Les Apotres/IV. Descente de l’Esprit-Saint

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Michel Lévy (p. 57-74).

CHAPITRE IV.


DESCENTE DE L’ESPRIT-SAINT. — PHÉNOMÈNES EXTATIQUES
ET PROPHÉTIQUES.


Petits, étroits, ignorants, inexpérimentés, ils l’étaient autant qu’on peut l’être. Leur simplicité d’esprit était extrême ; leur crédulité n’avait pas de bornes. Mais ils avaient une qualité : ils aimaient leur maître jusqu’à la folie. Le souvenir de Jésus était resté le mobile unique de leur vie ; c’était une obsession perpétuelle, et il était clair qu’ils ne vivraient jamais que de celui qui, pendant deux ou trois ans, les avait si fortement attachés et séduits. Pour les âmes de rang secondaire, qui ne peuvent aimer Dieu directement, c’est-à-dire trouver du vrai, créer du beau, faire du bien par elles-mêmes, le salut est d’aimer quelqu’un en qui luise un reflet du vrai, du beau, du bien. Le plus grand nombre des hommes a besoin d’un culte à deux degrés. La foule des adorateurs veut un intermédiaire entre elle et Dieu.

Quand une personne a réussi à fixer autour d’elle plusieurs autres personnes par un lien moral élevé, et qu’elle meurt, il arrive toujours que les survivants, souvent divisés jusque-là par des rivalités et des dissentiments, se prennent d’une grande amitié les uns pour les autres. Mille chères images du passé qu’ils regrettent forment entre eux comme un trésor commun. C’est une manière d’aimer le mort que d’aimer ceux avec lesquels on l’a connu. On cherche à se trouver ensemble pour se rappeler le temps heureux qui n’est plus. Une profonde parole de Jésus[1] se trouve alors vraie à la lettre : le mort est présent au milieu des personnes qui sont réunies par son souvenir.

L’affection que les disciples avaient les uns pour les autres, du vivant de Jésus, fut ainsi décuplée après sa mort. Ils formaient une petite société fort retirée et vivaient exclusivement entre eux. Ils étaient à Jérusalem au nombre d’environ cent vingt[2]. Leur piété était vive, et encore toute renfermée dans les formes de la piété juive. Le temple était leur grand lieu de dévotion[3]. Ils travaillaient sans doute pour vivre ; mais le travail manuel, dans la société juive d’alors, occupait très-peu. Tout le monde y avait un métier, et ce métier n’empêchait nullement qu’on fût un homme instruit ou bien élevé. Chez nous, les besoins matériels sont si difficiles à satisfaire, que l’homme vivant de ses mains est obligé de travailler douze ou quinze heures par jour ; l’homme de loisir peut seul vaquer aux choses de l’âme ; l’acquisition de l’instruction est une chose rare et chère. Mais, dans ces vieilles sociétés, dont l’Orient de nos jours donne encore une idée, dans ces climats, où la nature est si prodigue pour l’homme et si peu exigeante, la vie du travailleur laissait bien du loisir. Une sorte d’instruction commune mettait tout homme au courant des idées du temps. La nourriture et le vêtement suffisaient[4] ; avec quelques heures de travail peu suivi, on y pourvoyait. Le reste appartenait au rêve, à la passion. La passion avait atteint dans ces âmes un degré d’énergie pour nous inconcevable. Les Juifs de ce temps[5] nous paraissent de vrais possédés, chacun obéissant comme un ressort aveugle à l’idée qui s’est emparée de lui.

L’idée dominante, dans la communauté chrétienne, au moment où nous sommes, et où les apparitions ont cessé, était la venue de l’Esprit-Saint. On croyait le recevoir sous la forme d’un souffle mystérieux qui passait sur l’assistance. Plusieurs se figuraient que c’était le souffle de Jésus lui-même[6]. Toute consolation intérieure, tout mouvement de courage, tout élan d’enthousiasme, tout sentiment de gaieté vive et douce qu’on ressentait sans savoir d’où il venait, fut l’œuvre de l’Esprit. Ces bonnes consciences rapportaient, comme toujours, à une cause extérieure les sentiments exquis qui naissaient en elles. C’était particulièrement dans les assemblées que ces phénomènes bizarres d’illuminisme se produisaient. Quand tous étaient réunis, et qu’on attendait en silence l’inspiration d’en haut, un murmure, un bruit quelconque faisait croire à la venue de l’Esprit. Dans les premiers temps, c’étaient les apparitions de Jésus qui se produisaient de la sorte. Maintenant, le tour des idées avait changé. C’était l’haleine divine qui courait sur la petite Église et la remplissait d’effluves célestes.

