Les Pastorales de Longus/Notes

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Traduction par Paul-Louis Courier.
Merlin (p. 191-267).

NOTES


N. B. Les notes marquées Br. appartiennent à Brunck, et sont extraites de ses manuscrits communiqués au traducteur par MM. les conservateurs de la Bibliothèque du Roi.

« LES PASTORALES DE LONGUS, OU DAPHNIS ET CHLOÉ. »

C’est exactement le titre grec : ΛΟΓΓΟΥ ΠΟΙΜΕΝΙΚΩΝ ΤΩΝ ΚΑΤΑ ΔΑΦΝΙΝ ΚΑΙ ΧΛΟΗΝ ΛΟΓΟΣ ΠΡΩΤΟΣ.

Ποιμενικὰ est dit comme Γεωργικὰ, Βαϐυλωνικὰ, Ῥωμαϊκὰ, Παρθονικικὰ. L’autre partie du titre répond justement à cette forme usitée chez nous, Daphnis et Chloé. Dion Chrysostome, δικαίως ἐγκαλοῦσιν τῷ Ἀρχιλόχῳ περὶ τῶν κατὰ τὸν Νέσσον καὶ Δηϊανείραν.

Amyot, qui veut paraphraser jusqu’au titre de cet ouvrage, l’ajuste ainsi à l’italienne : « les Amours pastorales de Daphnis et de Chloé. » Il n’y a point d’Amours dans le grec, encore moins d’amours pastorales.

Page 1, ligne 1. « En l’île de Lesbos, chassant en un bois consacré aux Nymphes. »

C’est le grec mot à mot. Amyot a mal rendu cela. Voici sa traduction. « Étant un jour à la chasse en l’isle de Metelin, dedans le bois qui est sacré aux Nymphes, je vis la plus belle chose que je sçache jamais avoir vue ; c’étoit une peinture d’une histoire d’amour. » Dans cette phrase, beaucoup trop longue, Metelin ne se peut souffrir au lieu de Lesbos. Sacré aux Nymphes est un italianisme, sacro alle ninfe. C’étoit la mode et le bel air du temps d’Amyot de parler italien en François. « Dedans le bois. » est un contresens ; le grec dit « dans un bois. »

P. 1, l. 3. « Une image peinte, une histoire d’amour. »

Amyot : « C’étoit une peinture d’une histoire d’amour. »

On traduit le plus qu’on peut mot à mot, et souvent, comme en cet endroit, avec la même construction, le même ordre de mots que dans l’original.

Remarquez que l’asyndète une image, une histoire, n’est point dans Amyot. Cette figure, dont les anciens usoient plus sobrement que nous, plaît à Longus, et Amyot ne la lui conserve jamais.

P. 1, l. 10. « Tellement que plusieurs, même étrangers… »

C’est le grec. Amyot : « Tellement que plusieurs passants. »

P. 2, l. 7. « Jeunes gens unis par amour. »

Allusion à ce qu’il dit ailleurs, p. 55 : « Après que je les ai le matin mis ensemble. » Et en cet autre endroit, p. 10 : « les envoyèrent aux champs. » Et p. 11 : « toujours se tenoient ensemble. » Les interprètes, faute de s’être rappelé ces passages, ont fort mal expliqué ici le mot συντιθέμενοι, et Amyot a mal traduit : « une compagnie de jeunes gens qui s’alloient ébattre aux champs. »

P. 2, l. 13. « Si cherchai quelqu’un…….entendu… »

Tout cela est en trois mots dans le grec. Ἀναζητησάμενος ἐξηγητὴν τῆς εἰκόνος. Mais ἐξηγητής ne se peut dire dans notre langue ; c’est pourquoi on a conservé cette paraphrase d’Amyot, qui d’ailleurs a de la grace, et est même tout-à-fait du style de Longus.

P. 2, l. 21. « Remettre en mémoire de ses amours celui qui autrefois aura été amoureux. »

Traduction d’Amyot un peu longue pour deux mots, ἐρασθέντα ἀναμνήσει. Mais du moins l’expression est belle, et La Fontaine s’en est servi :

« Ce loup me remet en mémoire
Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris. »

P. 3, l. 3. « Regarderont… »

Le grec est admirable, et foiblement rendu par cette version d’Amyot, qu’on a seulement abrégée. Quelqu’un trouvera des termes pour dire, μέχρις ἂν κάλλος ᾖ καὶ ὀφθαλμοὶ βλέπωσι.

P. 3, l. 4. « Veuille le Dieu… »

Amyot dit Dieu veuille, et c’est un contresens.

P. 3, l. 6. « Mitylène est ville de Lesbos. »

Amyot : « Mitylène est une forte ville en l’isle de Metelin. » Pourquoi forte ? et pourquoi ce nom moderne de Metelin, bien moins connu que celui de Lesbos ? C’est comme si l’on faisoit dire à Thucydide : « Lacédémone est une forte ville de Turquie. »

P. 3, l. 7. « Coupée de canaux… »

Comme sont aujourd’hui Venise et Mexico. Amyot n’a point entendu cela ; il traduit : «  environnée d’un canal d’eau de mer qui flue tout à l’entour. »

P. 3, l. 10. « A voir, vous diriez non une ville, mais comme un amas de petites îles. »

Amyot : « On diroit que c’est une isle et non pas une ville. »

Lisez dans le texte : νομίσεις οὐ πόλιν ὁρᾶν, ἀλλὰ νήσους· ἀλλὰ ταύτης τῆς πόλεως… Cette répétition d’ἀλλά est une petite naïveté imitée de Platon.

P. 3, l. 11. « Environ huit ou neuf lieues loin de cette ville de Mitylène. »

Amyot : « Loin d’icelle environ cinq quarts de lieue. » Il y a dans ce peu de mots beaucoup de fautes. D’abord il ôte la naïveté d’une répétition mise à dessein dans le texte : « Mitylène est ville de Lesbos… environ huit ou neuf lieues loin de cette ville de Mitylène. » Πόλις ἐστὶ Λέσϐου Μιτυλήνηἀλλὰ ταύτης τῆς πόλεως τῆς Μιτυλήνης… Ensuite loin d’icelle est style de chicane ; ensuite cinq quarts de lieue… Le grec dit deux cents stades, neuf ou dix lieues ; et cette circonstance est fort considérable pour la vraisemblance du récit, qui devient tout-à-fait absurde si la scène est près d’une grande ville, à cinq quarts de lieue. L’innocence des deux bergers, le débarquement des corsaires, l’invasion des Méthymniens, tout cela ne peut avoir lieu aux portes de Mitylène.

Par ce détail des fautes d’Amyot dans les deux premières pages seulement, on peut se faire une idée de sa façon de traduire. Il entend souvent mal son texte, et le rend toujours par des gloses et des paraphrases sans fin. On diroit qu’il explique Longus à des écoliers dans une classe. Amyot, d’abord régent de collège, puis abbé, puis évêque, puis précepteur du roi et grand aumônier de France, resta toujours homme de collège, ainsi qu’avoit fait avant lui le cardinal Bessarion, bien plus savant.

P. 3, l. 18. « Une plage étendue de sable fin. »

Lisez dans le grec : προσέκλυζεν ἠϊόνος ἐκτεταμένης ψάμμῳ μαλθακῇ. Br.

P. 3, l. 23. « Et voici la manière comment. »

Amyot ajoute cela, fort bien ; car encore que cette phrase ne soit pas dans le texte, elle est grecque et antique : ὦδε πῶς ἐγένετο.

Cent Nouvelles Nouvelles : « Il lui dit la raison pourquoi. » Ailleurs : « Nouvelle d’un curé… et de la manière comment ledit curé s’échappa. » Arrêts d’Amours : « Et raconterai la manière comme le président parloit. » Chronique du petit Jean de Saintré « Et sçais bien la façon comment. »

P. 4, l. 13. « Peur de lui faire mal. »
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Il faut bien se garder d’ajouter au grec τὸ βρέφος, qui est exprimé plus haut. Br.

P. 5, l. 1. « Si fut entre deux d’emporter… »

Expression d’Amyot qu’il emploie souvent. Dans la vie de Galba : « Encore dit-on qu’il fut entre deux de déposer les Consuls. » Et dans celle de Caton d’Utique : « De quoi Caton fort courroucé fut entre deux de l’en poursuivre par justice. »

P. 5, l. 10. « Comme il l’avoit trouvé gisant et la chèvre le nourrissant. »

On garde ici les consonnances qui sont dans le grec et la coupe même de la phrase ; et autant qu’il se peut, par-tout on en use ainsi.

P. 5, l. 10. « Comme il l’avoit trouvé… »

On a bien fait de mettre dans le texte de Rome, πῶς εὗρεν ἐκκείμενον, πῶς εἶδε τρεφόμενον. Mais il y a erreur dans les variantes, au bas de la page. Cette leçon est celle du manuscrit de Florence, et la seule bonne. Celui de Rome porte, πῶς εὗρεν ἐκκείμενον, πῶς εὗρε τρ.

P. 5, l. 12. « Elle fut bien d’avis que vraiment il ne l’avoit pas dû faire ; et tous deux d’accord de l’élever… »

Paraphrase de ces deux mots δόξαν δὴ κἀκείνῃ. La tournure est belle ; c’est pourquoi on l’a conservée d’Amyot : et d’ailleurs cette explication sert à la clarté du récit.

P. 5, l. 15. « Quant et lui. »

C’est-à-dire avec lui. Amyot emploie souvent cette expression. La Fontaine :

Comme elle sait persuader et plaire,
Inspire un charme à tout ce qu’elle dit,
Touche toujours le cœur quant à l’esprit,
Je suis certain, etc.

Ainsi sont imprimés ces vers dans la nouvelle Vie de La Fontaine ; mais il faut lire assurément « le cœur quant et l’esprit : » autrement cela n’a point de sens. La Fontaine s’est souvent plaint de la sottise de ses imprimeurs. Dans la fable de l’Alouette :

Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose
Sur de tels paresseux à servir ainsi lents :

Lisez, « et sot qui se repose. »

Remarquez qu’Amyot a écrit « quant et lui, quant et elle, quant et eux, » non pas, comme l’ont corrigé fort mal ses éditeurs, « quand et lui, quand et elle : » de même il écrit « quant et quant, » non pas « quand et quand » qui se lit dans toutes les réimpressions.

P. 6, l. 9. « Du milieu de la roche et du plus creux de l’antre sourdoit une fontaine. »

Amyot : « Le dessus, ou pour mieux dire la voûte de cette caverne étoit le milieu de la roche, au fond de laquelle sourdoit une fontaine. » On ne sait ce qu’il veut dire. Le texte est parfaitement clair. Il ajoute après cela : « L’humeur de la fontaine nourrissoit la belle herbe. » — Humeur, en ce sens, est italien, mais nullement françois, et fort désagréable ici, comme dans Régnier,

Mes yeux toujours mouillés d’une humeur continue.

P. 6, l. 16. « Offrandes des anciens pasteurs. »

Version d’Amyot. Ce n’est pas là tout-à-fait le sens. Le texte dit, mais en trois mots : « Offrandes de quelques vieux pasteurs qui, en quittant leur profession pour se reposer, avoient consacré leurs « outils aux Nymphes, » coutume ancienne. Voyez ci-dessous, pag. 172. Lucien dans le Timon, et Horace, Vejunius armis.

