Les Baisers/Le Nouvel Olympe

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LE NOUVEL OLYMPE


 
Le croiras-tu ? Ces conquérans altiers,
Tant célébrés par les cygnes du Tibre,
Eux qui naissoient à l’ombre des lauriers,
En respirant l’orgueil d’un peuple libre ;
Ces fiers romains, ces sauvages guerriers,
Ces demi-dieux, sous qui trembloit la terre,
Ainsi que nous, instruits dans l’art de plaire,
Fondoient un culte en l’honneur des baisers :

Ils héritoient des fables de la Grèce,
Songes rians, ingénieux loisirs,
Par qui le dogme ordonnoit les plaisirs,
Douces erreurs qu’adoptoit la sagesse.
Ô temps heureux ! Où Flore et les Zéphirs
À leurs autels enchaînoient la jeunesse ;
Où l’on voloit sur l’aîle des desirs ?

Où dans les cieux on plaçoit sa maîtresse,
Où la naïade, en confondant ses flots,
Par des soupirs échauffoit ses roseaux
Qui de Syrinx murmuroient la tristesse ;
Où le Léthé rouloit l’oubli des maux !
Thaïs, alors, chaque attrait d’une belle
Étoit lui-même une divinité :
Un front ouvert, c’étoit la vérité ;
En le baisant, on fêtoit l’immortelle ;
Les lis du sein cachoient la volupté :
D’un œil brillant avec sérénité
L’amour superbe allumoit l’étincelle :
La main vouée à la fidélité

N’osoit toucher la main d’une infidelle.
D’un souffle pur oser cueillir l’encens,
Ravir les fleurs d’une lèvre vermeille,
C’étoit à Flore emporter sa corbeille ?
C’étoit aussi rendre hommage au printemps,
Ainsi l’amant consacroit son ivresse ;
Et les baisers, toujours religieux,
Qu’il prodiguoit à sa belle maîtresse,
Formoient l’encens qu’il brûloit pour les dieux.
Ô ma Thaïs ! Que ce culte m’enchante !

J’assemble en toi, je vois l’Olympe entier ;
Et tous ces dieux, que m’offre mon amante,
Ne craindront plus qu’on les puisse oublier.