pendant ce temps-là avec les mêmes circonstances les mêmes moyens et les mêmes dépenses, en mettant38) de même l’âge de 12 à 15, 17 agents de sodomie parcouraient de même et la capitale et les provinces, et leurs rendez-vous étaient indiqués un mois après le choix des filles. Quant aux jeunes gens que nous désignerons dorénavant sous le nom de fouteurs, ce fut la mesure du membre qui régla seule, on ne voulut rien au-dessous de 10 ou 12 pouces de long, sous 7 et demi de tour. Huit hommes travaillèrent à ce dessein dans tout le royaume et le rendez-vous fut indiqué un mois après celui des jeunes garçons. Quoique l’histoire de ces choix et de ces réceptions ne soit pas de notre objet, il n’est pourtant pas hors de propos d’en dire un mot ici pour mieux faire connaître encore le génie de nos quatre héros. Il me semble que tout ce qui sert à les développer et à jeter des jours sur une partie aussi extraordinaire que celle que nous allons décrire ne peut pas être regardé comme hors d’excuse. — L’époque du rendez-vous des jeunes filles étant arrivé, on se rendit à la terre du duc. Quelques maquerelles n’ayant pu remplir leur nombre de 9, quelqu’autres ayant perdu des sujets en chemin, soit par la maladie ou par l’évasion il n’arriva que 130 au rendez-vous. Mais que d’attraits, grand dieu, jamais je crois on n’en vit autant réunis, 13 jours furent consacrés à cet examen, et chaque jour on en examinait 10. Les quatre amis formaient un cercle au milieu duquel paraissait la jeune fille d’abord vêtue, telle, qu’elle était lors de son enlèvement, la maquerelle qui l’avait débauchée, en faisait l’histoire, si quelque chose manquait aux conditions de noblesse et de vertu, sans en approfondir davantage, la petite fille était renvoyée à l’instant sans aucun secours et sans être confiée à personne, et la pareilleuse perdait tous les frais qu’elle avait pu faire pour elle,39) la maquerelle ayant donné son détail, on la faisait retirer, et on interrogeait la petite fille pour savoir si ce qu’on venait de dire d’elle était vrai. Si tout était juste la maquerelle rentrait et troussait la petite fille par derrière, afin d’exposer ses fesses à l’assemblée, c’était la première chose qu’on voulait examiner, le moindre défaut dans cette partie la faisait renvoyer à l’instant, si au contraire rien ne manquait à cette espèce de charmes, on la faisait mettre nue, et en cet état, elle passait et repassait, cinq ou six fois de suite, de l’un à l’autre de nos libertins ; on la tournait, on la retournait, on la maniait, on la sentait, on écartait, on examinait les pucelages, mais tout cela de sens froid, et sans que l’illusion des sens vint en rien troubler l’examen, cela fait, l’enfant se rétirait et à côté de son nom placé dans un billet, les examinateurs mettaient reçue ou renvoyée en signant le billet, ensuite ces billets étaient mis dans une boîte sans qu’ils se communiquassent leurs idées ; toutes examinées, on ouvrit la boîte, il fallait pour qu’une fille fût reçue, qu’elle eût sur son billet les quatre noms des amis en sa faveur, s’il en manquait un seul, elle était aussitôt renvoyée, et toutes inexorablement comme je l’ai dit à pied sans secours et sans guide, excepté une douzaine peut-être dont, nos libertins s’amusèrent quand les choix furent faits et qu’ils cédèrent à leurs maquerelles. De cette première tournée il y eut 50 sujets d’exclus, on repassa les 80 autres, mais avec beaucoup plus d’exactitude et de sévérité, le plus léger défaut devenait dès l’instant un titre d’exclusion, l’une belle comme le jour fut renvoyée parce qu’elle avait une dent un peu plus élevée que les autres, plus de vingt autres le furent parce qu’elle n’étaient filles que de bourgeois, 30 sautèrent à cette seconde tournée, il n’en restait donc plus que 50. On résolut de ne procéder à ce troisième40) examen qu’en venant de perdre du foutre par le ministère même de ces cinquante sujets, afin qu’un calme parfait du surplus résulta un choix plus rassis et plus sûr. Chacun des amis s’entoura d’un groupe de 12 ou 13 de ces jeunes filles. Ces groupes varièrent de l’un à l’autre, ils étaient dirigés par des maquerelles, on changea si artistement les attitudes, on se prêta si bien, il y eut en un mot tant de lubricité de faits que le sperme éjacula, que la tête fut calme et que 30 de ce dernier nombre disparurent encore à cette tournée, il n’en restait que 20. C’était encore 12 de trop, on se calma par de nouveaux moyens, par tous ceux dont l’on croirait que le dégoût pourrait naître ; mais les 20 restèrent, et qu’eut l’on pu retrancher sur un nombre de créatures si singulièrement célestes qu’on eut dit qu’elles étaient l’ouvrage même de la divinité dont leurs attraits enchanteurs piquaient exactement tous les charmes. Il fallut donc à beauté égale chercher en elles quelque chose qui put au moins assurer à 8 entre elles une sorte de supériorité sur les 12 autres, et ce que proposa le président sur cela était bien digne de tout le désordre de sa tête, n’importe l’expédient fut accepté, il s’agissait de savoir qui d’entre elles faisait mieux une chose que l’on leur faisait souvent faire. Quatre jours suffirent pour décider amplement41) cette question et 12 furent enfin congédiées, mais non à blanc comme les autres ; on s’en amusa 8 jours complètement et de toutes les façons, ensuite elles furent comme je l’ai dit, cédées aux maquerelles, qui s’enrichirent bientôt de la prostitution des sujets aussi distingués que ceux-là. Quant aux 8 choisies, elles furent mises dans un couvent jusque l’instant du départ et pour se réserver le plaisir d’en jouir à l’époque choisie, on n’y toucha pas jusque là. Je ne m’aviserai pas de peindre ces beautés, elles étaient toutes si également supérieures que mes pinceaux deviendraient nécessairement monotones, je me contenterai de les nommer et d’affirmer avec vérité qu’il est parfaitement impossible de se représenter un tel assemblage de grâces, d’attraits et de perfections, et que si la nature voulait donner à l’homme une idée de ce qu’elle peut former de plus savant, elle ne lui présenterait pas d’autres modèles. La première se nommait Augustine, elle avait 15 ans ; elle était fille d’un baron de Languedoc et avait été enlevée dans un couvent de Montpellier. La seconde se nommait Fanni, elle était fille d’un conseiller au parlement de Bretagne et enlevée dans le château même de son père. La troisième se nommait Zelmire, elle avait 15 ans, elle était fille du comte de Terville qui l’idolâtrait, il l’avait menée avec lui42) à la chasse dans une de ses terres en Beauce, et l’ayant laissée seule un instant dans la forest, elle y fut enlevée sur le champ ; elle était fille unique et devait avec quatre cent mille francs de dot épouser l’année d’après un très grand seigneur. Ce fut elle qui pleura et se désola le plus de l’horreur de son sort.

La quatrième se nommait Sophie, elle avait 14 ans et était fille d’un gentilhomme assez à son aise et vivant dans ses terres en Berri, elle avait été enlevée à la promenade à côté de sa mère, qui voulant la défendre fut précipitée dans une rivière, où sa fille la vit expirer sous ses yeux. La cinquième se nommait Colombe, elle était de Paris et fille d’un conseiller, au parlement, elle avait 13 ans et avait été enlevée en revenant avec une gouvernante le soir dans son couvent au sortir d’un bal d’enfants, la gouvernante avait été poignardée. La sixième se nommait Hébé, elle avait 12 ans, elle était fille d’un capitaine de cavallerie, homme de condition vivant à Orléans. La jeune personne avait été séduite et enlevée dans le couvent où on l’élevait, deux religieuses avaient été gagnées à force d’argent. Il était impossible de rien voir de plus séduisant et de plus mignon. La septième se nommait Rosette, elle avait 13 ans, elle était fille du lieutenant général de Chalons sur Saône, son père venait de mourir, elle était à la campagne chez sa mère près de la ville et on l’enleva sous les yeux mêmes de ses parents en contrefaisant les voleurs. La dernière s’appellait Mimi ou Michette, elle avait 12 ans, elle était fille du Marquis de Senanger et avait été enlevée dans la terre de son père en Bourbonnais à l’instant d’une promenade en calèche, qu’on lui avait laissé faire avec deux ou trois seules femmes du château qui furent assassinées.

On voit que les apprêts de ces voluptés coûtaient bien des sommes et bien des crimes, avec de tels gens, les trésors faisaient pas de chose et quant aux crimes, on vivait alors dans un siècle où il s’en fallait bien qu’ils fussent recherchés et punis comme ils l’ont été depuis, moyennant quoi tout réussit et si bien que nos libertins ne furent jamais inquiétés des suites, et qu’à peine y eut-il des perquisitions.

