Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz/Jour 6 commentaire

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par Auriger.
Chacornac Frères (Les Écrits rosicruciens) (p. 124-126).

COMMENTAIRE


Comme nous l’avons déjà laissé pressentir, ce Sixième Jour doit correspondre cabalistiquement au couronnement de l’Œuvre, aussi, est-il illustré de la description de curieux travaux. Dès le début, pour aider à leur ascension, les artistes sont munis d’ailes, d’échelles ou de cordes ; trois moyens bien différents d’arriver au même but. Le grand Œuvre peut en effet se réaliser suivant des voies différentes, plus ou moins rapides et ceci est une réplique des chemins offerts à notre héros lorsqu’il cherche à parvenir au Palais Solaire.

Douze musiciens apportent une fontaine dans laquelle sont enfermés les six corps royaux. La dissolution des cadavres à l’aide des produits séparés la veille, revêt le caractère d’une opération magique. La disposition des Vierges, des servantes, des Musiciens, et des artistes forme à ce moment une figure dont le graphisme n’est pas à négliger de même que la boîte contenant la tête du nègre était au milieu du Mausolée décrit dans le simulacre de funérailles du Cinquième Jour, de même la retrouvons-nous dans la petite chaudière supérieure d’où elle communique aux eaux une chaleur intense. Ne poussez pas, Lecteurs, le symbolisme au point d’assimiler à la houille cette tête de Nègre qui fournit à une chaudière l’énergie calorifique ! Vous perdriez un temps précieux en confondant le vulgaire charbon avec le noir bourreau ; retenez plutôt la forte densité du liquide très rouge que recueille une vierge dans une sphère d’or creuse. Chacun étant parvenu selon ses moyens et ses mérites au troisième étage de la tour, nous assistons à un procédé solaire de chauffage qui grâce à une heureuse distribution de miroirs permet de concentrer sur la sphère d’or suspendue au centre de la pièce toute l’activité lumineuse et tout le fluide astral que laissent entrer les fenêtres. L’œuf produit par cette coction ne manque point de surprendre nos artistes, mais son incubation rapide au quatrième étage de la tour, donne naissance à l’oiseau d’Hermès et sans nous attarder à traduire les inscriptions que portent les quatre faces de la chaudière, nous rappelons simplement certain passage du traité alchimique intitulé : Le Ciel Terrestre par Wenceslas Lavinius de Moravie.

« J’habite dans les montagnes et dans la plaine. Je suis père avant que d’être fils. J’ai engendré ma mère et ma mère ou mon père m’a porté dans sa matrice, en m’engendrant sans avoir besoin de nourrice. Je suis Hermaphrodite et j’ai les deux natures. Je suis victorieux sur tous les forts et je suis vaincu par le plus faible, et il ne se trouve rien sous le ciel de si beau ni qui aie une figure si parfaite. Il naît de moi un oiseau admirable qui de ses os qui sont mes os se fait un petit nid, où volant sans ailes, il se revivifie en mourant, et l’Art surpassant les lois de la Nature, il est à la fin changé en un Roi, qui surpasse infiniment en vertu les 6 autres ».

Je crois qu’il n’y a rien à ajouter à cela, le parallélisme avec les opérations des Noces Chymiques s’impose. Cet oiseau alimenté du sang des Corpora Regalia perd ses plumes noires qui sont remplacées par des blanches, « Les petits corbeaux changent de plumes et deviennent des colombes ; L’aigle et le lion se réunissent par un lien indissoluble » — (d’Espagnet, Arc. Herm. Phil. Op. Canon 68 et suivants). Nous avons déjà parlé de l’antagonisme du noir et du blanc, lorsque le héros poursuit la colombe à laquelle il émiettait son pain, puis, lors de la représentation offerte aux artistes avant la décapitation, des six personnes royales. Rappelons-nous que le noir et le blanc étant deux extrêmes, ne peuvent s’unir que par un moyen terme. La matière ne devient pas blanche intégralement en quittant la couleur noire la couleur grise se trouve intermédiaire, puisque participant des deux. Par le troisième aliment (entendez le troisième régime), les plumes de l’oiseau se couvrent de couleurs éclatantes. Il est dès lors parfaitement docile, les travaux d’Hercule sont finis. La partie la plus délicate et la plus difficile de l’Œuvre est terminée. Souvenons-nous que notre héros s’est plaint mainte fois depuis son arrivée à la tour de la maigre chère qui lui était offerte pour un labeur ininterrompu. C’est évidemment là ce qui attend tout adepte capable d’arriver jusqu’à cette phase de l’Œuvre, dont Nicolas Flamel dit dans son explication des Figures Hiéroglyphiques : « La préparation des agents est une chose difficile sur toute autre au monde ».

