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Les Géorgiques/Traduction Desportes, 1846

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Traduction par Auguste Desportes.
Texte établi par Édouard SommerHachette (1p. --).


LES

AUTEURS LATINS

EXPLIQUÉS D’APRÈS UNE MÉTHODE NOUVELLE

PAR DEUX TRADUCTIONS FRANÇAISES

L’UNE LITTÉRALE ET JUXTALINÉAIRE PRÉSENTANT LE MOT À MOT FRANÇAIS
EN REGARD DES MOTS LATINS CORRESPONDANTS
L’AUTRE CORRECTE ET FIDÈLE PRÉCÉDÉE DU TEXTE LATIN

avec des sommaires et des notes

PAR UNE SOCIÉTÉ DE PROFESSEURS

ET DE LATINISTES




VIRGILE

PREMIER LIVRE DES GÉORGIQUES




PARIS

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie.

RUE PIERRE-SARRAZIN, N° 12




1846


Texte latin


Traduction d’Auguste Desportes

Je vais chanter l’art qui produit les riantes moissons ; je dirai, ô Mécène, sous quel astre il convient de labourer la terre, et de marier la vigne à l’ormeau ; quels soins il faut donner aux bœufs, à la conservation des troupeaux, et quelle sage industrie fait prospérer l’abeille économe. Brillants flambeaux de l’univers, vous qui dirigez dans les cieux la marche de l’année, Bacchus, et toi, bienfaisante Cérès, je vous invoque, s’il est vrai que grâce à vous les humains aient remplacé le gland de Chaonie par l’épi nourricier, et mêlé pour la première fois le jus de la grappe avec l’eau de l’Achéloüs. Et vous, divinités tutélaires des champs, Faunes, Dryades, venez ensemble, accourez à ma voix : ce sont vos bienfaits que je chante. Et toi, qui du sein de la terre ébranlée par ton trident, fis sortir un coursier frémissant, ô Neptune, entends ma voix ; et toi aussi, divin habitant des bois, Aristée, pour qui trois cents jeunes taureaux, blancs comme la neige, broutent le vert feuillage des buissons dans les grasses campagnes de Cée. Et toi-même, dieu de Tégée, Pan, qui protèges nos brebis, abandonne pour un moment les bois paternels, les forêts du Lycée, et si le Ménale t’est cher encore, viens et sois moi favorable. Minerve, qui fis naître le pacifique olivier ; toi, jeune homme qui inventas la charrue recourbée ; Silvain, qui portes dans tes mains le tendre rameau d’un cyprès déraciné ; vous tous, dieux et déesses, qui veillez sur nos champs, qui fécondez les germes des nouvelles semences, et qui leur versez du haut des cieux des pluies salutaires, je vous invoque aussi !

Et toi enfin, César, dont nous ignorons quel sera bientôt le rang dans le conseil des dieux, soit que tu veuilles honorer nos villes et nos campagnes de tes regards et de tes soins, et recevoir, comme dispensateur des fruits de la terre et souverain régulateur des saisons, le tribut d’hommages que l’univers entier te rendra en ceignant ton front du myrte maternel ; soit que tu préfères régner sur les vastes mers, qu’à toi seul s’adressent les prières des nautonniers, qu’aux extrémités de l’Océan Thulé te soit soumise, et que Téthys ne croie pas acheter trop cher l’honneur de t’avoir pour gendre en t’offrant tout l’empire des ondes ; soit que, nouvel astre d’été, tu te places parmi ceux qui président aux longs mois, entre Érigone et le brûlant Scorpion, qui déjà retire devant toi ses serres enflammées et te cède le plus grand espace des cieux ; quelle que soit enfin la place qui t’attend dans l’Olympe (car les Enfers n’oseraient se flatter de t’avoir jamais pour roi ; et jamais le triste empire des morts ne pourra tenter ton ambition, bien que la Grèce vante les merveilles des champs Élysées, et que Proserpine résiste aux prières de sa mère qui la redemande), ô César, rends facile à mes pas la carrière où je vais entrer ; favorise d’un regard mon audacieuse entreprise, et, prenant en pitié nos laboureurs égarés, daigne les guider avec moi dans les routes nouvelles que j’ouvre à leur ignorance, et accoutume-toi dès à présent à t’entendre nommer dans nos vœux.

Lorsque, au retour du printemps, la neige se fond et s’écoule du haut des montagnes longtemps blanchies, lorsque la terre amollie cède à la douce haleine des Zéphyrs ; que dès ce moment le taureau commence à gémir sous le joug de la charrue, et que le soc, rouillé par un long repos, sorte luisant du sillon. Une terre répond enfin aux vœux de l’avide laboureur, quand elle a deux fois subi les rigueurs de l’hiver, deux fois éprouvé les chaleurs de l’été ; c’est alors seulement qu’il voit ses greniers crouler sous le poids de ses immenses récoltes.

Mais avant que le soc ouvre le sein d’une terre inconnue, sache quels vents y règnent, quelle est la température du climat, quels sont les procédés de culture consacrés par la tradition ou conseillés par la nature du sol ; sache enfin quelles productions le terrain adopte volontiers ou refuse de donner. Ici les moissons viennent plus heureusement ; là ce sont les vignes ; ailleurs les arbres fruitiers et les herbages croissent et verdissent sans culture. Ainsi tu vois que le Tmole nous envoie son safran, l’Inde son ivoire, la molle Arabie son encens, les Chalybes aux bras nus leur fer, le Pont l’onguent précieux de ses castors, et l’Épire ses cavales qui viennent disputer les palmes d’Olympie. Telles sont les lois éternelles, telle est l’immuable constitution que, dès le principe, la nature imposa pour toujours à chaque climat, alors que Deucalion, pour repeupler le monde désert, jeta ces pierres fécondes d’où naquirent les hommes, race infatigable. À l’œuvre donc ! et que, dès les premiers jours de l’année, tes vigoureux taureaux retournent les terres grasses, et que l’été sec et poudreux pénètre et cuise de ses feux les mottes étendues au soleil. Si, au contraire, le terrain est sec par lui-même, il suffira qu’au lever de l’Arcture le soc l’effleure d’un léger sillon : ainsi dans les terrains gras les herbes parasites n’étoufferont pas les joyeuses moissons ; ainsi le terrain maigre conservera le peu de suc dont il est humecté.

Laisse ensuite se reposer tes champs moissonnés, et que la terre pendant un an se raffermisse ; du moins n’y sème de nouveau le froment qu’au retour de la saison, et après avoir recueilli sur ce terrain une récolte de pois, de vesce légère, de lupins aux frêles chalumeaux, fragile et bruyante forêt de légumes résonnant dans leur cosse tremblante ; mais garde-toi d’y semer l’avoine, le lin et le pavot chargé des vapeurs du Léthé : ils dessèchent, ils brûlent la terre qui les reçoit. Cependant elle peut les supporter de deux années l’une, pourvu que tu ne te refuses pas à réparer par d’abondants engrais ton champ épuisé, et à lui rendre sa première vigueur en le couvrant des sels vivifiants de la cendre. Ainsi se reposent les champs par le seul changement de productions, et pendant ce temps-là la terre restée sans culture ne reste pas toutefois sans utilité.

Souvent il est bon de mettre le feu à un champ stérile et de livrer le chaume léger aux flammes pétillantes : soit que la terre reçoive de cet embrasement une énergie secrète et de nouveaux aliments ; soit que le feu la purge de ses principes pernicieux, et la débarrasse d’une surabondance d’humidité ; soit que la chaleur élargisse ou multiplie les conduits souterrains par où la sève nourricière monte dans les tiges naissantes ; soit enfin que l’action du feu raffermisse et condense le sol, resserre ses pores trop dilatés, et qu’il en ferme ainsi l’entrée aux pluies fines, au soleil dévorant, au souffle desséchant de Borée.

Il n’aura pas travaillé en vain pour ses champs, le laboureur qui, le râteau à la main, brise les mottes inertes, et qui y promène la claie d’osier. La blonde Cérès le regarde et lui sourit du haut de l’Olympe. Elle ne voit pas d’un œil moins favorable celui qui croise par de nouveaux sillons les sillons déjà tracés, abat les rayons trop exhaussés, tourmente la terre sans relâche et lui commande en maître.

Laboureurs, demandez au ciel des solstices d’été pluvieux et des hivers sereins. C’est surtout un hiver sec et poudreux qui fait la joie des champs et donne de riants guérets. La Mysie est moins fière de ses récoltes, et le Gargare même s’admire moins dans ses brillantes moissons. Que dirai-je de celui qui, après avoir semé, parcourt ses sillons et rabat sur la semence la glèbe écrasée ; qui y amène ensuite l’eau de quelque source voisine qu’il partage en petits ruisseaux ? Et quand le soleil embrase les campagnes, que l’herbe sèche et meurt, voilà que des hauteurs sourcilleuses du mont il fait descendre une onde salutaire qui, tombant de roc en roc avec un doux murmure, porte la fraîcheur et la vie dans ses champs desséchés. Parlerai-je aussi de celui qui, pour empêcher que la tige ne s’affaisse sous le poids de l’épi, livre à la dent de ses troupeaux ce vain luxe d’herbe, lorsqu’à peine la pousse naissante commence à sortir du sillon ? de celui qui fait écouler l’eau dormante dont sa terre est noyée, surtout dans les mois pluvieux, quand les fleuves débordés couvrent au loin les campagnes d’un noir limon et y forment des bas-fonds où l’eau s’échauffe en croupissant, et d’où s’exhalent de fétides vapeurs ?

Et cependant, malgré ces soins assidus du laboureur, malgré le labeur patient des bœufs qui l’aident à remuer la terre, on n’est point à l’abri de l’oie vorace, de la grue du Strymon, des herbes aux racines amères et envahissantes, de l’ombre funeste des bois. Jupiter lui même n’a pas voulu que la culture des champs fût exempte de peines : le premier il en fit un art difficile, y excitant les mortels par l’aiguillon du besoin, et ne souffrant pas que son empire s’endormît dans une lâche indolence.

Avant Jupiter le labourage même était inconnu ; il n’était pas permis de faire le partage des champs, d’en marquer les limites. C’était l’héritage commun, et la terre, sans être sollicitée, donnait libéralement tous ses biens. Jupiter empoisonna d’un venin mortel la dent des noires vipères ; il donna aux loups l’instinct de la rapine ; il voulut que la mer soulevât ses ondes irritées, que l’arbre cessât de distiller le miel ; il nous ravit l’usage du feu, et il arrêta dans leur cours les ruisseaux de vin qui coulaient dans les plaines, afin que sous l’aiguillon des besoins, l’homme, marchant d’essais en essais et découvrant peu à peu les arts utiles, fît sortir du sillon la tige de blé et jaillir du caillou le feu recelé dans ses veines. Alors, pour la première fois, les fleuves sentirent sur leurs ondes le tronc de l’aune creusé en canot ; alors le nautonnier compta les étoiles, leur donna des noms, et distingua dans le ciel les Pléiades, les Hyades et l’Ourse brillante, fille de Lycaon ; alors le chasseur tendit des pièges aux bêtes sauvages ; la glu trompa l’oiseau ; on cerna de meutes aboyantes les grandes forêts. L’un frappe de sa ligne les eaux profondes ; l’autre promène sur les mers ses filets ruisselants. Le fer se durcit sous le marteau, et bientôt crie la scie aigre et mordante ; car les premiers hommes ne connaissaient que les coins pour fendre le bois. Alors naquirent les arts divers. Un travail opiniâtre et l’industrie aiguillonnée par la dure nécessité triomphent de tous les obstacles.

Cérès la première apprit aux hommes à ouvrir la terre avec le fer, lorsque les fruits des arbres et le gland des forêts sacrées commencèrent à manquer, et que Dodone même refusa aux mortels leur facile nourriture. Bientôt le blé coûta de nouvelles peines : la nielle attaque et ronge l’épi ; l’inutile chardon hérisse les guérêts ; les moissons périssent, étouffées sous une forêt de plantes épineuses, et la funeste ivraie et l’avoine stérile dominent au loin les riantes cultures. Si, le râteau à la main, tu ne tourmentes pas incessamment la terre ; si tu ne chasses pas à force de bruit les oiseaux avides ; si tu n’arrêtes avec la faux l’essor des arbres qui jettent leur ombre sur tes champs ; enfin, si tes vœux assidus n’obtiennent pas des pluies favorables, c’est vainement, hélas ! que tu contempleras chez ton voisin les trésors entassés de Cérès, et tu te verras réduit, pour apaiser ta faim, à secouer les chênes de la forêt.

Je dois parler maintenant des instruments nécessaires au robuste laboureur, et sans lesquels il ne peut ni ensemencer les terres ni faire lever le grain. C’est d’abord la charrue, faite du chêne le plus dur et armée d’un soc tranchant ; puis les chariots lents et tardifs de la déesse d’Éleusis, les madriers roulants, les herses, les pesants râteaux ; ensuite le modeste attirail des ouvrages d’osier ou d’écorce d’arbre inventés par Célée, et les claies tissues de branches d’arbousier, et le van mystérieux consacré à Bacchus, toutes choses dont il faut être pourvu longtemps à l’avance, si tu aspires à quelque gloire dans l’art divin de l’agriculture.

