Les 120 Journées de Sodome/Quinzième journée

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Quinzième journée.


Rarement le lendemain des corrections offrait de coupables, il n’y en avait aucun ce jour-là, mais toujours stricte sur les permissions de chier le matin, on n’accorda cette faveur qu’à Hercule, Michette, Sophie et la Desgranges, et Curval pensa décharger en voyant opérer cette dernière, on fit peu de choses au café, on se contenta d’y manier des fesses et d’y sucer quelques trous de culs, et l’heure sonnant, on fut promptement s’installer au cabinet d’histoire, où Duclos [71]reprit à ces termes : „Il venait d’arriver chez la Fournier une jeune fille d’environ 12 ou 13 ans, toujours fruit des séductions de cet homme singulier, dont je vous ai parlé, mais je doute que depuis longtemps il eût débauché rien d’aussi mignon, d’aussi frais, et d’aussi joli ; elle était blonde, grande pour son âge, faite à peindre, la physionomie tendre et voluptueuse, les plus beaux yeux, qu’on pût voir et dans toute sa charmante personne un ensemble doux et intéressant, qui achevait de la rendre enchanteresse. Mais à quel avilissement tant d’appas allaient-ils être livrés ! Et quel début honteux ne leur préparait-on pas ! C’était la fille d’un marchand à lingère du palais très à son aise et qui très sûrement était destinée à un sort plus heureux que celui de faire la putain. Mais plus par ses perfides séductions notre homme en question faisait perdre de bonheur à sa victime, et mieux il jouissait. La petite Lucile était destinée à satisfaire dès son arrivée les caprices sales et dégoûtantes d’un homme qui ne se contentant d’avoir le goût le plus crapuleux, voulait encore l’exercer sur une pucelle, il arriva, c’était un vieux notaire cousu d’or, et qui avait avec sa richesse toute la brutalité, que donne l’avarice et la luxure dans une vieille âme. Quand elles y sont réunies, on lui fait voir l’enfant, quelque jolie qu’elle fut, son premier mouvement est celui du dédain, il bougonne, il jure entre ses dents, qu’il n’est plus possible à présent de trouver une jolie fille à Paris, il demande enfin, si elle est bien certainement pucelle, on l’assure qu’oui, on lui offre de le lui faire voir. „Moi voir un con, md. Fournier ? Moi voir un con ? Vous n’y pensez pas, je crois, m’en avez-vous vu beaucoup considérer, depuis que je viens chez vous, je m’en sers, il est vrai, mais d’une manière, je crois, qui ne prouve pas mon grand attachement pour eux.“ — „Eh bien, monsieur,“ dit la Fournier, „en ce cas rapportez-vous en à nous, je vous proteste qu’elle est vierge, comme l’enfant, qui vient de naître.“ On monta et comme vous l’imaginez, bien curieuse d’un tel tête-à-tête, je vais m’établir à mon trou. La pauvre petite Lucile était d’une honte qui ne saurait se peindre qu’avec les expressions superlatives, qu’il faudrait employer pour peindre l’impudence, la brutalité et la mauvaise humeur de son sexagénaire amant. — „Eh bien qu’est-ce que vous faites là toute droite comme une bête ?“ lui dit-il d’un ton brusque, „faut-il que je vous dise de vous trousser, ne devrais-je pas déjà avoir vu votre cul depuis 2 heures ?“ — „Eh bien, allons donc !“ — „Mais, monsieur, que faut-il faire ?“ — „Eh sacre Dieu, est-ce que ça se demande — „Que faut-il faire ? Il faut vous trousser et me montrer les fesses !“ — Lucile obéit en tremblant et découvre un petit cul blanc et mignon, comme le serait celui de Vénus même. — „Huss — la belle médaille,“ dit le brutal, „approchez vous !“ — puis lui empoignant durement les deux fesses en les écartant, „est-il bien sûr, qu’on ne vous a jamais rien fait par là ?“ — „Oh, monsieur, jamais personne ne m’a touchée. — „Allons pétez.“ — „Mais, monsieur, je ne peux pas.“ — „Eh bien, efforcez-vous.“ — Elle obéit, un léger vent s’échappe et vient retentir dans la bouche empoisonnée du vieux libertin, qui s’en délecta en mouvement, — „Avez-vous envie de chier ?“ continua le libertin. — „Non, monsieur.“ — „Eh bien, j’en ai envie, moi, et un copieux, afin que vous le sachiez, ainsi préparez-vous à le satisfaire — quittez les jupes.