P. 6, l. 21. « Afin qu’elle demeurât au troupeau, comme devant, à paître avec les autres. »

Amyot ajoute : « sans plus s’écarter ni égarer, comme elle faisoit ordinairement. ». Quatre lignes de françois pour quatre mots de grec ! Il est souvent bien plus prolixe, et même insère volontiers des commentaires dans sa version. Son Plutarque est trois fois plus long que l’original. C’est à lui que Plutarque doit l’épithéte de bon, qui ne l’eût pas flatté de son vivant. Aucun auteur n’a eu plus de soin de bien écrire. Il feroit gagner à Pompée la bataille de Pharsale si cela pouvoit arrondir tant soit peu sa phrase.

P. 6, l. 23. « Il coupe un scion… dont il fit… et s’en venoit… »

Amyot. « Il coupa… il fit… il s’approcha… »

Le grand défaut de cette version, c’est que les temps n’y sont point variés comme dans le grec. L’auteur anime son récit en parlant tantôt au présent, tantôt au passé, et à tous les temps du passé, dans une même phrase, ce qu’Amyot n’observe jamais, non plus que le Caro. Cela ne fait rien au sens ; mais, faute de ces nuances, la peinture est toute plate. Dans Tite-Live, par exemple : ut primo statim concursu increpuere arma, micantesque fulsere gladii, horror ingens spectantes perstringit, et neutro inclinata spe, torpebat vox spiritusque. Qui écriroit là perstrinxit et torpuit glaceroit tout ce récit.

P. 7, l. 17. « Dryas estimant cette rencontre… »

Amyot : « Aussi le berger estimant cette rencontre. » Que fait là cet adverbe aussi ? c’est peut-être une faute de l’imprimeur. La traduction d’Amyot ne fut point imprimée sous ses yeux. Presque tous les noms grecs y sont estropiés. Il s’y trouve souvent des phrases tellement brouillées, qu’on n’en peut tirer aucun sens, même en consultant le texte grec.

P. 8, l. 2. « Demeurance. »

Amyot emploie souvent ce mot et d’autres pareils, « souvenance, accoutumance, signifiance, oubliance. »

P. 8, l. 16. « Ces deux enfants en peu de temps… »

Amyot traduit : « Ces deux enfants en peu de temps devinrent grands, et montroient bien à leur gentillesse et beauté qu’ils n’étoient point issus de gens de village ni de paysans. » Il découvre ainsi ce que l’auteur laisse seulement entrevoir pour préparer le dénouement.

P. 8, l. 22. « Il leur fut avis que les Nymphes… »

Le texte de Colombani porte : εἶναι ἐδόκουν τὰς Νύμφας. Brunck veut qu’on supprime εἶναι, qui manque en effet dans le manuscrit de Florence. Mais celui de Rome mérite bien plus de confiance, et on trouve, à la place du mot εἶναι, un blanc, qui veut dire que le copiste n’a pu lire en cet endroit son original.

P. 9, l. 11. « Aussi destinés à garder les bêtes… »

Ce passage est bien rétabli dans l’édition de Rome. Celle de Colombani porte : ἤχθοντο μὲν οἱ ποιμένες εἰ ἔσοιντο καὶ ἴσως οὗτοι αἰπόλοι. Les deux mots ἴσως οὗτοι marquent un doute du copiste ou une conjecture de quelqu’un sur le mot αἰπόλοι. De même, à la page 21 de Colombani, ἀμελοῦσιν ἴσως καὶ ἡμεῖς ἠμελήκαμεν, ces mots ἴσως καὶ ἡμεῖς sont évidemment passés de la marge dans le texte ; et, page 23 de Villoison, ὡς ἴσως μὴ δοκοῖεν βάρϐαροι. On voit bien que ἴσως μή est une note marginale.

P. 9, l. 17. « Leur faisant apprendre les lettres. »

C’est le grec mot à mot, et pourtant c’est un contresens d’Amyot. L’auteur a voulu dire qu’ils leur firent apprendre à lire et à écrire. Amyot commet la même faute dans la Vie de Caton l’ancien. « Caton lui-même, dit-il, enseignoit les lettres à ses enfants, bien qu’il eût pour esclave un bon grammairien. » Traduisez : « montroit à lire lui-même à ses enfants, bien qu’il eût pour esclave un bon maître d’école nommé Chilon, qui enseignoit d’autres enfants. » Et dans la Vie de Caton d’Utique, où Amyot dit : « Il commença d’apprendre les lettres. » Corrigez : « il commença d’apprendre à lire et à écrire. »

Il ne faut pas dire non plus, comme l’abbé Barthélemy et d’autres, que Denys à Corinthe enseignoit la grammaire ; il montroit à lire aux enfants. Dans Hérodote, livre VI, chap. xxvii : παισὶ γράμματα διδασκομένοισι ἐπέπεσε ἡ στέγη. Traduisez : « le toit tomba sur des enfants qui apprenoient à lire ; » et non « qui apprenoient les lettres. »

Amyot sut toujours peu de grec. Turnèbe l’aida dans son Plutarque, où cependant il y a encore, comme l’a bien dit Meziriac, un nombre infini de fautes énormes.

P. 9, l. 18. « Et tout le bien et honneur… »

« Le curé rabrouant son clerc, dit que c’étoit un malotru qui ne sçavoit ni bien ni honneur. » Cent Nouvelles Nouvelles. — « Vous qui sçavez tant de bien. » Rabelais.

P. 10, l. 2. « Car ils n’en eussent su dire le nom. »

Hérodote, livre I. μετὰ δὲ ταῦτα Ἑλλήνων τινὰς (οὐ γὰρ ἔχουσι τοὔνομα ἀπηγήσασθαι) φασί….

P. 10, l. 13. « Trop plus affectueusement. »

Italianisme d’Amyot : troppo più.

P. 10, l. 19. « Or étoit-il lors environ le commencement du printemps. »

Voici une de ces descriptions que les rhéteurs nommoient ἐκφράσεις, et que tout le monde n’approuvoit pas dans la prose, témoin Denys d’Halycarnasse. Notre auteur s’y complaît et y réussit bien. Son ouvrage est le plus ancien modèle que nous ayons du genre appelé descriptif.

P. 10, l. 23. « Bourdonnement d’abeilles. »

Cette traduction rend le grec mot à mot, avec les mêmes consonnances qui sont dans le texte. Amyot : « Aussi jà commençoient les abeilles à bourdonner, les oiseaux à rossignoler, et les agneaux à sauteler. »

P. 11, l. 10. « Car entendant chanter les oiseaux, ils chantoient. »

Amyot : « Se mirent à imiter ce qu’ils entendoient et voyoient ; car oyant chanter les oiseaux, ils chantoient ; voyant sauter les agneaux, sautoient. » Ces détestables sons plaisent à Amyot. Il dit dans le troisième livre : « Les jeunes gens brûloient en oyant ce qu’ils oyoient, se fondoient en voyant ce qu’ils voyoient. » Et un peu après, dans le même livre : « afin que si elle crie, personne ne l’oye ; si elle pleure, personne ne la voye. » Ceci n’est guère moins mauvais dans Polyeucte : « Oyez, Félix, dit-il, oyez, peuple, oyez, tous. » Au contraire, dans La Fontaine, « écoutez ce récit, oyez cette merveille, » est bien dit et ne choque point.

P. 12, l. 1. « Des rochers droits et coupés. »

Toutes les éditions d’Amyot portent droits et couppus ; faute d’imprimeur. Amyot emploie fréquemment cette expression dans son Plutarque, et dit par-tout droits et coupés. Ci-dessous, livre IV, f° 74 de l’édition originale : du haut d’une roche coupée.

P. 12, l. 11. « Et s’apprenoit à en jouer. »

Toutes les réimpressions du Longus d’Amyot portent et apprenoit ; mais on lit dans la première édition originale : s’apprenoit. Amyot parle de même ailleurs.

P. 12, l. 15. « Se faisoient part l’un à l’autre… »

La répétition d’ἔφερον dans le texte est choquante. Il faut lire ἃς οἴκοθεν ἔλαϐον, ou bien εἲς κοινὸν ἔθεντο, ou plutôt ἐτίθεντο. Br.

P. 12, l. 20. « Or parmi tels jeux enfantins, Amour leur voulut donner du souci. »

Amyot : « Ainsi comme ils étoient occupés à tels jeux, Amour leur dressa à bon escient une telle embûche. » Il n’est point question là d’embûche et à bon escient ne veut rien dire. Amyot n’a point compris l’opposition qui est dans le grec entre παιδία et σπουδή.

P. 13, l. 3. « Faisoient la nuit des fosses. »

Cette description de la fosse au loup est imitée d’Hérodote, livre IV. νυκτὸς τάφρην ὀρύξας εὐρέην ἐπέτεινε ξύλα ἀστενέα ὑπὲρ αὐτῆς, καθύπερθε δὲ ἐπιπολῆς τῶν ξύλων χοῦν γῆς ἐπεφόρησε ποιέων τῇ ἀλλῇ γῇ ἰσόπεδον.

P. 13, l. 3. « Des fosses. »

Il faut écrire σερούς dans le grec, comme Ératosthène : ἢ σερὸν ἢ κοίλου φρειάτος εὐρὺ κύτος. Br., on fait aujourd’hui en Calabre des fosses appelées silo, elles servent à garder le blé.

P. 13, l. 14. « Qui étoient, par manière de dire, plus foibles que brins de paille. »

Traduction d’Amyot. Il s’exprime de même ailleurs. Vie de Dion, au commencement : « Tous deux sont, par manière de dire, sortis d’une même école. »

P. 14, l. 1. « Deux boucs… »

Dans le grec, τράγοι παροξυνθέντες εἰς μάχην συνέπεσον, phrase mutilée. On pourroit lire, τράγοι δύο παροξ. Ou plutôt : ἦσαν αὐτῷ τράγοι δύο. (Voyez ci-dessous, p. 158.) Οὕτοι παροξυνθ. εἰς μ. συνέπ. Comme dans le quatrième livre, Λάμπις τις ἦν βουκόλος· οὗτος ἐμνᾶτο….

P. 14, l. 11. « Sa houlette. »

Le mot ξύλον est une glose dans le texte, comme dans Hesychius, καλαύροπα, ξύλον. Et de même p. 90 du texte de Rome, αὕτη ἡ σύριγξ, τὸ ὄργανον. Effacez τὸ ὄργανον, glose marginale.

P. 15, l. 10 « Ils le mirent hors du piège. »

A partir d’ici, tout ce qui suit, jusqu’aux mots, p. 25, « Dea, que me fait donc le baiser de Chloé ? » manque dans la version d’Amyot, qui avertit par une note « qu’en cet endroit il y a une grande obmission dans l’original. » On a rempli cette lacune à l’aide du manuscrit de l’abbaye de Florence, où le texte s’est trouvé complet. (Voyez à la fin de ce volume : Lettre à M. Renouard, libraire.)

P. 15, l. 17. « Si on le demandoit, que le loup l’avoit emporté. »

Lucien, ou plutôt Lucius de Patras, dans l’Ane : καὶ ἤν τις ἔρηται, πῶς οὖν ἀπέθανεν ὁ ὄνος, λύκου τοῦτο καταψεύσασθε.

P. 16, l. 1. « Trace de sang ni mal quelconque. »

Il faut lire dans le grec : τέτρωτο μὲν οὖν οὐδὲν, οὐδὲ ᾕμακτο. Χώματος δὲ… Voyez p. 175 de sédition de Rome une faute semblable, ὁ δὲ ἰδὼν Χλόην καὶ ἔχων ἐν ταῖς χερσὶ Χλόην. Mais quelqu’un peut-être aimera mieux garder dans ces deux endroits la leçon des manuscrits.

