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Les Idées modernes sur les enfants/III.1

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CHAPITRE III

Le corps de l’Enfant.



I

pourquoi le développement corporel d’un enfant
est utile à connaître


Le problème de la recherche des causes, que nous avons posé dans le chapitre précédent, nous amène à parler d’abord de l’état physiologique des enfants, de leur santé et de leur développement corporel. Lorsque l’un d’eux ne réussit pas dans ses études, qu’il se laisse devancer par ses camarades de même âge, qu’il ne fait pas d’efforts intellectuels, qu’il paraît ne pas comprendre les leçons, ou qu’enfin il montre à un certain âge un changement très prononcé de caractère, qu’il devient présomptueux, fat, indiscipliné, insupportable, ou bien triste, taciturne, négligent, c’est une question de savoir si l’explication de son état ne peut pas être donnée par un examen physiologique de son individu, et si, notamment, ses insuccès scolaires ne tiennent pas à une incapacité physique de travailler.

Cherchons d’abord à acquérir quelques idées nettes sur cette incapacité physique, car, sous ce terme on confond souvent beaucoup de choses très différentes, par exemple l’état de santé et la force musculaire ; quand une personne est musclée comme un athlète, on s’imagine qu’elle a, par là même, un bon état de santé ; et quoique en général il existe une relation entre les deux, il est bon de se rendre compte que la santé correspond à tout un ensemble de qualités physiques qui ne se ramènent pas à la force musculaire ni au développement corporel, qui en sont distinctes théoriquement et qui peuvent en être indépendantes pratiquement.

Par l’état de santé, nous proposons qu’on entende la synthèse de quatre qualités principales :

1o L’absence de prédispositions morbides, telles que la prédisposition au cancer, à la tuberculose, pour ne parler que des plus dangereuses ;

2o L’absence d’un état actuel de maladie, affection aiguë, affection chronique, ou séquelles d’une affection chronique antérieure ; le seul exemple qu’il convient de donner pour éclaircir ce commentaire est celui de séquelles ; citons les paralysies infantiles, qui succèdent aux convulsions, ou encore les déformations osseuses qui sont le résultat d’une diathèse scrofuleuse ;

3o La tolérance des écarts de régime ; c’est la définition même de la santé. Le degré de la santé ne se constate pas dans une vie régulière et sage ; il faut un écart de régime pour la mettre à l’épreuve, et voir si elle est stable ou instable. Lorsqu’un sujet fait un excès de table ou de boisson, lorsqu’il est obligé de veiller toute une nuit sans un instant de repos, ou de faire une marche très longue et fatigante, on peut constater alors, par la manière dont son organisme supporte cet écart de régime et le répare, quelle est la qualité de sa santé. Mais à l’état de régime ordinaire, cette qualité est fort difficile à apprécier, même pour un médecin ; les signes objectifs font le plus souvent défaut ;

4o La longévité. Elle paraît distincte, en quelque mesure, des qualités précédentes, et elle est généralement la conséquence d’une influence héréditaire.

Par opposition à l’état de santé, la force physique résulte de deux ordres principaux de facteurs : le degré du développement corporel (taille, poids, autres mesures anatomiques) et la quantité de travail qu’un individu est capable de produire en un temps donné. Ici aussi, il faudrait faire des distinctions ; dans la motilité, on distinguerait l’adresse, la vitesse, l’élégance et la force ; celle-ci à son tour doit être considérée à un double point de vue : le maximum de force pouvant être atteint à un moment donné ; et d’autre part la prolongation de l’effort et l’endurance, c’est-à-dire la résistance à la fatigue.

Après avoir montré le nombre, la variété et la complexité des qualités que l’on comprend sous les noms de force physique, il est bon d’ajouter que, malgré notre analyse, il peut être utile en pratique de considérer cet état physique en bloc ; car, en moyenne, lorsque les enfants sont grands, pesants de corps, vigoureux de leurs muscles, ils sont en bonne santé ; et d’autre part, le moyen le plus sûr, le plus expéditif de mesurer l’état de santé d’un groupe d’enfants est encore de mesurer leur état physique ; le procédé serait à critiquer, si on l’appliquait à un enfant particulier ; il devient absolument légitime pour un groupe.