On choisit d’abord dans la forêt un jeune orme qu’on ploie à force de bras pour lui donner la forme et la courbure d’une charrue. On y adapte ensuite un timon, qui s’étend de huit pieds en avant ; enfin on l’arme d’un soc accompagné de deux orillons. On a d’avance coupé et le tilleul et le hêtre, bois légers et propres à faire, l’un, le joug, et l’autre le manche qui dirigera à ton gré l’arrière-train de l’attelage. Que ces bois soient suspendus à ton foyer et qu’ils s’y durcissent à la fumée avant d’être mis en œuvre.

Je puis te rappeler encore plusieurs pratiques recommandées par les anciens, si tu ne t’ennuies pas à ces leçons et si tu ne dédaignes pas d’entrer avec moi dans ce menu détail de soins champêtres.

Un des premiers est d’aplanir sous un pesant cylindre l’aire où tu dois battre ton blé ; d’en pétrir la terre avec les mains, et d’en faire un massif solide avec un ciment tenace, de peur que l’herbe n’y perce ou qu’il ne s’y forme des crevasses par la force de la sécheresse. Alors que d’ennemis malfaisants se joueraient de toi ! Souvent une méchante petite souris pratique son trou sous ton aire et y établit ses magasins, ou bien c’est la taupe aveugle qui y creuse sa demeure souterraine Le crapaud et tous ces monstres obscurs que la terre enfante s’y ménagent des retraites, et d’énormes monceaux de blé sont dévorés par le charançon, ou dévastés par la fourmi, qui craint pour ses vieux jours la famine et l’indigence.

Observe l’amandier dans les forêts, quand il commence à se couvrir de fleurs et que ses rameaux odorants penchent vers la terre. S’il abonde en fruits, l’été venu, de grandes chaleurs mûriront d’abondantes moissons ; mais si l’arbre n’étale que le luxe stérile d’un feuillage épais, le fléau ne battra sur ton aire qu’une vaine moisson de paille.

J’ai vu beaucoup de laboureurs ne semer leurs légumes qu’après en avoir préparé la semence en l’arrosant d’eau nitrée et de marc d’huile d’olive, afin que, dans leur cosse souvent trompeuse, les grains devinssent plus gros ; mais quelque soin qu’on prît d’accélérer, par une chaleur sage et modérée, la germination de ces semences, j’ai observé que même les mieux choisies et les mieux préparées dégénéraient à la longue, si chaque année un nouveau choix ne mettait à part ce qu’il y avait de plus beau grain. Telle est la loi du destin : tout décroît et s’altère, tout se précipite vers son déclin. Ainsi le nautonnier, luttant de toute la force de ses rames, remonte le courant d’un fleuve ; mais que ses bras lassés s’arrêtent un moment, l’onde aussitôt le maîtrise et l’entraîne avec rapidité.

Il faut aussi que le laboureur observe les étoiles de l’Arcture, et le lever des Chevreaux et le Dragon étincelant, avec le même soin que font les matelots lorsque, retournant dans leur patrie à travers les mers orageuses, ils entrent dans les eaux de l’Hellespont ou du détroit d’Abydos, abondant en coquillages.

Dès que la Balance égale les heures du jour aux heures de la nuit et dispense au monde une égale part d’ombre et de lumière, exercez vos taureaux, ô laboureurs, et semez l’orge dans vos champs, jusqu’au temps des pluies qui précèdent le redoutablehiver. C’est aussi le moment de semer le lin et le pavot de Cérès. Hâtez-vous donc, et, courbés sur la charrue, ouvrez la terre sèche encore, tandis que les nuages menaçants sont suspendus sur vos têtes.

La fève se sème au printemps ; alors aussi les sillons reçoivent le trèfle de la Médie, et le millet, qui tous les ans redemande nos soins, quand le Taureau ouvre de ses cornes dorées la marche de l’année, et que Sirius se retire et s’efface devant la lumière de l’astre qui le suit.

Mais si tu ne prépares la terre que pour le froment et les grains qui portent des épis, ne répands sur les sillons la semence qu’ils attendent que quand tu verras les Pléiades, filles d’Atlas, se cacher le matin sous l’horizon, et la brillante couronne d’Ariadne se dégager des feux du soleil. Jusque-là ne force pas la terre à recevoir la plus douce espérance de l’année. Plusieurs, il est vrai, ont commencé avant le coucher de Maïa, mais la moisson n’a donné à leur attente que des épis vides. Si tu sèmes et la vesce et les viles faséoles, si tu ne juges pas la lentille de Péluse indigne de tes soins, le coucher de Bootès t’indique le moment précis des semailles. Commence donc alors, et continue de semer jusqu’au milieu de l’hiver.

C’est pour régler nos travaux dans les champs, que l’astre aux rayons d’or partage, entre les douze constellations, le cercle qu’il parcourt dans le ciel. Cinq zones embrassent le vaste contour de l’Olympe : l’une, route flamboyante du soleil, est toujours brûlée de ses feux ; deux autres, à une égale distance de la première et tournant à sa droite et à sa gauche, s’étendent jusqu’aux pôles du monde. C’est le triste séjour des glaces éternelles et des noirs frimats. Entre ces deux dernières et celle du milieu, sont les deux espaces accordés par la bonté des dieux aux malheureux mortels, et de l’une à l’autre de ces zones favorisées, court la route oblique que suit le soleil à travers les signes du zodiaque. Le globe, qui s’élève du côté de la Scythie et des monts Riphées, s’abaisse et redescend du côté de la brûlante Libye. Pour nous, l’un des pôles est le point culminant de notre horizon ; l’autre est sous nos pieds et ne voit que le Styx profond et les pâles ombres des enfers. C’est à notre pôle que brille</poem> l’énorme Dragon, serpentant à longs plis dans le ciel, ainsi qu’un fleuve immense, et embrassant en ses vastes détours les deux Ourses, qui craignent de toucher les flots de l’Océan. Vers le pôle opposé règnent, dit-on, un éternel silence et d’éternelles ténèbres que redouble encore l’ombre de la nuit. Peut-être aussi l’Aurore, en nous quittant, va-t-elle y porter le jour, et quand l’haleine enflammée des coursiers du soleil a commencé à souffler sur nous, là-bas peut-être Vesper au front vermeil rallume-t-il son flambeau.

Cette connaissance des astres nous apprend à lire dans un ciel douteux ; par elle nous savons dans quel temps on doit semer et récolter ; quand on peut fendre avec la rame le sein des mers trompeuses, armer et lancer les flottes ; quand est arrivé le moment d’abattre le sapin dans les forêts. Ce n’est donc pas en vain que nous observons le lever et le coucher des astres, et le cours de l’année, que se partagent les quatre saisons, égales en durée et diverses de température.

S’il survient des pluies froides qui retiennent le laboureur dans sa maison, il peut s’occuper à loisir de divers ouvrages qu’il serait bientôt obligé de faire à la hâte dans une saison plus douce : qu’il affile sous le marteau le soc émoussé de sa charrue, qu’il creuse en nacelle des troncs d’arbres, marque ses troupeaux et mesure ses grains. D’autres aiguiseront des pieux et des fourches à double dent, ou prépareront le saule d’Amérie pour lier la vigne naissante. Tressez en corbeille les baguettes flexibles de l’osier ; faites griller le blé et broyez-le entre les meules. Il est même, pour les jours de fête certaines occupations que n’interdisent ni la religion ni les lois : on peut, sans offenser les dieux, conduire l’eau dans les prés, entourer ses moissons d’un rempart d’épines, tendre des pièges aux oiseaux, livrer aux flammes les ronces d’un champ, et laver les brebis dans une eau salutaire. Bien souvent, ces jours-là, hâtant le pas tardif de son âne, qu’il a chargé d’huile et de menus fruits des champs, le villageois le conduit à la ville et en rapporte une meule ou sa provision de poix-résine.

La Lune amène aussi, dans son cours inégal, des jours favorables ou contraires à certains travaux. Redoute le cinquième : il a vu naître le pâle Orcus et les Euménides ; il a vu la Terre, par un enfantement abominable, faire sortir de ses flancs Cée et Japet, et le farouche Typhée, tous ces frères géants conjurés contre le ciel. Trois fois leur audace s’efforça de mettre l’Ossa sur le Pélion, et de rouler l’Olympe avec ses forêts sur l’Ossa : trois fois la foudre du père des dieux renversa ces monts entassés. Le septième jour est, après le dixième, le plus heureux pour planter la vigne, pour soumettre au joug les jeunes taureaux, pour commencer à ourdir la toile. Le neuvième est propice à qui veut voyager, et funeste aux voleurs. Il est aussi des ouvrages que favorise la fraîcheur des nuits ou la rosée que l’étoile du matin répand sur la terre aux premiers rayons du soleil. C’est la nuit que les chaumes légers tombent plus facilement sous la faucille ; c’est la nuit qu’il est à propos de faucher les prés, trop souvent privés d’eau : l’humidité de la nuit les pénètre et les ramollit.

Plusieurs, dans les soirées d’hiver, veillant h la lueur d’une lampe, s’arment d’un fer tranchant et taillent le bois résineux en forme de torches. Cependant leur compagne charme par son chant les longues heures du travail, et fait courir entre les fils de la toile la navette retentissante, ou bouillir dans une chaudière d’airain le vin doux, dont elle enlève l’écume avec un vert rameau.

C’est au fort de la chaleur qu’il faut couper les moissons dorées ; c’est sous les ardeurs du milieu du jour que le fléau dépouille bien les épis brûlants. Laboure et sème tandis qu’un vêtement léger suffit à tes épaules : l’hiver engourdit les bras des laboureurs et les force au repos. C’est dans la saison froide qu’ils jouissent de ce qu’ils ont amassé pendant l’été, et qu’ils se convient les uns les autres à de gais repas. L’hiver leur inspire la joie, les invite au plaisir et chasse de leurs cœurs les soucis inquiets. Ainsi, quand les navires chargés de richesses arrivent enfin au port désiré, les joyeux matelots couronnent de fleurs leurs poupes triomphantes. Cependant l’hiver a ses travaux aussi : quand une neige épaisse couvre la terre et que les fleuves charrient des glaçons, c’est le temps de cueillir le gland dans les bois, les graines du laurier, et l’olive et le fruit ensanglanté du myrte : alors il faut tendre des pièges aux grues, des filets aux cerfs, suivre à la trace le lièvre aux longues oreilles, et frapper le daim léger en faisant tourner la fronde meurtrière des îles Baléares.

Dirai-je les tempêtes qu’amènent les constellations orageuses de l’automne ? et quels soins doivent occuper le laboureur quand les jours deviennent plus courts et les chaleurs moins vives, ou quand le printemps pluvieux s’avance, que les jaunes épis hérissent les guérêts, et qu’un suc laiteux gonfle déjà le grain dans sa verte enveloppe ? Souvent, au moment où le laboureur livrait à la faucille des moissonneurs les jaunes épis de ses champs, quand déjà tombait sous le fer leur frêle chalumeau, j’ai vu les vents déchaînés s’entrechoquer en d’horribles combats, déraciner au loin les riches moissons, enlever dans les airs l’épi chargé de grains, et emporter dans de noirs tourbillons le chaume léger et la paille voltigeante. Souvent aussi j’ai vu s’amonceler dans le ciel d’affreux nuages couvant dans leurs flancs ténébreux la tempête et les pluies accumulées. Tout à coup l’éther se fond en eaux, noie de ses torrents les moissons riantes, doux fruits des longs travaux de l’homme et de ses bœufs. Les fossés sont remplis, les fleuves au lit profond débordentavec fracas, et la mer en fureur bouillonne dans ses abîmes. Du sein de la nue ténébreuse le bras étincelant du maître des dieux fait retentir la foudre : la terre tremble au loin ébranlée ; les animaux ont pris la fuite, et les cœurs des mortels s’humilient dans une sainte épouvante. Cependant le dieu frappe d’un trait enflammé ou l’Athos ou le Rhodope, ou les monts Cérauniens. La fureur des vents redouble ; la pluie tombe à torrents ; les forêts mugissent, et la rive au loin gémit.

Appréhende le retour de tels désastres ; observe le cours des mois et les signes du ciel qui les amènent. Sache de quel côté se retire la froide étoile de Saturne, et dans quels cercles tournent les feux errants de Mercure.

Surtout honore les dieux, et, chaque année, quand l’hiver touche à son déclin, et que déjà le printemps a de beaux jours, offre à Cérès, sur le riant gazon, des sacrifices solennels. Alors les agneaux sont gras, les vins sont moins rudes ; alors les coteaux, parés d’un ombrage plus épais, invitent à un doux sommeil. Que toute la jeunesse champêtre se joigne à toi pour adorer Cérès : fais-lui toi —même, avec du miel, du lait, du vin pur délayés ensemble, les libations qu’elle aime ; que la victime, sur qui reposent tant, d’espérances, soit promenée trois fois autour de la moisson nouvelle ; que tes compagnons, formant un chœur, la suivent en triomphe ; que vos vœux appellent à grands cris Cérès dans vos demeures ; que personne enfin ne mette la faucille dans les blés mûrs avant que, le front ceint d’un rameau de chêne, il n’ait, d’un pied rustique et sans art, dansé pour Cérès, et chanté des vers en son honneur.