P. 19, l. 9. « Ah ! que ne suis-je sa flûte. »

Cela est pris de cet antique couplet ou scolie :

Εἴθε λύρα καλὴ γενοίμην ἐλεφαντίνη, Καί με καλοὶ παῖδες φέροιεν Διονύσιον ἐς χορόν. Εἴθ’ἄπυρον καλὸν γενοίμην μέγα χρυσίον, Καί με καλὴ γυνὴ φοροίη καθαρὸν θεμένη νοόν.

P. 21, l. 8. « Elle, simple et sans défiance… »

On trouvera ceci un peu long. La phrase grecque est charmante, mais difficile à rendre dans les mêmes mesures.

P. 23, l. 17. « Ne put le laisser achever. »

Lucien : οὐ περιμείνας ἐγὼ τὸ τέλος τῶν λόγων, ἀναστὰς ἀποφηνάμην

P. 25, l. Il. « Sa bouche plus dou ce qu’une gauffre à miel. »

Amyot : « Sa bouche et son haleine plus douces » etc. Point d’haleine dans le grec.

P. 26, l. 2. « Mais comment n’en est-elle point morte ? »

Amyot : « il faut dire que non, car j’en fusse mort. » Contresens. C’est assez d’une pareille sottise pour gâter toute une page.

P. 26, l. 15. « Mais Dorcon, ce gars, ce bouvier amoureux aussi de Chloé… »

On a voulu garder quelqu’air de la phrase naïve et enfantine, ὁ δὲ Δόρκων, ὁ βουκόλος, ὁ τῆς Χλόης ἐραστής. Amyot ne sent point ces choses là. En quelques endroits il a aussi des tournures heureuses, qui relèvent la pensée de l’auteur, et cela répare un peu le tort qu’il lui fait ailleurs.

P. 26, l. 17. « Dryas plantoit un arbre pour soutenir quelque vigne. »

Amyot n’a point entendu le texte. Il traduit : « Dryas plantoit un arbre près de lui ; » cela veut dire apparemment, près du lieu qu’habitoit Dorcon. Ce n’est point là le sens.

P. 27, l. 6. « Cinquante pieds de pommiers… »

Version d’Amyot très littérale. On a mal-à-propos changé cela dans les réimpressions qui portent : « cinquante pommiers. »

P. 28, l. 2. « Mettre la main sur Chloé. »

Amyot : « Attenter de jouir par force de Chloé ; » grossièreté qui n’est point dans le texte.

P. 28, l. 6. « Il usa d’une finesse de jeune pâtre qu’il étoit. »

Amyot : « Il imagina une finesse merveilleusement sortable à un gros bouvier comme lui. » Dorcon n’est point un gros bouvier, et il n’y a qu’un gros évêque tel qu’étoit Messire Jacques Amyot, qui puisse entendre ainsi Longus.

P. 29, l. 7. « Elle amenoit boire les deux troupeaux. »

Amyot : « Chloé amenoit ses bêtes boire. » Un peu plus bas il dit de même : « les chiens suivoient le troupeau. » Il n’a fait aucune attention au texte ni à la narration, et il n’a pas vu que Chloé menoit seule les deux troupeaux.

P. 29, l. 12. « Comme naturellement ils chassent. »

Écrivez dans le texte, οἷα δὴ κυνῶν… περιεργία. Euripide, dans les Héraclides : πάρεσμεν, οἷα δὴ γ’ἐμοῦ παρουσία. Br.

P. 29, l. 19. « Mordent en furie la peau de loup. »

Alexandre, tyran de Phères, faisoit couvrir des hommes de peaux de bêtes et lâcher sur eux des chiens qui les mettoient en pièces. Plutarque, Pélopidas.

P. 29, l. 19. « La peau de loup. »

Le première édition d’Amyot porte « la peau du loup, » faute que l’on a corrigée dans les réimpressions : mais plus bas, p. 31 : « effrayées de la peau de loup, » la même faute se retrouve, et on ne l’a pas corrigée.

P. 30, l. 6. « Lors il se prit à crier. »

Amyot : « Il se print adonc à crier. » Les nouveaux éditeurs d’Amyot ont cru corriger cela en imprimant, « il se prit donc à crier, » qui ne veut rien dire du tout. Ils n’ont point entendu adonc, adverbe de temps qui signifie alors. Amyot, dans son Plutarque, Vie de Brutus : « Ils délibèrent d’exécuter adonc leur entreprise ; » c’est-à-dire alors, sur-le-champ.

P. 30, l. 15. « Lui mirent dessus… »

La note de Valkenaer que cite l’éditeur (Villoison) prouve qu’il faut lire, ἐπέπλασαν, non ἐπέπασαν. Πάσσω ne se dit que des drogues sèches et pulvérisées. Br.

P. 31, l.3. « De la gueule, non du loup… »

L’auteur n’auroit-il pas écrit, ἐκ κυνὸς οὐ λύκου, φασὶν, στόματος ? Br.

P. 32, l. 5. « Ils vouloient quelque chose, et ne savoient ce qu’ils vouloient. »

Amyot : « Ils se douloient pour ce qu’ils le vouloient ; quand tout est dit, ils ne sçavoient ce qu’ils vouloient. » Les nouveaux éditeurs d’Amyot, qui ont essayé de corriger cette détestable version, n’ont entendu ni Longus ni Amyot. « Quand tout est dit » leur a paru inintelligible. C’est une vieille expression qui signifie après tout. Brantome : « On en peut dire autant de beaucoup de maris, lesquels, quand tout est dit, débauchent plus leurs femmes que ne font les amoureux. » Le même ailleurs « Au diable soit le maraud ; n’en parlons plus. Quant tout est dit, je suis bien de loisir d’en parler. » Et en un autre endroit : « Une femme, quand tout est bien dit, ne se fera jamais de tort quand elle aimera un bel objet. » Marot :

Quand tout est dit, aussi mauvaise bagne,
Ou peu s’en faut, que femme de Paris.

P. 32, l. 10. « Mais plus encore les enflammoit la saison de l’année. »

Amyot : « Outre ce que la saison de l’année les enflammoit encore davantage. » Dans les réimpressions on lit : « Outre ce, la saison de l’année, etc. ; » mauvaise correction. Alors on disoit : « Outre ce que, avec ce que. » Amyot, Vie de Galba : « Outre ce qu’il commandoit à une grosse armée. » Ci-dessous, p. 154 : « Outre ce qu’il aimoit… » P. 155 : « Avec ce qu’il étoit si ivre… » P. 219, l. 4 : « avec ce que la tourmente y aida un petit : » et dans la Vie de Brutus : « C’étoit au cœur de l’été ; il faisoit fort grand chaud, avec ce qu’on avoit campé près de lieux marécageux. »

P. 32, l. 19. « Les fleuves paroissoient endormis. »

On a lu dans le grec εἴκασεν ἄν τις τοὺς ποταμοὺς εὔδειν ἠρέμα ῥέοντας. Comme La Fontaine a dit :

Une rivière dont le cours,
Image d’un sommeil doux, paisible, tranquille….

Toutefois la leçon vulgaire se peut défendre par des exemples et par le πάρισον : τοὺς ποταμοὺς ᾄδειν, τοὺς ἀνέμους συρίττειν.

P. 32, l. 20. « Les vents sembloient orgues ou flûtes. »

On pense bien qu’il n’y a point d’orgues dans le grec : mais il a fallu conserver cette phrase d’Amyot qui est fort belle.

P. 33, l. 11. Demeuroit empêchée… se lavoit le visage… emplissoit une sébile… Puis quand ce venoit… adonc étoient-ils… pensoit voir une des Nymphes… accouroit incontinent… etc. »

Voici un endroit où Amyot dénature entièrement le récit. Il traduit, « demeura empéchée… se lava le visage… emplit… et quand ce vint… adonc furent-ils… pensa voir… accourut…, etc. » Il représente ainsi comme un fait du moment ce qui n’est dans l’auteur qu’une peinture des habitudes journalières des personnages : bévue énorme par laquelle il embrouille deux ou trois pages.

P. 33, l. 17. « Emplissoit une sébile de vin mélé avec du lait. »

Breuvage usité aujourd’hui encore dans le Levant et en Calabre. C’est ce qu’on appeloit œnogala. Cela n’a point été compris par Amyot qui traduit « emplissoit un pot de vin et un autre de lait. »

P. 34, l. dern. « Puis il en parcouroit des lèvres… »

Amyot : « Pour toucher de la langue et des lèvres. » Cette grossièreté n’est point dans le texte.

P. 35, l. 9. « Chloé ne se donna garde qu’elle fut endormie. »

Leçon très correcte de la première édition. Depuis on a mal imprimé : « ne se donna garde qu’elle fust endormie. » Il ne faut pas d’optatif. Amyot dans la Vie d’Alexandre : « il ne se donna garde qu’il se trouva loin de son armée. »

P. 35, l. 11. « Pour à son aise la regarder. »

Amyot ajoute « par-tout et son saoul ; » Autre grossièreté qui n’est point dans le grec.

P. 35, l. 13. « Oh ! comme dorment ses yeux ! comme sa bouche respire !… »

Cela est traduit ad verbum, et les mots arrangés tout de même que dans le grec. Amyot : « Oh ! comme ses beaux yeux dorment soëvement ! que son haleine sent bon ! les pommiers ni les aubépines fleuries n’ont point la senteur si douce. » Il n’y a dans le grec ni beaux yeux, ni haleine qui sente bon ou mauvais, ni senteur.

P. 35, l. 16. « Je ne l’ose baiser toutefois ; son baiser pique au cœur. »

Amyot : « car son baiser pique au cœur. » Ce car n’est point dans le grec, et fait fort mal ici. Voyez p. 75, l. 15, et la note sur cet endroit.

P. 36, l. 3. « Une cigale poursuivie par une arondelle… »

Les hirondelles ne mangent point de cigales ; mais il y a en Grèce un oiseau appelé guêpier que l’auteur a pu prendre pour une hirondelle, et qui poursuit les cigales.

P. 36, l. 12. « Quand elle eut vu l’arondelle. »

Lisez dans le grec ἰδοῦσα δέ γε τὴν χελιδόνα. Voyez p. 44 du texte de Rome, note 4. Par-tout dans le texte de Longus les copistes ont mis καὶ pour γε.

P. 38, l. 1. « Un chant plus fort. »

Amyot : « Il se mit à chanter si doucement et si mélodieusement qu’il attira à lui. » Ce n’est point là ce que dit l’auteur.

P. 38, l. 9. « Demandoit aux Dieux d’être oiseau avant que retourner… »

C’est le vœu ordinaire du chœur dans les tragédies. Ὄρνις γενοίμαν. « Que ne suis-je l’oiseau léger qui franchit les monts et les mers ! »

P. 38, l. 22. « Afin qu’on ne pensât… »

Amyot : « afin possible qu’on ne pensât. » Il n’a pas vu que dans le grec ἴσως est une glose marginale.

P. 39, l. 10. « En folâtrant lui faire quelque déplaisir. »

Amyot : « Chloé, qui craignoit que les autres pasteurs ne lui fissent peut-être quelque violence… » L’auteur n’a garde de s’exprimer aussi grossièrement.

P. 40, l. 2. « Apportoit une flûte… »

Σύριγγα καινὴν τῷ Δάφνιδι δῶρον κομίζουσα, leçon du manuscrit de Florence. Δῶρον manque dans celui de Rome et dans Colombani. Il faut le conserver. Cela fait une phrase très belle, imitée peut-être de ce passage de Théopompe : Τί δὲ τῶν ἐκ τῆς γῆς καλῶν ἢ τιμίων οὐκ ἐκομίσθη δῶρον ὡς αὐτόν ;

P. 41, l. 19. « Se jettent en meuglant dans la mer. »

Amyot : « et toutes d’une secousse se jetèrent ensemble dans la mer ; le saut desquelles, pour ce qu’elles se jettèrent toutes à coup dans la mer, le saut sur l’un des côtés de la fuste fut si pesant et si lourd, avec ce que la tourmente y aida un petit, que la fuste en tourna sens dessus dessous. » Tout cela pour une ligne dans le grec fort claire et bien tournée.