Au cinquième étage de la tour on plonge l’oiseau dans un bain blanc comme du lait ; là il perd ses plumes et le bain devient bleu. On évapore à sec pour isoler la matière bleue produite ; celle-ci est appliquée sur la peau de l’oiseau qui redevient bleu « sauf la tête qui reste blanche » ; l’absence de plumes caractérise la fixation du volatil, c’est pourquoi j’insiste sur le fait que la tête reste blanche.

Au sixième étage, nous retrouvons les six objets rituels déjà vus dans la salle du Roi, et après trois conjonctions célestes signalées par les mouvements de la sphère céleste, et de l’horloge, l’Oiseau merveilleux posant sa tête sur le livre se laisse décapiter humblement. Son corps est incinéré sur l’autel à l’aide du feu pris à la petite lumière. On conserve ses cendres purifiées dans une boite de cyprès. Que l’attention du lecteur ne se laisse pas détourner ici par l’épisode comique inséré dans ce but.

Les Artistes désignés par la Vierge, sont admis à contempler le Grand Œuvre intégral, sans s’arrêter à la transmutation des métaux et à la production artificielle de l’Or « qui sont une partie de l’art, mais non la plus noble, la plus nécessaire et la meilleure ». Nous devons reconnaître la profonde justesse des paroles du Vieillard qui les recueille : « L’homme ne reconnaît jamais la bonté que Dieu lui prodigue ».

Au septième étage, les artistes dupés par la Vierge, opèrent des transmutations, mais les élus les contemplent depuis les combles, tout en travaillant à la résurrection du Roi et de la Reine. Cette résurrection prend toute sa signification vraie si on relit le passage où on nous montre les Artistes soufflant à perdre haleine sur un brasier ; ils ne sont en effet que des soudeurs par rapport aux alchimistes admis à coopérer aux miracles de la Palingénésie. De même qu’ils avaient nourri l’Oiseau du sang de personnes royales ; de même on nourrira de son sang les deux figurines fabriquées avec sa cendre, et ceci n’est pas sans mystère. Lorsque les corps inertes ainsi fabriqués atteignent les proportions harmonieuses qui en font un objet d’admiration pour notre héros, on suspend leur alimentation pour procéder à leur animation mais cette animation s’entend au sens propre du mot : anima, âme, fixation de l’âme sur le support matériel ou écorce fabriqué par les artistes. Cette cérémonie purement magique doit retenir l’attention du lecteur par les singularités qu’elle offre. La salle où elle se déroule présente une architecture curieuse sept demi-sphères dont celle placée au centre est percée d’une ouverture ronde, (les six autres étant vraisemblablement disposées autour d’elle suivant le mode hexagonal). Six vierges apportent chacune une trompette, et chacun des deux corps reçoit trois âmes par l’intermédiaire de trois trompettes appliquées sur sa bouche. Ces âmes descendent sous forme de rayon de feu, par l’ouverture ronde du sommet de la Tour. Ce fait que l’Auteur mentionne sans appuyer mérite d’être médité par les curieux de Science. Les astrologues se souviendront qu’au moment de la mort, les influences planétaires acquises au moment de la naissance retournent aux planètes qui leur avaient donné naissance, mais les Alchimistes verront là la judicieuse utilisation du fourneau des Sages. Le reste du récit ne mente pas de mention spéciale, et je n’en dirai pas plus avant aujourd’hui sur le Commentaire du Sixième Jour.