L’instant de l’examen des jeunes garçons arriva, offrant plus de facilité, leur nombre fut plus grand, les appareilleurs en présentèrent 150 et je n’exagérerais sûrement pas en affirmant, qu’ils égalaient au moins la classe des jeunes filles, tant par leurs délicieuses figures, que par leurs grâces enfantines, leur candeur, leur innocence et leur noblesse ; ils étaient payés trente mille francs chacun, le même prix que les filles, mais les entrepreneurs n’avaient rien à risquer, parce que ce gibier étant, et plus délicat et bien plus du goût de nos sectateurs, il avait été décidé qu’on ne ferait perdre aucuns frais, qu’on renverrait bien à la vérité, ceux dont on ne s’arrangerait pas, mais que comme on s’en servirait, ils seraient également payés. L’examen des fils comme celui des femmes ; on en vérifia 10 tous les jours avec la précaution très sage, et qu’on avait un peu trop négligé avec les filles, avec la précaution, dis-je, de décharger toujours par le ministère des 10 présentés avant de procéder à l’examen, on voulait presque exclure le président, on se méfiait de la dépravation de son goût, on avait pensé être dupe dans le choix des filles de son maudit penchant à l’infamie et à la dégradation ; il promit de ne s’y point livrer et s’il tint parole ce ne fut vraisemblablement pas sans peine ; car lorsqu’une fois l’imagination blessée ou dépravée fut accoutumée à ces espèces d’outrages au bon goût, et à la nature, outrages qui la flattent si délicieusement, il est très difficile de la ramener dans le bon chemin, il sembla que l’envie de servir ses goûts lui ôtent la facilité d’être maîtresse de ses jugements, méprisant ce qui est vraiment beau, et ne chérissant plus que ce qui est affreux, elle prononce comme elle pense et le retour à des sentiments plus vrais lui paraîtrait comme un tort fait à ses principes dont elle serait très fâchée de s’écarter. Cent sujets furent unanimement dès les premières séances achevées, et il fallait revenir cinq fois de suite sur ses jugements pour extraire le petit nombre qui devait seul être admis, trois fois de suite il en resta 50 lorsqu’on fut obligé d’en venir à des moyens singuliers pour séparer43) en quelque sorte les idoles qu’embellissait encore le prestige quoiqu’on put faire, et ne se procura que ce qu’on voulait admettre. On imagina de les habiller en filles. 25 disparurent à cette ruse que prêtant44) à un sexe qu’on idolâtrait, l’appareil de celui dont on était blasé les déprima et fit tomber toute l’illusion, mais rien ne put faire varier les scrutins à ces vingt-cinq derniers, on eut beau faire, beau perdre du foutre, beau n’écrire son nom sur les billets qu’à l’instant même de la décharge, beau mettre en usage les moyens pris avec les jeunes filles, les 25 mêmes restèrent toujours et on prit le parti de les faire tirer au sort. Voici les noms qu’on donna à ceux qui restèrent, leur âge, leur naissance et le précis de leur aventure. Car pour les portraits j’y renonce, les traits de l’amour même n’étaient sûrement pas plus délicats et les modèles où l’Albani allait choisir les traits de ces anges divins étaient sûrement bien inférieurs.

Zélamir était âgé de 13 ans, c’était le fils unique d’un gentilhomme de Poitou, qui l’élevait avec le plus grand soin dans sa terre, on l’avait envoyé à Poitiers, voir une parente, escorté d’un seul domestique, et nos filous qui l’attendaient, assassinèrent le domestique et s’emparèrent de l’enfant. Cupidon était du même âge, il était au collège de la Flèche, fils d’un gentilhomme des environs de cette ville, il y faisait ses études, on le guetta et on l’enleva dans une promenade que les écoliers faisaient le dimanche ; il était le plus joli de tout le collège. — Narcisse était âgé de 12 ans, il était [fils d’un] chevalier de Malthe, on l’avait enlevé à Rouen où son père remplissait une charge honorable et compatible avec la noblesse, on le faisait partir pour le collège de Louis le Grand à Paris, il fut enlevé en route. Zéphire, le plus délicieux des 8 à supposer que leur excessive beauté eut laissé la faculté d’un choix, était de Paris, il y faisait ses études dans une célèbre pension, son père était un officier général qui fit tout au monde pour le ravoir sans que rien y put réussir, on avait séduit le maître de pension à force d’argent, et il en avait livrés sept dont six avaient été réformés. Il avait tourné la tête au duc qui protesta que s’il avait fallu une million pour enculer cet enfant-là, il l’aurait donné à l’instant. Il s’en réserva les prémices, et elles lui furent généralement accordées. O tendre et délicat enfant quelle disproportion et quelle sort affreuse t’était donc préparée ! — Céladon était fils d’un magistrat de Nancy, il fut enlevé à Luneville, où il était venu voir une tante ; il atteignait à peine sa quatorzième année ; ce fut lui seul qu’on séduisait par le moyen d’une jeune fille de son âge, qu’on trouva le moyen de lui faire voir, la petite friponne l’attira dans le piège en feignant de l’amour pour lui. On le veillait mal et le coup réussit. Adonis était âgé de quinze ans, il fut enlevé au collège de45) Plessis où il faisait ses études, il était fils d’un président de grand chambre qui eut beau se plaindre, beau remuer, les précautions étaient si bien prises qu’il lui devint impossible de jamais en entendre parler. Curval qui en était fou depuis deux ans, l’avait connu chez son père et c’était lui, qui avait donné et les moyens et les renseignements nécessaire pour le débaucher. On fut très étonné d’un goût aussi raisonnable que celui dans une tête aussi dépravée, et Curval tout fier profita de l’événement pour faire voir à ses confrères qu’il avait comme on le voyait quelque fois le goût bon encore. L’enfant le reconnut et pleura, mais le président le consola, en rassurant que ce serait lui qui le dépucellerait et en lui administrant cette consolation, tout à fait touchante, il lui balotait son énorme engin sur les fesses, il le demanda en effet à l’assemblée et l’obtint sans difficulté. Hyacinthe était âgé de 14 ans, il était fils d’un officier retiré dans une petite ville de Champagne on le prit à la chasse qu’il aimait à la folie, et où son père faisait l’imprudence de le laisser aller seul, Giton était âgé de 13 ans, il fut enlevé à Versailles chez les pages de la grande curie, il était fils d’un homme de condition du Nivernois qui venait de l’y amener il n’y avait 6 mois, on l’enleva tout simplement, à une promenade qu’il était allé faire seul dans l’avenue de St. Cloud. Il devint la passion de l’évêque auquel ses prémices furent destinées.

Telles étaient les déités masculines que nos libertins préparaient à leur lubricité. Nous verrons en temps et lieu l’usage qu’ils en firent. Il restait 142 sujets, mais on ne badine point avec ce gibier là comme avec l’autre, aucun ne fut congédié sans avoir servi. Nos libertins passèrent avec eux un mois au château du duc ; comme on était à la veille du départ, tous les arrangements journaliers et ordinaires étaient déjà ipmpus, et ceci tint lieu d’amusement jusqu’à l’époque du départ. Quand on s’en fut amplement rassasié, on imagina un plaisant moyen de s’en débarrasser, ce fut de les vendre à un corsaire turc, par ce moyen toutes les traces étaient rompues et on regagnait une partie de ses frais, le turc vint les prendre près de Monaco où on les fit arriver par petits pelotons, et il les emmena en esclavage, sort affreux sans doute mais qui n’en amusa pas moins bien nos quatre scélérats. Arriva l’instant de choisir les fouteurs, les réformés de cette classe-ci n’embarrassaient point, pris à un âge raisonnable on en était quitte pour leur payer leur voyage, leur peine et ils s’en retournaient chacun. Les 8 appareilleurs de ceux-ci avaient d’ailleurs eu bien moins de peine, puisque les mesures étaient à peu près fixées, et qu’ils n’avaient aucuns yeux pour les conditions, il en arriva donc cinquante parmi les 20 plus gros, on choisit les 8 plus jeunes et plus jolis, et de ces 8 comme il ne sera dans le détail guère fait mention que des quatre plus gros, je vais me contenter de nommer ceux-là. Hercule vraiment taillé comme le dieu dont on lui donna le nom, avait 26 ans et il était doué d’un membre de 8 pouces 2 lignes de tour sur 13 de long ; il ne s’était jamais rien vu, ni de si beau, ni de si majestueux que cet outil presque toujours en l’air, et dont 8 décharges, on en fit l’épreuve, remplissaient une pinte juste. Il était d’ailleurs fort doux et d’une physionomie intéressante. Antinous, ainsi nommé parce que [à] l’exemple du Bardache d’Adrien il joignait au plus beau vit du monde le cul le plus voluptueux, ce qui est très rare, était porteur d’un outil de 8 pouces de tour sur de 12 de long, il avait 30 ans et de la plus jolie figure du monde. Briseeul avait un hochet si plaisamment contourné qu’il lui dévenait presque impossible d’enculer sans briser le cul, et de là lui était venu le nom qu’il portait. La tête de son vit ressemblait à un cœur de bœuf, avait 8 pouces 3 lignes de tour. Mais le membre n’en avait que 8, mais ce membre tortu avait une telle cambrure qu’il déchirait exactement l’anus quand il y pénétrait et cette qualité bien précieuse à des libertins aussi blazés que les nôtres l’en avait fait singulièrement recherché. Band-au-ciel, ainsi nommé parce que son érection quelque chose qu’il fit était perpétuelle, était muni d’un agile de onze pouces de long sur 7 pouces 11 lignes de tour, on en avait refusé de plus gros pour lui parce que ceux-là bandaient difficilement au lieu que celui-ci quelque quantité de décharges qu’il fit dans un jour était en l’air au moindre attouchement. Les quatres autres étaient à peu près de la même taille et de la même tournure, on s’amusa 2 jours des 42 sujets réformés, et après s’en être bien fait donner et les avoir mis sur les dents on les congédia bien payés. Il ne restait plus que le choix des quatre servantes, et celui-ci sans doute était le plus pittoresque ; le président n’était pas le seul dont les goûts fussent dépravées, ses trois amis et Durcct principalement étaient bien un peu enfichés de cette maudite manie de crapule et de débauche qui fait trouver un attrait plus piquant avec un objet vieux, dégoûtant et sale qu’avec ce que la nature a formé de plus divin. Il serait sans doute difficile d’expliquer cette fantaisie, mais elle existe chez beaucoup de gens, le désordre de la nature porte avec lui une sorte de piquant qui agit sur le genre nerveux peut-être bien avec autant et plus de force que ses beautés les plus régulières, il est d’ailleurs prouvé que c’est l’horreur, la vilanie, les choses affreuses, qui plaît quand on bande, or se rencontre-t-elle mieux quand un objet vicié, certainement si c’est la chose sale qui plaît dans l’acte de la lubricité, plus cette chose est sale plus elle doit plaire et elle est sûrement bien plus sale dans l’objet vicié que dans l’objet intact ou parfait. Iln’y a pas à cela le plus petit doute ; d’ailleurs la beauté est la chose simple, la laideur est la chose extraordinaire, et toutes les imaginations ardentes préfèrent sans doute toujours la chose extraordinaire en lubricité à la chose simple. La beauté, la fraîcheur ne frappe jamais qu’un sens simple, la laideur, la dégradation portent un coup bien plus ferme, la commotion est bien plus forte, l’agitation doit donc être plus vive, il ne fait donc point d’étonnement d’après cela que tout plein de gens préfèrent pour leur jouissance une femme vieille, laide et même puante à une fille fraîche et jolie, pas plus s’en étonner, dis-je, que nous ne le devons être d’un homme qui préfère pour ses promenades le sol aride et raboteux des montagnes aux sentiers monotones des pleines. Toutes ces choses-là dépendent de notre conformation, de nos organes, de la manière dont ils s’affectent, et nous ne sommes pas plus les maîtres de changer nos goûts sur cela que nous ne le sommes de varier les formes de nos corps. Quoiqu’il en soit tel était comme on le dit le goût dominant du président et presque vérité de ses trois confrères, car tous avaient été d’un avis unanime sur le choix des servantes, choix qui pourtant comme on va le voir dénotait bien dans l’organisation ce désordre et cette dépravation que l’on vient de peindre. On fit donc chercher à Paris avec le plus grand soin les quatre créatures qu’il fallait pour remplir cet objet, et quelque dégoûtant que puisse en être le portrait, le lecteur me permettra cependant de le tracer. Il est trop essentiel à la partie des mœurs dont le développement est un des principaux objets de cet ouvrage. La première s’appellait Marie, elle avait été servante d’un fameux brigand tout récemment rompue et pour son compte elle avait été fouettée et marquée, elle avait 58 ans, presque plus de cheveux, le nez de travers, les yeux fermes et chassieux, la bouche large et garnie de ses 32 dents à la vérité mais jaunes comme du souffre, elle était grande, efflaquée ayant fait 14 enfants qu’elle avait étouffés, disait-elle, tous les 14 de peur de faire mauvais sujets. Son ventre était ondoyé comme les flots de la mer et elle avait une fesse mangée par un abcès. La seconde se nommait Louison, elle avait 60 ans, petite bossue, borgne et boiteuse, mais un beau cul pour son âge et la peau encore assez belle. Elle était méchante comme le diable et toujours prête à commettre toutes les horreurs et tous les excès qu’on pouvait lui commander. — Thérèse avait 62 ans, elle était grande, mince, l’air d’un squelette, plus un seul cheveu sur la tête, pas une dent dans la bouche et elle exhalait par cette ouverture de son corps un odeur capable de renverser. Elle avait le cul criblé de blessures et les fesses si prodigieusement molles qu’on en pouvait rouler la peau autour d’un bâton, le trou de ce beau cul ressemblait à la bouche d’un volcan par la largeur et pour l’odeur ; c’était une vraie cunette de commodité. De sa vie Thérèse n’avait, disait-elle torché son cul d’où il restait parfaitement démontré qu’il y avait encore de la merde de son enfance. Pour son vagin c’était le réceptacle de toutes les immondices et de toutes les horreurs, un véritable sépulcre dont la fétidité faisait évanouir. Elle avait un bras tordu et elle boitait d’une jambe. Fanchon était le nom de la quatrième, elle avait été pendue 6 fois en effigie et il n’existait pas un seul crime sur la terre, qu’elle n’eût commis. Elle avait 69 ans, elle était camuse, courte et grosse louche, presque point de front, n’ayant plus dans sa gueule puante que deux vieilles dents prêtes à cheoir, un érysipèle lui couvrait le derrière et des hémorroïdes grosses comme le poing lui pendaient à l’anus, un chancre affreux dévorait son vagin et l’un de ses cuisses était toute brûlée. Elle était soûle les trois quarts de l’année et dans son ivresse son estomac étant très faible, elle vomissait partout. Le trou de son cul malgré le paquet d’hémorroïdes qui le garnissait, était si large naturellement qu’elle vessait et pétait et faisait sonnet plus sans s’en apercevoir. Indépendamment des services de la maison au séjour luxurieux que l’on se proposait, ces quatre femmes devaient encore présider à toutes les assemblées pour tous les différents soins et services de lubricité que l’on pourrait exiger d’elles.