Nous donnerons les noms de vigueur et de chétivité à cet ensemble, suivant le degré où il se réalise.


Parlons d’abord de l’état de santé ; nous n’en dirons que deux mots, car cette étude n’appartient pas au sujet de notre livre ; nous ne faisons pas ici de médecine, mais de la pédagogie psychologique. L’étude de l’état de santé appartient non pas à l’instituteur, mais au médecin. Seulement, comme l’instituteur est toujours présent en classe, et tient les enfants sous une surveillance continue, il a l’occasion de faire bien des constatations qui échappent au médecin et dont il peut avertir ce dernier. D’une enquête faite avec la collaboration de M. l’Inspecteur Lacabe, sur l’état physique et intellectuel des élèves qui occupent le dernier cinquième du classement dans les compositions, il résulte que nombreux sont les enfants dont les insuccès scolaires s’expliquent par la chétivité. Les correspondants de l’enquête ont envoyé souvent des notices ainsi conçues :

« Cet enfant de huit ans est somnolent, endormi, atone ; il n’a jamais répondu à une question posée ; irréprochable au point de vue de la discipline, il est inerte pendant la récréation, triste et timide. Sa taille est en retard de quatre ans. Il est chétif, maigre, sans forces. Sa famille est dans la misère, et ne porte aucune attention à son travail. »

« Cette petite fille de dix ans, en retard de deux ans… déploie une grande activité physique… mais elle possède un tempérament maladif. En six mois, elle a quatre-vingts absences. Milieu social : misère. »

Lorsque l’on constate chez un enfant un état maladif, absence de forces, corps chétif, pas de disposition à jouer, maigreur, teint pâle, etc., il est évident qu’on doit prendre vis-à-vis de lui une attitude bien spéciale ; s’il montre de la paresse, de l’indolence, parfois même de l’insubordination, il ne faut pas le gronder, le réprimander, ni surtout le punir pour des fautes dont il n’est pas responsable ; il faut se dire que le vrai coupable, c’est un tube digestif qui digère mal ou qui est mal nourri, c’est un estomac dilaté, c’est un sang qui n’est pas assez riche, c’est un système nerveux qui est mal équilibré, c’est une respiration gênée par des végétations du fond de la gorge, c’est une période de formation qui produit une crise morale, ce sont peut-être aussi les premiers symptômes de cette maladie si grave qu’on appelle la démence précoce ; il est évident que si ces malaises d’origine physique peuvent être amendés en partie par des encouragements moraux et une suggestion raisonnable, les punitions consistant à priver l’enfant de récréation, de mouvement et d’air, ou à lui faire copier des lignes, ou à augmenter sa charge de devoirs, vont à l’encontre du but qu’on désire atteindre ; ce n’est pas la punition scolaire qui modifie les sécrétions de l’estomac et corrige l’anémie du sang.

Tout ce que le maître peut faire, c’est d’intervenir avec douceur pour épargner à l’enfant de trop grandes fatigues, pour l’exciter à prendre un peu d’exercice, le faire jouer avec des camarades au caractère doux, lui faire faire quelquefois des mouvements respiratoires, encourager ses moindres efforts, lui en tenir grand compte et ainsi de suite. Le rôle principal dans cette affaire est celui du médecin scolaire.

C’est un rôle qui, jusqu’ici, a été bien réduit ; on fait de lui le médecin des bâtiments et il ne s’intéresse à la santé des enfants que s’ils sont atteints d’une maladie épidémique. Récemment, des médecins hygiénistes ont proposé toute une extension, très importante, du service médical scolaire. Ils désirent que le médecin suive l’état de croissance et l’état de santé de chaque enfant ; il fera sur cet enfant tous les trois mois, ou tous les six mois, des mesures de taille, poids, circonférence de poitrine ; il examinera le fonctionnement de la vision et de l’audition ; il constatera l’état du système nerveux, du tube digestif, du poumon, du système osseux, de la peau ; et toutes ses mensurations et constatations seront écrites par lui sur un carnet individuel consacré à chaque enfant. Voilà bien de la paperasserie, et des examens bien longs, si le médecin doit examiner l’un après l’autre, à chaque trimestre, les trois cents à six cents enfants d’une école primaire. Nous avons montré ailleurs qu’on pourrait en tout cas épargner du temps en chargeant l’instituteur de tout ce qui est mensuration et examen des organes des sens. Mais peu importe ce détail, qui n’est que secondaire ; ce qu’il faut surtout mettre en relief, c’est l’idée que les médecins se font des services que le carnet sanitaire rendra aux enfants. Pour que ces services ne soient pas purement fictifs, il faudrait que les attributions du médecin scolaire fussent conçues autrement qu’on ne les conçoit actuellement.