Afin que les hommes pussent prévoir avec certitude et les chaleurs, et les pluies, et les vents précurseurs du froid, le père des dieux lui-même a déterminé d’avance ce que nous annoncerait la Lune, qui renaît tous les mois ; sous quel signe cesseraient de souffler les vents du midi, et quel présage souvent observé avertirait le laboureur de tenir les troupeaux plus près des étables.

Et d’abord, dès que les vents commencent à s’élever, la mer émue s’agite, enfle ses vagues ; des cris stridents s’entendent au haut des montagnes ; de longs mugissements courent au loin sur les rivages troublés, et les bruits redoublent dans les forêts murmurantes. L’onde n’épargne qu’à peine les flancs creux du navire, quand les plongeons, abandonnant la pleine mer, poussent de grands cris et cherchent le rivage ; quand les foulques marines, sortant de l’eau, s’ébattent sur le sable, et que le héron quitte ses marais et s’élance au-dessus des nues.

Souvent aussi, aux approches de la tempête, tu verras des étoiles, se détachant de la voûte céleste, sillonner les ombres de la nuit d’une longue traînée de lumière ; tu verras voltiger la paille légère et la feuille tombée de l’arbre, et des plumes nager en tournoyant à la surface de l’eau.

Mais si des éclairs partent du côté du nord orageux ; si la foudre gronde vers les régions d’Eurus et de Zéphyre, les torrents de pluie inondent les campagnes, et, sur les mers, le matelot se hâte de ployer ses voiles humides. Jamais l’orage ne surprit les moins attentifs : la grue, à son approche, s’élève du fond des vallées et s’enfuit ; la génisse, levant la tête et regardant le ciel, ouvre au souffle des airs ses larges naseaux ; l’hirondelle à la voix perçante vole sur les bords du lac, et la grenouille, dans la vase de ses marais, coasse sa plainte éternelle. Souventla fourmi, cheminant par d’étroits sentiers, emporte ses œufs et abandonne sa demeure souterraine ; l’arc-en-ciel plonge dans les eaux dont il s’abreuve, et de noires légions de corbeaux, revenant de la pâture, font retentir les airs du battement de leurs ailes. Tu verras aussi tous les divers oiseaux des mers, et ceux qui paissent dans les prairies du Caystre, sur les bords délicieux du lac Asia, tantôt humecter leur plumage d’abondantes rosées, tantôt offrir leur tête au flot écumant, tantôt s’élancer vers les ondes, et, tressaillant dans l’attente de l’orage, ne pouvoir contenter à leur gré leur désir de se baigner. Cependant la sinistre corneille appelle aussi la pluie à grands cris et se promène, seule et recueillie, sur le sable de la grève ; enfin les jeunes filles elles-mêmes, filant à la lueur de la lampe nocturne, savent présager la tempête, quand, autour de la mèche en feu qui pétille, elles voient se former de noirs flocons de mousse consumée.

Il ne te sera pas moins facile, durant la pluie, de prévoir, par des signes certains, le retour du soleil et des jours sereins : ils s’annoncent par l’éclat vif et brillant des étoiles et par celui de la Lune, qui semble alors ne plus emprunter à son frère la pureté de ses feux étincelants. On ne voit plus flotter dans les airs, pareilles à de légers flocons de neige, les nuées transparentes. Les alcyons, si chers à Thétis, n’étalent plus leurs ailes au soleil sur le rivage, et le porc immonde cesse d’éparpiller la paille qu’on délie devant lui. Les nuées s’abaissent insensiblement et retombent sur les plaines ; et la chouette, sur le faîte des toits, où elle attend le coucher du soleil, ne traîne plus son lugubre chant du soir Soudain Nisus plane au haut des airs transparents, et Scylla va recevoir sa peine pour avoir ravi à sa tête le cheveu fatal. De quelque côté qu’elle fuie, en fendant de ses ailes l’éther léger, l’implacable Nisus la poursuit d’un vol bruyant et rapide ; et de quelque côté que Nisus dirige son vol, Scylla, plus prompte, s’échappe et fend de ses ailes l’éther léger. Alors les corbeaux poussent trois ou quatre fois des cris moins rauques, et dans leur demeure élevée, ressentant je ne sais quelle volupté secrète et inaccoutumée, ils s’ébattent entre eux sous la feuillée, joyeux sans doute de retrouver, après l’orage, leur jeune famille et le nid si doux à leur amour. Je suis loin de penser assurément que la faveur des dieux ait mis en eux quelque étincelle de l’esprit prophétique, ou qu’une loi du destin leur ait donné une intelligence supérieure à leur nature ; mais quand les mobiles vapeurs dont l’air est chargé, prenant un autre cours, tour à tour se condensent ou se dilatent sous l’haleine changeante des vents, les êtres animés subissent ces influences diverses, et leurs sensibles organes reçoivent tantôt une impression, tantôt une autre. De là ce concert des oiseaux dans les champs ; de là l’allégresse des troupeaux dans les prairies et ces cris de joie que font entendre les corbeaux.

Si tu observes attentivement la marche du soleil et les phases successives de la lune, jamais tu ne seras trompé sur le temps du lendemain ; jamais tu ne te laisseras prendre à l’apparence insidieuse d’une nuit sereine. Lorsque la lune rassemble de nouveau ses feux renaissants, si tu vois les pointes de son croissant s’assombrir et se perdre dans l’épaisseur des nuages qu’elle embrasse, alors de grandes pluies menacent les laboureurs et les matelots. Mais si le pourpre rougit son front virginal, crains le vent : le pâle front de Phébé rougit toujours au souffle du vent. Si, parvenue à son quatrième jour (et ce présage est certain), elle promène dans le ciel une lumière pure, un arc rayonnant et nettement formé, ce jour-là et tous ceux qui le suivront, jusqu’à la fin du mois, seront exempts de vent et de pluie ; et les nautonniers, sauvés de la tempête, acquitteront sur le rivage les vœux qu’ils auront faits à Glaucus, à Panopée et à Mélicerte, fils d’Ino.

Le soleil, et lorsqu’il se lève et lorsqu’il se replonge au sein de l’onde, te donne aussi des présages, et les présages que donne le soleil ne sont jamais douteux, ni à son lever ni au retour des astres de la nuit. Si donc, au moment où il se lève, il montre son disque naissant semé de taches et à moitié caché derrière un nuage, crains la pluie : je vois déjà s’élever du côté des mers le Notus funeste à tes arbres, à tes moissons et à tes troupeaux. Lorsque le soleil, le matin, est enveloppé d’épais nuages d’où s’échappent çà et là ses rayons épars et brisés, ou que l’Aurore, en quittant la couche dorée de Tithon, montre un visage pâle et décoloré, hélas ! quelle horrible grêle va se précipiter, serrée et retentissante, sur ton toit, et que le pampre défendra faiblement contre ses coups tes raisins déjà mûrs !

Mais tu dois, plus attentivement encore, observer le soleil à l’heure où, après avoir parcouru sa carrière, il est sur le point de quitter les cieux. Souvent alors il peint son front de mille couleurs changeantes. Les taches d’un sombre azur t’annoncent la pluie ; le pourpre enflammé, le vent ; mais si le rouge et le bleu se mêlent et se confondent, la pluie et les vents réunis feront à l’envi d’affreux ravages. Que personne, en cette nuit horrible, ne me propose de couper le câble qui me retient au rivage et d’aller affronter les périls de la mer. Si, au contraire, en nous ramenant ou en nous retirant le jour, son orbe se montre clair et radieux, les nuages ne te feront que de vaines menaces, et, sous un ciel pur, l’Aquilon seul balancera la cime des forêts. C’est le soleil enfin qui t’apprendra ce que l’étoile du soir te réserve pour le lendemain, quel vent amène les nuées pures et sereines, et quels ravages prépare l’humide Auster. Qui oserait accuser le soleil d’imposture, lui qui nous annonce souvent les complots encore renfermés dans les abîmes des cœurs, les perfidies cachées, et les guerres qui fermentent dans l’ombre ?

Le soleil, quand César cessa de vivre, eut pitié de Rome, et, s’associant à sa douleur, voila son front brillant d’un crêpe lugubre : le siècle impie craignit une nuit éternelle. Dans ces temps malheureux, tout nous donna des avertissements, et la terre, et les mers, et les hurlements des chiens, et les cris importuns des oiseaux funèbres. Combien de fois alors ne vîmes-nous pas l’Etna, rompant ses fournaises, se répandre à gros bouillons dans les champs des Cyclopes, et rouler des tourbillons de flammes et des rocs liquéfiés ? La Germanie entendit le bruit des armes retentir au loin dans le ciel, et les Alpes ressentirent des tremblements jusqu’alors inconnus. Des voix lamentables troublèrent le silence des bois ; des fantômes d’une affreuse pâleur se montrèrent errants dans l’obscurité des nuits ; et, prodige inouï ! les bêtes parlèrent. Les fleuves suspendent leur cours, la terre entr’ouvre ses abîmes ; on voit dans les temples l’ivoire pleurer et l’airain se couvrir de sueur. Le roi des fleuves lui-même, l’Éridan, furieux et franchissant ses rivages, emporte dans ses tourbillons les forêts déracinées, et roule à travers les campagnes les

étables et les troupeaux. Alors les entrailles des victimes n’offraient que des fibres menaçantes ; le sang coula des fontaines, et la nuit les cités retentissaient des tristes hurlements des loups. Jamais la foudre ne tomba plus souvent dans un temps serein ; jamais tant de comètes flamboyantes ne s’allumèrent dans les cieux.

Aussi les plaines de Philippes ont mis deux fois les Romains aux prises avec les Romains ; deux fois les dieux ont vu la Thessalie et les champs de l’Hémus s’engraisser de notre sang. Hélas ! un jour viendra que le laboureur, en traçant des sillons dans ces plaines fatales, rencontrera, sous le soc de sa charrue, des javelots rongés par la rouille, heurtera de ses pesants râteaux des casques vides, et contemplera dans leurs tombeaux découverts les grands ossements de nos pères.

Dieux de la patrie, dieux Indigètes, Romulus, et toi, auguste Vesta, qui veillez sur le Tibre toscan et sur les collines romaines, permettez du moins que ce jeune héros vienne en aide à ce siècle en ruine. Nous avons assez payé de notre sang les parjures de Troie et de la race de Laomédon. Depuis longtemps déjà, d’César, le ciel t’envie à la terre et se plaint que de vains triomphest’arrêtent encore parmi les hommes. Et pourtant quel spectacle pour tes yeux ! Le juste et saufuste partout confondus, la guerre allumée de toutes parts, le crime se multipliant sous toutes les formes, la charrue négligée et sans honneur, les campagnes d’où le laboureur a été arraché, languissant incultes et désolées, et la faux de Cérès convertie en glaive homicide ; tandis que d’un côté l’Euphrate, et, de l’autre, le Danube, se préparent à la guerre ; que les villes, rompant les antiques traités et tout lien de voisinage, s’arment les unes contre les autres, et que Mars remplit l’univers entier de ses fureurs impies. Ainsi quand les quadriges, s’élançant hors des barrières, volent dans l’espace, le conducteur, emporté par les rapides coursiers, en vain se roidit et retient les rênes : le char n’écoute plus ni la voix ni le frein.





Traduction mot-à-mot

ARGUMENT ANALYTIQUE.


Proposition et invocation, vers 1-42. — Du labour et de l’amélioration du sol en le laissant reposer, en changeant de culture, en l’engraissant, en brûlant les chaumes, 43-93. — Rendre la terre meuble en brisant les mottes, en hersant, en labourant une seconde fois en sens oblique ; travaux qui suivent l’ensemencement, 94-124. — De l’âge d’or et du siècle qui le suivit, 125-146. — Cérès apprit la première aux hommes à ouvrir la terre avec le fer. Au prix de combien de soins on délivre les champs des herbes parasites qui les envahissent, et des oiseaux qui les ravagent, 147-159. — Instruments de culture ; signes de la fécondité des terres ; préparation des grains, 160-203. — Des temps propres au labourage et à divers ensemencements, 204-230. — Cours du soleil ; les zones ; les pôles ; utilité des connaissances astronomiques pour l’agriculture, 231-258. — À quelles occupations peut se livrer le laboureur en temps de pluie ; aux jours de fêtes. Travaux pendant le jour, en été ; en hiver, 259-310. — Les tempêtes sont à craindre en automne et au printemps. Pour s’en garantir il faut observer la place que les planètes occupent dans le zodiaque. Se rendre les dieux favorables et surtout Cérès, 311-350. — Pronostics du temps : signes particuliers des vents, de la pluie, du beau temps, 351-423. — Pronostics tirés de la lune ; du soleil, 424-463. — Des prodiges qui précédèrent et suivirent la mort de Jules César, et qui présageaient la guerre civile, 466-497. — Vœux pour César Auguste, 498-514.



LES GÉORGIQUES.

LIVRE I.




