Les Dieux antiques/L’Olympe et ses douze dieux

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J. Rothschild, éditeur (p. 44-46).

L’Olympe assemblé.
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L’OLYMPE ET SES DOUZE DIEUX [1]


Quoique les poèmes homériques possédés par nous, non plus que la théogonie hésiodique, ne présentent le nom du groupe suprême de déités, appelé, particulièrement à Athènes du temps de Périclès, les douze dieux olympiens, nous ne passerons pas sous silence une classification célèbre qui présida à l’exécution de plus d’une œuvre d’art, arme ou joyau. Elle-même est une œuvre d’art inspirée par un goût de la symétrie tel, qu’il caractérise une époque où la « vitalité mythologique » avait, certes, cessé. Tout contredit cette ordonnance dans les temps antérieurs. Au cours du dernier des poèmes que nous avons cités tout à l’heure, Zeus et Poséidon ébranlent bien le sol et la mer, tandis qu’Hadès habite les régions situées sous terre ; mais qu’il y ait eu un triple partage du Cosmos entre les trois frères cronides, c’est un fait dont nous ne possédons aucune mention formelle. La théogonie hésiodique, monument primitif, nous parle de Poséidon, mais pour ne nous rien dire d’autre à son sujet sinon qu’il bâtit les murailles entre lesquelles Briarée garde les Titans : là, aucune différence de rang non plus entre Arès et ses sœurs Hébé et Éileithua, ou encore entre Déméter et Eurynome. Hadès, lui, de ce soi-disant nombre douze, est exclu, tandis que, selon l’Iliade et l’Odyssée, il apparaît à sa guise dans la demeure olympienne de Zeus, et se comporte comme l’égal des dieux assemblés. Il y aurait, dans l’un de ces cas, plus de douze déités ; dans l’autre, il n’y en aurait que onze.

Quant à l’Olympe, qui, même en la mythologie empruntée par les Latins, resta le séjour des dieux grecs, on sait que c’est, dans les montagnes qui séparent la Macédoine de la Thessalie, la portion orientale d’une chaîne formant le versant nord de la vallée fameuse de Tempé, Un printemps éternel dans le fond, des neiges éternelles au sommet : tel est le site. Les poètes homériques représentent les dieux comme possesseurs de palais nombreux sur la haute cîme. Dérobés à la vue des hommes par un voile opaque de nuages que gardent les Heures, ils siègent solennellement dans le palais de Zeus, et les plus jeunes d’entre eux dansent sous leurs yeux, obéissant à la voix et à la lyre des Muses. Tel est le tableau traditionnel, et dont il peut être utile de conserver une réminiscence. Les poètes plus récents transportèrent ce séjour à la quatrième voûte du ciel, celle des feux ou des astres, l’Empyrée. Mais ce lieu nouveau, qu’on imagine difficilement comme habitable, a le tort, selon nous, de sembler presque une conception métaphysique : le premier était absolument poétique, comme il convient en pareil sujet.

Ganymède.
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  1. Le Traducteur.