Les Huit journées de mai/Préface

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Le Petit Journal (p. iii-viii).


Préface


Le 19 avril 1871, la Commune publia le manifeste suivant, qui renferme le programme de principales réformes communales, sociales et politiques pour lesquelles elle fut instituée :

» La Commune a le devoir d’affirmer et de déterminer les aspirations et les vœux de la population de Paris, ainsi que de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu, calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.

» Cette fois encore, Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il prépare, par des combats et des sacrifices, la régénération intellectuelle, morale, administrative et économique, la gloire et la prospérité.

» Que demande-t-il ?

» La reconnaissance et la consolidation de la république.

» L’autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France, assurant à chacune l’intégralité de ses droits et à tout Français le plein d’exercices de ses facultés et ses aptitudes, comme homme, comme citoyens, comme travailleurs.

» L’autonomie de la Commune n’aura pour limites que le droit d’autonomie pour toutes les autres communes adhérentes au contrat dont l’ensemble doit assurer l’uniformité française.

» Les droits inhérents à la Commune sont : le vote du budget communal des recettes et des dépenses ; la fixation et la répartition de l’impôt ; la direction des services locaux, de la police intérieur et de l’enseignement ; l’administration des biens appartenant à la Commune ; le choix pa l’élection ou le concours, avec responsabilité et droit permanents de contrôle, et le révocation des magistrats et fonctionnaires communaux de tout ordre ; la garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de conscience et de la liberté de travail ; l’intervention permanente des citoyens dans les affaires communales pour la manifestation de leurs idées, par la libre défense de leurs intérêts ; des garanties données à ces manifestation par la Commune, seule chargée de surveiller et d’assurer le libre et juste exercice du droit de réunion et de publicité ; l’organisation de la défense urbaine et une garde nationale élisant ses chefs et veillant seule au maintien de l’ordre dans la cité.

» Paris ne demande rien de plus, à titre de garanties locales, à la condition, bien entendu, de retrouver dans la grande administration centrale et une délégation des Communes fédérales la réalisation et la pratique des mêmes principes.

» Mais à la faveur de son autonomie, et profitant de sa liberté d’action, il se réserve d’opérer comme il l’entendra chez lui les réformes administratives et économiques que réclame la population, de créer les institutions propres à développer et à propager l’instruction, la production, l’échange et le crédit, d’universaliser le pouvoir et la propriété suivant les nécessités du moment, le vœu des intéressés et les données fournies par l’expérience.

» Nos ennemis se trompent ou trompent le pays, quand ils accusent Paris de vouloir imposer sa volonté ou sa suprématie au reste de la nation et de prétendre à une dictature qui serait un attentat contre l’indépendance et la souveraineté des autres communes.

» Ils se trompent quant ils accusent Paris de poursuivre la destruction de l’unité française, constituée par la Révolution. L’unité, telle qu’elle nous a été imposée jusqu’à ce jour par l’empire. la monarchie et le parlementarisme, n’est que la centralisation despotique, intelligente, arbitraire ou onéreuse. L’unité politique, telle que la veut Paris, c’est l’association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané, libre, de toutes les énergies individuelles, en vue du but commun, qui est le bien-être, la liberté et la sécurité de tous.

» La révolution communale commencée par l’initiative populaire, le 18 mars, a inauguré une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique. C’est la fin du vieux monde gouvernemental, clérical, militariste, fonctionnariste, la fin de l’exploitation, de l’agiotage, des monopoles, des priviléges auxquels le prolétariat doit son servage et la patrie ses malheurs et ses désastres.

» La lutte engagée entre Paris et Versailles est de celle qui ne peuvent se terminer par des compromis illusoires ; mais l’issue n’en saurait être douteuse. La victoires, poursuivie avec une indomptable énergie par la garde nationale, restera à l’idée et au droit.

» Nous appelons à la France avertie que Paris en armes possèdes autant de calme que de bravoure, qu’il soutient l’ordre avec autant d’énergie que d’enthousiasme, qu’il se sacrifie avec autant de raison que d’héroïsme, qu’il ne s’est armé que par dévouement pour la liberté et la gloire communes.

» Que la France fasse cesser ce sanglant conflit. C’est à la France à désarmer Versailles par une manifestation solennelle de son irrésistible volonté.

» Appelé à bénéficier de nos conquêtes, qu’elle se déclare solidaire de nos efforts ; qu’elle soit notre alliée dans ce combat qui ne peut finir que par le triomphe de l’idée communale ou par la ruine de Paris.

» Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons mission d’accomplir la révolution moderne la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l’histoire ; nous avons le devoir de lutter et de vaincre. »


Tels furent les hommes et le drapeau qui luttèrent à outrance pendant les Journées de Mai contre les idées, les institutions et les généraux de l’empire.