P. 42, l. 7. « Comme celui qui ne menoit ses chèvres que dans la plaine. »

Amyot n’a point entendu cela. Il traduit : « Comme celui qui gardoit les bêtes aux champs. »

P. 42, l. 9. « Car il faisoit encore chaud. »

Amyot ; « car c’étoit en été. » Nullement ; c’étoit en automne : on vient de le dire tout à l’heure, p. 38. Il est aisé de voir avec quelle négligence Amyot a fait sa version.

P. 42, l. 13. « Si peu de vêtements qu’il portoit. »

Expression d’Amyot, usitée de son temps. Voltaire l’a blâmée dans ce vers de Polyeucte :

Si peu que j’ai d’espoir ne luit qu’avec contrainte.

Fénelon, De l’Éducation des Filles : « Si peu qu’on connoisse l’histoire, il n’y a pas moyen de douter de cela. » Dans la Vie de Brutus, Amyot : « Il mit incontinent aux champs si peu de gens qu’il avoit. »

À propos de Fénelon, j’écris ainsi ce nom avec un seul accent, comme je le vois imprimé dans toutes les vieilles éditions. Ma mère disoit Fénelon et non pas Fénélon.

P. 42, l. 55. « N’ayant coutume de nager que dans les rivières. »

Il est plus aisé de nager dans la mer que dans les rivières. L’auteur ne savoit pas cela.

P. 43, l. 4. « Si la corne de leurs pieds ne s’amollissoit dans l’eau. »

Amyot : « Si les cornes de leurs pieds ne s’accrochoient en nageant à quelque chose dedans l’eau. » Contresens.

P. 44, l.4. « Y pendirent chacun quelque chose de ce qu’il recueilloit aux champs. »

Amyot : « quelque chose de leur métier. »

P. 44, l. 7. « Pour la première fois en présence de Daphnis. »

Ceci est omis dans Amyot.

P. 45, l. 14. « Mais quoi qu’il y eût… »

C’est la phrase d’Amyot. De même dans le Plutarque, Vie de Pompée : « Ils n’étoient point délibérés, quoi qu’il y eût, de l’abandonner. »

P. 45, l. 14. « Daphnis ne se pouvoit, éjouir. »

C’est ainsi qu’Amyot a écrit, et non comme on a mis dans quelques éditions, « ne se pouvoit réjouir. » La Fontaine,

On l’emporte, on le sale, on en fait maint repas
Dont maint voisin s’éjouit d’être.

P. 47, l. 1. « Étant jà l’automne en sa force. »

Amyot dit : « en sa vigueur. » La phrase de La Fontaine vaut mieux :

Le printemps par malheur étoit lors en sa force.

Thucydide avoit dit : « Étant jà l’été dans sa force et les bleds en maturité. » Mais cette expression ne s’applique pas également bien à l’automne.

P. 47, l. 2. « Chacun aux champs étoit en besogne. »

Πᾶς ἦν κατὰ τοὺς ἀγροὺς ἐν ἔργῳ· ὁ μὲν ληνοὺς ἐπεσκεύαζεν, ὁ δὲ, κ. τ. λ. Lucien, Comment il faut écrire l’histoire : οἱ Κορίνθιοι πάντες ἐν ἔργῳ ἦσαν· ὁ μὲν ὅπλα ἐπεσκεύαζεν, ὁ δὲ λίθους παρέφερεν, ὁ δὲ

P. 47, l. 4. « Les autres nettoyoient les jarres. »

Amyot : « racloient les tonneaux. »

Quoique les barils fussent connus du temps de Longus, on serroit encore cependant le vin dans des jarres beaucoup plus grandes que nos tonneaux. J’en ai vu de telles dans la Calabre, où elles servent à garder l’huile. Diogène n’habitoit pas un tonneau, mais une de ces grandes jarres. Il y pouvoit être fort bien. Celles que j’ai vues avoient cinq ou six pieds de diamètre et autant de profondeur. Le cuvier du conte de La Fontaine est une jarre dans Apulée, testa.

P. 47, l. 7. « La meule à pressurer les raisins écrasés. »

Il faut lire, comme l’a proposé l’éditeur de Rome, λίθου ἀποθλέψαι τὸν οἶνον ἐκ τῶν βοτρύων. Car outre le passage cité d’Alciphron, en voici un autre de Lucien, Histoire Véritable, l. II… ἄμπελοι βοτρύων πλῆρεις· οἶνον ἐξ αὐτῶν ἀποθλίϐοντες ἐπίνομεν.

P. 47, l. 8. « Les raisins écrasés. »

Τὰ πατήθεντα βοτρύδια, plus bas.

P. 48, l. 1. « Et leur versoit du vin. »

Amyot : « Et leur portoit du vin. » Il a lu dans son texte ἤνεγκε ποτὸν αὐτοῖς, au lieu de ἐνέχει π. ἀ.

P. 48, l. 9. « Si qu’un enfant hors du maillot. »

Amyot « Si qu’un enfant de mamelle. » Le grec est clair.

P. 48, l. 14. « Des champs de là entour. »

On disoit du temps d’Amyot : là entour, là autour et là alentour. Journal de l’Étoile, t. 4, p. 173, « les gens de là autour ; » et Amyot lui-même, ci-dessus, folio 26, verso, de l’édition originale : « tous les paysans de là autour. » Mais c’est peut-être en cet endroit une faute d’impression ; car il dit toujours là entour. Folio 57, verso : « Tous les paysans de là entour ; » et folio 27, recto, « mais quelque paysan de là entour. » Dans la Vie de Démétrius, « les barbares de là à l’entour. »

P. 48, l. 19. « Dont il fut bien aise. »

Amyot : « Daphnis en fit du courroucé. » Contresens. Il détruit l’agrément de ce passage qui est tout dans l’opposition de ceci avec ce qui suit : « à quoi Chloé prenoit plaisir ; mais Daphnis en avoit de l’ennui. » Ces deux phrases se répondent.

P. 48, l. 22. « Jetoient à Chloé plusieurs paroles à la traverse. »

Mémoires de Vieilleville, liv. III, chap. xxii : « Ceux de Boulogne commençoient à faire contenance d’entendre à quelque capitulation. Car sous prétexte de venir avec sauf-conduit visiter les prisonniers, ils en jettoient souvent plusieurs propos à la traverse. » Henry Estienne, Apologie pour Hérodote : « mais cependant je jetterai ce mot comme à la traverse. » Gourville, Mémoires : « Il en jeta quelques propos à M. Hervart. »

P. 49, l. 1. « Comme des Satyres à la vue de quelque Bacchante. »

C’est bien le sens ; mais il faudroit exprimer cela avec l’agrément et le rhythme qui est dans le grec, traduire μανικώτερον, et conserver la naïveté de cette tournure καὶ εὔχοντο… καὶ νέμεσθαι. Amyot : « Les hommes dans les pressoirs… sautoient après Chloé comme feroient des satyres autour de Bacchus. » Il met Chloé dans les pressoirs dont parle Longus. C’étoient des espèces de bassins de pierre en plein air.

P. 50, l. 16. « Et ainsi comme ils s’ébattoient, survint un vieillard. »

Amyot : « Survint en leur compagnie un vieillard. » Ces mots « en leur compagnie, » ont été supprimés dans les réimpressions.

P. 50, l. 19. « Vieille aussi la panetière. »

Il faut lire certainement dans le grec, καὶ τὴν πήραν γεραιάν, car le sens l’exige, et outre le passage cité γέρων πέπλος, Théocrite a dit aussi, γραιᾶν ἀποτίλματα πηρᾶν.

P. 50, l. 21. « Le bon homme Philétas, enfants, c’est moi, qui jadis ai chanté… »

Version littérale, ad verbum ; la phrase, la construction, les repos, tout comme dans le grec. Amyot traduit : « Mes enfants, je suis le bon homme Philétas. » Mais il y a dans l’original : Φιλητᾶς, ὦ παῖδες, ὁ πρεσϐύτης ἐγώ. S’il eût dit : ὦ παῖδες, ἐγὼ μὲν εἰμι Φιλητᾶς ὁ πρεσϐύτης, ce seroit le même sens, les mêmes mots, et la phrase du monde la plus plate. Dans Plutarque, Thémistocle : ἥκω σοι, βασιλεῦ, Θεμιστοκλῆς ἐγώ.

Les traducteurs qui se tourmentent à chercher des tours élégants, ne savent pas combien de passages des anciens se peuvent rendre mot à mot avec une grace infinie. Ce vers de Virgile :

Ille meos primus qui me sibi junxit amores
Abstulit,

a fait le désespoir de tous ceux qui l’ont voulu mettre en françois. Il est divinement traduit, et mot pour mot, dans la Chronique du petit Jean de Saintré : « Celui emporta mes amours qui premier me joignit à lui. » Delille a peu de vers qui vaillent cette prose-là.

P. 50, l. 23. « Maintefois ai joué de la flûte à ce dieu Pan que voici. »

Amyot : « En l’honneur du dieu Pan. » C’est là une faute considérable ; car l’auteur indique à dessein une certaine image de Pan dont il sera question dans la suite.

P. 51, l. 23. « Qui en ôteroit la muraille qui le clôt. »

Amyot : « la haye qui le clôt. » Il n’a point su ce que vouloit dire αἰμασία, « une muraille sèche « sans ciment. »

P. 53, l. 1 « Comme vieux et ancien que je suis. »

Lisez dans le grec, ὁμοίως ἐμοὶ γέρων. Br.

P. 54, l. 5. « Ce ne me seroit point de peine de te baiser. »

Lisez dans le grec ἐμοὶ μὲν, ὦ Φιλητᾶ, φιλῆσαι σε φθόνος οὐδείς· et non πόνος οὐδείς.

P. 54, l. 18. « Plus ancien même que tout le temps. »

Amyot : « Ains suis plus ancien que le vieil Saturne, et que de toute ancienneté. » Cela est inintelligible.

P. 56, l. 21. « Et ravit les ames. »

L’auteur, sans employer plus de mots, développe mieux sa pensée, qui est, que les ailes d’Amour ravissent au ciel les ames ; à-peu-près comme Rousseau a dit : « et ces ailes de feu qui ravissent une ame au céleste séjour. » Tout cela au reste est pris de Platon.

P. 56, l. 22. « Ayant plus de pouvoir que Jupiter même. »

Ménandre avoit dit :

Δέσποιν’, ἔρωτος οὐδὲν ἰσχύει πλέον,

Οὐδ’αὐτὸς ὁ κρατῶν ἐν οὐρανῷ θεῶν
Ζεῦς, ἀλλ’ἐκείνῳ πάντ’ἀναγκασθεὶς ποιεῖ.

P. 57, l. 11. « Moi-même j’ai été jeune. »

Dans le grec αὐτὸς μὲν γὰρ ἤμην νέος. Mais d’abord γὰρ ne se peut souffrir. Ensuite ἤμην, quoi qu’on en dise, n’est guère usité : c’est un mot macédonien. Longus avoit peut-être écrit, αὐτὸς μὲν ἐγενόμην νέος. Ou mieux encore, αὐτὸς μέν ποτ’ἐγενόμην νέος, comme dans Ménandre καίτοι νέος ποτ’ἐγενόμην κᾀγὼ, γύναι.

