Les Amours (1553)/Poème 76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Les amours de P. de Ronsard Vandomois, nouvellement augmentées par lui, & commentées par Marc Antoine de Muret. Plus quelques odes de l'auteur, non encor imprimées
chez la veuve Maurice de la Porte (p. 91).

Je parangonne à vos yeus ce crystal,
Qui va mirer le meurtrier de mon ame:
Vive par l'aer il éclate une flame,
Vos yeus un feu qui m'est saint et fatal.
Heureus miroer, tout ainsi que mon mal
Vient de trop voir la beauté qui m'enflame:
Comme je fai, de trop mirer ma Dame
Tu languiras d'un sentiment egal.
Et toutefois, envieus, je t'admire,
D'aller mirer le miroer où se mire
Tout l'univers dedans lui remiré.
Va donq, miroer, va donq, et pren bien garde
Qu'en le mirant ainsi que moi ne t'arde,
Pour avoir trop ses beaus yeus admiré.