Actuellement, on veut en effet que le médecin scolaire, après avoir examiné un enfant malade ou prédisposé, et si cet enfant n’a point une maladie contagieuse, ne prescrive aucune sorte de traitement ; on veut même qu’il ne formule aucun diagnostic, et qu’il se contente de faire signaler aux familles que leur enfant a besoin de soins médicaux, sans ajouter un seul mot. Cette réserve est imposée par le désir de respecter les droits des médecins non scolaires, et de ne pas leur faire une concurrence très sérieuse. Ceux-ci en effet perdraient tous leurs clients si les médecins scolaires les soignaient gratuitement.

Il y a là un bel exemple de fraternité professionnelle, et nous l’admirerions de tout cœur, si la santé des enfants n’en faisait les frais. C’est peut-être cette partie de la question qu’on oublie trop ; et notre avis est que si ce sont les malades qui font vivre le médecin, il n’en résulte pas que les malades soient faits pour le médecin. En restreignant outre mesure l’initiative du médecin scolaire, on rend sa fonction bien peu importante ; quand l’écolier malade ou maladif appartient à un milieu aisé, sa famille, dans la plupart des cas, aura son médecin traitant, et saura déjà à quoi s’en tenir sur la santé de l’écolier ; l’avertissement du médecin scolaire ne lui apprendra rien de très nouveau. Quand au contraire, il s’agit d’un enfant qui appartient à un milieu pauvre, il y a des chances pour que les parents n’aient jamais consulté de médecin ; et il y a des chances aussi pour que ces parents continuent à n’en pas consulter, afin de ne pas payer le prix de la consultation et du traitement, et même afin d’éviter le dérangement d’une visite. C’est donc surtout aux enfants des classes pauvres qu’il faudrait assurer à l’école une consultation médicale gratuite ; l’intérêt des enfants le demande ; et cet intérêt est vraiment assez grand pour faire négliger toute autre considération.

Nous avons envisagé les cas vraiment graves où l’état physique des enfants révèle un état de maladie chronique ou aiguë ; ce sont là des cas exceptionnels. Ceux-là mis à part, il faut se préoccuper de savoir si le développement corporel d’un enfant se fait ou non d’une manière normale ; c’est une partie de la question qui est moins médicale, et qui intéresse davantage la pédagogie proprement dite : elle est aussi plus accessible à l’expérimentation et à des conclusions précises, car l’état de développement corporel se juge mieux que l’état de santé. Voici les raisons pour lesquelles un maître doit se préoccuper du développement corporel de ses écoliers, et voici les conditions où cet examen physique doit surtout se faire.


Tout d’abord, l’âge d’un enfant est lié à son développement. Il faut distinguer entre deux sortes d’âges : l’un est l’âge chronologique, qui résulte de la date inscrite sur l’acte de naissance ; l’autre est l’âge anatomique et physiologique, qui est exprimé par la hauteur de la taille, par le poids, par la force musculaire, le développement de la dentition et du système pileux, le timbre de la voix, et tous les autres signes révélateurs de la maturité. Normalement, ces deux âges, le chronologique et le physiologique, se correspondent ; mais ils se correspondent avec de nombreuses exceptions. Il n’est pas rare de rencontrer des enfants qui sont plus âgés ou moins âgés que leur âge légal ; et l’avance ou le retard s’élève parfois à deux ans, à trois ans, rarement à plus. Comment faut-il juger l’âge de l’enfant dans ces cas de désaccord ? On a souvent à prendre en considération l’âge d’un enfant, par exemple pour la classe où on le place, ou pour les examens auxquels on lui permet de se présenter ; les règlements fixent même pour certains examens des limites d’âge. Il paraît naturel de tenir surtout compte de l’âge physiologique, car c’est bien l’âge réel, effectivement vécu ; l’autre n’est qu’une fiction.