P. 58, l. 5. « Coucher ensemble nue à nu. »

Marot :

La nuict passée, en mon lict je songeoye
Qu’entre mes bras vous tenois nu à nu.

P. 58, l. 13. « En plus grande détresse qu’auparavant. »

Amyot ajoute : « parceque l’amour commençoit à les toucher au vif. » Cela n’est pas dans le grec, et ne vaut rien du tout.

P. 58, l. 17. « Avec les paroles du vieillard. »

Amyot ajoute : « Si disoient ainsi à part eux. » C’est là justement ce que l’auteur n’a pas voulu dire, et qu’il supprime à dessein, prenant le rôle du personnage dont il rapporte les paroles, et se mettant à sa place, comme dit Longin, qui montre par des exemples l’agrément de cette figure et la grande vivacité qu’elle donne au récit. Aux passages qu’il cite d’Homère et d’Hécatée, on peut joindre celui-ci de La Fontaine, non moins admirable :

L’épouvante est au nid plus forte que jamais ;
Il a dit ses parents, mère, c’est à cette heure...
Non, mes enfants, dormez en paix.

Si cela étoit en grec, Amyot traduiroit : « Alors l’épouvante fut au nid plus forte que jamais elle n’avoit été, et quand l’alouette fut de retour, un de ses petits lui dit : Ma mère, le maître de ce champ a dit qu’on allât querir ses parents ; c’est maintenant qu’il nous faut partir. A quoi l’alouette répondit : Non, mes chers petits enfants, dormez et reposez-vous bien en toute paix et assurance. » C’est ainsi qu’il traite Longus et Plutarque. Amyot a de belles expressions ; mais il paraphrase toujours.

P. 59, l. 12. « Mais nous l’endurerons. »

Dans le grec mettez un point après καρτερήσομεν, et commencez l’autre phrase, δεύτερον μετὰ Φιλητᾶν τοῦτο αὐτοῖς γινέται νυκτερινὸν παιδευτήριον. Br.

P. 61, l. 17. « Ils étoient sous le chêne assis. »

Amyot traduit « sous un chêne. » Voyez p. 1, l. 1, la fin de la note.

P. 62, l. 7. « Comme s’ils eussent été liés ensemble. »

Amyot : « comme s’ils eussent été collés ensemble. » Cette grossièreté n’est point dans le grec.

P. 62, l. 9. « Mais pensant que ce fût le dernier point… »

Ces mots se pourroient unir aussi bien à ce qui précède, et la ponctuation seule les en sépare. C’est la même faute qu’Aristote reprend quelque part dans une phrase d’Héraclite, et où est tombé notre auteur quand il a dit, p. 49 de l’édition de Rome : οὐ μὴν ὁ Δάφνις χαίρειν ἔπειθε τὴν ψυχήν, ἰδῶν τὴν Χλόην γυμνὴν· ἤλγει τὴν καρδίαν. Les pauses dans le discours doivent être marquées par le sens, et La Fontaine est blâmable d’avoir dit dans un de ses contes :

Quant au surplus, ils avoient deux enfants,
Garçon d’un an, fille en âge d’en faire.

Comme il arrive en allant et venant,
Pinucio, jeune homme de famille,

Jeta si bien les yeux sur cette fille, etc.

Ce vers, « comme il arrive….. » dont La Fontaine fait le commencement de la seconde phrase, semble appartenir à la première, et le lecteur hésite, malgré la ponctuation.

P. 63, l. 3. « Et est bordée de beaux édifices. »

Toutes les éditions d’Amyot portent : « et est bornée de beaux édifices. » C’est une faute d’impression de l’édition originale ; lisez, ornée, ἠσκημένη.

P. 64, l. 1. « S’il leur falloit quelque chose plus. »

Dans l’édition originale d’Amyot, on lit : « et leur falloit quelque chose plus ; » faute d’impression.

P. 68, l. 18. « Répondit franchement. »

Avec hardiesse, francamente. Amyot est plein d’italianismes, comme tous les écrivains de son temps.

P. 69, l. 13. « Mais il y avoit dedans. »

Amyot, dans l’édition originale et dans toutes les réimpressions : « mais s’il y avoit dedans, » ce qui brouille toute la phrase. C’est une faute de l’imprimeur.

P. 70, l. 9. « Comme une volée d’étourneaux. »

Amyot a omis cela.

P. 70, l. 22. « Du tourteau. »

Lisez dans le grec : ζυμίτου, non ζυμήτου. Br.

P. 71, l. 6. « A pied, au lieu qu’ils étoient venus en un beau bateau ; blessés et mal menés, au lieu qu’ils étoient partis gais et bien délibérés… »

Thucydide, livre VII : Πεζοὺς δὲ ἀντὶ ναυϐατῶν πορευομένους.

P. 72, l. 9. « Aller faire du pis qu’il pourroit. »

Amyot : « du pis qu’ils pourroient. » Faute d’impression.

P. 73, l. 2. « Ravit et pilla. »

Amyot : « Ravit et roba. » Italianisme.

P. 74, l. 23. « Vient d’être arrachée de vos autels. »

Un peu plus bas, page 83 du texte de Rome, ἀπεσπάσατε βωμῶν παρθένον.

P. 75, l. 13. « En quelque ville. »

Amyot : « en la ville ; » même contresens que ci-dessus, p. 1, lig. 1, fin de la note.

P. 75, l. 15. « Sans mes chèvres, sans Chloé. »

Amyot : « sans mes chèvres et sans Chloé. » Il n’y a point d’et dans le grec, ἄνευ τῶν αἰγῶν, ἄνευ Χλόης. Rien ne marque mieux le peu de sentiment qu’avoit Amyot du style de Longus.

P. 75, l. 16. « Pour être désormais misérable manœuvre. »

Amyot : « Il faudra désormais que je sois un fainéant. » Ce n’est pas le sens.

P. 75, l. 21. « Qui m’emmènent aussi. »

Tout cet endroit, fort mutilé dans le texte grec, paroît assez bien rétabli par les conjectures de l’éditeur de Rome, qui lit καὶ τὰ μὲν αἶγας ἀποδέρουσι, καὶ τὰ πρόϐατα καταθύσουσι (non καταθύουσι). Χλόη δὲ πόλιν λοιπὸν οἰκήσει· ποίοις ὄμμασιν (non ποσὶν) ἄπειμι παρὰ τὸν πατέρα καὶ τὴν μητὲρα, ἄνευ τῶν αἰγῶν, ἄνευ Χλόης ; λοιπὸν ἐργάτης (non λιπεργάτης) ἐσόμενος· ἔχω γὰρ νέμειν ἔτι οὐδέν· ἐνταῦθα περιμενῶ κείμενος ἢ θάνατον ἢ πολέμιους ἑτέρους (non πόλεμον δεύτερον).

P. 76, l. 9. « En tout semblables aux images… »

Amyot : « Semblables en tout et partout aux images qui étoient dedans la caverne. » Il allonge sa version le plus qu’il peut.

P. 76, l. 17. « L’avons fait élever et nourrir. »

L’édition originale d’Amyot et toutes les réimpressions portent enlever et nourrir, faute du premier imprimeur. Folio 78, recto de l’édition originale : « Je l’ai moi-même trouvée et depuis nourrie et élevée ; » et folio 5, verso : « fit prière aux Nymphes qu’à bonne heure pust-il élever et nourrir la pauvre enfant. »

P. 76, l. 18. « Car, afin que tu le saches… »

Amyot : « Ne pense pas que Chloé soit fille de Dryas, ni née en ce village, et que ce soit l’état appartenant au lieu dont elle est venue que de garder les brebis. » La plus grande faute d’Amyot dans cette pitoyable version, c’est de dire et narrer tout au long ce que l’auteur veut seulement laisser soupçonner au lecteur, et qui doit se découvrir plus tard. Il fait la même sottise dès le commencement de l’ouvrage. Voyez ci-dessus, p. 8, l. 16, la note.

P. 79, l. 6. « Sous une roche haute et droite. »

On a ajouté ces mots, qui manquent dans le grec, par la faute de quelque copiste.

P. 79, l. 7. « Afin que de la côte, à toute aventure… »

Le grec est corrompu. Peut-être faut-il lire : ὡς μηδαμόθεν (au lieu de ὡς μηδὲ μίαν) ἐκ τῆς γῆς τῶν ἀγροίκων τινὰ λυπῆσαι.

P. 80, l. 17. « Et les battant de leur queue. »

On lit dans la version italienne du Caro : E con tanta tempesta percotevano le catene con la coda : c’est une faute des imprimeurs ou des copistes ; car cette version, fort estimée en Italie, n’a point été imprimée sur le manuscrit du Caro, mais sur une copie assez défectueuse. Corrigez, percotevano le carene. Au commencement du quatrième livre, on lit : avea dall’dei lati un alberetto, lisez un albereto. Et dans le deuxième livre, Daphnis, plaidant sa cause devant Philétas, dit : non fu mai che pure uno solo di questi vicini si rammentassero che in loro orto entrasse una mia capra. Lisez si lamentassero.

P. 80, l. 19. « Du haut de la roche. »

Ἠκούετό τις ἀπὸ τῆς ὀρθίου πέτρας, τῆς ὑπὲρ τὴν ἄκραν. Cette phrase ne laisse aucun lieu de douter qu’il n’ait nommé plus haut la roche dont il parle, en désignant sa situation au-dessus du promontoire. De même dans le premier livre : ἰδεῖν ἐδόκουν τὰς Νύμφας ἐκείνας, τὰς ἐν τῷ ἄντρῳ, c’est-à-dire, « Ces Nymphes dont je viens de parler, et que j’ai dit être dans l’antre. » C’est une de ces façons de dire qu’il imite de Xénophon et des Socratiques.

P. 81, l. 12. « Pour quelque méfait. »

Amyot : « Pour quelque maléfice. »

P. 82, l. 4. « Ni à moi aussi. »

On disoit du temps d’Amyot ni moi aussi, pour ni moi non plus.

Je ne suis roi ne prince aussi ;
Je suis le sire de Couci.

Et dans l’épigramme de Marot : « Adonc, répondit l’épousée, je ne vous ai pas mors aussi. » C’est l’italien ne anche.

P. 82, l. 9. « Je vous ferai tous abymer… si tu ne rends… Chloé aux Nymphes à qui vous l’avez enlevée. »

Ces changements de personne, comme tous les anciens critiques l’ont remarqué, donnent au discours un mouvement vif et naturel qui peint la passion. Démosthène en est plein, et passe souvent du tu au vous dans la même phrase. Il y a quelque chose de semblable dans cet endroit de Racine :

N’en doute point, j’y cours, et dès ce moment même.
Bajazet, écoutez, je sens que je vous aime,
Vous vous perdez.

P. 83, l. 15. « Sans broncher… »

Οὐκ ἐξολισθαίνοντα τοῖς κέρασι τῶν χηλῶν. Brunck trouve étrange qu’on dise τὰ κέρατα τῶν χηλῶν. Le manuscrit de Florence porte : τοῖς κέρασι τῶν βοῶν. Peut-être y avoit-il τῶν ποδῶν.

P. 84, l. 17. « C’étoit environ l’heure… »

Amyot affoiblit l’expression en traduisant, «  environ le temps que l’on remène… » Il falloit garder la tournure de l’original, familière aux grands écrivains. Démosthène : ἑσπέρα μὲν γὰρ ἦν. Racine :

C’étoit pendant l’horreur d’une profonde nuit.