Hinc De-ce-moment (maintenant)
incipiam canere je commencerai à chanter
quid faciat segetes lætas, ce-qui fait les moissons heureuses,
quo sidere, Mæcenas, sous quel astre, ô Mécène,
conveniat vertere terram, il convient de retourner la terre,
adjungereque vites ulmis ; et de marier les vignes aux ormes ;
quæ cura sit boum, quel soin doit-être pris des bœufs,
qui cultus quel régime est à suivre
habendo pecori, pour avoir un troupeau,
atque quanta experientia et quelle-grande expérience il faut
apibus parcis. pour élever des abeilles économes.
Vos, o lumina clarissima Vous, ô lumières très-éclatantes
mundi, du monde,
quæ ducitis cœlo qui conduisez dans le ciel
annum labentem, l’année qui-s’écoule,
Liber, et alma Ceres, Bacchus, et bienfaisante Cérès,
si vestro munere si par votre présent (bienfait)
tellus la terre
mutavit glandem Chaoniam a échangé le gland de-Chaonie
arista pingui, pour l’épi gras (gonflé par le grain),
miscuitque et a mêlé
pocula Acheloia les coupes (les boissons) de-l’Achéloüs
uvis inventis ; aux raisins (au vin) découverts ;
et vos, Fauni, et vous, Faunes,
numina praesentia divinités propices
agrestum, des campagnards,
ferte pedem simul, portez le pied (venez) à-la-fois,
Faunique, et Faunes,
puellæque Dryades ; et jeunes-filles Dryades :
cano vestra munera. je chante vos présents.
Tuque, o Neptune, Et toi, ô Neptune,
cui tellus prima pour qui la terre la première (pour la première fois)
percussa magno tridenti, frappée de ton grand trident,
fudit a versé de son sein (a produit)
equum frementera ; le cheval frémissant ;
et cultor nemorum, et toi qui-habites les bois,
cui ter centum juvenci pour qui trois-fois cent jeunes-taureaux
nivei d’une-blancheur-de-neige
tondent dumeta pinguia broutent les taillis gras
Ceæ ; de-Céos ;
ipse, toi-même,
linquens nemus patrium quittant le bois paternel
saltusque Lycasi, et les bosquets du Lycée,
Pan, custos ovium, Pan, gardien des brebis,
si tua Mienalacura ; tibi, si ton Ménale est à souci à toi (chéri de toi),
adsis favens, o Tegeæe ; sois-moi favorable, ô dieu de-Tégée ;
Minervaque, et toi, Minerve,
inventrix oleæ ; inventrice de l’olivier ;
puerque et toi, jeune-homme,
monstrator aratri unci ; auteur de la charrue recourbée ;
et, Silvane, et toi, Silvain,
ferensteneram cupressum qui-portes un tendre cyprès
ab radiée ; détaché de sa racine ;
dique, deæqueomnes, et vous dieux, et déesses tous ensemble,
quibus studium auxquels est le soin
tueri arva, de protéger les champs,
quiquealitis fruges novas et qui nourrissez les fruits nouveaux
non ullo semine, nés sans aucune semence,
quique demittitis coelo et qui faites-tomber du ciel
imbrem satis largum. une pluie suffisamment abondante.
Tuque adeo, Et toi aussi,
quem est incertum lequel il est incertain
quæ concilia deorum quelles réunions des dieux
sint habitura mox ; sont devant posséder bientôt,
velisne, Cæsar, soit-que tu veuilles, César,
invisereurbes, visiter les villes,
euramque terrarum, et que tu préfères le soin des terres,
etmaximusorbis accipiatte et que le très-grand univers reçoive toi
auctorem frugum comme auteur des fruits de la terre
potentemquetempestatum, et maître des saisons,
cingens tempora te ceignant les tempes
myrto materna ; du myrte maternel ;
an venias deus soit-que tu viennes comme dieu
maris immeusi, de la mer immense,
ac nautæ colant et que les matelots honorent
tua numina sola, ta divinité seule,
Thule ultima que Thulé la plus reculée du monde
serviat tibi, soit-soumise à toi,
Tethysque emat te et que Téthys achète toi
generum sibi pour gendre à elle
omnibus undis ; au prix de toutes ses eaux ;
anne addas te soit-que tu ajoutes toi
sidus novum comme astre nouveau
mensibus tardis, aux mois tardifs (longs),
cura sit proediscere que le souci soit d’étudier-auparavant
ventos les vents
et moremvarium coeli, et l’état varié du ciel,
ac cultusque et aussi la manière-de-cultiver
habitusque patrios et les habitudes paternelles (anciennes)
locorum ; des lieux ;
et quid ferat quaequeregio, et ce-que porte (produit) chaque contrée,
et quid quasquerecuset. et ce-que chacune refuse de produire.
Hic segetes, illic uvoe Ici les blés, là les raisins
veniunt felicius ; viennent plus heureusement ;
alibi fétus arborei ailleurs les rejetons des-arbres
atque gramina et les herbes
virescunt injussa. verdoient non-ordonnés (sans culture).
Nonnevides Ne vois-tu pas
ut Tmolus mittit comme le Tmolus envoie
odorescroceos, les odeurs du-safran (le safran odorant),
India ebur, l’Inde l’ivoire,
Sabfeimolles les Sabéens efféminés
tara sua, les encens propres-à-eux,
at Chalybesnudi au-contraire les Chalybes nus
ferrum, envoient le fer,
Pontusquecastorea et le Pont les testicules-de-castor
virosa, à-la-forte-odeur,
Epiros l’Épire
palmas equarum les palmes des cavales (les cavales victorieuses)
Eliadum ? d’Élide (en Élide) ?
Continuo natura Dès-le-commencement la nature
imposuithas leges a imposé ces lois
foederaqueseterna et ces conditions éternelles
locis certis, à des lieux déterminés,
tempore quo primum dans le temps où tout-d’abord
Deucalionjactavit lapides Deucalion jeta des pierres
in orbem vacuum, dans l’univers vide,
unde d’où (desquelles pierres)
hommesnati, les hommes sont nés,
genus durum. race dure.
Ergo âge, extemplo Ainsi allons, aussitôt
a primis mensibus anni dès les premiers mois de l’année
tauri fortes que des taureaux vigoureux
invertant retournent
solum pingue terroe, le sol gras de la terre,
aastasquepulverulenta et que l’été poudreux
coquat solibusmaturis échauffe de ses soleils mûrs (ardents)
glebasjacentes. les glèbes gisantes (exposées à ses rayons).
At, si tellus Mais, si la terre
non fuerit fecunda, n’est pas féconde (grasse),
erit sat suspendere ce sera assez de la suspendre (soulever)
tenui sulco par un mince sillon
sub Arcturum ipsum : à-l’approche-de l’Arcture même :
illic, ne herbæ là, de peur que les herbes
officiant frugibus lætis ; ne nuisent aux moissons riantes ;
hic, ne humor exiguus ici, de peur que l’humidité peu-abondante
deserat arenam sterilem. ne quitte la poussière (le sol friable) stérile.
Idem Toi le même (de même)
patiere novales tonsas tu souffriras les jachères moissonnées
cessare alternis, se-reposer par années alternées,
et campum segnem et le champ oisif
durescere situ ; durcir par le repos ;
aut seres, ou tu sèmeras,
sidere mutato, l’astre étant changé (l’année suivante),
farra flava des blés jaunes
ibi, unde prius sustuleris là, d’où auparavant tu auras récolté
legumen lætum le légume abondant
siliqua quassante, à la cosse branlante,
aut tenues fetus viciæ, ou les minces produits de la vesce,
calamosque fragiles et les tiges fragiles
silvamque sonantem et la forêt bruyante
tristis lupini. du triste lupin.
Seges enim lini Car une moisson de lin
urit campum, brûle le champ,
avenæ urit, une moisson d’avoine le brûle,
papavera les pavots
perfusa somno Lethæo imprégnés du sommeil du-Léthé
urunt. le brûlent.
Sed tamen labor facilis Mais cependant le travail est facile
alternis ; à années alternées ;
tantum ne pudeat seulement qu’il n’en coûte pas au laboureur
saturare fimo pingui de saturer d’un fumier gras
sola arida, le sol aride,
neve ou (et) qu’il ne lui en coûte pas
jactare de jeter
cinerem immundum une cendre malpropre
per agros effetos. dans les champs appauvris.
Sic quoque arva Ainsi aussi les champs
requiescunt se-reposent
fetibus mutatis ; les produits étant changés ;
nec interea et pendant-ce-temps
gratia terræ inaratæ le rapport d’une terre non-labourée
est nulla. n’est pas nul.
Sæpe etiam profuit Souvent encore il a été-utile
incendere agros steriles, de brûler les champs stériles,
atque urere stipulam levem et de consumer le chaume léger
flammis crepitantibus : avec des flammes pétillantes :
sive inde terræ ; soit-que de-là les terres
concipiunt vires occultas tirent des forces secrètes
et pabula pinguia ; et des aliments (sucs) gras ;
sive omne vitium ou-que tout vice
excoquitur illis soit détruit-par-la-chaleur à elles
per ignem, au-moyen du feu,
atque humor inutilis et que l’humeur inutile
exsudat ; sorte-en-suintant ;
seu ille calor relaxat soit-que cette chaleur ouvre
vias plures des routes plus nombreuses
et spiramenta cæca, et des pores cachés,
qua succus veniat par où le suc puisse-venir
in herbas novas ; dans les plantes nouvelles ;
seu durat magis, soit qu’elle durcisse davantage,
et adstringit venas hiantes, et resserre les conduits béants.
ne pluvias tenues, de peur que les pluies fines,
potentiave acrior ou l’influence plus vive
solis rapidi, du soleil rapide,
aut frigus penetrabile ou le froid pénétrant
Boreæ de Borée
adurat. ne brûle les semences.
Qui frangit rastris Celui-qui brise avec le râteau
glebas inertes, les glèbes stériles,
trahitque crates vimineas, et traîne sur le sol des herses d’-osier,
juvat adeo multum arva ; fait-du-bien aussi beaucoup aux champs,
neque flava Ceres et la blonde Cérès
spectat illum nequidquam ne regarde pas lui en-vain
alto Olympo ; du-haut-de l’Olympe ;
et il fait aussi du bien aux champs,
qui perrumpit rursus celui-qui brise-en-les-traversant de-nouveau
aratro avec la charrue
verso in obliquum tournée en sens oblique
terga qua? suscitât les mottes qu’il élève
asquore proscisso, sur le champ fendu (sillonné),
frequensque et fréquent (souvent)
exercet tellurem, travaille la terre,
atque imperat ai-vis. et commande aux champs.
Orate Demandez-avec-prière
solstitia humida des solstices (étés) humides
atque hiemes serenas, et des hivers sereins,
agricolæ; ô laboureurs ;
pulvere hiberno avec la poussière d’-hiver (un hiver sec)
farra lætissima, les blés sont très-abondants,
ager lætus : le champ riant (fertile) :
Mysia se jactat tantum la Mysie ne se vante autant
nullo cultu, d’aucune culture,
et Gargara ipsa et le Gargare lui-même
mirantur suas messes. n’admire pas autant ses moissons.
Quid dicam, Que dirai-je de celui,
qui, semine jacto, qui, la semence étant jetée,
insequitur cominus arva, presse (travaille) aussitôt les champs,
ruitque cumulos et renverse les amas
arenæ male pinguis ; de terre peu grasse ;
deinde inducit satis et ensuite introduit-dans ses blés semés
fluvium un courant-d’eau
rivosque sequentes ? et des ruisseaux qui-suivent ?
Et, quum ager exustus Et, lorsque son champ desséché
æstuat herbis morientibus, est-brûlant dans ses herbes mourantes,
ecce elicit undam voilà qu’il fait-sortir l’eau
supercilio du sourcil (sommet)
tramitis clivosi : d’un chemin en-pente (d’une colline) :
illa cadens celle-ci en tombant
ciet raucum murmur produit un bruyant murmure
per saxa levia, à-travers les rochers polis,
temperatque scatebris et rafraîchit par ses cascades
arva arentia. les champs arides.
Quid, qui, Que dirai-je de celui qui,
ne culmus procumbat de peur que la tige ne tombe
aristis gravidis, sous les épis chargés,
depascit luxuriem segetum fait-brouter la surabondance des blés
in herba tenera, quand ils sont encore en herbe tendre,
quum primum sata aussitôt que les semailles
æquant sulcos ? égalent les sillons (sont à leur niveau) ?
quique deducit et de celui qui fait-écouler
arena bibula du sol imbibé
humorem collectum l’eau amassée
paludis ? d’un étang ?
præsertim surtout
si mensibus incertis si dans les mois incertains
amnis abundans exit, le fleuve regorgeant sort-de son lit,
et tenet late omnia et occupe au-loin toutes les campagnes
limo obducto, de son limon répandu-sur elles,
unde lacunæ cavæ d’où (par suite de quoi) les fossés creux
sudant humore tepido. sont-humides d’une eau tiède.
Nec tamen, Et cependant il n’est pas vrai que,
quum labores quand les travaux
hominumque boumque et des hommes et des bœufs
sint experti hæc ont éprouvé (accompli) ces choses
versando terram, en remuant la terre,
anser improbus, l’oie malfaisante,
gruesque Strymoniæ, et les grues du-Strymon,
et intuba fibris amaris et les chicorées aux fibres amères
officiunt nihil, ne fassent-de-mal en rien,
aut umbra nocet. ou que l’ombre ne nuise pas.
Pater ipse Le père des dieux lui-même
haud voluit viam colendi ne voulut pas la méthode de cultiver
esse facilem, être facile,
primusque movit agros et le premier il fit-remuer les terres
per artem, selon un art,
acuens curis aiguillonnant par les soucis
corda mortalia, les cœurs des-mortels,
nec passus sua regna et ne souffrant pas son royaume
torpere gravi veterno. s’engourdir dans une pesante langueur.
Ante Jovem Avant Jupiter
nulli coloni aucuns cultivateurs
subigebant arva ; ne domptaient (travaillaient) les champs ;
nec erat quidem fas il n’était pas même d’usage
signare aut partiri campum de marquer ou de partager la campagne
limite : par une borne (des bornes) :
quærebant les hommes cherchaient leur nourriture
in medium ; en commun ;
tellusque ipsa et la terre elle-même
ferebat omnia liberius, produisait tout plus libéralement,
nullo poscente. personne ne le lui demandant.
Ille addidit C’est lui qui ajouta (donna)
virus malum un venin nuisible
atris serpentibus, aux noirs serpents,
jussitque lupos prædari, et ordonna les loups piller,
pontumque moveri, et la mer s’agiter,
decùssitque et il fit-tomber-en-les-secouant
mella foliis, le miel des feuilles,
removitque ignem, et retira le feu,
et repressit vina et refoula les vins
currentia passim qui-couraient (coulaient) çà-et-là
rivis : en ruisseaux :
ut usus meditando afin que le besoin en s’essayant
èxtunderet paulatim fît-sortir (trouvât) peu-à-peu
artes varias, les arts divers,
et quæreret sulcis et cherchât par des sillons (en les creusant)
herbam frumenti ; la tige du blé;
ut excuderet afin qu’il fît-jaillir
venis silicis des veines du caillou
ignem abstrusum. le feu caché.
Tunc primum fluvii Alors pour-la-première-fois les fleuves
sensere alnos cavatas ; sentirent les aunes creusés (les barques) ;
tum navita alors le navigateur
fecit numeros et nomina fit (donna) des nombres et des noms
stellis, aux étoiles,
Pleiadas, Hyadas, les Pléiades, les Hyades,
Arctonque claram et l’Ourse brillante
Lycaonis de Lycaon.
Tum inventum Alors il fut imaginé
captare feras laqueis de prendre les bêtes avec des lacs
et fallere visco, et de les tromper avec de la glu,
et circumdare canibus et d’envelopper de chiens
magnos saltus. les grandes forêts.
Atque jam alius Et déjà, un autre
verberat funda frappe du tramail
latum amnem, un large fleuve,
petens alta, cherchant les eaux profondes,
aliusque trahit pelago et un autre traîne sur la mer
lina humida ; ses filets humides ;
tum rigor ferri, alors fut employée la dureté du fer (le fer dur),
atque lamina serræ argutæ : et la lame de la scie aigre :
nam primi car les premiers hommes
scindebant cuneis séparaient avec des coins
lignum fissile ; le bois facile-à-fendre ;
tum venere variæ artes ; alors vinrent les divers arts ;
labor improbus le travail opiniâtre
vicit omnia, vint-à-bout-de tout,
et egestas urgens et le besoin qui-pressait les hommes
in rebus duris. dans une situation rigoureuse.
Ceres prima Cérès la première
instituit mortales apprit aux mortels
vertere terram ferro, à retourner la terre avec le fer,
quum jam silvas sacras lorsque déjà les forêts sacrées
deficerent glandes manquaient de glands
atque arbuta, et d’arbouses,
et Dodona negaret victum. et que Dodone refusait la nourriture.
Mox labor Bientôt le travail
additus et frumentis : fut ajouté aussi aux blés :
ut rubigo mala savoir que la nielle malfaisante
esset culmos, rongeât les chaumes,
carduusque segnis et que le chardon oisif (inutile)
horreret in arvis : se-hérissât(se dressât) dans les champs :
segetes intereunt ; les moissons périssent :
silva aspera subit, une forêt épineuse vient-en-place,
lappæque, tribulique, et les bardanes, et les tribules,
interque culta et au-milieu des champs cultivés
nitentia brillants (qui viennent bien)
lolium infelix l’ivraie inféconde
et avenas steriles et les avoines stériles
dominantur. dominent.
Quod nisi et insectabere Que si et tu ne tourmentes pas
terram la terre
rastris assiduis, avec des râteaux assidus (sans relâche),
et terrebis aves sonitu, et tu n’effrayes pas les oiseaux par le bruit,
et premes falce et tu n’élagues pas avec la serpe
umbras les ombrages (les arbres)

