Les Démoniaques dans l’art/p38

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EXORCISME DE NICOLE AUBRY
Gravure (1575)

Il se fit grand bruit au XVIe siècle autour de la possession d’une jeune mariée de Vervins, Nicole Aubry, âgée de seize ans. Une gravure du temps reproduit les principaux épisodes de l’exorcisme qui fut fait en grande pompe en l’église Notre-Dame de Laon par l’évêque de cette ville. Nous en donnons ici un fac-simile que nous empruntons à la Vie militaire et religieuse au Moyen âge et à l’époque de la Renaissance de M. P. Lacroix, en reproduisant la légende qui l’accompagne.

« Les cérémonies de l’exorcisme à Laon seulement durèrent neuf jours.

Le premier jour, elle fut amenée à l’église par plusieurs hommes (A), qui la contenaient avec peine ; les jours suivants (V)on la porta dans son lit, derrière la châsse de Notre-Dame, la croix et le Saint-Sacrement. Après avoir fait trois fois le tour de l’église, elle était placée sur un matelas derrière le chœur. La procession finie, un cordelier faisait le sermon. Puis l’évêque disait la messe à l’autel de l’Image. Assis au milieu de son clergé il prononçait


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EXORCISME DE LAON
Gravure empruntée à l’ouvrage de P. Lacroix


les formules de l’exorcisme et interrogeait la démoniaque, dont un notaire royal enregistrait les

réponses. De temps à autre il élevait l’hostie en ordonnant au diable de sortir. Nicole se démenait affreusement (G), le corps enflé, la face presque noire, hurlant, tirant la langue, les yeux hagards, et elle s’élançait de son lit à plus de six pieds en l’air, malgré les efforts de huit ou quinze hommes vigoureux. Perdant tout à coup cette horrible difformité, elle retombait comme une masse (H), aveugle, sourde et muette à la fois, le corps raide et dur, arrondi comme un hérisson (I). Mais à peine avait-elle reçu l’hostie qu’elle rentrait dans son état naturel. Elle baisait ensuite la croix, et un homme seul l’emportait dans ses bras (M), tant elle était faible. Les catholiques, tête nue, criaient au miracle ; les huguenots, qui restaient couverts, ne voyaient là qu’un « jeu industrieux ».

Des trente démons qui possédaient Nicole et qu’on a représentés sur la carte, vingt-six furent chassés à Notre-Dame de Liesse ; le diable Légion fut expulsé à Pierrepont ; Astaroth, Cerbère, enfin Belzébut le plus puissant de tous, à la cathédrale de Laon, le dernier jour de l’exorcisme.