P. 86, l. 10. « Et leur en consacra la peau. »

Dans Amyot:« et leur en sacrifia la peau; » faute d’impression répétée dans toutes les éditions.

P. 86, l. 17. « Une libation de vin doux. »

Il faut lire dans le grec ἐπέσπεισε. Il répandit cette libation sur la partie de la victime offerte aux Nymphes. Remarquez dans la leçon vulgaire trois fois de suite ἀπό. Cela est désagréable. Br.

Le manuscrit de Florence porte en effet ἐπέσπεισε.

P. 86, l. 17. « Et ayant accommodé de petits lits de feuillage… »

Amyot : « ayant accoutré de petits sièges pour se seoir avec force feuillage et verde ramée. » Il oublie qu’on mangeoit couché du temps de Longus. Manger assis étoit regardé comme une grande austérité, pénitence, marque de deuil. Caton, depuis la défaite de Pharsale, ne se coucha plus pour manger.

P. 87, l. 2. « D’anciens pasteurs. »

Bien dit ici. Voyez ci-dessus, page 6, lig. 16, la note.

P. 87, l. 16. « Offrande pastorale… »

Dans Amyot : « grande pastorale à un dieu pastoral. » Autre faute d’impression soigneusement conservée dans toutes les éditions.

P. 87, l. dern. « Le bon homme Philétas. »

Il faut lire dans le grec comme l’a vu Villoison : ὁ Φιλητᾶς ὁ βουκόλος. Sur quoi Brunck se récrie à tort. « M. de Villoison, dit-il, aime par trop les articles. » C’est Longus qui les aime. Le redoublement de l’article est du langage naïf, et convient très bien ici. On le supprime au contraire dans le style élevé. Il y a telle ode de Pindare où vous trouverez à peine un article. Dans Hérodote, ὅκως ὀπτῷτο ὁ ἄρτος τοῦ παιδὸς τοῦ θητὸς, τοῦ Περδίκκεω est bien dit et naïvement. Il ne faut point du tout corriger ce passage.

P. 88, l. 12. « Le convièrent à leur repas. »

Le grec ajoute : « le faisant coucher auprès d’eux. » Amyot : le firent seoir auprès d’eux ; » et de même un plus bas : « Philétas adonc se leva en pied sur son siège. » Il eût pu dire tout aussi bien : « mit sa perruque et son chapeau. »

P. 90, l. 10. « Ni autre, quel qu’il fût. »

Le Caro : ella disse che non degnava per suo amante uno che non fosse nè tutto uomo nè tutto becco. Cette version est plus exacte.

P. 91, 1. 5. « Composée des plus grosses cannes. »

Μέγα ὄργανον καὶ αὐλῶν μεγάλων. Peut-être faut-il lire καυλῶν μεγάλων. Br. Ou plutôt Μέγα ὄργανον καλάμων μεγάλων, comme a lu Amyot.

P. 91, 1. 7. « On eût dit que c’étoit celle-là même… »

Amyot : « tellement qu’on eust dit que….. » Il ajoute cette liaison « tellement que » qui n’est point dans le texte, et par-tout il en use ainsi. C’est le plus grand défaut de son style que cet enchainement de périodes, qu’il imite des proses Florentines, et qui s’éloigne fort du caractère de l’auteur. Celui-ci, dans sa composition, suivant le précepte des maîtres et l’exemple des anciens, varie incessamment le rhythme et la mesure de ses phrases. C’est ce qu’on a tâché d’observer, et le lecteur s’en apercevra, dans les endroits sur-tout qu’Amyot n’a point traduits, et qui paroissent en françois pour la première fois. Amyot, en général, tout occupé du sens littéral de l’auteur, en altère souvent la phrase, et ne rend presque jamais les formes du style, qui, dans un ouvrage tel que celui-ci, importent autant ou plus que le fonds même des idées.

P. 93, l. 11. « Et au lieu des roseaux… »

On lit dans la première édition d’Amyot : « et au lieu de s’aller jeter entre deux roseaux, » faute d’impression reproduite dans toutes les éditions ; lisez « entre des roseaux. »

P. 93, l. 14. « En tira d’abord un son douloureux. »

Amyot : « en sonna un chant piteux, comme d’un amoureux transi, comme d’un poursuivant, comme d’un qui sonne la retraite, comme d’un qui va cherchant et rappelant quelque beste qu’il a égarée. » Ce n’est pas là traduire, mais trahir les anciens, comme dit l’italien, non tradurre, ma tradire.

P. 94, l. 9. « Ils se baisoient l’un l’autre. »

Amyot : « Ils prirent l’un de l’autre tout le plaisir qu’il leur fut possible. » Amyot ne manque guère l’occasion de présenter quelque image grossière.

P. 94, l. 17. « S’allèrent asseoir dessous le chêne. »

Amyot traduit « dessous un chesne, » quoiqu’il y ait dans le grec « le chesne, » c’est-à-dire, celui dont il est déja parlé ailleurs : p. 15, l. 22, « ils s’assirent au pied d’un chesne ; » p. 17, l. 6, « assis sous le chesne à son ordinaire ; » p. 61, l. 17, « Ils étoient sous le chesne assis ; » p. 74, l. 15, « sous le fouteau (qu’il appelle ici le chêne) ; » et p. 116, l. 2, « droit au chesne. »

Amyot ne fait nulle attention au récit de son auteur. Il a traduit Longus, mais il ne l’a point lu.

P. 95, l. 2. « Ils contestoient entre eux d’amour. »

C’est le grec mot à mot. Amyot : « Ils faisoient à l’envi l’un de l’autre à qui plus aimeroit sa partie, » style de procureur ou d’huissier.

P. 95, l. 11. « Lui jurât un autre serment. »

Racine :

Et tes serments jurés au plus saint de nos rois.

P. 97, l. 15. « Le capitaine parti aussitôt avec ses gens. »

Amyot : « Le capitaine se partant aussitost. » Les nouveaux éditeurs ont pris cela pour une faute d’impression, et ont corrigé se partageant, qui est une pure sottise. Amyot dit à l’italienne se partir pour partir. Ci-dessous, p. 110, « ainsi se partit Daphnis ; » et plus haut, liv. II (folio 24 de l’édition originale), « mais après qu’il se fut parti. » Dans la Vie de Brutus, « et là se partant, de rechef. »

P. 98, l. 13. « D’avoir si à la légère offensé leurs voisins. »

Amyot : « d’avoir si longuement offensé leurs voisins. » C’est sans doute une faute d’impression. Cela n’a aucun sens.

P. 99, l. 9. « Car incontinent la neige… »

Cette description de l’hyver ne convient guère au climat de Lesbos. Virgile a péché de même contre la vérité en parlant de Tarente, où jamais on ne vit « les eaux enchaînées ni les pierres fendues par le froid. » Hérodote ayant fait une peinture célébre du froid de la Scythie, plusieurs le voulurent imiter, sans s’embarrasser des convenances, mais aucun plus ridiculement qu’Hérodien, qui, dans un récit historique, décrit en poète les frimas du Rhin.

P. 100, l. 1. « Les uns retordoient du fil. »

Amyot : « Les uns filoient des cordes. » Contresens.

P. 100, l. 1. « Les autres tissoient du poil de chèvre. »

Amyot : « Les autres tressoient du poil de chèvre. » Contresens. On fabriquoit de grosses étoffes de poil de chèvre ; elles servoient à vêtir les pauvres et à faire des tentes.

Les fautes d’Amyot se multiplient à tel point dans les deux derniers livres, que si on les vouloit noter toutes, ce seroit une chose infinie.

P. 101, l. 1. « Chaque fois qu’ils trouvoient sous leur main la panetière. »

C’est le grec mot à mot. Amyot : « chaque fois qu’ils n’avoient la panetière, » phrase inintelligible. Dans les réimpressions on a mis chaque fois qu’ils manioient. L’expression est ignoble. Il faut savoir écrire pour employer ces mots, comme dans le vers de Rousseau :

N’éprouvèrent jamais, en maniant la lyre,
Ni fureurs ni transports.

P. 103, l. 4. « Voire même celle de la Scythie. »

Amyot : « de la Tartarie. » Dans son Plutarque il dit souvent la Romagne, le Milanois.

P. 103, l. 9. « Épiant… »

Lisez dans le grec περιμενῶν, et non pas μεριμνῶν.

P. 103, l. 19. « Si mal à point. »

On a imprimé dans quelques éditions mal en point, qui veut dire tout autre chose.

P. 104, l. 13. « Mieux vaut, disoit-il, que je m’en aille. »

Amyot : « que je me taise. » Il a suivi un texte corrompu.

P. 104, 1. 19. « Comme si expressément Amour eût eu pitié de lui. »  

La Fontaine dans Joconde : « Amour en eut pitié.

P. 105, l. 12. « Dieu te gard. »

Ancien souhait ou salut. Molière : « Dieu te gard, Cléanthis. » Cette locution a été souvent méconnue par les éditeurs de nos poètes. Dans un quatrain à la louange du prince de Condé, chef des huguenots, sous Henri III :

Ce petit homme tant joli,
Qui toujours cause et toujours rit
Et toujours baise sa mignonne,
Dieu gard de mal le petit homme.

Voltaire lui-même a cité « Dieu garde mal le petit homme, » croyant que c’étoit une allusion à la mort de ce prince, qui fut tué à Moncontour. Mais c’est une faute d’imprimeur. Rabelais a dit quelque part « Dieu gard de mal Thibaut Mitaine. » La Fontaine, à la fin du conte des Troqueurs :

Or n’est l’affaire allée en cour de Rome,
Trop bien est-elle au sénat de Rouen.
Là le notaire aura du moins sa gamme
En plein bureau. Dieu garde sire Oudinet
D’un conseiller barbon et bien en femme,
Qui fasse aller la chose du bonnet.

Ces vers sont ainsi rapportés dans la nouvelle Vie de La Fontaine. Lisez, pour le sens et la mesure : « Dieu gard sire Oudinet, » comme La Fontaine lui-même a dit : « Dieu nous gard de plus grand’ fortune. » Faut-il s’étonner que les textes grecs et latins soient altérés, quand nous voyons nos auteurs même estropiés de cette façon ? Peu de gens aujourd’hui savent assez de françois pour être éditeurs de La Fontaine.

P. 105, l. 16. « A peine qu’ils ne tombèrent. »

Expression d’Amyot qu’il emploie fréquemment. Cette phrase lui est particulière. On disoit en ce temps-là, « à peu qu’ils ne tombèrent, » comme parlent toujours Rabelais et les Cent Nouvelles Nouvelles.

P. 106, l. 1. « Ayant ainsi Daphnis. »

C’est là certainement ce qu’a voulu dire l’auteur. Mais le texte est altéré.

P. 106, l. 10. « Le louèrent de son bon esprit. »

Οἱ δὲ ἐπῄνουν τὸ ἐνεργόν. C’est la leçon très correcte des manuscrits de Rome et de Florence. Lucien, dans le Songe : ἐπαίνων τὸ καινουργόν.  

P. 107, l. 4. « Et lors assis.... »

Non plus couchés comme pour manger. Amyot : « Toutefois encore assis. » Contresens.

P. 107, l. 15. « Qu’ils habillèrent... »

C’est le mot propre. Cent Nouvelles Nouvelles, 59 : « Elle avoit fait habiller les deux meilleurs chapons de léans. » Moyen de parvenir : « Te voilà maître boucher ; tu as habillé un veau. » Le même calembourg est dans Bonaventure Desperriers. « Je lave les tripes du veau que j’ai habillé ce matin. »

P. 108, l. 18. « Tendirent des gluaux... »

Il y a dans toutes les éditions d’Amyot : « pendirent des gluaux, » faute du premier imprimeur.