ruris opaci,
vocaverisque imbrem votis,
heu ! spectabis frustra
magnum acervum alterius,
solabereque famem
in silvis
quercu concussa.

Dicendum et
quæ arma sint
agrestibus duris,
sine quis messes
nec potuere seri,
nec surgere :
vomis,
et primum robur grave
aratri inflexi,
plaustraque
matris Eleusinæ,
volventia tarda,
tribulaque,
traheæque,
et rastri pondere iniquo ;
præterea
supellex virgea vilisque
Celei,
crates arbuteæ,
et vannus mystica Iacchi :
omnia quæ memor
repones provisa
multo ante,
si digna gloria ruris divini
manet te.

Continuo in silvis
ulmus flexa magna vi
domatur in burim,
et accipit formam
aratri curvi.
Huic aptantur
a stirpe temo
protentus in octo pedes,
binæ aures,
dentalia duplici dorso.
Et tilia levis
cæditur ante jugo,
fagusque alta,
stivaque’,
quæ a tergo torqueat

de ton champ trop ombragé,
et tu n’appelles pas la pluie de tes voeux,
hélas ! tu contempleras en-vain
l’immense monceau d’un autre,
et tu consoleras (apaiseras) ta faim
dans les forêts
avec le chêne secoué (avec des glands).

Il faut dire aussi
quels instruments doivent-être
aux laboureurs robustes,
sans lesquels les moissons,
et n’ont pu (ne peuvent) être semées,
et ne peuvent croître :
le soc,
et d’abord le rouvre lourd
de la charrue courbée,
et les chariots
de la mère (déesse) d’-Éleusis,
qui roulent lents (lentement),
et les herses à roues,
et les herses sans roues,
et les râteaux d’un poids excessif;
en-outre
l’attirail d’-osier et peu-coûteux
de Célée,
les claies d’-arbousier,
et le van mystique d’Iacchus :
toutes choses que te-souvenant (prévoyant)
tu mettras-de-côté amassées-par-avance
beaucoup (longtemps) avant de t’en servir,
si une digne gloire de la campagne divine
attend (est réservée à) toi.

Et-d’abord dans les forêts
un ormeau ployé avec une grande force
est dompté (courbé) en manche,
et reçoit la forme
d’une charrue courbe.
À cet ormeau s’adaptent
du-côté-de la racine une flèche
prolongée jusqu’à huit pieds,
deux orillons,
des dents à double dos (aux deux côtés).
Un tilleul léger aussi
est coupé auparavant pour faire le joug,
et un hêtre élevé,
et un mancheron,
qui de derrière fasse-tourner (gouverne)

imos currus ;
et fumus explorat robora
suspensa focis.

Possum referre tibi
multa prascepta veterum,
ni refugis,
pigetque cognoscere
curas tenues.

Cum primis
area æquanda
ingenti cylindro,
et vertenda manu,
et solidanda creta tenaci,
ne herbæ subeant,
neu victa
fatiscat
pulvere;
tum variæ pestes
illudant :
sæpe exiguus mus
posuitque domos sub terris
atque fecit horrea ;
aut talpæ capti oculis
fodere cubilia;
bufoque inventus cavis ,
et monstra quæ terræ
ferunt plurima;
curculioque,
atque formica
metuens senectæ inopi
populat
ingentem acervum farris.

Contemplator item
quum silvis
nux se induet plurima
in florem,
et curvabit ramos olentes.
Si fetus superant,
frumenta sequentur
pariter,
magnaque tritura veniet
cum magno calore;
at si umbra exuberat
luxuria foliorum,
nequidquam area teret
culmos
pingues palea.

le-bas du char (la charrue mise sur des roues);
et la fumée éprouve les bois
suspendus au foyer.

Je puis rapporter à toi
beaucoup-depréceptes des anciens,
si tu ne t’y-refuses pas,
et s’il ne t’ennuie pas d’apprendre
ces soins minutieux.

Avec (parmi) les premières choses
une aire est à-aplanir
avec un grand cylindre,
et à-retourner avec la main,
et à-affermir avec de la craie tenace,
de peur que des herbes n’y poussent,
ou (et) de peur que vaincue (affaissée)
elle ne s’entr’ouvre
par la poussière (changée en poussière);
alors divers fléaux
se joueraient de ton travail
souvent la mince souris
et a établi sa demeure sous la terre
et y a fait son grenier;
ou les taupes prises par les yeux (aveugles)
y ont creusé leur lit ;
et le crapaud a été trouvé dans des trous ,
et tous les monstres que les terres
portent en-très-grand-nombre;
et le charançon,
et la fourmi
qui-craint pour sa vieillesse indigente
dévastent
un grand monceau de blé.

Observe également
lorsque dans les forêts
l’amandier se vêtira le plus
en (de) fleur,
et courbera ses rameaux odorants.
Si ses fruits sont-abondants,
les blés suivront
pareillement,
et un grand battage viendra
avec une grande chaleur;
mais si l’ombre est-excessive
par le luxe des feuilles,
en-vain l’aire broiera (battra)
les chaumes
gros (bien fournis) de paille, non de grains.


Vidi equidem multos
medicare semina
serentes,
et perfundere prius
nitro et amurca nigra,
ut fetus esset grandior
siliquis fallacibus,
et maderent
properata,
quamvis exiguo igni.
Vidi lecta diu,
et spectata
multo labore,
degenerare tamen,
ni vis humana
legeret manu quotannis
quoeque maxima.
Sic fatis omnia
ruere in pejus,
et sublapsa
referri retro.
Non aliter quam qui
subigit vix lembum
remigiis
flumine adverso,
si forte remisit brachia,
atque alveus
rapit illum in præceps
amni prono.

Præterea
sidera Arcturi,
diesque Hædorum,
et Anguis lucidus,
sunt tam servandi nobis,
quam quibus,
vectis in patriam
per æquora
ventosa,
Pontus et fauces Abydi
ostriferi
tentantur.

Ubi Libra fecerit pares
horas die
somnique,
et dividit jam
orbem medium
luci atque umbris,


J’en ai vu assurément beaucoup
préparer les semences
en semant,
et les arroser auparavant
de nitre et de marc-d’huile noir,
afin que le fruit (le grain) fût plus gros
dans des cosses trompeuses,
et qu’elles s’amollissent (cuisissent)
hâtées (plus vite),
quoiqu’avec un petit feu.
J’en ai vu choisies depuis longtemps,
et éprouvées
avec beaucoup-de travail (de peine),
dégénérer cependant,
si la force humaine (l’homme)
ne choisissait de sa main chaque-année
chacunes (toutes) les plus grandes.
Ainsi par les destins toutes choses
ont coutume de tomber en pis,
et reculant-peu-à-peu (se dégradant)
d’être reportées en-arrière.
Non autrement que celui-qui
fait-avancer avec-peine sa barque
par les rames
le fleuve étant contraire (contre le courant),
si par-hasard il a relâché ses bras ,
et que le lit du fleuve
entraîne lui en pente (à la dérive)
par son courant qui-descend (rapide).

En-outre
les astres de l’Ourse,
et les jours des Chevreaux,
et le Dragon éclatant,
sont autant à-observer à nous,
qu’à ceux par lesquels,
étant portés vers leur patrie
à-travers les plaines liquides
exposées-aux-vents,
le Pont et le détroit d’Abydos
qui-produit-des-huîtres
sont essayés (affrontés).

Dès que la Balance aura fait égales
les heures du jour
et du sommeil (de la nuit),
et qu’elle partage déjà
l’orbe (le ciel) par-moitié
pour (entre) la lumière et les ténèbres

viri,
exercete tauros ;
serite hordea campis,
usque sub imbrem
extremum
brumæ intractabilis ;
nec non tempus
tegere humo
et segetem lini,
et papaver Cereale,
et incumbere jamdudum
aratris,
dum licet
tellure sicca,
dum nubila
pendent.

Vere satio
fabis ;
tum sulci putres
accipiunt te quoque,
Medica,
et cura annua venit milio,
quum Taurus candidus
aperit annum
cornibus auratis,
et Canis cedens
astro adverso
occidit.

At si exercebis humum
in messem triticeam
farraque robusta,
instabisque
aristis solis,
Atlantides Eoæ
abscondantur tibi,
stellaque Gnosia
Coronæ ardentis
decedat,
ante quam committas sulcis
semina debita,
quamque properes
credere terræ invitæ
spem anni.
Multi cœpere
ante occasum Maiæ ;
sed seges exspectata
elusit illos aristis vanis.

hommes,
exercez (faites travailler) les bœufs ;
semez des orges dans vos champs,
jusqu’au-moment-de la pluie
dernière (qui vient à la fin de l’année)
du solstice-d’hiver intraitable (rigoureux) ;
et aussi il est temps
de couvrir de terre
et la graine du lin,
et le pavot de-Cérès,
et de peser au-plus-tôt
sur la charrue,
tandis qu’il est-possible de le faire
avec une terre sèche,
tandis que les nuages
sont-encore-suspendus.

Au printemps est le-temps des-semailles
pour les fèves ;
alors les sillons friables
reçoivent toi aussi,
plante de-Médie (luzerne),
et le soin annuel vient pour le millet,
lorsque le Taureau éclatant
ouvre l’année
de ses cornes dorées,
et que le Chien se-retirant
avec son astre opposé au Taureau
tombe (se couche).