Tous ces soins remplis et l’été déjà commencé, on ne s’occupait plus que des transports des différentes choses qui devaient pendant les quatre mois de séjour à là terre de Durcet en rendre l’habitation commode et agréable. On y fit porter une nombreuse quantité de meubles et de glace, des vivres, des vins, des liqueurs de toutes les espèces, on y envoya des ouvriers, et petit à petit on y fit conduire les sujets, que Durcet qui avait pris les devants recevait, logeait et établissait à mesure. Mais il est temps de faire ici au lecteur une description du fameux temple destiné a tant de sacrifices luxurieux pendant les quatre mois projetés, il y verra avec quel soin on avait choisi une retraite écartée et solitaire comme si le silence, l’éloignement et la tranquillité était le véhicule puissant du libertinage et comme si tout ce qui imprime par ces qualités-là une terreur religieuse aux sens dut46) évidemment prêter à la luxure47) un attrait de plus. Nous allons peindre cette retraite non comme elle était autrefois, mais dans l’état et d’embellissement, et de solitude encore plus parfaite où les quatre amis l’avaient mise.

Il fallait pour y parvenir arriver d’abord à Baste, on y passait certain [lieu], au de là duquel, la route se rétrécissait au point qu’il fallait quitter les voitures peu après. On entrait dans la forêt noire, on s’y enfonçait d’environs 15 lieues par une route difficile et tortueuse, et absolument inpraticable sans guide. Un méchant hameau de charbonnière et de garde bois s’offrait. Environ en cette hauteur-là commence le territoire de la terre de Durcet et le hameau lui appartient, comme les habitants de ce petit village sont presque tous voleurs ou contrebandiers, il fut aisé à Durcet de s’en faire des amis, et pour premier ordre leur fut donné un comique exacte de laisser parvenir qui que ce fait au château. Peu de là l’époque du 1 de novembre qui était celle où la société devait être entièrement réunie, il arma ses fidèles vassaux, leur accorda quelques privilèges qu’il sollicitait depuis longtemps et la barrière fut fermée. Dans le fait la description suivante va faire voir combien, cette porte bien close, il devenait difficile de pouvoir parvenir à Silliny, nom du château de Durcet ; dès qu’on avait passé la charbonnerie, on commençait à escalader une montagne presqu’aussi haute que le Mont St. Bernard, et d’un abord infiniment plus difficile, car il n’est possible de parvenir au sommet qu’à pied. Ce n’est pas que les mulets n’y aillent, mais les précipites environnent de toutes parts si tellement le sentier qu’il faut suivre qu’il y a le plus grand danger à s’exposer sur eux. Six de ceux qui transportèrent les vivres et les équipages périrent ainsi que 2 ouvriers qui avaient voulu monter deux d’entre eux. Il faut près de cinq grosses heures pour parvenir à la cime de la montagne, laquelle offre là une autre espèce de singularité qui par les précautions que l’on prit, devint une nouvelle barrière tellement insurmontable qu’il n’y avait plus que les oiseaux qui pussent la franchir. Ce caprice singulier de la nature est une fente de plus de trente toises sur le cime de la montagne entre sa partie septentrionale et sa partie méridionale, de façon que sans les secours de l’art, après avoir grimpé la montagne il devient impossible de la redescendre. Durcet a fait réunir ces deux parties qui laissent entre elles une précipite de plus de mille pieds de profondeur, par un très beau pont de bois que l’on abatit dès que les derniers équipages furent arrivés et de ce moment-là, plus aucune possibilité quelconque de communiquer au château de Silliny. Car en redescendant la partie septentrionale on arrive dans une petite plaine d’environ quatre arpents, laquelle est entourée de partout de rochers à pics dont les sommets touchent aux mêmes rochers qui enveloppent la plaine comme un paravent et qui ne laissent pas la plus légère [communication] entre eux, le passage nommé le chemin du pont, est donc l’unique qu’on puisse descendre et communique dans la petite plaine, et une fois détruit il n’y a plus un seul habitant de la terre de quelqu’espèce qu’on veuille le supposer à qui il devienne possible d’aborder la petite plaine. Or c’est au milieu de cette petite plaine si bien entourée, si bien défendue que se trouva le château de Durcet ; un mur de trente pieds de haut l’environne encore, au de là des murs un fossé plein d’eau et très profond défend encore une dernière enceinte formant une galerie tournante ;48) une voie basse et étroite pénètre enfin dans une grande cour intérieure, autour de laquelle sont bâtis tous les logements. Ces logements fort vastes et fort bien meublés par le dernier arrangement pris, offrent d’abord au premier étage, une très grande galerie, qu’on observe que je vais peindre les appartements non tels, qu’ils pouvaient être autrefois, mais comme ils venaient d’être arrangés et distribués relativement au plan projeté. De la galerie on pénétrait dans un très joli salon à manger, garni d’armoires en forme de tours qui communiquant aux cuisines donnaient la facilité d’être servi chaud, promptement et sans qu’il fut besoin du ministère d’aucun valet. De ce salon à manger garni de tapis, de poêles, d’ottomanes, d’excellents fauteuils et de tout ce qui pouvait le rendre aussi commode qu’agréable on passait dans un salon de compagnie, simple, sans recherches, mais extrêmement chaud et garni de fort bons meubles, ce salon communiquait à un cabinet d’assemblée, destiné aux narrations des historiennes, c’était pour ainsi dire là le champ de bataille des combats projetés, le chef lieu des assemblées lubriques, et comme il avait été orné en conséquence, il mérite une petite description particulière. Il était d’une forme demi-circulaire ; dans la partie ceintrée se trouvaient quatre niches de glaces fort vastes et ornée chacune d’une excellente ottomane, ces quatre niches par leur construction faisaient absolument face au diamètre qui coupait le cercle, un trône élevé de quatre pieds était adossé au mur formant le diamètre, il était pour l’historienne, position qui la plaça non seulement bien en face des quatre niches destinées à ses auditeurs, mais qui même, vu que le cercle était petit ne l’éloignant point trop d’eux, les mettaient à même de ne pas perdre un mot de sa narration ; car elle se trouvait alors placée comme est l’acteur sur un théâtre et les auditeurs placés dans les niches se trouvaient l’être comme on l’est à l’amphithéâtre. Au bas du trône étaient des gradins sur lesquels devaient se trouver les sujets de débauche amenés pour servir à calmer l’irritation des sens produite par les récits, ces gradins ainsi que le trône étaient recouverts de tapis de velours noirs garnis de franches d’or, et les niches étaient meublées d’une étoffe pareille et également enrichie, mais de couleur bleu foncée. À chaque pied des niches, était une petite porte donnant dans une garderobe adjacente49) à la niche et destinée à faire passer les sujets qu’on désirait et que l’on faisait venir des gardins dans le cas où l’on ne voulut pas exécuter devant tout le monde la volupté pour l’exécution de laquelle on appellait ce sujet. La garderobe était munie de canapés, et de tous les autres meubles nécessaires aux impuretés de toute espèce. Des deux côtés du trône, il y avait une colonne isolée, et qui allait toucher le plafond. Ces deux colonnes étaient destinées à contenir le sujet que quelque faut aurait mis dans le cas d’une correction. Tous les instruments nécessaires à cette correction étaient accrochés en ces colonnes, et cette vue imposante servait à maintenir une subordination si essentielle dans des parties de cette espèce, subordination d’où naît presque tout le charme de la volupté dans l’âme des persécuteurs. Ce salon communiquait à un cabinet qui se trouvait faire dans cette partie l’extrémité du du logement. Ce cabinet était une espèce de boudoir, il était extrêmement sourd et secret, fort chaud, très sombre le jour et sa destination était pour des combats tête à tête, ou pour certaines autres voluptés secrètes qui seront expliquées dans la suite ; pour passer dans l’autre aile, il fallait revenir sur ses pas, et une fois dans la galerie au fond de laquelle on voyait une fort belle chapelle, on repassait dans l’aile parallèle qui achevait le tour de la cour intérieure. Là se trouvait une fort belle antichambre communiquant à quatre très beaux appartements ayant chacun boudoir et garderobe ; de très beaux lits à la turque en damas à trois couleurs avec l’ameublement pareil ornaient ces appartements dont les boudoirs offraient tout ce que peut offrir la lubricité la plus sensuelle et même avec recherche. Les quatres chambres furent destinées aux quatre amis, et comme elles étaient fort chaudes et fort bonnes, ils y furent parfaitement bien logés, une femme devant occuper par les arrangements pris les mêmes appartements qu’eux, on ne leur affecta point de logements particuliers. — Le second étage offrait une même quantité d’appartements à peu près, mais différemment divisés ; on y trouvait d’abord, d’un côté, un vaste appartement orné de 8 niches garnies chacune d’un petit lit et cet appartement était celui des jeunes filles, à côté duquel se trouvaient 2 petites chambres pour 2 des vieilles qui devaient en avoir soin, au delà deux jolies chambres égales étaient destinées à deux des historiennes. Sur le retour on trouvait un même appartement et 8 niches en alcôve pour les 8 jeunes garçons ayant de même deux chambres auprès pour les 2 duègnes que l’on destinait à les surveiller, et au delà deux autres chambres également pareilles pour les deux autres historiennes. Huit jolis capucins au-dessus de ce qu’on vient de voir formaient le logement des 8 fouteurs quoique destinés à fort peu coucher dans leur lit. Dans le rez-de-chaussée se trouvaient les cuisines avec six cellules pour les six êtres que l’on destinait à ce travail, lesquelles étaient trois fameuses cuisinières ; on les avait préférées à des hommes pour une partie comme celle-là, et je crois qu’on avait eu raison. Elles étaient aidées de trois jeunes filles robustes, mais rien de tout cela ne devait paraître aux plaisirs, rien de tout cela n’y était destiné, et si les règles que l’on s’était imposées sur cela furent enfreintes, c’est que rien ne contient le libertinage et que la vraie façon d’étendre et de multiplier ses désirs est de vouloir lui imposer des bornes. L’une de ces trois servantes devait avoir soin du nombreux bétail que l’on avait amené, car excepté les quatre vieilles destinées au service intérieur, il n’y avait absolument point d’autre domestique que ces trois cuisinières et leurs aides. Mais la dépravation, la cruauté, le dégoût, l’infamie, toutes ces passions prévues ou senties, avaient bien, érigé un autre local dont il est urgent de donner un esquisse, car la loi essentielle de la narration empêche que nous ne le peignions en entier, une fatal pierre se levait artistement sous le marche-pied de l’autel du petit temple chrétien que nous avons désigné dans la galerie ; on y trouvait un escalier en vis50) très étroit et très escarpé lequel par trois cent marches descendait aux entrailles de la terre dans une espèce de cachot voûté, fermé par trois portes de fer et dans lequel se trouvait tout ce que l’art le plus cruel et la barbarie la plus raffinée peuvent inventer de plus atroce, tout pour effrayer les sens que pour procéder à des horreurs ; et là que de tranquillité jusqu’à quel point ne devait pas être rassuré le scélérat que le crime y conduisait avec une victime. Il était chez lui, il était hors de France, dans un pays sûr, au fond d’une forêt inhabitable, dans un réduit de cette forêt que par les mesures prises les, seuls oiseaux du ciel pouvaient aborder, et il y était dans le fond des entrailles de la terre ; malheur, cent fois malheur à ces créatures infortunées qui dans un pareil abandon se trouvaient à la merci d’un scélérat sans loi et sans religion que le crime amusait et qui n’avait plus d’autres intérêts que sa passion et d’autre mesure à garder que les lois impérieuses de ses perfides voluptés — je ne sais ce qui s’y passera, mais ce que je puis dire à présent sans blesser l’intérêt du récit, c’est que quand on fit la description au duc, il en déchargea 3 fois de suite. Enfin tout étant prêt, tout étant parfaitement, disposé, les sujets déjà établis, le duc, l’évêque, Curval et leurs femmes, suivis des quatre seconds fouteurs se mirent en marche, Durcet et sa femme ainsi que tout le reste ayant pris les devants comme on l’a dit,51) et non sans des peines infinies arrivèrent enfin au château le 29, 8 h. au soir. Durcet qui avait allé au devant d’eux fit couper le pont de la montagne sitôt qu’ils furent passés, mais ce ne fut partout le duc ayant examiné le local décida que puisque tous les vivres étaient dans l’intérieur, et qu’il n’y avait plus aucun besoin de sortir, il fallait pour prévenir les attaques ultérieures pas redoutées ; et les évasions inférieurs, qui l’étaient davantage, il fallait dis-je, faire murer toutes les portes par lesquelles oh pénétrait dans l’intérieur, et s’enfermer absolument dans la place comme dans une citadelle assiégée sans laisser la plus petite issue, soit à l’ennemi soit au déserteur. L’avis fut exécuté,52) on se barricada à tel point qu’il ne devenait même pas plus possible de reconnaître où avaient été les portes, et on s’établit dans le dedans, d’après les arrangements qu’on vient de lire. Les deux jours qui restaient encore jusqu’au 1er de novembre53) furent consacrés à reposer les sujets afin qu’ils pussent paraître frais dès que les scènes de débauché allaient commencer ; et les quatre amis travaillèrent à un code de loix, qui fut signé des chefs et promulgué aux sujets sitôt qu’on l’eut rédigé ; Avant que d’entrer en matières il est essentiel que nous les fassions connaître à notre lecteur, qui d’après l’exacte description que nous lui avons faite du tout, n’aura plus maintenant que suivre légèrement et voluptueusement sans que rien trouble son intelligence ou vienne embarrasser

son mémoire.
Règlements.