Ces croyances se rattachaient à des conceptions tirées de l’Ancien Testament. L’esprit prophétique est montré dans les livres hébreux comme un souffle qui pénètre l’homme et l’exalte. Dans la belle vision d’Élie[7], Dieu passe sous la figure d’un vent léger, qui produit un petit bruissement. Ces vieilles images avaient amené, aux basses époques, des croyances fort analogues à celles des spirites de nos jours. Dans l’Ascension d’Isaïe[8], la venue de l’Esprit est accompagnée d’un certain froissement aux portes[9]. Plus souvent, toutefois, on concevait cette venue comme un autre baptême, savoir le « baptême de l’Esprit », bien supérieur à celui de Jean[10]. Les hallucinations du tact étant très-fréquentes parmi des personnes aussi nerveuses et aussi exaltées, le moindre courant d’air, accompagné d’un frémissement au milieu du silence, était considéré comme le passage de l’Esprit. L’un croyait sentir ; bientôt tous sentaient[11], et l’enthousiasme se communiquait de proche en proche. L’analogie de ces phénomènes avec ceux que l’on retrouve chez les visionnaires de tous les temps est facile à saisir. Ils se produisent journellement, en partie sous l’influence de la lecture du livre des Actes des Apôtres, dans les sectes anglaises ou américaines de quakers, jumpers, shakers, irvingiens[12], chez les Mormons[13], dans les camp-meetings et les revivals de l’Amérique[14]. On les a vus reparaître chez nous dans la secte dite des « spirites ». Mais une immense différence doit être faite entre des aberrations sans portée et sans avenir, et des illusions qui ont accompagné l’établissement d’un nouveau code religieux pour l’humanité.

Entre toutes ces « descentes de l’Esprit », qui paraissent avoir été assez fréquentes, il y en eut une qui laissa dans l’Église naissante une profonde impression[15]. Un jour que les frères étaient réunis, un orage éclata. Un vent violent ouvrit les fenêtres ; le ciel était en feu. Les orages en ces pays sont accompagnés d’un prodigieux dégagement de lumière ; l’atmosphère est comme sillonnée de toutes parts de gerbes de flamme. Soit que le fluide électrique ait pénétré dans la pièce même, soit qu’un éclair éblouissant ait subitement illuminé la face de tous, on fut convaincu que l’Esprit était entré, et qu’il s’était épanché sur la tête de chacun sous forme de langues de feu[16]. C’était une opinion répandue dans les écoles théurgiques de Syrie que l’insinuation de l’Esprit se faisait par un feu divin et sous forme de lueur mystérieuse[17]. On crut avoir assisté à toutes les splendeurs du Sinaï[18], à une manifestation divine analogue à celle des anciens jours. Le baptême de l’Esprit devint dès lors aussi un baptême de feu. Le baptême de l’Esprit et du feu fut opposé et hautement préféré au baptême de l’eau, le seul que Jean eût connu[19]. Le baptême du feu ne se produisit que dans des occasions rares. Les apôtres seuls et les disciples du premier cénacle furent censés l’avoir reçu. Mais l’idée que l’Esprit s’était épanché sur eux sous la forme de pinceaux de flamme, ressemblant à des langues ardentes, donna origine à une série d’idées singulières, qui tinrent une grande place dans les imaginations du temps.

La langue de l’homme inspiré était supposée recevoir une sorte de sacrement. On prétendait que plusieurs prophètes, avant leur mission, avaient été bègues[20] ; que l’ange de Dieu avait promené sur leurs lèvres un charbon qui les purifiait et leur conférait le don de l’éloquence[21]. Dans la prédication, l’homme était censé ne point parler de lui-même[22]. Sa langue était considérée comme l’organe de la Divinité qui l’inspirait. Ces langues de feu parurent un symbole frappant. On fut convaincu que Dieu avait voulu signifier ainsi qu’il versait sur les apôtres ses dons les plus précieux d’éloquence et d’inspiration. Mais on ne s’arrêta point là. Jérusalem était, comme la plupart des grandes villes de l’Orient, une ville très-polyglotte. La diversité des langues était une des difficultés qu’on y trouvait pour une propagande d’un caractère universel. Une des choses, d’ailleurs, qui effrayaient le plus les apôtres, au début d’une prédication destinée à embrasser le monde, était le nombre des langues qu’on y parlait ; ils se demandaient sans cesse comment ils apprendraient tant de dialectes. « Le don des langues » devint de la sorte un privilège merveilleux. On crut la prédication de l’Évangile affranchie de l’obstacle que créait la diversité des idiomes. On se figura que, dans quelques circonstances solennelles, les assistants avaient entendu la prédication apostolique chacun dans sa propre langue, en d’autres termes que la parole apostolique se traduisait d’elle-même à chacun des assistants[23]. D’autres fois, cela se concevait d’une manière un peu différente. On prêtait aux apôtres le don de savoir, par infusion divine, tous les idiomes et de les parler à volonté[24].

