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Les Frères Zemganno/53

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LII

Tout joli qu’il était, Nello était aussi défendu des séductions que rencontrent à tout moment, parmi les créatures galantes, les hommes dont la profession consiste à montrer de belles académies dans des maillots, par l’amitié qui l’unissait à son frère. Les femmes quelles qu’elles soient n’aiment pas les intimités d’hommes, elles entrent en défiance sur la quantité d’affection que l’un permettra à l’autre de leur apporter : leur amour, en un mot, et avec raison, prend peur des grandes amitiés masculines. Puis Nello avait encore contre lui ce bonheur, lorsqu’il se trouvait au milieu de femmes, de les intimider, de les déconcerter par l’ironie rieuse de sa figure, par un sourire qui était naturellement et involontairement moqueur, un sourire qui, selon l’expression de l’une, « avait l’air de se ficher du monde ». Enfin, c’est très délicat à exprimer, et cela paraîtra peu croyable, il y avait chez quelques amies de ses amis un rien de jalousie pour le caractère de sa beauté, pour ce qu’elle empruntait, pour ce qu’elle dérobait à la beauté de la femme ! Un soir, un des écuyers, un paradeur de haute école aux cuisses splendides dans une culotte de daim, et aimé pour le quart d’heure par une très illustre femme entretenue, avait emmené souper Nello chez sa maîtresse. Quand Nello fut parti, l’écuyer, qui avait une véritable affection pour son camarade, et qui avait remarqué le froid de l’amabilité de la dame du logis pendant le repas, entonnait son éloge, auquel l’adorée répondait par le silence des femmes qui ne veulent pas parler, et qui tracassent des objets qu’elles ont sous la main, et cherchent des yeux des choses absentes. Il continuait, sans plus faire sortir la femme de son mutisme… « Mais il est tout à fait charmant ce garçon ? » disait-il, en forme de point d’interrogation très accentué. La femme se taisait toujours, avec sur le front de ces idées saugrenues qui ne se décident pas à sortir, et avec toujours des regards perdus, et avec encore l’allée et la venue d’un petit pied bête.

— « Enfin, qu’est-ce que tu lui reproches ? » disait l’ami de Nello impatienté.

— « Il a une bouche de femme ! » laissait tomber la maîtresse de l’écuyer.


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