Mais si tu travailles la terre
pour avoir une moisson de-froment
et des blés forts (de belle venue),
et que tu poursuives (veuilles)
des épis seuls,
que les Atlantides (les Pléiades) du-matin
se-cachent (se couchent) pour toi,
et que l’étoile de-Gnose (Crétoise)
de la Couronne ardente
se-retire-de l’horizon,
avant que tu livres aux sillons
les semences dues,
et que tu te-hâtes
de confier à la terre contre-son-gré
l’espérance de l’année.
Beaucoup ont commencé
avant le coucher de Maïa ;
mais la moisson attendue
a joué eux par ses épis vides.


Si vero seres
viciamque
vilemquefaselum,
nec aspernabere curam
lentis Pelusiacæ,
Bootescadens
mittet tibi signa
haud obscura.
Incipe,
et extende sementem
ad medias pruinas.

Idcirco Sol aureus
regit
per duodena astra mundi
orbem dimensum
partibus certis.
Quinque Zonæ
tenent coelum,
quarum una semper rubens
sole corusco,
et semper torrida ab igni ;
circum quam
dextra lævaque
extremæ trahuntur,
concretæ
glacie cærulea
atque atris imbribus ;
inter has mediamque,
duæ concessæ
munere divum
mortalibus ægris;
et via secta
per ambas,
qua ordo obliquus
signorum
se verteret.
Mundus,
ut consurgit arduus
ad Scythiam
arcesque Riphæas,
premitur devexus
in Austros Libyæ.
Hic vertex
semper sublimis nobis;
at Styx atra
videt illum sub pedibus,
Manesque profundi.


Mais si tu sèmes
et la vesce
et la vile faséole,
et que tu ne dédaignes pas le soin
de la lentille de-Péluse,
le Bouvier se-couchant
enverra (donnera) à toi des signes
non obscurs (visibles).
Commence,
et prolonge les semailles
jusqu’au milieu des gelées (de l’hiver).

C’est-pourquoi le Soleil d’-or
gouverne
au-moyen-de douze astres du ciel
Le cercle du ciel divisé
en parties certaines (distinctes).
Cinq Zones
occupentle ciel,
iont l’une est toujours rouge
par un soleil étincelant,
et toujours brûlante par le feu ;
autour de laquelle
à droite et à gauche
les zones extrêmes s’étendent,
durcies
par une glace couleur-d’azur (sombre)
et par de noires pluies;
entre celles-ci et celle du-milieu,
deux ont été accordées
par le bienfait des dieux
aux mortels malades (malheureux);
et une route a été coupée (faite)
par (entre) les deux,
par où la succession oblique
des signes du zodiaque
pût se tourner (se mouvoir).
Le ciel,
de même qu’il s’élève haut
du-côté-dela Scythie
et des hauteurs Riphéennes,
se-déprime penché
vers les Austers (le midi) de la Libye.
Ce sommet (le pôle du nord)
est toujours élevé (en vue) pour nous;
mais le Styx noir
voit celui-là (l’autre pôle) sous ses pieds,
et les Mânes profonds l’y voient.

Hic Anguis maximus
elabitur
flexu sinuoso
in morem fluminis
circum perque duas Arctos,
Arctos metuentes tingi
æquore Oceani.
Illic, ut perhibent,
aut nox intempesta
silet semper,
et tenebras densantur
nocte obtenta ;
aut Aurora redit
a nobis,
reducitque diem ;
ubique primus Oriens
afflavit nos
equis anhelis,
illic Vesper rubens
accendit lumina sera.

Hinc possumus
prædiscere tempestates
cœlo dubio,
hinc
diemque messis
tempusque serendi ;
et quando conveniat
impellere remis
marmor infidum ;
quando
deducere
classes armatas,
aut evertere silvis
pinum tempestivam.
Nec frustra
speculamur obitus
et ortus signorum,
annumque parem
quatuor temporibus
diversis.

Si quando imber frigidus
continet agricolam,
datur
maturare multa,
quæ mox
forent properanda
cœlo sereno :

Ici (au pôle nord) le Dragon très-grand
glisse (a son cours)
avec un circuit sinueux
à la manière d’un fleuve
autour et au-travers des deux Ourses,
des Ourses qui-craignent de se-mouiller
dans la plaine de l’Océan.
Là (à l’autre pôle), comme on raconte,
ou la nuit profonde
est (règne)-silencieuse toujours,
et les ténèbres sont-épaisses
d’une nuit répandue sur la terre ;
ou l’Aurore revient
de nous (en nous quittant),
et y ramène le jour ;
et dès que le premier Orient (le matin)
a soufflé-sur nous
de ses chevaux hors-d’haleine,
là l’étoile-du-soir rouge
allume sa lumière tardive.

De là vient que nous pouvons
apprendre-d’avance les saisons
dans le ciel douteux,
de là nous pouvons connaître
et le jour (le moment) de la moisson
et le temps de semer (des semailles) ;
et quand il convient
de frapper avec les rames
la mer trompeuse ;
quand il convient
de faire-descendre (mettre en mer)
les flottes équipées,
ou d’abattre dans les forêts
le pin coupé-à-propos.
Et ce n’est pas en-vain
que nous observons les couchers
et les levers des constellations,
et l’année égale (divisée également)
par quatre saisons
différentes.

Si parfois la pluie froide
retient le cultivateur à la maison,
il lui est donné
de faire-à-loisir beaucoup-de choses,
qui bientôt
seraient à-faire-à-la-hâte
avec un ciel serein :

arator procudit
dentem durum
vomeris obtusi ;
cavat arbore lintres ;
aut impressit
signum pecori,
aut numéros
acervis.
Alii exacuunt vallos
furcasque bicornes,
atque parant viti lentæ
retinacula Amerina.
Nunc fiscina facilis.
texatur virga rubea ;
nunc torrete fruges igni,
nunc frangite saxo.
Quippe fas
et jura
sinunt exercere quædam
etiam diebus festis :
nulla religio
vetuit
deducere rivos,
prætendere segeti
sepem,
moliri insidias avibus,
incendere vepres,
mersareque fluvio salubri
gregem
balantum.
Sæpe agitator aselli tardi
onerat costas oleo
aut pomis vilibus ;
revertensque reportat urbe
lapidem
incusum,
aut massam picis atræ.

Luna ipsa dedit
dies felices operum
alios
alio ordine.
Fuge quintam :
pallidus Orcus,
Eumenidesque
satæ ;
tum Terra
partu nefando

le laboureur forge-au-marteau
la dent dure
du soc émoussé ;
il creusedans l’arbre desbachots ;
ou il a imprimé (il imprime)
une marque à son troupeau,
ou des nombres (le nombre des mesures)
à ses tas de blé.
D’autres aiguisent des pieux
et des fourches à-double-corne.
et préparent pour la vigne flexible
des liens d’-Amérie (de saule).
Tantôt qu’une corbeille facile
soit tressée avec la baguette de-la-ronce ;
tantôt faites-griller les blés par le feu,
tantôt broyez-les avec la pierre.
En effetle droit divin
et les lois humaines
permettent d’exercer (de faire) certaines-choses
mêmeles jours de-fête.
aucun respect-des-dieux
n’a défendu (ne défend)
de faire-descendre des ruisseaux,
d’étendre-devant un champ-de-blé
une haie,
de dresser des pièges aux oiseaux,
de mettre-le-feu aux épines,
et de baigner dans une source salutaire
un troupeau
d’animaux bêlants (de moutons).
Souvent conducteur d’un âne tardif
le villageois lui charge les flancs d’huile
ou de fruits de-vil-prix ;
et revenant il rapporte de la ville
une pierre
piquée-au-marteau (une meule),
ou une masse(un gâteau) de poix noire.

La Lune elle-même a donné
des jours heureux de travaux
autres
dans un autre ordre (différents selon leur rang),
Fuis (évite) le cinquième jour :
le pâle Orcus,
et les Euménides
ont été engendrées ce jour-là ;
puis la Terre
par un enfantement abominable

creat Cœumque
Iapetumque,
sævumqueTyphœa,
et fratres conjuratos
rescindere cœlum.
Scilicet ter conati sunt
imponere Ossam Pelio,
atque involvere Ossæ
Olympum frondosum:
ter Pater
disjecit fulmine
montes exstructos.
Septima post decimam
felix
et ponere vitem,
et domitare
boves prensos,
et addere licia telæ;
nona melior fugæ,
contraria furtis.

Multa adeo
se dedere melius
nocte gelida,
aut quum sole novo
Eous irrorat terras.
Nocte stipulæ leves,
nocte prata arida
tondentur melius;
humor lentus
non deficit noctes.

Et quidam pervigilat
ad ignes seros
luminis hiberni,
ferroque acuto
inspicat faces:
interea,
conjux solata cantu
longum laborem,
percurrit telas
pectine arguto,
aut decoquit Vulcano
humorem musti dulcis,
et despumat foliis
undam aheni tepidi.

At Ceres rubicunda
succiditur medio æstu,
et medio æstu

produit et Cée
et Japet,
et le farouche Typhée,
et les frères (géants) ligués-par-serment
pour détruire le ciel.
Trois-fois donc ils s’efforcèrent
de placer le mont Ossa sur le Pélion,
et de rouler-sur l’Ossa
l’Olympe feuillu (boisé):
trois-fois le père des dieux
renversa avec la foudre
les montagnes entassées.
Le septième jour après le dixième
est heureux (favorable)
et pour planter la vigne,
et pour dompter (soumettre au joug)
les bœufs saisis,
et pour ajouter des fils à la toile ;
le neuvième est meilleur pour une fuite (un voyage),
il est contraire aux larcins.

Beaucoup-de travaux encore
se sont offerts (se font) mieux
dans une nuit froide,
ou lorsque avec le soleil nouveau (levant)
l’étoile de-l’Orient couvre-de-rosée la terre.
La nuit les chaumes légers,
la nuit les prés desséchés
se-coupent mieux (plus aisément);
une humidité flexible (qui amollit)
ne fait-pas-défaut aux nuits.

Et certain veille
aux feux tardifs
d’une lumière d’-hiver,
et avec un fer aigu
il taille-en-pointe des torches:
cependant,
son épouse qui-console (charme) par son chant son long travail,
parcourt les tissus
avec le peigne retentissant,
ou fait-réduire par Vulcain (le feu)
la liqueur du vin-nouveau doux,
et écume avec des feuilles
le liquide de la chaudière tiède.

Mais Cérès (la moisson) rouge (dorée)
se-coupe au-milieu-de la chaleur (l’été),
et au-milieu-de l’été

area terit fruges tostas.
Ara nudus,
sere nudus :
hiems ignava colono.
Frigoribus
agricolæ
fruuntur plerumque
parto,
lætique curant inter se
convivia mutua.
Hiems genialis invitât,
resolvitque curas :
ceu quum carinæ pressæ ?
tetigere jam portum,
et nautæ læti
imposuere puppibus
coronas.
Sed tamen tempus tum
stringere
et glandes quernas,
et baccas lauri, oleamque,
myrtaque cruenta ;
tum
ponere pedicas gruibus
et retia cervis,
sequique
lepores auritos ;
tum
figere damas,
torquentem
verbera stuppea
fundæ Balearis,
quum nix jacet alta,
quum flumina
trudunt glaciem.

Quid dicam
tempestates
et sidéra autumni,
atque, ubi jam
diesque brevior
et æstas mollior,
quæ vigilanda
viris ?
vel, quum ruit
ver imbriferum,
quum jam messis spicea
inhorruit campis,

l’aire bat les blés desséchés.
Laboure étant nu,
sème nu (pendant la chaleur) :
l’hiver est oisif pour le cultivateur.
Pendant les froids
les cultivateurs
jouissent la plus grande partie de la saison
de ce qu’ils ont acquis,
et joyeux ils s’occupent entre eux
de festins mutuels.
L’hiver saison des-plaisirs les y convie,
et dissipe les soucis :
comme quand les vaisseaux chargés
ont touché déjà le port,
et que les matelots joyeux
ont posé-sur les poupes
des couronnes.
Mais cependant c’est le temps alors
de cueillir
et les glands du-chêne,
et les baies du laurier, et l’olive,
et les baies-de-myrte couleur-de-sang ;
alors c’est le temps
d’établir des pièges pour les grues
et des filets pour les cerfs,
et de poursuivre
les lièvres aux longues-oreilles ;
alors c’est le temps
de percer (tuer) les daims,
faisant-tourner
les courroies d’-étoupe
de la fronde des-Baléares,
alors-qu ela neige est-étendue haute,
que les fleuves
charrient de la glace.

