Œuvres complètes de Béranger/Les Capucins

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H. Fournier (1pp. 267-269).


LES CAPUCINS


1816


Air : Faut d’la vertu, pas trop n’en faut


Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

bis.


Moi, qui fus capucin indigne,
Je vais, ma petite Fanchon,
Du Seigneur vendanger la vigne,
En reprenant le capuchon.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

Fanchon, pour vaincre par surprise
Les philosophes trop nombreux,
Qu’en vrais cosaques de l’église,
Les capucins marchent contre eux.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

La faim désole nos provinces ;
Mais la piété l’en bannit.

Chaque fête, grâce à nos princes,
On peut vivre de pain bénit.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

L’église est l’asile des cuistres ;
Mais les rois en sont les piliers :
Et bientôt le banc des ministres
Sera le banc des marguilliers.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

Pour tâter de l’agneau sans taches,
Nos soldats courent s’attabler ;
Et devant certaines moustaches
On dit qu’on a vu Dieu trembler.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

Nos missionnaires font rendre
Aux bonnes gens les biens de Dieu ;
Ils marchent tout couverts de cendre :
C’est ainsi qu’on couvre le feu.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !

Fais-toi dévote aussi, Fanchette :
Va, il n’est pas de sot métier.

Mais qu’avec nous deux, en cachette,
Le diable crache au bénitier.

Bénis soient la Vierge et les saints :
On rétablit les capucins !