Les Excentricités du langage/Édition Dentu, 1865/O

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E. Dentu (p. 223-229).
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OBÉLISCAL : Merveilleux. — Date du transport de l’obélisque de la place de la Concorde. — « Admirable ! pyramidal ! obéliscal ! » — 1845, Almanach de la Polka.

OBJET : Amante, objet de la flamme amoureuse. — « Il apprend que le cher père à cloîtré son objet. » Désaugiers. — « Quand on aime, on aime tout de son objet. » — Balzac.

OCCASE : Occasion. — « Deux francs cinquante de bénef, profitez de l’occase. — A. Second.

D’occasion : De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d’occasion. — « Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d’occasion. » — Delvau. — « Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d’occase, Parfois. — Ce couplet, extrait du Prado, de P. d’Anglemont, 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d’occasion, c’est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.

OCRÉA : Soulier. Les élèves de l’École de Saint-Cyr font seuls cet emprunt au grec. — « Le pauvre Saint Cyrien portant des ocréas. » — Souvenirs de Saint-Cyr.

OEIL : Crédit. — Noté comme terme d’argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827. — « Je vous offre ]e vin blanc chez Toitot ; — j’ai l’œil. » — Chenu. — « La mère Bricherie n’entend pas raillerie à l’article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d’œil, elle préférerait, etc. » — P. d’Anglemont. — « En m’achetant à l’œil, ma plus belle marée. » — Ricard. — Ouvrir l’œil : Accorder du crédit. — « La fruitière n’a jamais voulu ouvrir d’œil : elle dit qu’elle a déjà perdu avec des artistes. » Champfleury. — Fermer l’œil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans l’œil : Plaire, fasciner. — « Ma personne avait peine à te donner dans l’œil. » — Le Rapatriage, dix-huitième siècle. — Avoir de l’œil, Tirer l’œil : Produire de l’effet. — Terme d’impression. On dit aussi en parlant d’un tableau à effet qu’il a de l’œil. — « La chose a de l’œil. C’est léger, mais c’est trop léger. — A. Scholl. — « Aux provinciaux que l’œil de son ouvrage a attirés chez lui. » — P. Borel. — Faire l’œil : « Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux ; il a toujours l’air d’un Européen lâché au milieu d’un sérail… Pourtant aucune femme n’est le point de mire de cette fusillade de regards. C’est au sexe entier qu’il en veut. Il fait l’œil, et voilà tout. » — Roqueplan. — V. Américain. — Ouvrir l’œil : Surveiller attentivement. — Se battre l’œil, la paupière : Se moquer. — « Gilles. Ah ! fussiez-vous elle ! — Isabelle. Ton maître s’en bat l’œil. » — Le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle. — « Que Condé soit trompé par le duc d’Anjou, je m’en bats l’œil ! » — A. Dumas. — Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets ! V. ces mots. — « Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s’écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil ! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi ! » — E. Villetard. — Cette expression est typique. Dès qu’une chose est à la mode au point d’accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dénégation railleuse essentiellement variable. C’est ainsi qu’après les événements d’Italie, on a dit : Oui ! Garibaldi ! — Auparavant, on disait : Oui ! les lanciers ! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l’œil : « Dormir profondément. » — Dhautel, 1808. — « Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l’œil. » — Vidal. 1833. — « Si nous tapions de l’œil ? Ma foi ! j’ai sommeil. » — L. Gozlan. — Tourner, tortiller de l’œil : Mourir. V. Dhautel, 1808. — « J’aime mieux tourner la salade que de tourner de l’œil. » — Commerson. — « J’voudrais ben m’en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l’œil. » — Thuillier, Ch.Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — Œil de verre : Lorgnon. — « Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre. » — Festeau. — Quart d’œil : Commissaire de police.

Œuf (Plein comme un) : Soul. — Casser son œuf : Faire une fausse couche.

Ogre : Agent de remplacement. Allusion à leur trafic de chair humaine. — Ogre : Usurier. — Ogresse : Marchande à la toilette (Vidocq). — Allusion à leur avidité. — Ogre : « Les chiffonniers donnent ce nom à celui qui leur achète le produit de leurs recherches nocturnes, en détail et par hottes, pour les revendre en gros, après un triage minutieux et intelligent. Ordinairement, on ne devient ogre qu’après avoir passé par tous les degrés de l’état de chiffonnier. Il fut un temps, il est vrai, où ce nom était synonyme d’exploiteur et même de receleur. Dans ce but, l’ogre possédait à côté de son établissement d’achat de chiffons un débit de liqueurs qu’il faisait gérer par un affidé ou un compère ; il y recevait clandestinement des malfaiteurs qui apportaient là les produits de leurs rapines. » — Castillon.

oignon : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — V. Aux pommes. — Il y a de l’oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser. « S’prend’ de bec c’est la mode, Et souvent il y a de l’oignon. — Dupeuty.