On se lèvera tous les jours à 10 heures du matin ; à ce moment les quatre fouteurs qui n’auront pas été du service pendant la nuit, viendront rendre visite aux amis et amèneront chacun avec eux un petit garçon, ils passeront successivement d’une chambre à l’autre ils agiront au gré et aux désirs des amis, mais dans les commencements les petits garçons qu’ils amèneront ne seront que pour la perspective, car il est décidé et arrangé que les 8 pucelages des cons des jeunes filles ne seront enlevés que dans le mois de décembre et ceux de leur cul ainsi que ceux des culs des 8 jeunes garçons, ne le seront que dans le cours du janvier, et cela afin de laisser irriter la volupté par l’accroissement d’un désir sans cesse enflammé et jamais satisfait état qui doit nécessairement conduire à une certaine fureur lubrique que les amis travaillent à provoquer comme une des situations54) les plus délicieuses de la lubricité. — À onze heures les amis se rendront dans l’appartement des jeunes filles ; c’est là que sera servi le déjeuner, consistant en chocolat, ou en rôties ou vin d’Espagne ou autres confortables restaurants. Ce déjeuner sera servi par les 8 jeunes filles nues, aidées des deux vieilles, Marie et Luison, que l’on attacha au sérail des filles, les deux autres devant l’être à celui des garçons. Si les amis ont envie de commettre des impudicités avec les filles, pendant le déjeuné, avant ou après elles s’y prêteront avec la résignation qui leur est enjointe, et à laquelle elles ne manqueraient pas sans une dure punition. Mais on convient, qu’il ne sera point fait de parties secrètes et particulières en ce moment-là, et que si l’on veut paillarder un instant, ce sera entre soi et devant tout ce qui assistera au déjeuner. — Ces filles auront pour coutume général de se mettre toujours à genoux chaque fois qu’elles verront ou rencontreront un ami, et elles y resteront jusqu’à ce qu’on leur dise de se relever. Elles seules, les épouses et les vieilles seront soumises à cette loi, on en dispense tout le reste, mais tout le monde sera tenu à n’appeler jamais que monseigneur chaque des amis avant de sortir de la chambre des filles. Celui des amis chargé de la tenue du mois (l’intention étant que chaque mois un ami ait le détail du tout, et que chacun y passe à son tour, dans l’ordre suivant : Durcet pendant novembre, l’évêque pendant décembre, le président pendant janvier, et le duc pendant février) celui donc des amis qui sera du mois, avant de sortir de l’appartement des filles les examinera toutes les unes après les autres pour voir si elles sont dans l’état où il leur aura été enjoint de se tenir, ce qui sera signifié chaque matin aux vieilles et réglé sur le besoin que l’on aura de les tenir en tel ou tel état comme il est sévèrement défendu d’aller à la garderobe ailleurs que dans la chapelle qui a été arrangée et destinée pour cela, et défendu d’y aller sans une permission particulière laquelle est souvent refusée et pour cause. L’ami qui sera du mois examinera avec soin sitôt après le déjeuné, toutes les garderobes particulières des filles et dans l’un ou l’autre cas de contravention en deux objets ci-dessus désignés la délinquante sera condamnée à peine afflictive. On passera de là dans l’appartement des garçons afin d’y faire les mêmes visites, et de condamner également les délinquants à peine capitale, les quatres petits garçons qui n’auront été point le matin chez les amis, les recevront cette fois-là, quand ils viendront dans leur chambre, et ils se déculotteront devant eux, les quatre autres se tiendront débout sans rien faire, et attendront les ordres qui leur seront donnés. Messieurs paillarderont ou non avec ces quatre qu’ils n’auront point encore vus de la journée mais ce qu’ils feront sera en public, point de tête à tête à cette heure-là. À une heure ceux ou celles des filles ou des garçons tant grands que petits qui auront obtenu la permission d’aller à des besoins pressés, c’est-à-dire aux gros, et cette permission ne s’accordera jamais que très difficilement et à un tiers au plus des sujets, ceux-là dis-je se rendront à la chapelle où tout a été artistement disposé pour les voluptés analogues à ce genre-là, ils y trouveront les quatre amis qui les attendront jusqu’à deux heures et jamais plus tard et qui la disposeront comme ils le jugeront convenable aux voluptés de ce genre qu’ils auront envie de se passer ; de deux à trois on servira les deux premières tables qui dîneront à la même heure, l’un dans le grand appartement des filles, l’autre dans celui des petits garçons ; ce seront les 3 servantes de la cuisine qui serviront les deux tables, la première sera composée des 8 petites filles et des quatre vieilles, la seconde des quatre épouses, des 8 petits garçons et des quatre historiennes. Pendant ce dîner messieurs se rendront dans le salon de compagnie, où ils jaseront ensemble jusqu’à 3 heures peu avant cette heure les 8 fouteurs paraîtront dans cette salle le plus ajustés et le plus parés qu’il se pourra. À 3 heures on servira le dîner des maîtres et les 8 routeurs seront les seuls qui jouiront de l’honneur d’y être admis. Ce dîner sera servi par les quatre épouses toutes nues aidées des quatre vieilles vêtues en magiciennes, ce seront elles qui sortiront les plats des tours où les servantes les apporteront en dehors, et qui les remettront aux épouses qui les poseront sur la table. Les 8 routeurs pendant le repas pourront commettre sur les corps nus des épouses tous les attouchements qu’ils voudront sans que celle-ci puisse s’y refuser ou s’en défendre, ils pourront même aller jusqu’aux insultes et s’en faire servir la verge haute, en les apostrophant de toutes les invectives que bon leur semblera. On sortira de table à cinq heures, alors, les 4 amis seulement (les fouteurs se retirent jusqu’à l’heure de l’assemblée générale) les quatre amis dis-je passeront dans le salon, où deux petits garçons et deux petites filles qui se varieront tous les jours, leur serviront nus, du café et des liqueurs, ce ne sera point encore là le moment où l’on pourra se permettre des voluptés qui puissent enivrer, il faudra s’en tenir au simple badinage. Un peu avant 6 heures les quatre enfants qui viendront de servir se retireront pour aller s’habiller promptement. À dix heures précises messieurs passeront dans le grand cabinet destiné aux narrations et qui a été dépeint plus haut ; ils se placeront chacun dans leurs niches et tel sera l’ordre observé pour le reste. Sur le trône dont on a parlé sera l’historienne, les gradins du bas de son trône seront garnis de 16 enfants arrangés de manière à ce que quatre, c’est-à-dire deux filles et deux garçons, se trouvent faire face à une des niches, ainsi de suite chaque niche aura un pareil quatrain vis-à-vis d’elle, ce quatrain sera spécialement affecté à la niche devant laquelle il sera sans que les niches d’un côté puissent former des prétentions sur lui, et ces quatrains seront diversifiés tous les jours ; jamais la même niche n’aura le même, chaque enfant du quatrain aura une chaîne de fleurs artificielles au bras qui répondra dans la niche, en sorte que lorsque le propriétaire de la niche voudra tel ou tel enfant de son quatrain, il n’aura qu’à tirer à lui la guirlande et l’enfant accourrera se jeter vers lui. Au-dessous du quatrain sera une vieille attachée au quatrain, et aux ordres du chef de la niche de ce quatrain. Les trois historiennes qui ne seront point du mois, seront assises sur une banquette au pied du trône sans être affectées à rien et néanmoins aux ordres de tout le monde. Les quatre fouteurs qui seront destinés à passer la nuit avec les amis pourront s’abstenir de l’assemblée, ils seront dans leurs chambres occupés à se préparer à cette nuit qui demande toujours des exploits. À l’égard des quatre autres ils seront chacun aux pieds d’un des amis dans leurs niches, sur le sopha desquelles sera placé l’ami à côté d’une des épouses à tour de rôle. Cette épouse sera toujours nue, le fouteur sera en gilet et caleçon de taffetas couleur de rose, l’historienne du mois sera vêtue en courtisane élégante, ainsi