Il y avait en cela une pensée libérale ; on voulait dire que l’Évangile n’a pas de langue à lui, qu’il est traduisible en tous les idiomes, et que la traduction vaut l’original. Tel n’était pas le sentiment du judaïsme orthodoxe. L’hébreu était pour le juif de Jérusalem la « langue sainte » ; aucun idiome ne pouvait lui être comparé. Les traductions de la Bible étaient peu estimées ; tandis que le texte hébreu était gardé scrupuleusement, on se permettait dans les traductions des changements, des adoucissements. Les juifs d’Égypte et les hellénistes de Palestine pratiquaient, il est vrai, un système plus tolérant ; ils employaient le grec dans la prière[25], et lisaient habituellement les traductions grecques de la Bible. Mais la première idée chrétienne fut plus large encore : selon cette idée, la parole de Dieu n’a pas de langue propre ; elle est libre, dégagée de toute entrave d’idiome ; elle se livre à tous spontanément et sans interprète. La facilité avec laquelle le christianisme se détacha du dialecte sémitique qu’avait parlé Jésus, la liberté avec laquelle il laissa d’abord chaque peuple se créer sa liturgie et ses versions de la Bible en dialecte national, tenaient à cette espèce d’émancipation des langues. On admettait généralement que le Messie ramènerait toutes les langues comme tous les peuples à l’unité[26]. Le commun usage et la promiscuité des idiomes étaient le premier pas vers cette grande ère d’universelle pacification.

Bientôt, du reste, le don des langues se transforma considérablement et aboutit à des effets plus étranges. L’exaltation des têtes amena l’extase et la prophétie. Dans ces moments d’extase, le fidèle, saisi par l’Esprit, proférait des sons inarticulés et sans suite, qu’on prenait pour des mots en langue étrangère, et qu’on cherchait naïvement à interpréter[27]. D’autres fois, on croyait que l’extatique parlait des langues nouvelles et inconnues jusque-là[28], ou même la langue des anges[29]. Ces scènes bizarres, qui amenèrent des abus, ne devinrent habituelles que plus tard[30]. Mais il est probable que, dès les premières années du christianisme, elles se produisirent. Les visions des anciens prophètes avaient souvent été accompagnées de phénomènes d’excitation nerveuse[31]. L’état dithyrambique des Grecs entraînait des faits du même genre ; la Pythie se servait de préférence de ces mots étrangers ou tombés en désuétude qu’on appelait, comme dans le phénomène apostolique, glosses[32]. Beaucoup des mots de passe du christianisme primitif, lesquels sont justement bilingues ou formés par anagrammes, tels que Abba pater, Anathema Maranatha[33], étaient peut-être sortis de ces accès bizarres, entremêlés de soupirs[34], de gémissements étouffés, d’éjaculations, de prières, d’élans subits, que l’on tenait pour prophétiques. C’était comme une vague musique de l’âme, épandue en sons indistincts, et que les auditeurs cherchaient à traduire en images et en mots déterminés[35], ou plutôt comme des prières de l’Esprit, s’adressant à Dieu en une langue connue de Dieu seul et que Dieu sait interpréter[36]. L’extatique, en effet, ne comprenait rien à ce qu’il disait, et n’en avait même aucune conscience[37]. On écoutait avec avidité, et on prêtait à des syllabes incohérentes les pensées qu’on trouvait sur-le-champ. Chacun se reportait à son patois et cherchait naïvement à expliquer les sons inintelligibles par ce qu’il savait en fait de langues. On y réussissait toujours plus ou moins, l’auditeur mettant dans ces mots entrecoupés ce qu’il avait au cœur.