Oiseaux (Aux) : Très-bien — Il est meublé aux oiseaux. » — Balzac. — « Pour exprimer qu’un homme est très-bien fait, qu’une femme est très-belle, on dit qu’ils sont aux oiseaux. » — 1808, Dhautel.

Oiseau : Triste personnage. V. Dhautel. — « Minute ! quel est c’t oiseau-là ? » — Léonard, parodie, 1863. — Oiseau fatal : Corbeau (Vidocq). — On sait que le corbeau est pour le peuple un mauvais présage.

Ombre (Mettre à l’) : Tuer. — « Ici Vautrin se leva, se mit en garde et fit le mouvement d’un maître d’armes qui se fend. — Et à l’ombre ! ajouta-t-il. » — Balzac.

À l’ombre : En prison. — Le soleil n’y donne guère. — « Quand on aura mis à l’ombre tous les Jean-foutres. » — 1793, Hébert. — V. Brûler.

omelette : Mystification militaire en usage à Saint- Cyr. — « Voici en quoi consiste le supplice de l’omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre lit et le retournent comme une omelette. » — R. de la Barre. — L’omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu’on veut ennuyer.

Omnibus : Prostituée, femme se donnant à tous. — « On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus. » — La Maison du Lapin blanc, typ. Appert.

Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.

Oncle : « Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » — Balzac.

orange : « La pomme de terre est aussitôt saluée par l’argot d’orange à cochons. » — Balzac.

Oreillard : Âne (Vidocq). — Allusion d’oreilles.

Orléans : vinaigre (id.). — Orléans est la patrie du vinaigre.

Ornie : Poule (id.). — Du grec ornis. — Ornichon : Poulet. — Ornion : Chapon. — Ornie de balle : Poule d’Inde.

Orphelin : Orfèvre (Vidocq). — Corruption du même mot.

Les Orphelins de muraille sont des factionnaires. V. ce mot. — L’abandon de leurs auteurs leur a fait donner ce nom. — Orphelins : « C’est sous ce nom que l’on veut dire en argot : une bande de voleurs. » — A. Durantin.

Orteil (Chelinguer de l’) : Sentir mauvais des pieds.

Os : « Dans la langue populaire parisienne, on appelle os le numéraire. » — Mornand. — « Il faut cependant que je lui donne de l’os. » — Lynol. — Pourquoi ne dirait-on pas au figure, de l’os, comme on dit du nerf, pour désigner aussi l’argent ?

Ouiche : Oui, pris dans un sens ironique. — « Croyez vous qu’il viendra me chercher ? — Ah bien ! ouiche ! » — About.

ours : Homme d’humeur brusque et sauvage.

Ours : « Ancien compagnon pressier que, dans leur argot typographique, les ouvriers chargés d’assembler les lettres appellent un Ours. Le mouvement de va-et-vient qui ressemble assez à celui d’un ours en cage, par lequel les pressiers se portent de l’encrier à la presse, leur a valu sans doute ce sobriquet. » — Balzac. — Richelet et Dhautel ont donné ce mot.
Ours : Salle de police. — « Je fus passer deux jours dans un lieu ténébreux qu’on appelle l’Ours. » — Souvenirs de Saint-Cyr.
Ours : « Tout le monde se souvient de cette farce désopilante appelée l’Ours et le Pacha. Le père Brunet représentait le pacha blasé qui veut qu’on l’amuse ; Odry jouait le montreur de bêtes, répétant à tout propos « Prenez mon ours ! » Ces trois mots obtinrent une telle vogue au théâtre, que les directeurs à l’aspect d un auteur qui tenait un manuscrit, lui disaient de loin : Vous voulez m’amuser, vous m’apportez votre ours. — C’est une pièce charmante faite pour votre théâtre, répondait l’auteur. — C’est bien ce que je pensais, prenez mon ours ! — Depuis ce temps, l’ours est un vaudeville où un mélodrame qui a vieilli dans les cartons. » — J. Duflot.
Envoyer à l’ours : Envoyer promener. — Mot à mot : envoyer voir l’ours du Jardin des Plantes, où se rendent d’ordinaire beaucoup de flâneurs.
Ourson : Bonnet à poil d’ours. — « J’allais me coiffer de l’ourson dévolu aux voltigeurs. » — L. Reybaud.

Outils : Instruments de voleur. V. Vague.

Outil de besoin : Mauvais souteneur (Bailly).
Ouvrage : Vol. — Ouvrier : Voleur (Vidocq).