que ses trois compagnes, et les petits garçons et les petites filles des quatrains seront toujours différemment et élégamment costumés, un quatrain à l’asiatique, un à l’espagnole, un autre à la turque, le quatrième à la grecque, et le lendemain autre chose, mais tous ces vêtements seront de taffetas et de gaze, jamais le bas du corps ne sera serré par rien et une épingle détachée suffira pour les mettre nus. À l’égard des vieilles elles seront alternativement en sœurs grises, en religieuses, en fées, en magiciennes et quelquefois en veuves. Les portes des cabinets attenants ces niches, seront toujours entr’ouvertes, et le cabinet très échauffé par des poêles de communication, garnis de tous les meubles nécessaires aux différentes débauches. Quatre bougies brûleront dans chacun de ces cabinets, et cinquante dans le salon. À 6 heures précises l’historienne commencera sa narration que les amis pourront interrompre à tous les instants que bon leur semblera. Cette narration durera jusqu’à 10 heures du soir, et pendant ce temps-là comme son objet est d’enflammer l’imagination, toutes les lubricités seront permises excepté néanmoins celles qui porteraient atteinte à l’ordre et l’arrangement pris pour la défloration, lequel sera toujours exactement conservé. Mais on fera du reste tout ce qu’on voudra avec son épouse, le fouteur, le quatrain et la vieille du quatrain et même avec les historiennes, si la fantaisie en prend, et cela ou dans sa niche, ou dans le cabinet qui en dépend. La narration sera suspendue tant que dureront les plaisirs de celui dont les besoins l’interrompent, et on la reprendra quand il aura fini. À 10 heures on servira le souper, les épouses, les historiennes, et les 8 petites filles iront promptement souper entre elles et apart, jamais les femmes n’étant admises au souper des hommes, et les amis souperont avec les quatre fouteurs qui ne seront pas du service de nuit, et quatre petits garçons, les quatre autres serviront aidés des vieilles, en sortant du soupe, on passera dans le salon d’assemblée pour la célébration de ce qu’on appelle, les orgies. Là tout le monde se retrouvera et ceux qui auront soupé apart et ceux qui auront soupé avec les amis mais, toujours excepté les 4 fouteurs du service de nuit. Le salon sera singulièrement échauffé et éclairé par des lustres, là tout sera nu, historiennes, épouses, jeunes filles, jeunes garçons, vieilles, fouteurs, amis, tout sera pêle-mêle, tout sera vautré sur des carreaux par terre, et à l’exemple des animaux, on changera et se mêlera, on incestera, on adultérera, on sodomitera, et toujours excepté la défloration, on se livrera à tous les excès et à toutes les débauches qui pourront le mieux échauffer la tête, quand ces déflorations devront se faire, tel55) sera le moment où l’on y procédera et une fois qu’un enfant sera défloré, on pourra jouir de lui, quand et de quelle manière qu’on le voudra. À deux heures précises du matin les orgies cesseront, les quatre fouteurs destinés au service de nuit viendront dans d’élégants déshabillés chercher chacun l’ami avec lequel il devra coucher, lequel amènera avec lui une des épouses, ou une des sujets déflorés quand ils le seront ou une historienne ou une vieille pour passer la nuit entre elle et son fouteur, et le tout, à son gré et seulement avec la clause de se soumettre à des arrangements sages et d’où il puisse résulter que chacun change toutes les nuits ou le puisse faire. Tel55) sera l’ordre et l’arrangement de chaque journée, indépendamment de cela chacun des 17 semaines, que doit durer56) le séjour au château sera marquée par une fête, ce seront d’abord des mariages (il en sera rendu compte en temps et lieu), mais comme les premiers de ces mariages se feront entre les plus jeunes enfants et qu’ils ne pourront pas les commencer, il ne dérangeront rien à l’ordre établi pour les déflorations, les mariages entre grands ne se faisant qu’après la défloration. Leur consommation ne nuira à rien, puisque agissant il ne jouiront que de ce qui sera déjà cueilli. — Les quatre vieilles répondront de la conduite des 4 enfants quand ils feront des fautes, elles se plaindront à celui des amis qui sera du mois et on procédera en commun aux corrections tous les samedis au soir à l’heure des orgies. Il s’en tiendra liste exacte jusque là. À l’égard des fautes commises par les historiennes, elles seront punies à moitié de celles des enfants parce que leur talent sert et qu’il faut toujours respecter les talents ; quant à celles des épouses ou des vieilles elles seront toujours doubles de celles des enfants. Tout sujet qui fera quelque refus de choses qui lui seront demandées, même en étant dans l’impossibilité sera très sévèrement puni. C’était à lui de prévoir et de prendre ses précautions. Le moindre rire, ou le moindre manque d’attention ou de respect et de soumission dans la partie de débauche sera une des fautes les plus graves et les plus cruellement punies, tout homme pris en flagrant délit avec une femme sera puni de la perte d’un membre quand il n’aura pas reçu l’autorisation de jouir de cette femme. Le plus petit acte de religion de la part d’un des sujets quelqu’il puisse être sera puni de mort. Il est expressément enjoint aux amis de n’employer dans toutes les assemblées que les propos les plus lascifs, les plus, débauchés et les expressions, les plus sales, les plus fortes et les plus blasphématoires. — Le nom de dieu n’y sera jamais prononcé qu’accompagné d’invectives ou d’imprécations et on le répétera le plus souvent possible. À l’égard de leur ton il sera toujours le plus brutal, le plus dûr et le plus impérieux, avec les femmes et les petits garçons, mais soumis, putain et dépravé avec les hommes que les amis en jouant avec eux le rôle des femmes doivent regarder comme leurs maris ; celui des messieurs qui manquera à toutes ces choses, ou qui s’avisera d’avoir une seule heure de raison et surtout de passer un seul jour sans se coucher ivre payera 10 mille francs d’amende ; quand un ami aura quelque gros besoin, une femme, dans celle des classes qu’il jugera à propos sera tenue à l’accompagner pour vaquer aux soins qui lui seront indiqués pendant cet acte-là — aucun des sujets soit hommes soit femmes ne pourront remplir de devoirs de propreté quelqu’il puisse être et surtout ceux après le gros besoin sans une permission expresse de l’ami qui sera du mois, et si elle lui est refusée et qu’il le remplisse malgré cela, sa punition sera des plus rudes. Les quatre épouses n’auront aucune sorte de prérogative sur les autres femmes ; au contraire, elles seront toujours traitées avec plus de rigueur et d’inhumanité, et elles seront très souvent employées aux ouvrages les plus viles et les plus pénibles, tels par exemple que le nettoyement des garderobes communes et particulières établies à la chapelle. Ces garderobes ne seront vidées que tous les huit jours, mais ce sera toujours par elles. Et elles seront rigoureusement punies si elles y résistent ou les remplissent mal. Si un sujet quelconque entreprend une évasion pendant la tenue de l’assemblée, il sera à l’instant puni de mort quelqu’il puisse être. Les cuisinières et leurs aides seront respectées, et ceux des messieurs qui enfreindront cette loi payeront mille louis d’amende. Quant à ces amendes, elles seront toutes spécialement employées au retour en France à commencer les frais d’une nouvelle partie ou dans le genre de celle-ci ou dans une autre. Ces soins remplis et règlements promulgués le 30 dans la journée, le duc passa la matinée du 31 à tout vérifier, à faire faire des répétitions du tout, et à examiner avec soin la place pour voir si elle n’était pas susceptible ou d’être assaillie, ou de favoriser quelque évasion. Ayant reconnu qu’il faudrait être oiseau ou diable pour en sortir ou y entrer, il rendit compte à la société de sa commission, et passa la soirée du 31 à haranguer les femmes, elles s’assemblèrent toutes par son ordre dans le salon aux narrations, et étant monté sur la tribune ou l’espèce de trône destinée à l’historienne, voici à peu près le discours qu’il leur tint.