Que dirai-je
des temps
et des constellations de l’automne,
et, lorsque déjà
et le jour est plus court
et l’été plus doux,
quels travaux sont à-faire-avec-soin
aux hommes (aux cultivateurs) ?.
ou, quand vient-avec-rapidité
le printemps qui-apporte-la-pluie,
lorsque déjà la moisson d’-épis
est hérissée (a grandi) dans les champs,

et quum frumenta lactentia
turgent in stipula viridi ?
Soepe, quum agricola
induceret messorem
arvis flavis,
et stringeret jam hordea
culmo fragili,
ego vidi
omnia proelia ventorum
concurrere,
quæ eruerent
ab radicibus imis
segetem gravidam late
expulsam sublime :
turbine ita nigro
hiems ferret
culmumque levem
stipulasque volantes !
Sæpe etiam venit cœlo
agmen immensum
aquarum,
et nubes
collectæ ex alto
glomerant
tempestatem fœdam
imbribus atris ;
æther arduus ruit,
et diluit
pluvia ingenti
sata læta
laboresque boum ;
fossæ implentur,
et flumina cava
crescunt cum sonitu,
æquorque fervet
fretis spirantibus.
Pater ipse,
in media nocte nimborum,
molitur fulmina
dextra corusca :
quo motu
maxima terra tremit,
feræ fugere,
et per gentes
humilis pavor
stravit corda mortalia.
Ille dejicit

et lorsque les grains laiteux
gonflent dans le chaume vert ?
Souvent, lorsque l’agriculteur
faisait-entrer le moissonneur
dans les champs jaunes,
et coupait déjà les blés
contenus dans le chaume fragile,
j'ai vu
tous les combats des vents
s'entre-choquer,
qui arrachaient
depuis les racines les plus profondes
la moisson chargée (riche) au-loin
chassée (emportée) en-l’air :
avec un tourbillon tellement noir
l'ouragan emportait
et le chaume léger
et les pailles s’envolant !
Souvent aussi vient dans le ciel
une foule (masse) énorme
d’eaux,
et les nuages
réunis du haut du ciel
amassent (forment)
une tempête horrible
avec des pluies noires ;
l'étber élevé tombe en torrents d’eau,
et entraîne-en-les-inondant
par une pluie abondante
les blés riants
et les travaux des bœufs ;
les canaux se-remplissent,
et les fleuves au-lit-creux
grossissent avec un grand-bruit,
et la plaine liquide bouillonne
dans ses détroits (ses eaux) soulevés.
Le père des dieux lui-même,
au milieu-de la nuit des nuages,
brandit la foudre
de sa main droite étincelante :
par lequel mouvement
la très-vaste terre tremble,
les bêtes-sauvages ont fui,
et à-travers (dans) les nations
une humble épouvante
a abattu les cœurs des-mortels.
Lui (Jupiter) abat (frappe)

telo flagranti
aut Atho,
aut Rodopen,
aut alta Ceraunia ;
Austri ingeminant,
et imber densissimus ;
nunc nemora,
nunc littora
plangunt vento ingenti.

Mutuens hoc,
serva menses
et sidera cœli :
quo sese receptet
Stella frigida Saturni ;
in quos orbes cœli
erret ignis
Cyllenius.



In primis
venerare deos,
atque refer sacra annua
magnæ Cereri,
operatus in herbis lætis,
sub casum hiemis extremæ,
vere jam sereno.
Tunc agni pingues,
et tunc vina mollissima ;
tunc somni dulces,
umbræque
densæ in montibus.
Tibi cuncta pubes agrestis
adoret Cererem ;
cui tu
dilue favos
lacte et Baccho miti ;
hostiaque felix
eat ter circum fruges novas :
omnis chorus
et socii ovantes
comitentur quam,
et vocent Cererem in tecta
clamore ;
neque quisquam
supponat aristis maturis
falcem,
ante quam,
redimitus tempora
quercu torta,

de son trait enflammé
ou i’Athos,
ou le Rhodope,
ou les hauts monts Cérauniens ;
les Autans redoublent,
et (ainsi que) la pluie très-épaisse ;
tantôt les forêts,
tantôt les rivages
retentissent par le vent grand (violent).

Craignant cela,
observe les mois
et les constellations du ciel :
où se retire
l’étoile froide de Saturne ;
dans quels cercles du ciel
erre le feu (l’astre)
de-Cyllène (de Mercure).

Dans les premières choses (surtout)
honore les dieux,
et rapporte (offre) des sacrifices annuels
à la grande Cérès,
les célébrant au milieu des herbes riantes,
vers la chute de l’hiver à-sa-fin,
le printemps étant déjà serein.
Alors les agneaux sont gras,
et alors les vins sont très-doux ;
alors le sommeil est agréable,
et les ombres
sont épaisses sur les montagnes.
Qu’à toi toute la jeunesse des-champs
adore Cérès ;
pour laquelle toi
détrempe des rayons-de-miel
avec du lait et du Bacchus (vin)doux ;
et que la victime heureuse (favorable)
aille trois-fois autour des blés nouveaux :
que toute la troupe
et tes compagnons joyeux
accompagnent elle (la victime),
et qu’ils appellent Cérès dans ta maison
par leur cri ;
et que personne
ne place-sous les blés mûrs
la faucille,
avant que,
ceint-autour des tempes
d’un rameau de chêne tortillé,

det Cereri
motus
incompositos,
et dicat carmina.

Atque ut possimus
discere signis certis
hæc,
æstusque, pluviasque,
et ventos agentes frigora,
Pater ipse statuit
quid moneret
Luna menstrua,
quo signo
Austri caderent ;
quid sæpe videntes
agricolæ tenerent armenta
propius stabulis.
Continuo,
ventis surgentibus,
aut freta ponti
incipiunt tumescere
agitata,
et fragor aridus
audiri altis montibus,
aut littora resonantia longe
misceri,
et murmur nemorum
increbrescere.
Jam tum unda
sibi temperat male
carinis curvis,
quum mergi celeres
revolant
e mediooequore,
feruntque clamorem
ad littora,
quumque fulicæ marinæ
ludunt in sicco,
ardeaque
deserit paludes notas,
atque volat
supra nubem altam.

Sæpe etiam videbis,
vento impendente,
stellas præcipites labi cœlo,
perque umbram noctis
longos tractus flammarum

il ne donne (ne fasse) à l’honneur de Cérès
des mouvements (une danse)
mal-cadencés (sans cadence),
et ne dise des vers.

Et pour que nous puissions
apprendre à des signes certains
ces choses (les suivantes),
et les chaleurs, et les pluies,
et les vents qui-amènent les froids
le père des dieux lui-même établit
de quoi nous avertirait
la Lune qui-renaît-tous-les-mois,
sous quelle constellation
les Autans devraient-tomber ;
quoi souvent voyant
les campagnards tiendraient les troupeaux
plus près des étables.

D’abord,
les vents se-levant,
ou les détroits de la mer
commencent à se-gonfler
étant agités,
et un bruit sec (aigu)
à être entendu sur les hautes montagnes,
ou les rivages retentissant au-loin
à être bouleversés,
et le fracas des forêts
à s’augmenter.
Déjà alors l’onde
se modère (se contient) mal (avec peine)
des vaisseaux courbes (de les engloutir),
quand les plongeons agiles
reviennent-en-volant
du milieu-de la plaine de la mer,
et portent (jettent) un cri
vers les rivages,
et quand les foulques marines
jouent sur le sable sec,
et que le héron
quitte ses marais connus (habituels),
et vole
au-dessus-de la nue élevée.

Souvent encore tu verras,
le vent étant suspendu (menaçant),
des étoiles se-précipitant tomber du ciel,
et à-travers l’ombre de la nuit
de longues traînées de flammes

alboscere a tergo;
sæpe paleam levem
et frondes caducas volitare,
aut plumas nantes
colludere in summa aqua.

At quum fulminat
de parte trucis Boreæ,
et quum domus
Eurique Zephyrique tonat,
omnia rura natant
fossis plenis,
atque ponto omnis navita
legit vela humida.
Nunquam imber obfuit
imprudentibus:
aut grues aeriæ
fugere illum surgentem
imis vallibus;
aut bucula,
suspiciens cælum,
captavit auras
patulis naribus;
aut hirundo arguta
volitavit circum lacus;
et in limo ranæ
cecinere veterem querelam.
Sæpius et formica
terens iter angustum
extulit ova
tectis penetralibus;
et ingens arcus bibit ;
et decedens e pastu
magno agmine
exercitus corvorum
increpuit
alis densis.
Jam videas
varias volucres pelagi,
et quæ rimantur circum
prata Asia
in stagnis dulcibus Caystri,
infundere certatim humeris
largos rores,
nunc objectare caput
fretis,
nunc currere in undas,
et gestire incassum

blanchir (briller) en se détachant de leur dos;
souvent tu verras la paille légère
et les feuilles tombées voltiger,
ou des plumes nageant
se-jouer à la-surface-de l’eau.

Mais lorsque la-foudre-tombe
du côté du terrible Borée,
et lorsque la demeure
et d’Eurus et de Zéphyre tonne,
toutes les campagnes nagent (sont inondées)
par les canaux remplis,
et sur mer tout navigateur
rassemble ses voiles humides.
Jamais la pluie ne s’est présentée
aux laboureurs ne-prévoyant-pas (à l’improviste):
ou les grues aériennes
ont fui elle qui-s’élève
du-fond des vallées;
ou la génisse,
regardant le ciel,
a saisi (senti) les airs
de ses larges narines;
ou l’hirondelle à-la-voix-perçante
a volé autour des lacs;
et dans la vase les grenouilles
ont chanté leur vieille plainte.
Plus souvent (souvent) aussi la fourmi
qui-use (pratique) une route étroite
a sorti ses œufs
de sa demeure retirée;
et le grand arc boit (pompe les eaux);
et se-retirant de la pâture
en grande troupe
l’armée des corbeaux
a fait-du-bruit
de ses ailes fréquentes (souvent frappées).
Déjà tu pourrais-voir
les divers oiseaux de la mer,
et ceux-qui fouillent tout-autour
les prairies du-lac-Asia
dans les étangs doux du Caystre,
répandre à-l’envi sur leurs épaules (ailes)
d’abondantes rosées,
tantôt présenter leur tête
aux détroits (aux flots),
tantôt courir vers les ondes,
et tressaillir vainement

studio lavandi.
Tum cornix improba
vocat pluviam plena voce,
et spatiatur sola secum
in arena sicca.
Nec puellæ quidem
carpentes pensa nocturna
nescivere hiemem,
quum viderent oleum
scintillare
testa ardente,
et fungos putres
concrescere.

Nec poteris minus
prospicere ex imbri
soles et serena aperta,
et cognoscere signis certis.
Nam nequetum
acies obtusa
videtur stellis;
nec Luna surgere
obnoxia radiis fratris ;
nec tenuia vellera lanæ
ferri per cœlum;
alcyones dilectas Thetidi
non pandunt pennas
in littore
ad solem tepidum ;
sues immundi
non meminere
jactare ore
maniplos solutos.
At nebulæ
petunt magis ima,
recumbuntque campo;
et servans occasum solis
de culmine summo
noctua exercet nequidquam
cantus seros.
Nisus apparet sublimis
in aere liquido,
et Scylla dat pœnas
pro capillo purpureo;
quacumque illa fugiens
secat pennis æthera levem,
ecce Nisus insequitur
per auras,

du désir de se-baigner.
Alors la corneille malfaisante
appelle la pluie à pleine voix,
et se-promène seule avec-elle-même
sur le sable sec.
Et pas même les jeunes filles
qui-filent des tâches nocturnes
n’ont ignoré la tempête à venir,
quand elles voyaient l’huile
avoir-une-lueur-vacillante
dans la lampe en-feu,
et les champignons qui-tombent-en-poussière
s’accroître.

Et tu pourras non moins (aussi bien)
prévoir dès la pluie
le soleil et les temps sereins découverts,
et les reconnaître à des signes certains.
Car ni alors
un éclat émoussé (faible)
n’est vu aux étoiles;
ni la Lune n’est vue se-lever
soumise aux rayons de son frère ;
ni de minces toisons de laine (de petits nuages)
être portées à-travers le ciel ;
les alcyons chéris de Thétis
ne déploient pas leurs ailes
sur le rivage
au soleil tiède ;
les porcs immondes
ne se-souviennent (ne songent) pas
de (à) lancer de leur groin
des poignées-de-foin détachées.
Mais les nuages
cherchent plutôt les lieux les plus bas,
et retombent sur le champ;
et observant le coucher du soleil
d’un faîte très-élevé
la chouette exerce (fait entendre) en-vain
ses chants du-soir.
Nisus se-montre élevé
dans l’air transparent,
et Scylla donne des peines (est punie)
pour le cheveu rouge qu’elle a coupé;
partout-où celle-ci fuyant
fend de ses ailes l’éther léger,
voilà-que Nisus la poursuit
à-travers les airs,

inimicus, atrox,
magno stridore;
qua Nisus
se fert ad auras,
illa fugiens raptim
secat pennis æthera levem.
Tum corvi,
gutture presso,
ingeminant ter aut quater
voces liquidas;
et sæpe cubilibus altis,
læti præter solitum
nescio qua dulcedine,
strepitant inter se
foliis;
juvat, imbribus actis,
revisere parvam progeniem
dulcesque nidos.
Haud equidem credo,
quia sit illis ingenium
divinitus,
aut fato
prudentia major rerum;
verum, ubi tempestas
et humor mobilis cœli
mutavere vias,
et Austris
Jupiter uvidus densat
quæ erant modo rara.,
et relaxat quæ densa,
species animorum
vertuntur,
et pectora concipiunt motus
alios nunc,
alios
dum ventus agebat nubila:
hinc ille concentus avium
in agris ,
et pecudes lætæ,
et corvi ovantes
gutture.