“ — Elles disparaissent — posée bon sur ce sopha, les cuisses très élevées et la tête fort basse, Lucile se place, le vieux notaire l’arrange et la pose de manière à ce que ses jambes très séparées laissent voir un petit con dans le plus grand écartement possible, et si bien placé à la hauteur du fessier de notre homme, qu’il peut s’en servir comme d’un pot de chambre, telle était sa céleste intention et pour rendre le vase plus commode il commence par l’écarter de ses deux mains autant qu’il a de force — il se place, il pousse, un étron vint se poser dans ce sanctuaire où l’amour même n’eût pas dédaigné d’avoir un temple, il se retourne et de ses doigts enfonçant autant qu’il peut dans le vagin entr’ouvert le sale excrément qu’il vint de déposer, il se replace, en pousse un second, puis un troisième, et toujours à chaque la même cérémonie d’introduction, enfin un dernier ; il le fait avec tant de brutalité, que la petite jeta un cris et perdit peut-être par cette dégoûtante opération la fleur précieuse, dont la nature ne l’avait ornée que pour en faire part à l’hymen, telle était l’instant de jouissance de notre libertin ; avoir rempli le jeune et joli petit con, l’y fouler et l’y refouler tel était son délice suprême, il sort toujours en agissant une manière de vit de sa brayette, tout mou, qu’il est, il le secoue et parvient en s’occupant de son dégoûtant ouvrage à jeter à terre quelques gouttes d’un sperme rare et flétri et dont il devrait bien regretter la perte, quand elle n’est due qu’à de telles infamies. Son affaire finie, il décampe, [72]Lucile se lave et tout est dit. On m’en découcha un quelque temps après dont la manie me parut plus dégoûtante, c’est un vieux conseiller du grand chambre, il fallait non seulement le regarder chier, mais l’aider faciliter de mes doigts le dégorgement de la matière. En pressant, ouvrant, comprimant l’anus, et l’opération faite lui nettoyer de ma langue avec le plus grand soin toute la partie qui venait d’être souillée. „Eh parbleu voilà en effet une corvée bien fatiguante,“ dit l’évêque, est-ce que ces quatre dames que vous voyez ici et qui sont pourtant nos épouses, nos filles et nos nièces, n’ont pas ce département-là toujours, et à quoi diable servirait, je vous prie, la langue d’une femme, si ce n’était à torcher de culs ? Pour moi, je ne lui connais que cet usage-là. Constance,“ poursuivit163) l’évêque à cette belle épouse du duc, qui était pour lors sur son sopha — „prouvez un peu à la Duclos votre habileté dans cette partie-là, voilà mon cul, tout sale, il n’a pas été torché depuis ce matin, je vous le gardais, — allons déployer ton talent !“ Et la malheureuse trop accoutumée à ces horreurs, les exécute en femme consommée ; que ne produisent pas, grand Dieu, la crainte et l’esclavage. „Oh parbleu,“ dit Curval en présentant son vit au trou bombeau à la charmante Aline, „tu ne seras pas la seule à donner ici l’exemple, allons petite putain,“ dit-il à cette belle et vertueuse fille, „surpassez votre compagne,“ et on exécute. „Allons, continuez, Duclos,“ dit l’évêque, „nous voulions seulement te faire voir, que tes hommes n’exigeaient rien de trop singulier et qu’une langue de femme n’est bonne qu’à torcher un cul.“ L’aimable Duclos se mit à rire et continua ce qu’on va lire. — „Vous me permettez, messieurs,“ dit-elle „d’interrompre un instant le récit des passions, pour vous faire part d’un événement qui n’y a aucun rapport, il me regarde seule, mais comme vous m’avez ordonné de suivre les événements intéressants de mon histoire, même quand ils ne tiendront pas ces récits des goûts, j’ai cru que celui-ci était de nature à ne devoir pas rester dans le silence. Il y avait très longtemps que j’étais chez md. Fournier, devenue la plus ancienne de son sérail, et celle en qui elle avait le plus de confiance, c’était moi le plus souvent, qui arrangeais les parties, et qui en recevais les souds. Cette femme m’avait tenu lieu de mère, elle m’avait secourue dans différents besoins, m’avait écrit fidèlement en Angleterre, m’avait amicalement ouvert sa maison au retour, quand mon dérangement m’y fit désirer un nouvel asile, vingt fois elle m’avait prêté de l’argent et souvent sans en exiger la reddition, l’instant vint de lui prouver