„Etres faibles et enchaînées, uniquement destinées à nos plaisirs, vous ne vous êtes pas flattées j’espère que cet empire aussi ridicule qu’absolu que l’on vous laisse dans le monde, vous serait accordé dans ces lieux, mille fois plus soumises que ne le serait des esclaves, vous ne devez vous attendre qu’à l’humiliation, et l’obéissance doit être la seule vertu dont je vous conseille de faire usage, c’est la seule qui convénienne à l’état où vous êtes. Ne vous avisez pas surtout de faire aucun fond sur vos charmes, trop blazés sur de tels pièges vous devez bien imaginer que ce ne serait avec nous que ces amorces-là pourraient réussir, souvenez sans cesse que nous nous servirons de vos toutes, mais que pas une seule ne doit se flatter de pouvoir seulement nous inspirer Je sentiment de la pitié, indigne contre les autels qui ont pu nous arracher quelque grain d’encens, notre fierté, et notre libertinage la brise dès que l’illusion a satisfait les sens, et le mépris presque toujours suivi de la haine remplace à l’instant dans nous le prestige de l’imagination. Qu’offrirez-vous d’ailleurs que nous ne sachions par cœur, qu’offrirez-vous que nous ne foulions aux pieds souvent même l’instant du délire ; il est inutile de vous le cacher : votre service sera rude, il sera pénible et rigoureux et les moindres fautes seront à l’instant punies de peines corporelles et af flictives ; je dois donc vous recommander de l’exactitude, de la soumission et une abnégation totale de vous mêmes pour n’écouter que nos désirs, qu’ils fassent vos uniques lois, volez au-devant d’eux, prévenez-les et faites les naître, non pas que vous ayez beaucoup à gagner de cette conduite, mais seulement parée que vous auriez beaucoup à perdre en ne l’observant pas. Examiner votre situation, ce que vous êtes et ce que nous sommes, et que ces réflexions vous fassent frémir. Vous voilà hors de France au fond d’une forêt inhabitable, au-delà de montagnes escarpées dont les passages ont été rompus aussitôt après que vous les avez eu franchis, vous êtes enfermés dans une citadelle impénétrable, qui que ce soit ne vous y sait. Vous êtes soustraites à vos amis, à vos parents, vous êtes déjà mortes au monde et ce n’est plus que pour nos plaisirs que vous respirez, et quels sont les êtres à qui vous voilà maintenant subordonnées ; des scélérats profonds et reconnus qui n’ont de dieu que leur lubricité, de loix que leur dépravation, de frein que leur débauche, des roués, sans dieu, sans principe, sans religion dont le moins criminel est souillé de plus d’infamies que vous ne pourriez les nombrer, et aux yeux de qui la vie d’une femme, que dis-je, d’une femme, de toutes celles qui habitent la surface du globe, est aussi indifférente que la destruction d’une mouche, il sera peu d’excès sans doute, où nous ne nous portions57) qu’aucuns ne vous répugnent, prêtez-vous sans sourciller, et opposez à tous la patience, la soumission et le courage. Si malheureusement quelqu’unes d’entre vous succombent à l’intempérie de ces passions, qu’elles prennent bravement son parti, nous ne sommes pas dans ce monde pour toujours exister, et ce qui peut arriver de plus heureux à une femme, c’est de mourir jeune, on vous a lu des règles fort sages et très propres et à votre sûreté et à nos plaisirs ; exécutez les aveuglément et attendez-voius à tout de notre part, si vous nous irritez par une mauvaise conduite quelqu’unes d’entre vous, avez avec nous dès lieux, je le sais, qui vous enorgueillient peut-être, et desquels vous espérez de l’indulgence, vous seriez dans une grande erreur, si vous y comptiez, nul rien n’est sacré aux yeux de gens tels que nous et plus ils vous paraîtront tels pour leur rupture chatouiller à la perversité de nos âmes, filles, épouses c’est donc à vous que je m’adresse en ce moment. Ne vous attendez à aucune prérogative de notre part, nous vous avertissons que vous serez traitées, même avec plus de rigueur que les autres, et cela précisément pour vous faire voir combien sont méprisables à nos yeux les lieux dont vous nous croyiez peut-être enchaînés. Au reste ne vous attendez pas que nous vous spécifierons toujours les ordres que nous voudrons nous faire exécuter, une geste, un coup d’œil, souvent un simple sentiment interne de notre part vous le signifiera, et vous serez aussi punies de ne les avoir pas deviné ou prévenu que si après vous avoir été notifiées, il eut éprouvé une désobéissance de votre part, c’est à vous de démêler nos mouvements, nos regards, nos gestes, d’en démêler l’expression et surtout de ne pas vous tromper à nos désirs ; car je suppose par exemple que ce désir fût de voir une partie de votre corps et que vous vinssiez maladroitement à offrir l’autre, vous sentez à quel point une telle méprise dérangerait notre imagination. Et tout ce qu’on risque à refroidir la tête d’un libertin qui — je le suppose — n’attendrait qu’un cul pour sa décharge et auquel on viendrait imbécilement présenter un con. En général offrez-vous toujours très peu par devant, souvenez-vous que cette partie infecte que la nature ne forma qu’en déraisonnant, est toujours celle qui nous répugne le plus. Et relativement à vos culs mêmes, il y a encore des précautions à garder, tant pour dissimuler en l’offrant l’antre odieux qui l’accompagne, que pour éviter de nous faire voir dans de certains moments, le cul dans un certain état où d’autres gens désireraient de le trouver toujours, vous devez m’entendre, et vous recevrez d’ailleurs de la part des quatre duègnes des instructions ultérieures qui achèveront de vous expliquer tout. En un mot, frémissez, devinez, obéissez, prévenez, et avec cela si vous n’êtes pas au moins très fortunées, peut-être ne serez-vous pas tout à fait malheureuses. D’ailleurs point d’intrigue entre vous, nulle liaison, point de cette imbécile amitié de filles qui en amollit d’un côté le cœur, le rend de l’autre et plus revêche et moins disposé à la seule et simple humiliation, où nous vous destinons, songez que ce n’est point du tout comme des créatures humaines que nous vous regardons, mais uniquement comme des animaux que l’on nourrit pour le service qu’on en espère et qu’on écrase quand ils se refusent à ce service. Vous avez vu à quel point on vous défend tout ce qui peut avoir l’air d’un acte de religion quelconque, je vous préviens qu’il n’y aura pas de crime plus sévèrement puni que celui-là. On ne sait que trop qu’il est encore parmi vous quelqu’imbéciles qui ne peuvent pas prendre sur elles d’abjurer l’idée de cet infâme dieu et d’en abhorrer la religion, celles-là seront soigneusement examinées — je ne vous le cache pas — et il n’y aura point d’extrémités où l’on ne se porte envers elle. Si malheureusement on les prend sur le fait, qu’elles se persuadent,58) ces sottes créatures, qu’elles se convainquent donc que l’existence de dieu est une folie qui n’a pas sur toute la terre vingt sectateurs aujourd’hui, et que la religion qui l’invoque n’est qu’une fable ridiculement inventée par des fourbes dont l’intérêt à nous tromper n’est que trop visible à présent, en un mot, décidez vous-mêmes, s’il y avait un dieu et si ce dieu eût de la puissance, permettrait-il que la vertu qui l’honore et dont vous faites profession fût sacrifiée comme elle va l’être aux vices et aux libertinages, permettrait-il ce dieu tout puissant, qu’une faible créature comme moi qui ne serait vis-à-vis de lui que c’est qu’un ciron aux yeux de l’éléphant, permettrait-il, dis-je, que cette faible créature, l’insultât, le bafouât, le défiât, le bravât et l’offense comme je fais à plaisir à chaque instant de la journée.“

