Les Contes de ma mère l’Oye avant Perrault/Fiaoue ou Conte lorrain

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Fiaoue ou conte lorrain

I n’y évὸ ine foué in paure hôme, ca ine paure fôme, qu’aviont yonze affants. I n’y en évὸ inque qu’atὸ si ptiat, qu’i n’atὸ me pu gran qu’lo ptiat doye ; on lo hoyôza lo Ptiat Pousset ; ma’ latὸ si hayant, si hayant qu’on n’ peuvo jemâ l’ettrepè.

In jo qu’ les affants dremiont, lo Ptiat Pousset ne dreumô me, mâ il en fayôza sambiant. I hoyeù sὸ père qu’ d’hὸ :

— J’ons yonze affants et j’nons pû d’ pain po les neurri. Comma t’a-ce que j’ frons ? je n’ les veu me voër meuri d’ faim d’vaint meu : j’amerὸ meu qu’i soyinssent pagùs dains lo bos.

Lè fôme d’heu qu’alle ne v’lὸ me qu’i soyinssent pagùs, a qu’alle meurerὸ pitô qu’ de les mauënè po celet dains lo bos. Mâ lo pére li d’heùch qu’i les mouënerὸ dains lo bos das qu’i ferô jô.

Lo Ptiat Pousset, qu’évὸ hoyï so pére, s’ leuveù dvaint lo jô, a s’en alleù dsi lo bord d’ lè r’vire, a rèmesseù tôt pien de biancs cayïoux, qu’i botteù dains ses paches, pi i ’rvenὸ chinzô, et se botteù dains so léye, a i fahin sambiant de dreumi.

So père se ravayin, a hoyïo tortus ses affants, et leu d’heèch qu’ i vlὸ ellè dains lo bos ; mâ lo Ptiat Pousset, qui mairchὸ lo dâré, layeù cheure ses biancs cayïoux lo longe de lè sante.

Quan qu’i feuch dains lo bos, lo pére leu d’heùch do d’mouërè to-là po fâre zutes faigots, a qu’il ellὸ dro hâ-let po fâre lo sin. Mâ quan qu’l y feuch, i s’ saveù dains sè mâhon, a layὸ ses affants dains lo bos.

Quan que l’évin fâ zutes faigots, is epelin zute pére, qui ne répondeùme. Quan qu’i voyin qu’i n’y atὸ pu, les paurats brayïint tot côme des èveules, a se desesperint tot côme des malhouroux.

Mâ lo Ptiat Pousset ne brayô me, a leu d’heùch de s’ couhi, qu’i les ermouënero chinzôs, a leu d’heùch d’ellè évὸ lue. I suiveù les biancs cayïoux ; mâ, côme qu’i n’y évὸ long, i n’èrivin qu’è le neuyïe.

Lo pére, quand qu’il évὸ tu errivè chinzô, évô erci doux gro acus qu’in hôme li dvὸ. Il echetint di pain, de lè châ, a feuch ripayïe. Sè fôme li d’heùch qu’i serὸ daini d’evoi pagù ses affants, a pi alle brayin. Les affants ationt dari l’euch, qu’acoutiont ç’ qu’i d’ hint zô dou.

Quan qu’i hoyin zute mére que brayὸ, i d’heùch tortus :

— No vace, mè mére, j’ sons dari l’euch.

Lè pauratte corrin è ses affants, qu’alle croyὸ qu’ lo lou évὸ maingi à les baheù en brayant. Alle les fayeù maingi, a leu bayeù di pain, d’ lè châ, di froumaige, ca tot pien d’âtes yecs, qu’i maingin tot côme des anfamés. I d’mouërinzâ en let chinzô doux jos.

Mâ quan qu’ les doux gro acus feuch maingi, lo pére les mouënὸzo tortus dains lo bos, sans rin dir, a les y layὸ qu’i fayὸsa jà neuyïe. Les paurats ne qu’nachim pu lè sante, po sâtè fiù di bos. I hoyin les lous que gueuliont tot conte zôs, i greulliontza de tot zutes côrs.

I merchin dains lo bos, a y voyin bin long dvaint zôs enne chandôle qu’atὸ ellmayïe. I y feuche tot drô, a y crayont qu’ ç atô zûte mâhon. Quan qu’i feuch è l’euch, i toquin : tac, tac.