L’histoire des sectes d’illuminés est riche en faits du même genre. Les prédicants des Cévennes offrirent plusieurs cas de « glossolalie » [38]. Mais le fait le plus frappant est celui des « liseurs » suédois[39], vers 1841-1843. Des paroles involontaires, dénuées de sens pour ceux qui les prononçaient, et accompagnées de convulsions et d’évanouissements, furent longtemps un exercice journalier dans cette petite secte. Cela devint tout à fait contagieux, et un assez grand mouvement populaire s’y rattacha. Chez les irvingiens, le phénomène des langues s’est produit avec des traits qui reproduisent de la manière la plus frappante les récits des Actes et de saint Paul[40]. Notre siècle a vu des scènes d’illusion du même genre qu’on ne rappellera pas ici ; car il est toujours injuste de comparer la crédulité inséparable d’un grand mouvement religieux à la crédulité qui n’a pour cause que la platitude d’esprit.

Ces phénomènes étranges transpiraient parfois au dehors. Des extatiques, au moment même où ils étaient en proie à leurs illuminations bizarres, osaient sortir et se montrer à la foule. On les prenait pour des gens ivres[41]. Quoique sobre en fait de mysticisme, Jésus avait plus d’une fois présenté en sa personne les phénomènes ordinaires de l’extase[42]. Les disciples, pendant deux ou trois ans, furent obsédés de ces idées. Le prophétisme était fréquent et considéré comme un don analogue à celui des langues[43]. La prière, mêlée de convulsions, de modulations cadencées, de soupirs mystiques, d’enthousiasme lyrique, de chants d’action de grâce[44], était un exercice journalier. Une riche veine de « cantiques », de « psaumes », d’« hymnes », imités de ceux de l’Ancien Testament, se trouva ainsi ouverte[45]. Tantôt la bouche et le cœur s’accompagnaient mutuellement ; tantôt le cœur chantait seul, accompagné intérieurement de la grâce[46]. Aucune langue ne rendant les sensations nouvelles qui se produisaient, on se laissait aller à un bégayement indistinct, à la fois sublime et puéril, où ce qu’on peut appeler « la langue chrétienne » flottait à l’état d’embryon. Le christianisme, ne trouvant pas dans les langues anciennes un instrument approprié à ses besoins, les a brisées. Mais, en attendant que la religion nouvelle se formât un idiome à son usage, il y eut des siècles d’efforts obscurs et comme de vagissement. Le style de saint Paul, et en général des écrivains du Nouveau Testament, qu’est-il, à sa manière, si ce n’est l’improvisation étouffée, haletante, informe, du « glossolale » ? La langue leur faisait défaut. Comme les prophètes, ils débutaient par l’a a a de l’enfant[47]. Ils ne savaient point parler. Le grec et le sémitique les trahissaient également. De là cette énorme violence que le christianisme naissant fit au langage. On dirait un bègue dans la bouche duquel les sons s’étouffent, se heurtent, et aboutissent à une pantomime confuse, mais souverainement expressive.

Tout cela était bien loin du sentiment de Jésus ; mais pour des esprits pénétrés de la croyance au surnaturel, ces phénomènes avaient une grande importance. Le don des langues, en particulier, était considéré comme un signe essentiel de la religion nouvelle et comme une preuve de sa vérité[48]. En tout cas, il en résultait de grands fruits d’édification. Plusieurs païens étaient convertis par là[49]. Jusqu’au iiie siècle, la « glossolalie » se manifesta d’une manière analogue à ce que décrit saint Paul, et fut considérée comme un miracle permanent[50]. Quelques-uns des mots sublimes du christianisme sont sortis de ces soupirs entrecoupés. L’effet général était touchant et pénétrant. Cette façon de mettre en commun ses inspirations et de les livrer à l’interprétation de la communauté devait établir entre les fidèles un lien profond de fraternité.

Comme tous les mystiques, les nouveaux sectaires menaient une vie de jeûne et d’austérité[51]. Comme la plupart des Orientaux, ils mangeaient peu, ce qui contribuait à les maintenir dans l’exaltation. La sobriété du Syrien, cause de sa faiblesse physique, le met dans un état perpétuel de fièvre et de susceptibilité nerveuse. Nos grands efforts continus de tête sont impossibles avec un tel régime. Mais cette débilité cérébrale et musculaire amène, sans cause apparente, de vives alternatives de tristesse et de joie, qui mettent l’âme en rapport continuel avec Dieu. Ce qu’on appelait « la tristesse selon Dieu[52] » passait pour un don céleste. Toute la doctrine des Pères de la vie spirituelle, des Jean Climaque, des Basile, des Nil, des Arsène, tous les secrets du grand art de la vie intérieure, une des créations les plus glorieuses du christianisme, étaient en germe dans l’étrange état d’âme que traversèrent, en leurs mois d’attente extatique, ces ancêtres illustres de tous les « hommes de désirs ». Leur état moral était étrange ; ils vivaient dans le surnaturel. Ils n’agissaient que par visions ; les rêves, les circonstances les plus insignifiantes leur semblaient des avertissements du ciel[53].