Ce petit sermon fait, le duc descendit de chaire, et excepté les quatre vieilles et les quatre historiennes qui savaient bien qu’elles étaient là plutôt [comme] sacrificatrices et prêtresses que comme victimes, excepté ces 8 là, dis-je, tout le reste fondait en larmes, et le duc s’en embarassant fort peu les laissa conjecturer, jaboter, se plaindre entre elles, bien sûr que les 8 espionnes lui rendraient bon compte de tout, et fut passer la nuit avec Hercule, l’un de la troupe des fouteurs qui était devenu son plus intime favori comme amant, le petit Zéphyre ayant toujours pour maîtresse la première place dans son cœur. Le lendemain devant retrouver dès le matin les choses sur le pied d’arrangement où elles avaient été mises, chacun s’arrange de même pour la nuit et dès que dix heures de matin sonnèrent, la scène du libertinage s’ouvrit pour ne plus se déranger en rien, ni sur rien de tout ce qui avait été préscrit jusqu’au 28 de février inclus ; c’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant, ni chez les anciens, ni chez les modernes. Imagine-toi que toute jouissance honnête ou prescrite par cette bête dont tu parles sans cesse, sans le connaître, et que tu appelles nature, que ces jouissances, dis-je, seront expressément exclues de ce recueil, et que lors que tu les rencontreras par avanture, ce ne sera jamais qu’autant qu’elles seront accompagnées de quelque crime, ou colorées de quelqu’infamies. Sans doute beaucoup des écarts que tu vas voir peints te déplairont, on le sait, mais il s’en trouvera quelqu’uns qui t’enchanteront au point de te coûter du foutre, et voilà tout ce qui nous faut, si nous n’avions pas tout dit, tout analysé, comment voudrais-tu que nous eussions pu deviner ce qui te convient, c’est à toi à les prendre et à laisser le reste, un autre en fera autant, et petit à petit, tout aura trouvé sa place. C’est ici l’histoire d’un magnifique repas où 600 plats divers s’offrent à ton appétit, les manges-tu tous, non sans doute, mais ce nombre prodigieux étend les bornes de ton choix, et ravi de cette augmentation des facultés, tu ne t’avises pas de gronder l’amphitrion qui te régale, fais de même ici, choisis, et laisse le reste sans déclamer contre ce reste, uniquement parce qu’il n’a pas le talent de te plaire, songe qu’il plaira à d’autres et sois philosophe ; quant à la diversité sois assuré qu’elle est exacte, étudie bien celle des passions qui te paraît ressembler sans nulle différence à une autre, et tu verras que cette différence existe, et quelque légère qu’elle soit, qu’elle a seule précisément ce raffinement, ce tact qui distingue et caractérise le genre de libertinage dont il est ici question. Au reste on a fondu, ces 600 passions dans le récit des historiennes, c’est encore une chose dont il faut que le lecteur soit prévenu. Il aurait été monotone de les détailler autrement et une à une sans les faire entrer dans un corps de récit. Mais comme quelque lecteur, peu au fait de ces sortes de matières, pourrait peut-être confondre les passions désignées avec l’aventure ou l’évènement simple de la vie de la conteuse, on a distingué avec soin chacune de ces passions par un trait en marge, au-dessus duquel est le nom qu’on peut donner à cette passion, ce trait est à la ligne juste où on commence le récit de cette passion, et il y a toujours un alinéa où elle finit. Mais comme il y a beaucoup de personnages en action dans cet espèce de drames, que malgré l’attention qu’on a eu dans cette introduction de les peindre et de les désigner tous, on va placer une table qui contiendra le nom et l’âge de chaque acteur avec une légère esquisse de son portrait, à mesure que si l’on rencontrera un nom qui embrassera dans les récits on pourra recourir à cette table, et plus haut aux portraits étendus, si cette légère esquisse ne suffit pas à rappeler ce qui aura été dit.

Personnages du „roman de l’école du libertinage“.

Le duc de Blangis, 50 ans, fait comme un satire, doué d’un membre monstrueux et d’une force prodigieuse ; on peut le regarder comme le réceptacle de tous les vices et de tous les crimes, il a tué sa mère, sa sœur et trois de ses femmes.

L’évêque de… est son frère, 45 ans, plus mince et plus délicat que le duc, une vilaine bouche, il est fourbe adroit, fidèle sectateur de la sodomie active et passive, il méprise absolument toute autre espèce de plaisir, il a cruellement fait mourir deux enfants pour lesquels un ami avait laissé des fortunes considérables entre ses mains. Il a le genre nerveux d’une si grande sensibilité qu’il s’évanouit presque en déchargeant.

Le président de Curval, 60 ans, c’est un grand homme sec, mince ; des yeux creux éteints, la bouche malsaine, l’image ambulante de la crapule et du libertinage, d’une saleté affreuse sur lui-même, et y attachant de la volupté ; il a été circoncis, son érection est rare et difficile. Cependant elle a lieu et il éjacule encore presque tous les jours, son goût le porte de préférence aux hommes, néanmoins il ne méprise point une pucelle, il a pour singularité dans les goûts d’aimer et la vieillesse et tout qui lui ressemble pour la cochonnerie, il est donc d’un membre presqu’aussi gros que celui du duc, depuis quelqu’années il est comme abruti par la débauche, et il boît beaucoup. Il ne doit sa fortune qu’à des meurtres et nommément d’un qui est affreux et qu’on peut voir dans le détail de son portrait. Il éprouve en déchargeant une sorte de colère lubrique qui le porte aux cruautés.

Durcet, financier, 53 ans, grand aussi et camarade d’école du duc, il est petit, court et trapu, mais son corps est frais, beau et blanc, il est taillé comme une femme, et en a tous les goûts. Privé par la petitesse de sa consistance, de leur donner plaisir, il l’a imité et se fait foutre à tout instant du jour, il aime aussi la jouissance de la bouche, c’est la seule qui puisse lui donner des plaisirs comme agent. Les seuls dieux sont ses plaisirs et il est toujours prêt à leur tout sacrifier ; il est fin adroit et il a commis beaucoup de crimes. Il a empoisonné sa mère, sa femme et ses nièces pour arranger sa fortune. Son âme est ferme et stoïque, absolument insensible à la pitié. Il ne bande plus et ses éjaculations sont fort rares. Ses instants de crise sont précédés d’une sorte de spasme qui le jette dans une colère lubrique dangereuse pour ceux ou celles qui servent sa passion.

Constance est femme du duc et fille de Durcet, elle a 22 ans, c’est une beauté romaine, plus de majesté que de finesse, de l’embonpoint quoique bien faite, un corps superbe, le cul singulièrement coupé et pouvant servir de modèle, les cheveux et les yeux très noirs, elle a de l’esprit et ne sent que trop toute l’horreur de son sort. Un grand fond de vertu naturelle que rien n’a pu détruire.

Adélaïde, femme de Durcet et fille du président, c’est une jolie poupée, elle a 20 ans, les yeux très tendres et d’un joli bleu animé, elle a toute la tournure d’une héroïne de roman, le cou long et bien attaché, la bouche un peu grande, c’est son seul défaut. Une petite gorge et un petit cul, mais tout cela quoique délicat est blanc et moulé, l’esprit romanesque, le cœur tendre, excessivement vertueux et dévote ; elle se cache pour remplir ses devoirs de chrétienne.

Julie, femme du président et fille aînée du duc, elle a 24 ans, grasse, potelée, de beaux yeux bruns, un joli nez ; des traits marqués et agréables, mais une bouche affreuse, elle a peu de vertu, et même grande disposition à la malpropreté, à l’ivrognerie, à la gourmandise, et au putanisme, son mari l’aime à cause du défaut de sa [vertu]. On ne lui a jamais donné ni principe ni religion.

Aline sa sœur cadette, crue fille du duc quoique réellement elle soit fille de l’évêque et d’une des femmes du duc, elle a 18 ans, une physionomie très piquante et très agréable, beaucoup de fraîcheur, les yeux bruns, le nez retroussé, l’air mutine quoique foncièrement indolente et paresseuse, elle n’a point l’air d’avoir encore du tempérament, et déteste très sincèrement toutes les infamies dont on la rend victime, l’évêque l’a dépucelée par derrière à 10 ans ;59) on la laissée dans une ignorance crasse, elle ne sait ni lire, ni écrire, elle déteste l’évêque et craint le duc. Elle aimait beaucoup sa sœur, elle est sobre et propre, répond drôlement et avec enfantillage, son cul est charmant.

La Duclos, 1e historienne. Elle a 48 ans, grands restes de beauté, beaucoup de fraîcheur, le plus beau cul qu’on puisse avoir. Brune, taille pleine, très en chair.

La Champville a 50 ans, elle est mince, bien faite, et les yeux lubriques, elle est tribade et tout l’annonce dans elle ; son métier est le maquerellage, elle a été blonde, elle a de jolis yeux, le clitoris long et chatouilleux, un cul fort usé à force de services, et néanmoins elle est pucelle par là.

