Les Gaietés/Le Libertin au Régime

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Les GaietésAux dépens de la Compagnie (p. 96-97).
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LE LIBERTIN AU RÉGIME.

Air : Eh ! ma mère, est-ce que j’sais ça.


Vers la vieillesse j’avance,
Disait certain débauché ;
Il faut suivre l’ordonnance,
Mon médecin s’est fâché.
Je vais renoncer aux belles
Pour prolonger mes destins.
Adieu donc, mesdemoiselles,
On me défend les catins.

Je sers une femme honnête,
Qui vante ses feux discrets
Et soutient qu’au tête à tête
Elle trouve peu d’attraits.
Pourtant il faut qu’à la dame
Je dise un de ces matins :
Adieu donc, honnête femme,
On me défend les catins.

Rose me paraît novice,
Bien, dis-je, on la formera ;
Elle n’entend rien au vice,
Mon régime lui plaira.

Mais Rose, par trop de zèle,
Montre des goûts libertins ;
Adieu donc, jeune pucelle,
On me défend les catins.

En vain Lucrèce vous jure
Qu’elle aurait plutôt péri
Que, dans certaine aventure,
D’avoir trahi son mari.
Hier, j’ai de sa tendresse
Reçu des gages certains ;
Adieu donc, chaste Lucrèce,
On me défend les catins.

Bons maris, vous que j’estime,
Désormais, sans nul effroi,
Pour adoucir mon régime,
Venez trinquer avec moi.
Messieurs, point d’humeurs jalouses
Pour les succès que j’obtins.
Mes adieux à vos épouses !
On me défend les catins.