Sous le nom de dons du Saint-Esprit se cachaient ainsi les plus rares et les plus exquises effusions de l’âme, amour, piété, crainte respectueuse, soupirs sans objet, langueurs subites, tendresses spontanées. Tout ce qui naît de bon en l’homme, sans que l’homme y ait part, fut attribué à un souffle d’en haut. Les larmes surtout étaient tenues pour une faveur céleste. Ce don charmant, privilège des seules âmes très-bonnes et très-pures, se produisait avec des douceurs infinies. On sait quelle force les natures délicates, surtout les femmes, puisent dans la divine faculté de pouvoir pleurer beaucoup. C’est leur prière, à elles, et sûrement la plus sainte des prières. Il faut descendre jusqu’en plein moyen âge, à cette piété toute trempée de pleurs des saint Bruno, des saint Bernard, des saint François d’Assise, pour retrouver les chastes mélancolies de ces premiers jours, où l’on sema vraiment dans les larmes pour moissonner dans la joie. Pleurer devint un acte pieux ; ceux qui ne savaient ni prêcher, ni parler les langues, ni faire des miracles, pleuraient. On pleurait en priant, en prêchant, en avertissant[54] ; c’était l’avènement du règne des pleurs. On eût dit que les âmes se fondaient et voulaient, en l’absence d’un langage qui pût rendre leurs sentiments, se répandre au dehors par une expression vive et abrégée de tout leur être intérieur.


