Les Bêtes féroces

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 11).



LES BÊTES FÉROCES



Au citoyen L’Hommeau, secrétaire de la Ligue de l’Intérêt public.


Je vis à l’Hippodrome un dompteur et son fauve,
C’était un lion roux, l’œil injecté de sang,
Sa gueule rouge ouvrait un antre menaçant :
Le dompteur reposait sa tête en cette alcôve.

Je vis à la tribune un monsieur bien pensant,
Sénateur, marguillier, propriétaire et chauve ;
Sa spécialité : soutien de l’ordre ! il sauve ! !
Blanc cravaté du reste et le débit cassant :

« Pour sauver la famille et la foi de nos pères
» Et la propriété ! ! votons des lois sévères,
» Extirpons sans pitié l’élément corrupteur ! »

De tous les carnassiers c’est le plus réfractaire :
On peut apprivoiser lion, tigre ou panthère,
On n’apprivoise pas un vieux conservateur !


Paris, janvier 1881.