Les Cartes, ou l’Horoscope

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Œuvres complètes de BérangerH. Fournier2 (pp. 24-25).


LES CARTES


OU L’HOROSCOPE


Air de la petite Gouvernante


Tandis qu’en faisant sa prière,
Au coin du feu maman s’endort,
Peu faite pour être ouvrière,
Dans les cartes cherchons mon sort.
Maman dirait : Craignez les bagatelles !
Le diable est fin ; tremblez, Suzon !

Mais j’ai seize ans : les cartes seront belles.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.

bis.


Amour, enfant ou mariage,
Sachons ce qui m’attend ici.
J’ai certain amant qui voyage :
Valet de cœur ? Bon ! le voici.
Pour une veuve, aux pleurs il me condamne.
L’ingrat l’épouse, ô trahison !
J’entre au couvent, mon confesseur se damne.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.


Au parloir témoin de mes larmes,
Le roi de carreau vient souvent.
C’est un prince épris de mes charmes ;
Il m’enlève de mon couvent.
Par des cadeaux son altesse m’entraîne
Jusqu’à sa petite maison.
La nuit survient, et je suis presque reine.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.

Je suis le prince à la campagne ;
On vient lui parler contre moi.
En secret un brun m’accompagne ;
Tout se découvre ; adieu mon roi !
Un de perdu, j’en vois arriver douze ;
J’enflamme un campagnard grison :
Je suis cruelle, et celui-là m’épouse.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.

En ménage d’une semaine,
Dans un char je brille à Paris.
C’est le roi de trèfle qui mène ;
Mon mari gronde, et je m’en ris.
Dieu ! l’amour fuit à l’aspect d’une vieille !
En ai-je passé la saison ?
Eh ! non vraiment, c’est maman qui s’éveille.
Les cartes ont toujours raison,
Toujours raison, toujours raison.