ma reconnaissance, et de répondre à son extrême confiance en moi et vous allez juger, messieurs, comme mon âme s’ouvrait à la vertu, et l’accès facile qu’elle y a fait. La Fournier tomba malade et son premier soin est de me faire appeler : „Duclos, mon enfant, je t’aime,“ me dit-elle, „tu le sais et je vais te le prouver par l’extrême confiance que je vais avoir en toi dans ce moment-ci, je te crois malgré ta mauvaise tête incapable de tromper une amie, me voilà fort malade, je suis vieille, et ne sais par conséquent ce que ceci deviendra ; j’ai des parents qui vont tomber sur ma succession, je veux au moins leur frustrer cent mille francs que j’ai encore dans ce petit coffre, tiens, mon enfant,“ dit-elle, „le voilà, je te les remets en exigeant de toi, que tu en fasses la disposition que je te vais prescrire.“ — „Oh, ma chère mère,“ lui dis-je, en lui tendant les bras, „ces précautions me désolent, elles seront sûrement inutiles, mais si malheureusement elles devenaient nécessaires, je vous fais serment de mon exactitude à remplir vos intentions.“ — „Je le crois, mon enfant,“ me dit-elle, „et voilà pourquoi j’ai jeté les yeux sur toi, ce petit coffre contient cent mille francs en or, j’ai quelques scrupules, ma chère amie, quelques remords de la vie que j’ai menée, de la quantité des filles que j’ai jetées dans le crime et que j’ai arrachées à Dieu, je veux donc employer deux moyens pour me rendre la divinité moins sévère ; celui de l’aumône et de la prière, les deux premières portions de cette somme, que tu composeras de quinze mille francs chacune, l’une pour être remise aux capucins de la rue St. Honoré, afin que ces bons pères disent à perpétuité une messe pour le salut de mon âme, l’autre part de ma somme, tu la remettras, dès que j’aurai fermé les yeux, au curé de la paroisse afin qu’il la distribue en aumône pour les pauvres du quartier. C’est une excellente chose que l’aumône, mon enfant, rien ne répare comme elle aux yeux de Dieu les péchés que nous avons commis sur la terre, les pauvres sont ses enfants, et il chérit tous ceux qui les soulagent, on ne lui plaît jamais autant que par des aumônes, c’est la véritable façon de gagner le ciel, mon enfant. À l’égard de la troisième part tu le formeras de 60 mille livres que tu remettras tout de suite après ma mort au nommé Pétignon, garçon cordonnier, rue du Bouloir. Ce malheureux est mon fils, il ne s’en doute pas, c’est un bâtard adultérin. Je veux donner à ce malheureux orphelin en mourant des marques de ma tendresse. À l’égard des 10 mille autres livres restantes, ma chère Duclos, je te prie de les garder comme une faible marque de mon attachement pour toi et pour te dédommages des soins, que va te donner l’emploi du reste, puisse cette faible somme t’aider à prendre un parti et quitter l’indigne métier que nous faisons, dans lequel il n’y a point de salut ni d’espoir de le jamais faire !“ — Intérieurement enchantée de tenir une si bonne somme et très décidée de peu164) m’embrouiller dans les partages, de n’en faire qu’un seul dot pour moi seule, je me jetai artificieusement en larmes dans les bras de la vieille matrone, lui renouvelant mes serments de fidélité, et ne m’occupais plus que des moyens d’empêcher qu’un cruel retour de santé n’allait lui faire changer de résolution. Ce moyen se présente dès le lendemain, le médecin ordonna l’émétique, et comme c’était moi, qui la soignait, ce fut à moi qu’il remit le paquet, me faisant observer qu’il y en avait deux prises, de prendre bien garde de les séparer, parce que je la faisais créver, si je lui donnais tout à la fois ; et de n’administrer la seconde dose que dans le cas où la première ne ferait pas assez d’effet, je promis bien à l’esculape, d’avoir tous les égards possibles, et dès qu’il eut le dos tourné, bannissant de mon cœur tous les subtiles sentiments de reconnaissance, qui auraient arrêté une âme faible, écartant tout repentir et toute faiblesse, et ne considérant que mon or, que la douce chance de le posséder, et le chatouillement délicieux qu’on éprouve toujours chaque fois, qu’on projette une mauvaise action, pronostic certain du plaisir qu’elle donnera, ne me livrais qu’à