La Martaine a 52 ans, elle est maquerelle, c’est une grosse maman fraîche et saine, elle est barrée et n’a jamais connu que le plaisir de Sodome pour lequel60) elle semble avoir été spécialement créée, car elle a malgré son âge le plus beau cul possible, il est fort gros, et si accoutumé aux introductions, qu’elle soutient les plus gros engins sans sourciller. Elle a encore de jolis traits, mais qui pourtant commencent à se faner.

La Desgranges a 56 ans, cul le plus grand, et la plus scélérate qu’ait jamais existé elle est grande mince, pâle, elle a été brune, c’est l’image du crime personifié. Son cul flétri ressemble à du papier marbre, et l’orifice en est immense. Elle a un talon, trois doigts et six dents de moins.61) Il n’existe pas un seul crime qu’elle n’ait fait ou fait faire, elle a ce jargon agréable, de l’esprit, et est actuellement une des maquerelles en titre de la société.

Marie, la première des duègnes a 58 ans, elle est fouettée et marquée, elle a été servante de voleur, les yeux fermes et chanceux, le nez de travers, les dents jaunes, une fesse rongée par un abcès, elle a fait et tué 14 enfants.

Louison, la seconde duègne, a 60 ans, elle est petite, bossue, borgne et boiteuse, et elle a pourtant un fort joli cul, elle est toujours prête aux crimes et elle est extrêmement méchante. Ces deux premières sont annexées aux filles, et les deux suivantes aux garçons.

Thérèse a 62 ans, l’air de squelette, ni cheveux ni dents, une bouche puante, le cul criblé de blessures, le trou large à l’excès, elle est d’une saleté et d’une puanteur atroce, elle a un bras tordu et elle boîte.

Fanchon, âgée de 65 ans, a été pendue 6 fois en effigie, et a commis tous les crimes imaginables, elle est louche, camuse, courte, grosse, point de front, plus que 2 dents, un érisipèle (sic) lui couvre le cul, un paquet d’émoroïdes lui sort du trou, un chancre lui dévore le vagin, elle a une cuisse brûlée, et un cancer lui ronge le sein, elle est toujours saoule, et vomit, pète et chie partout et à, tout instant sans s’en apercevoir.

Sérail des jeunes filles.

Augustine, fille d’un baron de Languedoc, 15 ans, minois fin et éveillé.

Fanni, fille d’un conseiller de Bretagne, 14 ans, l’air doux et tendre.

Zelmire, fille du comte de Tourville, seigneur de Beauce, 15 ans, l’air noble et l’âme très sensible.

Sophie, fille d’un gentilhomme de Berri, des traits charmants, 14 ans.

Colombe, fille d’un conseiller au parlement de Paris, 13 ans, grande fraîcheur.

Hébé, fille d’un officier d’Orléans, l’air très libertin et les yeux charmants, elle a 12 ans.

Rosette et Michelette toutes deux l’air de belle vierge, l’une a 13 ans et est fille d’un magistrat de Châlons sur Saône, l’autre en a 12 et est fille du Marquis de Senange, elle a été enlevé en Bourbonnais chez son père. Leur taille et le reste de leurs attraits, et principalement leur cul est au-dessus de toute expression, elles sont choisies sur 130.

Sérail des jeunes garçons.

Zélamir, 13 ans, fils d’un gentilhomme de Poitou.

Cupidon, même âge, fils d’un gentilhomme d’auprès de la Flèche.

Narcisse, 12 ans, fils d’un homme en place de Rouen, chevalier de Malthe.

Zéphire, 15 ans, fils d’un officier général de Paris, il est destiné au duc.

Céladon, fils d’un magistrat de Nancy, il a 14 ans.

Adonis, fils d’un président de la grande chambre62) de Paris, 15 ans, destiné à Curval.

Hyacinthe, 14 ans, fils d’un officier retiré en champagne.

Giton page du roi, 12 ans, fils d’un gentilhomme du Nivernois.

Nulle plume est en état de peindre les grâces, les traits, et les charmes secrets de ces 8 enfants, au-dessus de tout ce qu’il est possible de dire, et choisis comme on le sait sur un très grand nombre.

Huit fouteurs.

Hercule, 26 ans, assez joli, mais très mauvais sujet, favori du duc, son vit a 8 pouces, 2 lignes de tour, sur 13 de long ; décharge beaucoup.

Antinous a 30 ans, très bel homme, son vit a 8 pouces de tour, sur 12 de long.

Brise-cul, 28 ans, l’air d’un satire, son vit est tortu, la tête, ou le gland en est énorme, il a 8 pouces, 3 lignes de tour, et le corps du vit 8 pouces, sur 13 de long. Ce vit majestueux est absolument cambré.

Bande-au-ciel, a 25 ans, il est fort laid, mais sain et vigoureux, grand favori de Curval, il a 25 ans, est toujours en l’air, et son vit a63) 7 pouces 11 lignes de tour, sur 11 de long.

Les quatre autres de 9 à 10 et 11 pouces de long, sur 7 et demi, et 7 et 9 lignes de tour, et ils ont de 25 à 30 ans.

Fin de l’introduction.



Notes de l’éditeur :

1) Ici on a intercalé dans le texte les mots : „ces barres indiquent les alinéas“.

2) Dans le texte : 3.

3) „jolies“ rayé dans le texte.

4) Rayé „célébrèrent“.

5) Cette „excessive fortune“ des libertins joue un grand rôle dans tous les romans du marquis de Sade comme „conditio sine qua non“ de la vraie jouissance sexuelle. Sans doute les sommes énormes, dont il y est question, furent dissipées par quelques riches viveurs contemporains ; par exemple le duc de Richelieu dissipa littéralement son immense fortune avec ses maîtresses et de filles de joie.

6) Cette façon de jouer sur les nombres est particulière au style du marquis de Sade. Nous la trouvons aussi dans la „Justine et Juliette“. Il aime à faire correspondre les personnes, les actions, situations, lieux par les mêmes nombres, en croyant donner plus de variété au récit. Mais le plus souvent il n’arrive qu’à un résultat tout opposé : la monotonie. De semblables badinages se trouvent dans les ouvrages de Restif de la Bretonne.

7) Rayé : „obligées“.

8) Dans le texte : 4.

9) „3 me.

10) Dans le texte : „la débauche“.

11) „4 me.

12) Corrigé de „2“.

13) Dans le texte toujours „quil“ au lieu de „qu’il“.

14) „Première“ est rayé dans le texte avant „épreuve“.

15) Dans le texte : „assurent“.

16) Dans le texte : 8.

17) „Ses yeux“ est rayé avant „était“.

18) „craint“ rayé avant „dit“.

19) Derrière „art“ le mot „que“ est rayé.

20) À partir d’ici une nouvelle plume semble être employée, car l’écriture devient beaucoup plus fine.

21) Ici est prononcée distinctement la tendance sadique des actions sexuelles, qui sont commises par les quatre libertins hors du cadre des récits proprement dits.

22) „ans“ est supplée derrière 10.

23) Rayé : „des“.

24) Ici on a intercalé dans le texte les mots suivants : „Plus nous multiplions les objets de nos jouissances, place là le portrait de Durcet comme il est au cahier 18. relie en voie, puis après avoir terminé ces portraits par les mots du cahier (:) les débiles années de l’enfance, reprenne ainsi ! “La première phrase jusqu’à „jouissances“ est évidemment inachevée.

Les mots suivants ont rapport aux brouillons et notices que de Sade avait coutûme de faire dans ses singuliers cahiers. Nous avons encore par exemple le brouillon complet du roman „Les journées de Florbelle“. (Cf. Dühren, Neue Forschungen über de Sade p. 353.)

25) De Sade représente Durcet avec intention comme un androgyne qui, par disposition naturelle éprouve dans un corps masculin des sensations d’une femme. De Sade a été le premier à proclamer l’inné de beaucoup de perversions sexuelles.

26) Rayé : „elles-mêmes“.

27) Voici une des plus fines observations psychologiques, dont abondent les ouvrages de de Sade. Ces observations témoignent l’intérêt scientifique du fameux auteur à la recherche de la nature humaine et peuvent servir à prouver qu’il n’était pas fou.

28) Rayé : „peu d’esprit“.

29) Tout le passage de „Elevée“ jusqu’à „empêcher“ est écrit sur un morceau de papier collé dans le manuscrit.

30) Rayé : „quelque temps“.

31) Ici suit une courte esquisse du thème, récit dans la manière du Décameron.

32) De Sade proclame ici le besoin de varier les actions sexuelles comme cause principale des différentes anomalies sexuelles.

33) Ce remarquable passage prouve que déjà au XVIII e siècle un de Sade avait reconnu la grande importance d’une étude scientifique des perversions sexuelles.

34) Rayé : „à se procurer quatre femmes qui“.

35) Dans le manuscrit : „quantante“.

36) „l’avancière = la devancière.

37) Rayé : „femme“.

38) Rayé : „seulement“.

39) Rayé : „ensuite“.

40) Rayé : „et dernier“.

41) Rayé : „sur“.

42) Dans le texte faussement : „elle“.

43) Dans le texte : „d’éparer“.

44) Rayé : „rendant“.

45) Rayé : „quel“.

46) Rayé : „être“.

47) „au libertinage“ est écrit au-dessus.

48) Rayé : „intérieure“.

49) Un mot illisible dans le texte.

50) = escalier à vis.

51) Rayé : „le reste de la société s’embarque donc“.

52) Rayé : „les courriers qui avaient“.

53) Dans le texte : „9bre“.

54) Rayé : „des états“.

55) Dans le texte : „Telle“.

56) Rayé : „lassemb.“.

57)57) Rayé : „dans nos passions“.

58) Rayé : „donc“.

59) Rayé : „elle“.

60) Dans le manuscrit : „laquelle“.

61) Un mot illisible.

62) Dans le texte : „Du grand chambre ! “

63) Rayé : „9 pouces“…lignes de long sur“.