Si vero respicies
ad solem rapidum
lunasque sequentes ordine,
nunquam hora crastina
fallet te,
neque capiere insidiis

hostile, acharné,
avec un grand bruit ;
partout où Nisus
se porte (s’élève) vers les airs,
elle fuyant à-la-hâte à tire d’aile)
fend de ses ailes l’éther léger.
Alors les corbeaux,
leur gosier étant resserré,
redoublent trois-fois ou quatre-fois
des cris clairs;
et souvent dans leurs lits (nids) élevés,
joyeux au-delà-de l’ordinaire
de je ne-sais quel plaisir,
ils font-du-bruit (s’ébattent) entre eux
sur les feuilles;
il leur plaît, les pluies étant chassées,
de revoir leur petite (jeune) progéniture
et leur doux nid.
Je ne crois assurément pas ,
que ce soit parce qu’il est en eux un génie
par-une-grâce-des-dieux,
ou par une volonté du destin
une prévoyance plus grande des choses;
mais, dès que la tempête
et l’humidité mobile (les nuages) du ciel
ont changé leurs routes,
et qu’à l’aide des Vents
Jupiter (l’air) humide condense
ce-qui était naguère lâche,
et relâche ce-qui était condensé,
les apparences (dispositions) des esprits
se-tournent (changent),
et les cœurs perçoivent des émotions
autres maintenant,
autres tout à l’heure
tandis que le vent poussait les nuages .
de là ce concert des oiseaux
dans les campagnes,
et les troupeaux joyeux (leur joie),
et les corbeaux pleins-d’allégresse
par leur gosier (dans leur chant).

Mais si tu regardes
vers le soleil rapide
et les lunes qui se suivent par ordre,
jamais l’heure du lendemain
ne trompera toi,
et tu ne seras pas pris par les tromperies

noctis serenæ.
Quum primum Luna
colligit ignes revertentes,
si comprenderit
cornu obscuro
aeéra nigrum,
maximus imber parabitur
agricolis pelagoque.
At, si suffuderit ore
ruborem virgineum,
erit ventus ;
Phœbe aurea
rubet semper vento.
Sin in quarto ortu
(namque is auctor
certissimus),
ibit pura per cœlum,
neque cornibus obtusis,
et totus ille dies,
et qui nascentur ab illo
ad mensem exactum,
carebunt pluvia ventisque ;
nautæque servati
solvent vota in littore
Glauco, et Panopeæ,
et Melicertæ Inoo.

Sol quoque et exoriens,
et quum se condet in undas,
dabit signa ;
signa certissima
sequuntur solem,
et quæ refert mane,
et quæ astris surgentibus.
Ubi ille variaverit maculis
ortum nascentem,
conditus in nubem,
refugeritque medio orbe,
imbres sint suspecti tibi ;
namque Notus
urget ab alto,
sinister arboribusque
satisque pecorique.
Aut ubi radii
sub lucem
sese erumpent diversi
inter nubila densa,
aut ubi Aurora

d’une nuit sereine.
Quand pour-la-première-fois la Lune
rassemble ses feux de-retour,
si elle renferme
dans son croissant obscur
un air noir,
une très-grande pluie se-préparera
pour les cultivateurs et pour la mer.
Mais, si elle répand sur son visage
une rougeur virginale,
il y aura du vent ;
Phébé dorée
rougit toujours par le vent.
Si-au-contraire au quatrième lever
(car c’est le garant
le plus certain),
elle va pure à-travers le ciel,
et non avec des cornes émoussées,
et tout ce jour-,
et ceux-quinaîtront depuis lui
jusqu’au mois accompli,
seront-exempts de pluie et de vents
et les navigateurs sauvés
acquitteront leurs vœux sur le rivage
à Glaucus, et à Panopée,
et à Mélicerte fils-d’Ino.

Le soleil aussi et en se-levant,
et quand il se cachera dans les eaux,
donnera des signes ;
des signes très-certains
suivent le soleil,
et ceux-qu’il rapporte (donne) le matin,
et ceux-qu’il donne les astres se-levant.
Lorsqu’il aura nuancé de taches
son lever naissant,
caché dans un nuage,
et se-seraretiré (voilé)de la-moitié de son disque,
que les pluies soient suspectes à toi ;
car le Notus
menace venant de la haute mer,
funeste et aux arbres
et aux blés et au troupeau.
Ou lorsque ses rayons
à-l’approche-de la lumière
s’échapperont en-sens-divers,
entre (à travers) les nuages serrés
ou lorsque l’Aurore

surget pallida se-lèvera pâle
linquens cubile croceum quittant le lit de-safran (doré)
Tithoni, de Tithon,
heu! pampinus hélas ! le pampre
defendet male tum défendra mal alors
uvas mites, tes raisins doux (mûrs),
tam multa horrida grando si drue l’horrible grêle
salit crepitans in tectis ! rebondit en craquant sur les toits !
Hoc etiam, De ceci encore,
quum jam decedet lorsque déjà il se-retirera
Olympo emenso, de l’Olympe parcouru,
profuerit meminisse magis : il sera-utile de se-souvenir davantage :
nam sæpe videmus car souvent nous voyons
colores varios des couleurs diverses
errare in vultu ipsius : errer (se répandre) sur levisage de lui :
cæruleus étant couleur-d’azur (sombre)
denuntiat pluviam, il annonce la pluie,
igneus Euros. étant de-feu il annonce les Eurus (les vents).
Sin maculæ Si-au-eontraire des taches bleues
incipient commencent
immiscerier igni rutilo, à se-mêler à son feu roux (ardent),
tunc videbis omnia alors tu verras tout
fervere pariter bouillonner (être agité) pareillement
vento nimbisque : par le vent et par les nuages (la pluie) :
illa nocte pendant cette nuit-
non quisquam moneat me que personne n’engage moi
ire per altum, à aller à-travers la haute mer,
neque convellere funem ni à détacher le câble
a terra. de la terre.
At si, Mais si,
quum referetque diem, lorsque et il ramènera le jour,
condetque relatum, et il cachera le jour ramené,
orbis erit lucidus, son cercle est clair,
frustra terrebere nimbis, en-vain tu seras effrayé par les nuages,
et cernes silvas moveri et tu verras les forêts être remuées
Aquilone claro. par l’Aquilon clair (sonore).
Denique, Enfin,
quid Vesper serus vehat, ce-que le soir tardif apporte,
unde ventus d’où le vent
agat nubes serenas, pousse les nuages sereins,
quid cogitet ce-que médite
humidus Auster, l’humide Auster,
sol dabit signa tibi. le soleil en donnera les signes à toi.
Quis audeat dicere Qui oserait dire
solem falsum ? le soleil être trompeur ?
Ille etiam monet sæpe Lui encore avertit souvent
tumultus cæcos instare, des troubles encore cachés menacer,
fraudemque et la perfidie (les complots)
et bella operta et les guerres encore couvertes
tumescere. s’enfler (fermenter).
Ille etiam Lui encore
miseratus Romam, fut ayant-pitié-de Rome,
Cæsare exstincto, César étant mort,
quum texit caput nitidum lorsqu’il couvrit sa tête brillante
ferrugine obscura, d’une rouille sombre,
sæculaque impia et que les générations impies
timuerunt noctem æternam. craignirent une nuit éternelle.
Quanquam illo tempore Quoique dans ce temps-
tellus quoque, la terre aussi,
et æquora ponti, et les plaines de la mer,
canesque obsceni, et les chiens de-mauvais-augure,
volucresque importunæ, et les oiseaux de-fatal-présage,
dabant signa. donnaient des signes.
Quoties vidimus Combien-de-fois n’avons-nous pas vu
Ætnam undantem, l’Etna bouillonnant,
fornacibus ruptis, ses fournaises étant rompues (ouvertes)
effervere se-répandre-à-gros-bouillons
in agros Cyclopum, dans les champs des Cyclopes,
volvereque et rouler
globos flammarum des tourbillons de flammes
saxaque liquefacta ! et des roches liquéfiées !
Germania audiit toto cœlo La Germanie entendit dans tout le ciel
sonitum armorum, le bruit des armes,
Alpes tremuerunt les Alpes tremblèrent
motibus insolitis. de secousses inaccoutumées.
Ingens vox quoque Une grande voix aussi
exaudita vulgo fut entendue çà-et-là
per lucos silentes ; dans les bois silencieux ;
et simulacra et des fantômes
pallentia modis miris pâles d’une façon étrange
visa sub obscurum noctis ; furent vus dans l’obscurité de la nuit ;
pecudesque locutæ, et les bêtes furent parlant,
infandum ! prodige inouï !
amnes sistunt, les fleuves s’arrêtent,
terræque dehiscunt ; et les terres s’entr’ouvrent ;
et ebur mœstum et l’ivoire triste (les statues affligées)
illacrimat templis, pleure dans les temples,
æraque sudant. et l’airain sue.
Rex fluviorum Eridanus Le roi des fleuves l’Éridan
proluit silvas inonda les forêts
contorquens les faisant-tourner (les entraînant)
vortice insano, dans son cours insensé (fougueux),
tulitque armenta et il emporta les troupeaux
cum stabulis aveo les étables
per omnes campos. à-travers toutes les campagnes.
Nec eodem tempore Et dans le même temps
aut fibræ minaces ou (ni) des fibres menaçantes
apparere ne cessèrent de se-montrer
extis tristibus, dans les entrailles de-triste-augure,
aut cruor cessavit ou (ni) le sang ne cessa
manare puteis, de couler dans les puits,
et urbes altæ et (ni) les villes profondes
resonare per noctem ne cessèrent de retentir pendant la nuit
lupis ululantibus. de loups hurlant.
Plura fulgura Plus-de coups-de-foudre
non ceciderunt alias ne sont tombés une-autre-fois (jamais)
cœlo sereno, d’un ciel serein,
nec cometæ diri et des comètes effrayantes
arsere toties. n’ont brillé jamais tant-de-fois.
Ergo Philippi Aussi les champs de Philippes
videre iterum virent une-seconde-fois
acies Romanas les armées romaines
concurrere inter sese se-heurter entre elles
telis paribus ; avec des armes pareilles ;
nec fuit indignum et il ne fut pas déplaisant (il plut)
Superis aux dieux d’-en-haut
Emathiam l’Émathie
et latos campos Hæmi et les vastes champs de l’Hémus
pinguescere bis s’engraisser deux-fois
nostro sanguine. de notre sang.
Scilicet et tempus veniet Sans-doute un temps aussi viendra
quum illis finibus lorsque dans ces confins (pays)
agricola, molitus terram le cultivateur, travaillant la terre
aratro incurvo, avec la charrue recourbée,
inveniet pila trouvera des javelots
exesa rubigine scabra, rongés par une rouille rude au toucher,
aut pulsabit ou heurtera
rastris gravibus avec les hoyaux pesants
galeas inanes, des casques vides,
mirabiturque et regardera-avec-étonnement
grandia ossa de grands ossements
sepulcris les tombeaux
effossis. ayant été ouverts-en-creusant.
Di patrii Indigetes, Dieux de-la-patrie Indigètes,
et Romule, et toi Romulus,
Vestaque mater, et toi Vesta mère (auguste),
quæ servas qui gardes (protèges)
Tiberim Tuscum le Tibre toscan
et palatia Romana, et les collines romaines,
saltem ne prohibete du-moins n’empêchez pas
hunc juvenem ce jeune-homme
succurrere de porter-secours
sæclo everso ! à ce siècle détruit (en ruine) !
Satis jampridem Depuis assez longtemps déjà
luimus nostro sanguine nous lavons (payons) de notre sang
perjuria les parjures
Trojæ Laomedonteæ. de la Troie de-Laomédon.
Jampridem, Cæsar, Depuis-longtemps, César,
regia cœli invidet te nobis, le palais du ciel envie toi à nous,
atque queritur curare et se-plaint toi t’occuper
triumphos hominum : des triomphes des hommes :
quippe ubi car où (là, chez les hommes)
fas atque nefas le permis et l’illicite
versum ; a été retourné (pratiqué) ;
tot bella tant-de guerres
per orbem ; ont été faites dans l’univers ;
facies scelerum tam multæ ; les espèces des crimes sont si nombreuses ;
non ullus honos dignus aucun honneur digne (assez grand)
aratro ; n’est à la charrue ;
arva squalent, les campagnes sont-incultes,
colonis abductis, les colons en ayant été emmenés,
et falces curvæ conflantur et les faux courbes sont fondues
in ensem rigidum. pour en faire une épée roide(droite).
Hinc Euphrates, D’un-côté l’Euphrate,
illinc Germania de-l’autre la Germanie
movet bellum ; met-en-mouvement (commence) la guerre ;
urbes vicinæ, les villes voisines,
legibus ruptis inter se, les traités étant rompus entre elles,
ferunt arma ; portent (prennent) les armes ;
impius Mars sævit l’impie Mars se-déchaîne
toto orbe. dans tout l’univers.
Ut, quum quadrigæ Comme, lorsque les quadriges
sese effudere se sont répandus (lancés)
carceribus, hors de leurs prisons,
addunt in spatia, ils ajoutent les espaces aux espaces,
et, tendens frustra et, tendant en-vain
retinacula, les brides,
auriga fertur equis, le conducteur est emporté par les chevaux,
neque currus et le char
audit habenas. n’obéit pas aux rênes.