— Qui ace ? — Ç’a nos.

On leu si euvrè l’euch, a i voyin enne vie fôme, qui leu d’heù :

— Heun ! mes paures affants, qu’a-ce que v’ veulé ? ç’a toceu lè mâhon d’in ogre, que va erveni tot è l’houre, a que vos maingerὸ.

I repondeuch qu’ is aimiint mue y éte maingi pa lue, que pa les lous. Lè fôme les perneù, a les botieù d’ so lo léye.

Quan qu’ l’ogre ervenὸ, i d’heùch en entrant è sè fôme :

— Mè fôme, i fiâre lè châ frâche, ns, ns, ns, i fiâre lè châ frâche.

Lè fôme li d’ho qu’ ç’atὸ lo bue qu’atὸ è lè brouche. Mâ i n’ lè croyi me, a roûateù d’ sὸ lo léye, a i les tireù tortus pa lo pîd, a d’heùch, qu’ ça c’erὸ po son djuni.

Il évὸza yonze bâcelles, et i botteù les ptiats gachenats couchi dains lè méme champe. Ma i botteù des bounnats d’or è bâcelles, a des bounnats de tôle è gachenats.

Mâ, quan qu’i dremin, lo Ptiat Pousset perneù les bounnats d’or è bâcelles et leu botteù les bounnats de tôle.

Quan qu’l’ogre, qui évὸ faim, vneù lè neuyïe toué les affants, po qu’i n’ se sâveussent me, i touὸza les bâcelles, a layo les ptiats gachenats, pace qu’il evint les bounnats d’or.

Quan qu’i feuch ertorné dains sὸ léye, lo Ptiat Pousset ravayeù ses frères, à leu d’heùch qui falὸ sâtè fiù d’ lè mâhon. Ai s’ellin vitement dains lo bos, d’où qu’i s’ couèchin dzo ine rouche.

L’ogre, quan qui s’ ravayeù, volin maingi les ptiats gachenats, mâ i treuvin qu’il évὸ toué ses bâcelles. I pernin ses bouttes de sat liùs, a feuch dains lo bos, i errivὸ conte lè rouche, a i n’ trovὸ me les affants, qu’ationt couèchi d’zou. Il évin b’san de dremi a i s’en dreumὸza dsi’ le rouche.

Quan qu’ lo Ptiat Pousset l’oyïoza ronffyï, i li preneù ses bouttes de zat liùs, i feuch chin lè fôme de l’ogre a li d’heùch qu’ son hôme atὸ ettrepè pa les volou, a qu’i li évὸ bayï ses bouttes de sat liùs po quouèr d’ le mnoye po leù bayi.

Le fôme li bayeù tôt pien d’airgent po recheti sὸ méri. Mà lo Ptiat Pousset feuch chin so pére évὸ cet airgent, etc., etc.

Il y avait une fois un pauvre homme et une pauvre femme qui avaient onze enfants. Il y en avait un qui était si petit qu’il n’était mie plus grand que le petit doigt ; on l’appela le Petit Poucet ; mais il était si malin, si malin qu’on ne pouvait jamais l’attraper.

Un jour que les enfants dormaient, le Petit Poucet ne dormait pas, mais il en faisait semblant. Il ouït son père qui disait :

— Nous avons onze enfants et nous n’avons plus de pain pour les nourrir. Comment ferons-nous ? Je ne les veux pas voir mourir de faim sous mes yeux : j’aimerais mieux qu’ils fussent perdus dans le bois.

La femme répondit qu’elle ne voulait mie qu’ils fussent perdus, et qu’elle mourrait plutôt que de les mener pour cela au bois. Mais le père lui dit qu’il les mènerait au bois dès qu’il ferait jour.

Le Petit Poucet, qui avait ouï son père, se leva avant le jour et s’en alla sur le bord de la rivière ; il ramassa tout plein de blancs cailloux qu’il mit dans ses poches, puis il revint au logis, se mit dans son lit et fit semblant de dormir.

Son père se réveilla, appela tretous ses enfants, et leur dit qu’il voulait aller dans le bois ; mais le Petit Poucet, qui marchait le dernier, laissait choir ses blancs cailloux le long du sentier.