  1. Matth., xviii, 20.
  2. Act, i, 13. La plus grande partie des « cinq cents frères » était sans doute restée en Galilée. Ce qui est dit Act., ii, 41, est sûrement une exagération, ou du moins une anticipation.
  3. Luc, xxiv, 53 ; Act., ii, 46. Comp. Luc, ii, 37 ; Hégésippe, dans Eusèbe, Hist. eccl., II, 23.
  4. Deuter., x, 18 ; I Tim., vi, 8.
  5. Lire la Guerre des Juifs de Josèphe.
  6. Jean, xx, 22.
  7. I Reg., xix, 11-12.
  8. Cet ouvrage paraît avoir été écrit au commencement du iie siècle de notre ère.
  9. Ascension d’Isaïe, vi, 6 et suiv. (version éthiopienne).
  10. Matth., iii, 11 ; Marc, i, 8 ; Luc, iii, 16 ; Act., i, 5 ; xi, 16 ; xix, 4 ; I Joan., v, 6 et suiv.
  11. Comparez Misson, le Théâtre sacré des Cévennes (Londres, 1707), p. 103.
  12. Revue des Deux Mondes, sept. 1853, p. 966 et suiv.
  13. Jules Remy, Voyage au pays des Mormons (Paris, 1860), livres ii et iii ; par exemple, vol. I, p. 259-260 ; vol. II, 470 et suiv.
  14. 3. Astié, le Réveil religieux des États-Unis (Lausanne, 1859).
  15. Act., ii, 1-3 ; Justin, Apol. I, 50.
  16. L’expression « langue de feu » signifie simplement, en hébreu, une flamme (Isaïe v, 24). Comp. Virgile, Æn., II, 682-84.
  17. Jamblique (De myst., sect. III, cap. 6) expose toute la théorie de ces descentes lumineuses de l’Esprit.
  18. Comparez Talmud de Babylone, Chagiga, 14 b ; Midraschim. Schir hasschirin rabba, fol. 10 b ; Ruth rabba, fol. 42 a ; Koheleth rabba, 87 a.
  19. Matth., iii, 11 ; Luc, iii, 16.
  20. Exode, iv, 10 ; comp. Jérémie, i, 6.
  21. Isaïe, vi, 5 et suiv. ; comp. Jérém., i, 9.
  22. Luc, xi, 12 ; Jean, xiv, 26.
  23. Act., ii, 5 et suiv. C’est le sens le plus probable du récit, quoiqu’il puisse signifier aussi que chacun des idiomes était parlé séparément par chacun des prédicants.
  24. Act., ii, 4. Comp. I Cor. xii, 10, 28 ; xiv, 21-22. Pour des imaginations analogues, voir Calmeil, De la folie, I, p. 9, 262 ; II, p. 357 et suiv.
  25. Talmud de Jerusalem, Sota, 21, b.
  26. Testam. des douze patr., Juda, 25.
  27. Act., ii, 4 ; x, 44 et suiv. ; xi, 15 ; xix, 6 ; I Cor., xii-xiv.
  28. Marc, xvi, 17. Il faut se rappeler que, dans l’ancien hébreu, comme du reste dans toutes les langues anciennes (voir mon Orig. du langage, p. 177 et suiv.), les mots désignant « étranger », « langue étrangère », venaient de mots qui signifiaient « bégayer », « balbutier », un idiome inconnu se présentant toujours aux peuples naïfs comme un bégayement indistinct. V. Isaïe, xxviii, 11 ; xxxiii, 19 ; I Cor., xiv, 21.
  29. I Cor., xiii, 1, en tenant compte de ce qui précède.
  30. I Cor., xii, 28, 30 ; xiv, 2 et suiv.
  31. I Sam., xix, 23 et suiv.
  32. Plutarque, De Pythiæ oraculis, 24. Comparez la prédiction de Cassandre dans l’Agamemnon d’Eschyle.
  33. I Cor., xii, 3 ; xvi, 22 ; Rom., viii, 15.
  34. Rom., viii, 23, 26, 27.
  35. I Cor., xiii, 1 ; xiv, 7 et suiv.
  36. Rom., viii, 26-27.
  37. I Cor., xiv, 13, 14, 27 et suiv.
  38. Jurieu, Lettres pastorales, 3e année, 3e lettre ; Misson, le Théâtre sacré des Cévennes, p. 10, 14, 15, 18, 19, 22, 31, 32, 36, 37, 65, 66, 68, 70, 94, 104, 109, 126, 140 ; Brueys, Histoire du fanatisme (Montpellier, 1709), I, pages 145 et suiv. ; Fléchier. Lettres choisies (Lyon, 1734), I, p. 353 et suiv.
  39. Karl Hase, Hist. de l’Église, § 439 et 458, 5 ; le journal protestant l’Espérance, ler avril 1847.
  40. M. Hohl, Bruchstücke aus dem Leben und den Schriften Ed. Irving’s (Saint-Gall, 1839), p. 145, 149 et suiv.; Karl Hase, Hist. de l’Égl., § 458, 4. — Pour les Mormons, voir Remy, Voyage, I, p. 176-177, note ; 259-260 ; II, p. 55 et suiv. — Pour les convulsionnaires de Saint-Médard, voir surtout Carré de Montgeron, la Vérité sur les miracles, etc. (Paris, 1737-1741), II, p. 18, 19, 49, 54, 55, 63, 64, 80, etc.
  41. Act., ii, 13, 15.
  42. Marc, iii, 21 et suiv. ; Jean, x, 20 et suiv. ; xii, 27 et suiv.
  43. Act., xix, 6 ; I Cor., xiv, 3 et suiv.
  44. Act., x, 46 ; I Cor. xiv, 15, 16, 26.
  45. Col., iii, 16 ; Eph., v, 19 (Ψαλμοί, ὕμνοι, ᾠδαὶ πνευματικαί). Voir les premiers chapitres de l’Évangile de Luc. Comparez, en particulier, Luc, i, 46 à Act., x, 46.
  46. I Cor., xiv, 15 ; Col., iii, 16 ; Eph., v, 19.
  47. Jérémie, i, 6.
  48. Marc, xvi, 17.
  49. I Cor., xiv, 22. Πνεῦμα, dans les épîtres de saint Paul, est souvent rapproché de δύναμις. Les phénomènes spirites sont regardés comme des δυνάμεις, c’est-à-dire des miracles.
  50. Irénée, Adv. hær., V, vi, 1 ; Tertullien, Adv. Marcion., V, 8 ; Constit. apost., VIII, 1.
  51. Luc, ii, 37 ; II Cor., vi, 5 ; xi, 27.
  52. II Cor., vii, 10.
  53. Act., viii, 26 et suiv. ; x entier ; xvi, 6, 7, 9 et suiv. Comparez Luc, ii, 27, etc.
  54. Act., xx, 19, 31 ; Rom., viii, 23, 26.