Les Moines de l’Ile-Verte

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Les moines de l'Ile Verte
1854




Menec’h an Enez-Glas.

(Ies Goello.)

Me n’a bet eur c’houaret vad ;
Lac’het e bet gant en abad.

Lac’het e bet, a goallet,
Gant manac’h er gouent daounet.

E man dû-man, war er bili,
Er goad e redek deus he fri.

E man dû-man, war er bizin,
He c’horf paour glas evel glizin.
 

E man dû-man, he bler melen,
Mesket gant fank en dro d’he fen.

E man dû-man en he gourve ;
Zellet outi zo eun drue.

O ms Doue ! a gwir e ve,
E renfe pell er sort tud ze !
 

Arc’heskop Dol e levere,
En hi gathedral en de se :

— War er garek, en Enez-Glas,
Zo eur manati, kreis er mor bras ;


Kreis er mor bras zo eur gouent,
Zavet gweach ali gant er zent.

Mes er venec’h e zo ennou,
Ne studient kin ho levrou.

Ho zorfejo na p’ou c’hlevan,
E lak me c’halon de spontan.

Malles d’er venec’h zou er vro,
Vel er vel bleizi bars er c’houajo !


Malles warn’he ! malles en dud !
Malles en env ! el loeiner mud !


D’er venec’h zou en Enez-Glas,
Malles taer gwech, a malles c’hoas !


Mab er Roue e levere,
War dor hi bales en de se :

— Mar ge me zou mestr er vro-man,
"E lerer Breiz enean ; "

Me e diskou d’er venec’hi,
Lezen in peuc’h me jujedi.

D’er venec’h du, d’er vsnec’h gwen,
Lezen in peuc’h me gwirvijen.

Me e savou eun arme vras,
Vit distrujan en Enez-Glas,

Ak er venec’h e vou enni,
Ne vezo espernet c’hini.
 

Er manac’h bras e levere
War lein er skeul pe arrie :

— Mu e verc’het e meus gwalet,
Vit zou aman ouz me zellet.

Mu e sakrilej e meus gret,
Vit zou neuden bars me rochet.

A c’hoas e c’houllan, rok mervel,
Me koueou gwall war Breiz-Izel !


Les moines de I’Ile-Verte.

(Dialecte du Goello.)

J’avais une bonne petite sœur ; elle
a été tuée par l’abbé.

Elle a été tuée et violée par l’abbé
du couvent maudit.

Elle est là, sur les galets ; le sang
coule à flots de ses narines.

Elle est là, sur le goëmon ; son
pauvre corps est pâle comme la gelée
blanche.

Elle est la ; ses cheveux blonds en-
tourent sa tête souillée de vase.

Elle est là, étendue ; la regarder
navre de pitié.

Ô mon Dieu ! serait-il vrai, que de
telles gens dussent dominer long-
temps !

L’Archevêque de Dol disait, en sa
cathédrale, ce jour là :

Sur un rocher de l’lle-Verte, est
un couvent, au sein des mers ;


Au sein des mers est un couvent,
élevé jadis par les Saints.

Mais les moines qui l’habitent,
n’étudient plus leurs livres.

Le récit de leurs forfaits glace
mon cœur d’épouvante.

Malédiction sur les moines , qui
vivent dans le pays comme les loups
dans les bois !

Malédiction sur eux ! qu’ils soient
maudits des hommes ! maudits du
Ciel ! maudits des animaux !

Sur les moines de l’lle-Verte, ma-
lédiction trois fois, malédiction encore !


Le fils du Roi disait alors sur le
seuil de son palais :

— Si c’est moi qui suis le maitre en
ce pays, qu’on appelle la Bretagne,

J’apprendrai aux moines à laisser
en paix mes sujets.

Aux moines noirs, aux moines
blancs, à laisser en paix mes vassaux.

Je lèverai une grande armée, pour
détruire l’Ile-Verte,

Et des moines qui s’y trouveront,
pas un ne sera épargné.


L’abbé disait en arrivant au haut
de la potence :

— J’ai violé plus de filles, qu’il n’y
en a là à me regarder.

J’ai commis plus de sacrilèges,
qu’il n’y a de fils dans ma chemise.

Et ma prière, en mourant, est que
tous les fléaux tombent sur la Basse-
Bretagne !