Autre question : il est important de connaître et de mesurer les forces physiques d’un individu pour savoir quel est l’entraînement physique dont il a besoin, quels sont les exercices qui sont appropriés à son corps, et à quelle dose il faut lui distribuer les leçons de gymnastique. Ces leçons sont de divers ordre ; et malgré la suppression générale des agrès, qui est de mode aujourd’hui, il reste toute une série d’exercices qui n’exigent pas la même quantité d’effort, et n’entraînent pas la même quantité de fatigue. La culture physique doit évidemment s’adapter à la valeur physiologique de chaque individu ; ce qui est bon pour l’un peut être mauvais pour un autre. Il est absurde de soumettre au même travail musculaire des sujets qui se distinguent par d’énormes différences de développement physique ; c’est absurde et dangereux. Il est un certain degré de fatigue qu’il ne faut pas craindre de rechercher, car elle est salutaire pour le corps, elle en chasse les déchets, et elle se répare vite ; mais lorsque la fatigue dépasse une certaine limite, l’organisme a de la peine à se réparer, il y a du surmenage, de l’épuisement et de l’intoxication. Par conséquent, si on ne tient pas compte de l’état des forces des individus, si on confond les forts et les faibles dans une même escouade, on risque de leur demander, un travail qui sera insuffisant pour exercer les uns, excessif et débilitant pour les autres. Ce que nous disons là de la gymnastique s’applique à plus forte raison aux jeux ordinaires, dont l’effet, quand ils sont bien gradués, est excellent. On ne saurait applaudir sans réserve aux programmes de certaines écoles nouvelles, par cela seul qu’elles font une part immense à la vie physique des écoliers. Le surmenage physique est tout autant à éviter que le surmenage intellectuel.

Ce n’est pas seulement la gymnastique qu’il faut doser, c’est aussi les sports. Aujourd’hui, le goût des sports est très répandu dans la jeunesse ; c’est même une des marques les plus curieuses de notre temps, et les plus heureuses ; la bicyclette, l’aviron, le football, et tous ces autres jeux de pelouse que nous avons empruntés aux Anglais, sont extrêmement en faveur ; le petit écolier chétif, à lunettes, le fort en thème du temps jadis est presque devenu un mythe ; en tout cas, il est beaucoup moins considéré, imité, envié. Tous les physiologistes ont applaudi à ce mouvement général, ils y ont vu un moyen de régénération pour la race ; les patriotes se sont émus, ils ont été persuadés que cette culture physique intensive nous donnerait de meilleurs soldats. Malgré toutes ces raisons, on commence à remarquer que les excès de sport ne sont point, comme on l’a cru naïvement, toujours favorables à la santé, bien au contraire.

Dans les collèges et lycées, où la vie sportive est adoptée avec le plus de ferveur, le niveau des études a baissé. C’est là une application d’une règle qu’on peut considérer comme générale ; une certaine dose d’exercice physique est excellente pour l’entretien de la santé et peut influer aussi, par contre-coup, et très légèrement, sur le développement de l’intelligence ; mais, quand cette dose est dépassée, il se produit dans l’organisme ce qu’on remarque dans tout budget : une dépense sur un chapitre entraîne une économie nécessaire sur un autre ; en d’autres termes, trop d’exercice physique nuit à la culture intellectuelle. C’est une raison pour regarder de très près quels sont les enfants qui prennent part aux exercices les plus fatigants et les plus violents ; c’est une raison surtout pour que les maîtres et les parents jugent sans faiblesse l’état des forces de leurs enfants et ne permettent à ceux-ci que des exercices ne dépassant pas leurs pouvoirs physiques réels, et ne nuisant pas à leurs études.