Deux lignes plus bas : en s’entrebaisant. Il y a dans Amyot et s’entrebaisa, autre faute non corrigée dans les réimpressions.

P. 109, l. 1. « M’as-tu point oublié ? »

C’est le sens. Lisez dans le grec, ἆρα μέμνησαι μοῦ; comme plus haut, ἆρα μέμνησαι τοῦ πεδίου τοῦδε, κᾴμου.

P. 110, l. 6. « En les baisant tous premier que Chloé.... »

Amyot : « en les baisant tous, fors que Chloé, de peur qu’il ne souillast son baiser. » On ne sait quel texte il a suivi ; ou plutôt il n’a fait nulle attention au texte qui est fort clair en cet endroit.

P. 110, l. 9. « Ne se passa point tout pour eux. »

Dans les réimpressions d’Amyot on a mis : « ne se passa point du tout pour eux. » Grosse faute.

P. 111, l. 16. « Commençant petit à petit, etc. »

Amyot : « Commençant petit à petit à reprendre leur chant ramage, après un si long silence. Les brebis besloient, les agneaux sautoient, etc. » Cette mauvaise traduction a été encore mutilée par les imprimeurs. L’édition originale porte : « Commençant petit à petit à reprendre leur chant ramage. Après un si long silence les brebis besloient, etc. » On a supprimé cela dans les réimpressions, et mis à la place une version qui ne vaut guère mieux, faite sur le latin de Jungermann.

Si long silence est ridicule ; mais Amyot ne songe guère à ces choses-là. Le style de Longus périt tout dans ses mains ; c’est un tailleur de pierres qui copie l’Apollon.  

P. 112, 1. 10. « Pourchassant le dernier but.... »

Dans le grec, ἔρωτα ζητοῦντες, comme les stoïques ont dit ζητεῖν ἀρετήν, et nos mystiques « chercher Dieu. »

P. 112, l. 18. « Frissoit....»

Mot de la façon d’Amyot, ἅπαξ λεγόμενον. C’est l’italien frizzare.

P. 114, l. 19. « Il tenoit avec soi certaine petite femme.... »

Amyot : « Sa femme étoit jeune et belle, et plus délicate que ne sont ordinairement les femmes des paysans. »

Amyot a cru Lycenion une paysanne, femme du paysan Chromis : étrange méprise. Le nom même de Lycenion indique une courtisane. Chromis, bourgeois de Mitylène, ou plutôt d’Athènes, car tout ceci est pris de la Nouvelle Comédie, vit à la campagne avec une fille de la ville. Trois sortes de gens paroissoient dans les comédies entretenant des filles publiques ; ναύκληροι, les négociants ou armateurs de navires ; στρατιώται, les gens de guerre, enrichis en Asie au service des rois ; γεωργοί, les cultivateurs, riches aussi pour la plupart. Car Athènes faisant beaucoup de commerce et ayant peu de territoire, les terres y étoient fort chères.

P. 116, l. 1. « Feignant d’aller voir sa voisine qui travailloit d’enfant. »

Le texte est gâté en cet endroit. Le manuscrit de Florence porte : τῆς ἐπιούσης ὡς παρὰ τὴν γυυαῖκα λαϐεῖν τὴν τίκτουσαν ἀπιοῦσα. Celui du Vatican : ὡς παρὰ τὴν γυυαῖκα λᾶϐην τὴν τίκτουσαν. Lisez : ὡς παρὰ τὴν γυυαῖκα ἐκείνην τὴν τίκτουσαν, comme dans Hérodote, liv. III, 16 : τὸν ἄνθρωπον τοῦτον τὸν μαστιγωθέντα ; et ci-dessus, liv. II, τὸν Πᾶνα ἐκεῖνον, τὸν ὑπὸ τῇ πίτυϊ ἱδρυμένον.

P. 116, l. 3.« Au chêne sous lequel étoit Daphnis avec Chloé. »

Il faut lire dans le texte ἐπὶ τὴν δρῦν ἔνθα, (non ἐν ᾓ) ἐκαθέζετο, comme ailleurs il dit, livre II, πρὸς τὴν φηγὸν ἔτρεχεν ἔνθα ἐκαθέζοντο.

P. 116, 1. 6. « De mes vingt oisons.... »

Homère, Odyssée :

Χῆνές μοι κατ’ οἴκον εἴκοσι πυρὸν ἔδουσι.

P. 117, 1. 4. « Tu aimes, lui dit-elle, Daphnis, tu aimes la Chloé. »

Ἐρᾶς, εἶπον... Héliodore, liv. III, p. 130, l. 16, édition de M. Coraï, et tome 2, page 52 de la traduction d’Amyot dans notre collection.

P. 118, l. 9. « Se prit à l’instruire en cette façon. »

Ce qui suit n’a point été traduit par Amyot jusqu’à ces mots : « finie l’amoureuse leçon. »

P. 118, l. 19. « Où chose ne fit.... »

Denys d’Halycarnasse : Π. Σ. ΟΝΟΜ. καὶ οὐδὲν ἄλλο περιεργασάμενος, οὕτως ἐξοίσω τὸν διάλογον.

P. 120, l. 2. « Ne savoit plus s’il oseroit rien exiger de Chloé outre le baiser et l’embrasser. »

Amyot : « Délibérant ne fascher point Chloé outre le baiser et l’embrasser. »

P. 120, l. 15. « Puis l’embrassant, la baisa... »

Amyot : « puis se jetant sur elle la baisa. » Grossière sottise ; le texte est clair.

P. 121, 1. 5. « Ayant moins de souci de manger que de s’entrebaiser. »

Amyot : « ainsi qu’ils mangeoient ensemble et s’entrebaisoient plus de fois qu’ils n’avaloient de morceaux. » Image dégoûtante qui n’est point dans le texte. Quel langage pour un homme de cour, un prélat, un précepteur du roi ! Longus a peint des nudités, qu’Amyot rend toujours obscènes dans sa copie par la grossièreté de l’expression.

P. 121, l. 19. « De même qu’en un chœur de musique. »

Amyot : « comme l’on fait en une danse. »

P. 123, l. 17. « Toutes belles, toutes savantes en l’art de chanter. »

Ceci manque dans Amyot.

P. 124, l. 10. « Il rendit furieux les pâtres. »

Amyot : « il fit devenir enragés les bergers. »

P. 124, l. 14. « Ses membres.... »

Le mot grec a deux sens, dont l’un s’applique à la musique. Toute la fable roule sur cette équivoque, qui ne se peut guère rendre en françois, non plus qu’en latin, ce me semble. Horace parle grec quand il dit : dispersi membra poetæ.

P. 124, l. 15. « Terre les reçut. »

Il faut lire ainsi terre, sans article, comme il est dans le grec ; car c’est une divinité.  

P. 124, l. 18. « Imite les voix et les sons. »

Il faut lire dans le grec, comme portent les manuscrits : πάντων τῶν λεγομένων, « de toutes les choses susdites. » De même, page 32, édit. de Rome, τὰ ὀνομασθέντα δῶρα·, et page 127, ὁ δὲ Δρύας ἐθέλγετο τοῖς λεγομένοις.

P. 125, l. 22. « Se couchèrent tous deux sous une même peau de chèvre. »

C’est le sens exact et littéral. Amyot : « en se couvrant d’une peau de chèvre. » Il a bien entendu le texte. On a changé cela dans les réimpressions, où l’on a mis : « en étendant sous eux une peau de chévre, » énorme contresens.

P. 126, 22. « Pour des pommes ou des roses. »

Scarron, dans la Mazarinade :

Homme aux femmes et femme aux hommes,
Pour des poires et pour des pommes.

P. 128, l. 10. « Et se séant à terre. »

Amyot dit « se séant en terre. » Les nouveaux éditeurs, croyant que c’étoit une faute, ont corrigé cela dans leurs réimpressions. Mais Amyot parle ainsi à l’italienne ; ci-dessous, page 144 (édition originale, folio 63), « relevant les vignes qui tomboient en terre ; » un peu après, page 158, « les chèvres mettant le nez en terre ; » et page 39 (édition originale, folio 15, verso), « descendant en terre armés de corselets et d’épées. » Cependant, page 114, il dit : « si se rassit à terre, » qui étoit la façon commune de son temps. Boileau même a dit assez mal : « et se forment en terre une divinité. »

P. 128, 1. 20. « Une chose pourtant le troubloit ; Lamon n’étoit pas riche. »

Amyot : « Il n’y avoit qu’une seule chose qui le troublast, c’est que son père nourricier Lamon n’étoit pas riche. » Il rend ainsi le sens, mais non le sentiment. La Fontaine observe ces nuances :

Un point tenoit sans plus le galant empêché ;
Il nageoit quelque peu, mais il falloit de l’aide.

P. 128, l. 21. « Lamon n’étoit pas riche.»

Le manuscrit de Florence ajoute : ἀλλ’ οὐδ’ ἐλεύθερος, εἰ καὶ πλούσιος. C’est une note marginale prise de ce qui suit, page 135, édit. de Rome, δοῦλος δὲ ὢν, οὐδενός εἰμι τῶν ἐμῶν κύριος. De même, page 121, ἠπείγοντα γὰρ νεαλεῖς ἰχθῦς (le manuscrit de Florence ajoute τῶν πετρίων, et cela est pris plus haut, page 66, πετραίους ἰχθῦς) εἰς τὴν πόλιν διασώσασθαι. De même encore à la page 126, οἱ δὲ ἐπηγγέλλοντο μεγάλα, le même manuscrit ajoute εἰ ταῦτης τύχοιεν, explication fort inutile.

P. 129, l. 12. « Promettoient.... »

Dans l’édition originale d’Amyot : « promettoit, » faute d’impression, que l’on a mal corrigée depuis.

P. 130, l. 5. « Fais tant envers Chloé... »

C’est la phrase d’Amyot. Journal de l’Étoile, tome IV, page 194 : « Le roi fit tant envers le pape qu’il en obtint le payement. » Amyot, Vie d’Artaxerxès : « Mais il supplia tant sa mère et fit tant par ses larmes et prières envers elle...... »

P. 131, l. 11. « Une bourse de trois cents écus. »

Le grec dit « de trois mille drachmes. » Ceci paroît pris de la vieille fable attribuée à Ésope : « Un homme étoit pauvre. Les Dieux lui apparurent en songe, et lui dirent : Va au bord de la mer, en tel endroit ; tu y trouveras mille drachmes. »

P. 135, l. 5. « Combien que d’autres lui offrissent beaucoup pour l’accorder. »

Traduction d’Amyot. Toutes les éditions, et même la première, portent pour la accorder. C’est une faute de l’imprimeur ; et il faut lire pour l’accorder, ou bien pour la leur accorder.

P. 135, l. 14, « Ces raisons et assez d’autres. »

Ὁ μὲν ταῦτα καὶ ἔτι πλείω ἔλεγεν. De même Lucien, dans le Songe, ταῦτα καὶ ἔτι τούτων πλείονα εἶπε.

Le manuscrit de Florence porte : ἡ μὲν (c’est une faute, lisez ὁ μὲν) ταῦτα καὶ ἔτι πλείω ἔλεγεν, οἷα τοῦ πεῖσαι λέγων ἆθλον ἔχων τρισχίλιας, leçon qui fait une phrase fort jolie et ne peut être l’ouvrage d’un copiste. Il paroît au contraire que les autres copistes ont supprimé λέγων, comme une variante d’ἔχων, ce qui est arrivé ailleurs.

