Les Historiettes/Tome 2/42

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Texte établi par Monmerqué, de Chateaugiron, Taschereau, 
A. Levavasseur
(Tome 2pp. 316-317).


ARNAULD (ANTOINE),

LE DOCTEUR [1].


On l’appelait le petit oncle, parce qu’il étoit plus jeune que son neveu Le Maistre, l’avocat. Celui-ci, sans doute, est le plus habile de ses frères, au moins en fait de littérature.

Voici l’origine de cette secte, qu’on appelle les Jansénistes, et qui fait aujourd’hui tant de bruit. La marquise de Sablé dit un jour à la princesse de Guémené : « Qu’aller au bal, avoir la gorge découverte, et communier souvent, ne s’accordoient guère bien ensemble ; » et la princesse lui ayant répondu que son directeur, le père Nouet[2], Jésuite, le trouvoit bon, la marquise le pria de lui faire mettre cela par écrit, après lui avoir promis de ne le montrer à personne. L’autre lui apporta cet écrit ; mais la marquise le montra à Arnauld, qui fit sur cela le livre de la fréquente Communion. On accuse messieurs Arnauld de n’avoir pas été fâchés d’avoir une occasion de faire parler d’eux. Les Jésuites les haïssoient déjà à cause du plaidoyer d’Antoine Arnauld, et, sur la matière de la grâce, ils les accusèrent d’être huguenots, et disoient : « Paulus genuit Augustinum, Augstinus Calvinum, Calvinus Jansenium, Jansenius Sancyranum[3], Sancyranus Arnaldum et fratres ejus. » D’ailleurs, les Jésuites, à qui il importe de faire un parti, ont poussé à la roue tant qu’ils ont pu, et se sont prévalus de tout ce qui est arrivé, comme de faire croire à la reine que la Fronde étoit venue du jansénisme[4].

  1. Né à Paris le 9 février 1612, mort à Bruxelles le 8 août 1694.
  2. Jacques Nouet, Jésuite, mort vers 1680, a composé un grand nombre d’ouvrages ascétiques qui sont encore estimés.
  3. L’abbé de Saint-Cyran, qui a véritablement importé le jansénisme en France.
  4. Ce mot de Tallemant est le plus vrai qu’on puisse dire sur ce sujet. Les questions de jansénisme n’ont eu d’importance que celle qui leur a été donnée par les Jésuites. C’est surtout par ce moyen qu’ils acquirent une si grande autorité à la cour de Louis XIV. Sans eux ces disputes seroient restées dans les écoles, d’où elles n’auroient jamais dû sortir.