Quand ils furent dans le bois, le père leur dit de demeurer là pour faire leurs fagots, et qu’il allait là-haut pour faire le sien. Mais quand il y fut, il se sauva dans sa maison et laissa ses enfants dans le bois.

Quand ils eurent fait leurs fagots, ils appelèrent leur père, qui ne répondit pas. Quand ils virent qu’il n’y était plus, les pauvrets se mirent à braire tous comme des aveugles, et ils se désespérèrent comme des malheureux.

Mais le Petit Poucet ne pleurait pas ; il leur dit de se tenir cois, qu’il les ramènerait au logis, et il leur dit d’aller avec lui. Il suivait les blancs cailloux ; mais, comme il y avait loin, ils n’arrivèrent qu’à la nuit.

Le père, en arrivant au logis, avait reçu deux gros écus qu’un homme lui devait. Il acheta du pain, de la viande, et fit ripaille. Sa femme lui dit qu’il serait damné pour avoir perdu ses enfants, et puis elle pleurait. Les enfants étaient derrière l’huis qui écoutaient ce qu’ils disaient aux deux.

Quand ils ouïrent leur mère qui brayait, ils dirent tous :

— Nous voici, ma mère, nous sommes derrière l’huis.

La pauvrette courut à ses enfants qu’elle croyait mangés par le loup et les baisa en pleurant. Elle les fit manger et leur bailla du pain, de la viande, du fromage et tout plein d’autres choses qu’ils mangèrent tout comme des affamés. Ils restèrent au lit chez eux deux jours.

Mais quand les deux gros écus furent mangés, le père les mena tretous dans le bois, sans rien dire, et les y laissa qu’il faisait déjà nuit.

Les pauvrets ne surent pas reconnaître le sentier pour sortir du bois. Ils entendaient les loups qui hurlaient tout contre eux et ils tremblaient de tous leurs membres.

Ils marchèrent dans le bois et ils virent bien loin devant eux une chandelle qui était allumée. Ils y furent tout droit, croyant que c’était leur maison. Quand ils furent à l’huis, ils toquèrent : tac, tac.

— Qui est-ce ? — C’est nous.

On leur ouvrit la porte et ils virent une vieille femme qui leur dit :

— Heun ! mes pauvres enfants, qu’est-ce que vous voulez ? C’est ici la maison d’un ogre qui va revenir tout à l’heure et qui vous mangera.

Ils répondirent qu’ils aimaient mieux être mangés par lui que par les loups. La femme les prit et les mit sous son lit.

Quand l’ogre revint, il dit en entrant à sa femme :

— Ma femme, il sent la chair fraîche, ns, ns, ns, il sent la chair fraîche !

La femme lui dit que c’était le bœuf qui était à la broche. Mais il ne la crut pas, il regarda sous le lit, les tira tretous par le pied et dit que ce serait pour son déjeuner.

Il avait onze filles, et il mit les petits garçonnets coucher dans la même chambre. Mais il mit des bonnets d’or à ses filles et des bonnets de toile aux garçonnets.

Mais quand elles dormirent, le Petit Poucet prit les bonnets d’or aux filles et leur mit les bonnets de toile.

Quand l’ogre, qui avait faim, vint la nuit tuer les enfants, pour qu’ils ne se sauvassent mie, il tua les filles et laissa les petits gars, parce qu’ils avaient les bonnets d’or.

Quand il fut retourné dans son lit, le Petit Poucet réveilla ses frères et leur dit qu’il fallait s’enfuir de la maison. Ils s’en allèrent bien vite dans le bois, où ils se couchèrent sous un rocher.

L’ogre, quand il se réveilla, voulut manger les petits garçonnets, mais il trouva qu’il avait tué ses filles. Il prit ses bottes de sept lieues, s’en fut dans le bois et arriva contre le rocher ; mais il ne trouva point les enfants qui étaient couchés dessous. Il eut besoin de dormir, et il s’endormit sur le rocher.

Quand le Petit Poucet l’ouït ronfler, il lui prit ses bottes de sept lieues, s’en alla chez la femme de l’ogre, et lui dit que son homme avait été attrapé par les voleurs et qu’il lui avait baillé ses bottes de sept lieues pour aller quérir de la monnaie afin de leur bailler.

La femme lui bailla tout plein d’argent pour racheter son mari. Mais le Petit Poucet s’en alla chez son père avec cet argent, etc., etc.