P. 136, l. 9. « Autrement serois-je bien insensé. »

Leçon de l’édition originale d’Amyot. On a mal corrigé dans les réimpressions, « autrement je serois bien insensé. » Amyot dit de même un peu plus bas : « seulement te veux-je bien avertir d’un point, Dryas. »

P. 138, l. 3. « En grande dévotion d’ouïr. »

Rabelais : « De quelle dévotion il le guette. » Cent Nouvelles Nouvelles : « La dévotion lui en est prise. » Henri IV, lettre à Gabrielle d’Estrées : « Je reçus votre lettre à soir, et attends Senneterre en bonne dévotion. »

P. 139, l. 10. « Et n’étoit demeuré qu’une seule pomme. »

Lisez dans le grec κλάδοι, πλὴν μῆλον ἓν ἐλείπετο, ou plutôt ἐϐλέπετο. Br.

P. 139, l. 15. « Ou ne s’étoit soucié de l’abattre. »

Colombani : ἔδεισεν ὁ τρυγῶν ἀνελθεῖν, ἠμέλησε καθελεῖν. Le manuscrit de Rome, ..... ἀνελθεῖν καὶ ἠμέλησε, lisez ἀνελθεῖν ἢ ἠμέλησε καθ... Les copistes ont voulu éviter l’hiatus ἢ ἠμ.... qui ne devoit pas les étonner. Lucien, Dialogue des Dieux : πῶς οὐ ζηλοτυπεῖ ἡ Ἀφροδίτη τὴν Χάριν ἢ ἡ Χάρις ταύτην.

P. 140, l. 4. « Les beaux jours d’été l’ont fait naître, un bel arbre l’a nourrie. »

Amyot arrange cela d’une façon qu’il croit fort galante. Voici sa traduction : « Chloé ma mie, le beau temps a produit cette belle pomme, un bel arbre l’a nourrie, le beau soleil l’a mûrie et la bonne fortune l’a contregardée pour une belle bergère. » C’est là presque le seul endroit où Amyot ait eu dessein de mettre du sien et d’ajouter au texte de l’auteur. Par-tout ailleurs il paraphrase, mais seulement comme interprète, longuement et lourdement.

P. 140, l. 10. « Quelque serpent qui eût frayé au long. »

Bonaventure Desperriers, nouvelle XIII. « Le docteur passant sur sa mule, un de ses bœufs s’en vint frayer un petit contre sa robe. »

P. 140, l. 16. « Vous avez juges pareils. »

Lisez dans le grec ὁμοίως ἔχομεν τοῦ κάλλους μάρτυρες. Br. Cette phrase ne vaut rien, et la correction que propose l’éditeur de Rome paroît préférable, ὁμοίους ἔχομεν ὁμοίου κάλλους μάρτυρες. Dans le manuscrit du Vatican ὁμοίως est écrit au-dessous d’ὁμοίους comme une variante. C’est la même erreur que ci-dessus, p. 135, l. 14. Voyez la note.

P. 140, l. 17. « Il étoit berger lui. »

Pâris n’est point nommé dans le grec, et Amyot qui traduit, « Nous sommes Pâris et moi juges et témoins pareils, » ôte toute la grace de ce passage. Il fait la même faute par-tout où l’auteur supprime à dessein quelque mot, ou quelque liaison, par un artifice commun à tous les bons écrivains. Dans Hérodote, liv. III, ch. liii, Ὁ δὲ γέρων, le voilà vieux ; Périandre n’est point nommé.

P. 141, l. 11. « Afin que l’eau en fût plus nette et plus claire. »

Πηγὰς ἐξεκάθαιρεν ὡς ὕδωρ καθαρὸν ἔχοιεν. C’est la leçon de Colombani. Lisez ὡς ὕδωρ λάμπρον ἔχοιεν. Les anciens manuscrits étoient gâtés en cet endroit, comme on le voit par celui de Rome, où le copiste a laissé un blanc à la place de ces deux mots, καθαρὸν ἔχοιεν.

P. 144, l. 4. « Sémèle qui accouchoit. »

Ainsi l’a écrit Amyot. On a mal imprimé, depuis la première édition, Sémélé. La Fontaine, Filles de Minée :

La Grèce étoit en jeux pour le fils de Sémèle ;
Seules on vit trois sœurs condamner ce saint zèle,

Il a dit de même ailleurs :

Brodoit mieux que Clotho, filoit mieux que Pallas,
Tapissoit mieux qu’Arachne et mainte autre merveille,

au lieu d’Arachné.  

P. 147, l. 3. « Laissant une quantité des plus belles grappes aux branches. »

Amyot, dans l’édition originale : « et garda l’on une quantité. » Les nouvelles éditions portent « et l’on garda. » Voyez page 136, lig. 9, la note.

P. 150, l. 12. « Et Lamon tout éploré... »

Ὁ μὲν γὰρ Λάμων. J’aimerois mieux ὁ μὲν δή. Br.

P. 151, l. 5. « Que me dira-t-il quand il le verra si piteusement accoutré ? »

Le grec dit, « que deviendra-t-il en voyant cela ? » On a gardé la phrase d’Amyot, dont La Fontaine s’est souvenu dans ce vers :

Le pis fut que l’on mit en piteux équipage
Le pauvre potager.

P. 152, l. 10. « Étant en la grace de son maître. »

C’est ainsi qu’il faut lire dans la version d’Amyot. Toutes les éditions portent étant à la grace ; faute d’impression. Ci-dessus, f° 47 de l’édition originale d’Amyot « Comment donc suis-je en ta grace ? »  

P. 154, l. 19. « Quelque chanson de chevrier. »

Lisez dans le grec συρίσαι τι αἰπολικόν. Br.

P.155, l. 14. «Non pour cela Gnathon... »

C’est la phrase d’Amyot. De même, Vie de Phocion : « Ces dons que le roi lui envoyoit, il les refusoit tous, disant : Qu’il me laisse être homme de bien. Non pour cela les messagers ne cessoient d’aller après lui. » Et dans les Cent Nouvelles Nouvelles : « Non pourtant assez bonne pièce après il dit.... » C’est l’italien non pertanto, et le grec οὐ μὴν ἀλλά. Dans la Vie de saint Louis : non pourquant.

P. 158, l. 15. « Un sayon neuf, une chemisette et des souliers. »

Plaute, dans l’Epidicus : soccos, tunicam, pallium tibi dabo. Tout cela est imité d’Homère, dans l’Odyssée :

Ἔσσω μεν χλαῖνάν τε χιτῶνα τε, εἵματα καλά,
.................δώσω δ’ ὑπὸ ποσσὶ πέδιλα.

P. 162, l. 3. « Celui qui aime, ô mon cher maître... »

Amyot gâte tout cet endroit. Ceux qui l’ont voulu corriger dans les nouvelles éditions ont fait encore pis.

P. 162, l. 13. « Vois-tu comment sa chevelure semble la fleur d’hyacinthe. »

Amyot : « Voyez-vous comment sa perruque est belle ? » Si l’on vouloit marquer toutes les fautes d’Amyot dans ces deux derniers livres, il faudroit le copier en entier.

P. 163, l. 8. « Les aigles de Jupiter... »

C’est une pensée de quelqu’un de nos poëtes élégiaques, soit Callimaque ou Philétas, que Properce aussi s’est appropriée :

Cur hæc in terris facies humana moratur !
Juppiter, ignoro pristina furta tua.

Remarquez que la pensée est juste dans Longus, mais non pas dans Properce qui parle d’une femme. Jamais Jupiter n’enleva de femme. Le poëte grec que Properce traduit et que Longus copie, parloit sans doute d’un garçon.

P. 164, l. 5. « Rester bœuf à l’étable. »

Proverbe grec ; c’est-à-dire, inutile, hors de service.  

P. 165, l. 7. « En cette sorte. »

Ainsi a écrit Amyot, et non pas comme on a corrigé dans les réimpressions : « de cette sorte. »

P. 165, l. 10. « Je ne te mentirai d’un mot. »

Vrai texte d’Amyot. On a mal corrigé : « Je ne te mentirai pas d’un mot. »

P. 168, l. 8. « Et s’en courut par le jardin. »

Toutes les éditions d’Amyot portent comme la première, « s’en courut au berger. » Lisez « au verger. »

P. 171, l. 4. « Il parloit encore, et Daphnis... »

Il y a dans le grec ἔτι αὐτοῦ λέγοντος, Δάφνις. Plutarque, Vie d’Alexandre : ἔτι λέγοντος αὐτοῦ, Τίρεως. Hérodote, liv. VIII, chap. xc : ἔτι τουτέων ταῦτα λεγόντων.

P. 177, l. 12. « Ne jeta point sans dessein cette parole. »

« Et se tournant vers la ville jeta contre elle quelques propos d’indignation. » Satyre Menippée. Cette expression vaut peut-être mieux que celle de Boileau :

Laisse tomber ces mots qu’elle reprend vingt fois.

Voyez ci-dessus, page 48, ligne 22, la note.

P. 182, l. 19. « Et les montra de rang... »

Dans le texte, lisez : καὶ περιφέρων ἐνδέξια πᾶσιν ἐδείκνυς, expression d’Homère :

Κήρυξ δὲ φέρων αν’ ὅμιλον ἁπάντη,
Δεῖξ’ ἐνδέξια πᾶσιν....

P. 185, l. 4. « Et tout de même ont été préservés par les Nymphes. »

La première édition d’Amyot porte : « et tout de mêmes ont été réservés par les Nymphes. » Remarquez là-dessus, d’abord que dans toutes les réimpressions d’Amyot on a mis même sans s ; mauvaise correction. Corneille, dans le Menteur :

Moi-mêmes à mon tour je ne sais où j’en suis.

Régnier :

Payer mêmes en chair jusques au rôtisseur.

Ensuite réservés est une faute d’impression ; il faut lire préservés, qui se disoit alors au lieu de conservés, préservés de la mort. La Fontaine : Simonide préservé par les Dieux.  

P. 187, l. 9. « Le plus du temps... »

Italianisme d’Amyot, usité alors : il più del tempo. Les nouveaux éditeurs ont cru que c’étoit une faute, et ont corrigé le plus de temps, qui n’est d’aucune langue et ne signifie rien. Amyot, dans la Vie de Pompée : « Toutefois le plus du temps ils campoient séparément ; » et dans le Discours touchant l’amour : « le plus du temps elle se tenoit au temple. » Arrêts d’amour, premier arrêt : « le pauvre galand le plus du temps ne savoit où il en étoit. »

P. 188, l. 4. « Au lieu qu’il étoit découvert... »

On a estropié cela dans les réimpressions d’Amyot, en écrivant « au lieu qui étoit découvert, » ce qui fait un sens différent et contraire au texte.

P. 188, l. 8. « Tout cela fut long-temps après. »

Ἀλλὰ ταῦτα μὴν ὕστερον, phrase d’Hérodote. Ἀλλὰ ταῦτα μὴν ὕστερον ἐγένετο, τότε δέ..... Plutarque l’emploie souvent : Καὶ ταῦτα μὴν ὕστερον ἔπραχθη, τότε δέ.....

P. 189, l. 2. « N’étoient que jeux de petits enfants. »

C’est ainsi qu’Amyot a écrit, et non comme on a corrigé dans les dernières éditions, « n’étoit que jeux. » La phrase d’Amyot est toujours italienne ; en bon italien on diroit : ciò che facevano in mezzo ai campi non erano che scherzi da fanciulli.

Supplément à la note page 5, lig. 1. « Si fut entre deux d’emporter... »

La phrase est italienne : Stetti infrà due di corrir giù dalle scale. Benvenuto Cellini.

FIN DES NOTES.