tout cela, dis-je, je campai sur-le-champ les deux prises dans un verre d’eau et présentai le breuvage à ma douce amie, qui l’avalant avec sécurité y trouva bientôt la mort que j’avais tâchée de lui procurer. Je ne puis vous peindre, ce que je sentis, quand je vis réussir mon ouvrage. Chacun des vomissements par lesquels s’exhalait sa vie, produisait une sensation vraiment délicieuse sur toute mon organisation, je l’écoutais, je la regardais, j’étais exactement dans l’ivresse, elle m’étendait son bras, elle m’adressait un dernier adieu et je jouissais et je formais déjà mille projets avec cet or que j’allais posséder. Ce ne fut pas long, la Fournier creva dès le même soir et je me vis maîtresse de l’argent.165) — „Duclos,“ dit le duc, „sois vraie, te branlas-tu, la sensation fine et voluptueuse d’un crime atteignait-elle l’organe de la volupté ?“ — „Oui, mgr., je vous l’avoue, et j’en déchargeai 5 fois de suite dès le même soir.“ — „Il est donc vrai,“ dit le duc, en s’écriant, „il est donc vrai que le crime a par lui-même un tel attrait, qu’indépendamment de toute volupté il peut suffire à enflammer toutes les passions et à jeter dans le même délire que les actes mêmes de la lubricité.“ — „Eh bien — eh bien, mgr., le duc, je fis enterrer honorablement la matrone, héritai du bâtard Pétignon, me gardai bien de faire dire des messes et encore plus de distribuer des aumônes, espèce d’action que j’ai toujours eu en véritable horreur, quelque bien que m’ait pu dire la Fournier ; je maintiens qu’il faut qu’il y ait des malheureux dans le monde, que la nature le veut, qu’elle l’exige et que c’est aller contre ses lois, en prétendant remettre l’équilibre, si elle a voulu de désordre.“166) — „Comment donc, Duclos,“ dit Durcet, „mais tu as des principes, je suis bien aise de t’en voir sur cela, tout soulagement fait à l’infortuné, est un crime réel contre l’ordre de la nature, l’inégalité qu’elle a mis dans nos individues prouve, que cette discordance lui plaît, puisqu’elle l’établit et qu’elle la veut dans les fortunes comme dans le corps, et comme il est permis aux faibles de la réparer par le vol, il est également permis au fort de la rétablir par le refus de son secours. L’univers ne subsisterait pas un instant, si la ressemblance était exécutée dans tous les êtres, c’est de cette dissemblance que naît l’ordre qui conserve et qui conduit tout, il faut donc bien se garder de la troubler, d’ailleurs en croyant faire un bien à cette malheureuse classe d’homme, je fais beaucoup de mal à une autre ; car l’infortuné est la pépinière, où le riche va chercher les objets de ses luxures ou de sa cruauté, je le prive de cette branche de plaisir en empêchant par mes secours cette classe de se livrer à lui, je n’ai donc par mes aumônes obligé que faiblement une partie de la race humaine, et prodigieusement nui à l’autre. Je regarde donc l’aumône non seulement comme une chose mauvaise en elle-même, mais je la considère encore comme un crime réel envers la nature, qui en nous indiquant des différences n’a nullement prétendu que nous les troublions ainsi, bien loin d’aider les pauvres, de consoler les veuves et de soulager les orphelins, si j’agis d’après les véritables intentions de la nature non seulement je les laisserais dans l’état où la nature les a mis, mais j’aiderais même ses vues, en leur prolonguant cet état et en m’opposant vivement à ce qu’il en change et je croirais sur cela tout les moyens permis.“ — „Quoi,“ dit le duc, „même de les voler ou de les ruiner ?“ — „Assurément,“ dit le financier, „même d’en augmenter le nombre, puisque leur classe sert à une autre et qu’en les multipliant, si je fais un peu de peine à l’une, je ferais beaucoup de bien à l’autre.“ — „Voilà un système bien dur, mon ami,“ dit Curval, „il est pourtant, dit-on, si doux de faire de bien aux malheureux.“ — „Alors,“ reprit Durcet, „cette jouissance ne tient pas contre l’autre, la première est chimérique, l’autre est réelle, la première tient aux préjugés, l’autre est fondée sur la raison, l’une par l’organe de l’orgueil, le plus faux de toutes nos sensations, peut chatouiller un instant le cœur, l’autre est la véritable jouissance de l’esprit et qui enflamme toute la passion par cela même, qu’elle contrarie les opinions communes, en un mot : je bande à l’une,“ dit Durcet, „et je sens très peu de choses à l’autre !