L’examen des forces physiques a aussi son utilité, lorsqu’on se décide à envoyer un enfant dans une école de plein air, ou dans ces colonies scolaires de la campagne ou du bord de la mer, qui sont destinées à tonifier, par une vie physique bien saine, les enfants anémiés des grandes villes. La balance et la toise pourraient être utilisées, au départ des enfants et au moment de leur retour, pour vérifier dans quelle mesure ils ont profité du séjour dans la colonie de vacances, et pour savoir, par suite, si le régime adopté était meilleur ou moins bon qu’un autre. On procède très souvent aujourd’hui à ces mensurations ; mais elles sont faites dans un tel esprit d’optimisme et de réclame qu’elles nous paraissent suspectes. Ceux qui les font ne savent pas le premier mot des précautions qui sont absolument indispensables pour assurer la sincérité des opérations ; ces précautions, nous les signalerons tout à l’heure.

Lorsque les enfants sont devenus des jeunes gens et quittent le milieu scolaire pour entrer dans la vie, à ce moment-là encore une cote de leurs qualités physiques serait bien utile à prendre ; elle donnerait à l’élève et à ses parents des renseignements précieux sur les professions et métiers pour lesquels ce sujet est le plus apte ; et, du même coup, l’élève apprendrait à ne pas faire fausse route, en s’engageant dans des occupations où la demande est supérieure à ses forces physiques. Chaque métier, peut-on remarquer, exige une dépense physique différente ; l’ouvrier doit être plus fort que l’employé ; le manœuvre dépense plus de ses muscles que l’ouvrier d’art ; et, dans le métier du bâtiment, le travail du fer réclame des sujets plus résistants que le travail du bois ; le peintre en bâtiments n’a pas besoin d’être aussi robuste que le maçon. Le mineur, qui vit sous terre, doit avoir plus de résistance que celui qui travaille à l’air libre. Que d’infortunes, que de déboires on éviterait ; si le maître pouvait discrètement instruire chaque élève de ses capacités, et lui montrer le chemin où il peut s’engager sans péril ! Il y aurait moins de déclassés, moins de mécontents, moins de révolutionnaires ; il y aurait surtout moins de mortalité.

C’est ainsi que, pour peu qu’on y réfléchisse, on s’aperçoit avec étonnement qu’il y a un nombre considérable de problèmes d’éducation qui pourraient se résoudre de la manière la plus satisfaisante par l’examen physique des élèves. Et nous ne sommes pas encore au bout de notre énumération. Nous citerons encore deux questions.

La première de ces questions, c’est la valeur comparative de deux systèmes de gymnastique, l’ancienne gymnastique française, avec exercices d’agrès pour les membres supérieurs, et la gymnastique suédoise. C’est cette dernière qui triomphe aujourd’hui. La discussion a été purement théorique ; aucune expérience, aucun contrôle n’est intervenu ; on n’y a même pas songé, tant on aime peu réfléchir, tant on préfère l’engouement et la mode. Il serait cependant bien simple de rechercher sur deux groupes suffisamment nombreux d’élèves quel est le mode de gymnastique qui profite le plus à leur corps.

Dernière question, l’internat. Est-il exact que l’internat-prison, qui a attristé la jeunesse de tant d’hommes de notre génération, soit aussi malsain pour le développement corporel que pour le développement de l’esprit ? Il est encore facile de le savoir, en comparant le développement corporel moyen des internes et des externes. L’influence néfaste produite par les concours, par le surmenage, par l’insalubrité des bâtiments, par les erreurs du régime alimentaire, tout cela peut se doser avec l’examen physique, bien mieux que par tout autre procédé. Du moment qu’une collection de sujets, placés dans certaines conditions, montrent des signes de déficience physique, de chétivité, il est incontestable que ces conditions ne sont point bonnes. Un exemple à l’appui. Il y a dix ans, je faisais des contrôles de ce genre dans les écoles normales d’instituteurs et d’institutrices. Je me rappelle encore quelques-unes de mes constatations. Il y eut des écoles ou je fus effrayé par la maigreur et la chétivité des élèves que je pesais ; on m’apprit que ces élèves, des jeunes filles, étaient surmenées par un concours dans lequel elles n’arrivaient que dans la proportion d’une sur vingt. On ajouta que les bâtiments de l’école étaient étroits, vieux et insalubres. C’était la confirmation et l’explication de ce que me racontait la balance.