“ — „Mais faut-il toujours tout rapporter à ses sens ?“ dit l’évêque. — „Tout, mon ami,“ dit Durcet, „ce sont eux seuls, qui doivent nous guider dans toutes les actions de la vie, parce que ce sont eux seuls, dont l’organe est vraiment impérieux.“ — „Mais mille et mille crimes peuvent naître de ce système,“ dit l’évêque. — „Eh, que m’importent les crimes ?“ dit Durcet, „pourvu que je me délecte ; le crime est un mode de la nature, une manière dont elle meut l’homme, pourquoi ne voulez-vous pas, que je me laisse mouvoir aussi bien par elle en ce sens-là que par celui de la vertu, elle a besoin de l’un et de l’autre, et je la sers aussi bien dans l’un que dans l’autre. Mais nous voici dans une discussion, qui nous mènerait trop loin, l’heure du souper va venir et Duclos est bien loin d’avoir fini sa tâche, poursuivez, charmante fille, poursuivez, et croyez que vous venez de nous avouer là une action et des systèmes, qui vous méritent à jamais notre estime, ainsi que celle de tous les philosophes.“ — „Ma première idée dès que ma bonne patronne fut enterrée fut de prendre moi-même sa maison, et de la maintenir sur le même pied qu’elle, je fis part de ce projet à mes compagnes qui toutes, et Eugénie surtout, — qui était toujours ma bien aimée, — me promirent de me regarder comme leur maman, je n’étais point trop jeune pour prétendre à ce titre, j’avais près de trente ans et toute la raison qu’il fallait pour diriger le conseil, — ainsi, messieurs, ce n’est plus sur le pied des filles du monde, que je vais finir le récit de mes aventures, c’est sur celui d’abbesse, assez jeune et assez jolie pour faire souvent ma pratique moi-même comme cela m’arriva souvent, et comme j’aurai soin de vous le faire démasquer chaque fois que cela sera. Toutes les pratiques de la Fournier me restèrent, et j’eus le secret d’en attirer encore de nouvelles, tant par la propreté de mes appartements que par l’excessive soumission de mes filles à tous les caprices des libertins, et par le choix heureux de mes sujets. Le premier [73]chaland qui m’arriva fut un vieux trésorier de France, ancien ami de la Fournier, je le donnai à la jeune Lucile, dont il parut fort enthousiasmé, sa manie d’habitude, aussi sale que désagréable pour les filles, consistait à chier sur le visage même de sa dulcinée, en lui barbouillant toute la face avec son étron, et puis de la baiser, de la sucer en cet état. Lucile par amitié pour moi, se laissa faire tout ce que voulut le vieux satire, et il lui déchargea sur le ventre en baisant et rebaisant son dégoûtant [74]ouvrage. Peu après, il en vint un autre, qu’Eugénie passa, il se faisait apporter un tonneau, plein de merde, il y plongeait la fille, nue, et la léchait sur toutes les parties du corps en avalant, jusqu’à ce qu’il l’eût rendue aussi propre qu’il l’avait prise, celui-là était un fameux avocat, homme riche et très connu et qui ne possédant pour la jouissance des femmes que les plus minces qualités, y remédiait par ce genre de libertinage, qu’il avait aimé toute sa vie. Le marquis de [75]……, vieille pratique de la Fournier, vint peu après sa mort, m’assurer de sa bienveillance, il m’assure qu’il continuerait de venir chez moi et pour m’en convaincre dès le même soir, il vit Eugénie ; la passion de ce vieux libertin consistait à baiser d’abord prodigieusement la bouche de la fille, il avalait le plus qu’il pouvait de sa salive, ensuite il lui baisait les fesses un quart d’heure, faisait péter et enfin demandait la grosse affaire, dès qu’on avait fini, il gardait l’étron dans sa bouche, et faisait pencher la fille sur lui, qui l’embrassait d’une main et le branlait de l’autre, pendant qu’il goûtait le plaisir de cette masturbation en chatouillant le trou merdeux, il fallait que la demoiselle vint manger l’étron qu’elle venait de lui déposer dans la bouche ; quoiqu’il payât ce goût-là fort cher, il trouvait fort peu de filles, qui voulussent s’y prêter, voilà pourquoi le marquis vint me faire sa cour, il était aussi jaloux de conserver ma pratique que je pouvais l’être d’avoir la sienne.“ En cet instant le duc échauffé dit que le souper dut-il sonner, il voulait167) avant que de se mettre à table exécuter cette fantaisie-là, et voici comme il s’y prit ; il fit approcher Sophie, reçut son étron dans la bouche, puis obligea Zélamir à venir manger l’étron de Sophie. Cette manie eût pu devenir une jouissance pour tout autre, que pour un enfant tel que Zélamir ; pas assez formé pour en sentir tout le délicieux, il n’y vit que du dégoût et voulut faire quelques façons, mais le duc le menaçant de toute sa colère, s’il balançait une seule minute, il exécuta. L’idée fut trouvée si plaisante, que chacun l’imita de plus au moins, car Durcet prétendit, qu’il fallait partager les faveurs, et qu’il n’était pas juste, que les petits garçons mangeassent la merde des filles, pendant que les filles n’auraient rien pour elles, et en conséquence, il se fit chier dans la bouche par Zéphire et ordonne à Augustine de venir manger la marmelade, ce que cette belle et intéressante fille fit en vomissant jusqu’au sang. Curval imita ce bouleversement, et reçut l’étron de son cher Adonis, que Michette vint manger, non sans imiter les répugnances d’Augustine ; pour l’évêque, il imita son frère, et fit chier la délicate Zelmire, en obligeant Céladon à venir avaler la confiture ; il y eut de détails de répugnance très intéressants pour des libertins, aux yeux desquels les tourments, qu’ils infligent, sont des jouissances. L’évêque et le duc déchargèrent, les deux autres ou ne le purent ou ne le voulurent, et on pensa à souper, on y loua étonnamment l’action de la Duclos. „Elle a eu l’esprit de sentir,“ dit le duc qui la partageait étonnamment, „que la reconnaissance était une chimère, et que ses liens ne doivent jamais ni arrêter ni suspendre même les effets du crime, par ce que l’objet qui nous a servi, n’a nul droit à notre cœur, il n’a travaillé que pour lui, sa seule présence est une humiliation pour une âme forte, et il faut le haïr ou s’en défaire.“ „Cela est si vrai,“ dit Durcet, „que vous ne verrez jamais un homme d’esprit chercher à s’attirer de la reconnaissance, bien sûr de se faire des ennemis ; il n’y travaillera jamais.“ — „Ce n’est pas à vous faire plaisir, que travaille celui qui vous sert,“ interrompit l’évêque, „c’est à se mettre au-dessus de vous par ses bienfaits, or je demande ce que mérite un tel projet en nous servant, il ne dit pas, „je vous sers parce que je veux vous faire de bien,“ il dit seulement, „je vous oblige pour vous rabaisser et pour me mettre au-dessus de vous.“ — „Ces réflexions,“ dit Durcet, „prouvent donc l’abus du service qu’on rend et combien la pratique du bien est absurde, mais, vous dit-on, c’est pour soi-même, soit pour ceux dont la faiblesse de l’âme peut se prêter à ces petites jouissances-là ; mais ceux qu’elles répugnent, comme nous, seraient, ma foi, bien dupes de se les procurer.“ — Ce système ayant échauffé les têtes, on but beaucoup et fut célébrer les orgies, pour lesquels nos inconstants libertins imaginèrent de faire coucher les enfants et de passer une partie de la nuit à boire, rien qu’avec les 4 vieilles et les 4 historiennes, et de s’exhaler là à qui mieux mieux, en infamies et atrocités comme parmi ces 12 intéressantes personnes, il n’y en avait une, qui n’eût mérité la corde et la roue plusieurs fois, et je laisse au lecteur à penser et à imaginer ce qu’il y fut dit de propos ; on passe aux actions, le duc s’échauffe, et je ne sais ni pourquoi ni comment, on prétendit que Thérèse porta quelque temps les marques qu’on y mit ce soir.168) — Laissons nos acteurs passer de ces bacchanales au [service] de leurs épouses, qu’on leur avait préparé à chacun pour ce soir-là et voyons ce qui se passe le lendemain.


Notes de l’éditeur :

163) Le mot „dit“ avant „poursuivit“ doit être rayé.

164) „de“ dans le texte doit être rayé.

165) Ici le mot „de l’argent“ doit être intercalé au lieu d’un mot illisible.

166) Cette phrase concernant la nécessité de la faiblesse et du misère dans le monde, est une anticipation d’une idée darwinienne.

167) Rayé : „exécuter cette passion“.

168) Rayé : „mais“.