Les Petites Baraques

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Eugène Rey, libraire-éditeur (pp. 45-49).

Les Petites Baraques


(Sept ans)


— « M’man ? Laiss’-moi voir les p’tit’s baraques
dis,... arrêt’ toi M’man,... me tir’ pas !
Tu m’ sahut’s, tu m’ fais mal au bras...
Aïe, M’man ! Tu fous toujours des claques !


Ben vrai, c’ qu’y a du populo !
M’man ? y rigol’nt comm’ des baleines....
Quoi c’est qu’y leur jacqu’t’ el’ cam’lot ?
Pheu !... c’ que ça pue l’acétylène !


M’man, les « bolhommes » ! M’man, les « pépées »,
les « ciens d’ fer », les flingu’s, les « misiques »,
les sabr’s, les vélos « mécaliques » !
oh ! Moman, c’ que j’ suis égniaulé !
C’ qu’y coût’ cher « l’ ceval » du milieu ?
Ç’ui-là qu’ est pus grand qu’eune enseigne ?
J’ vourais l’avoir, moi, nom de guieu !
Aïe, M’man ! Tu fous toujours la beigne !


Quiens,... ton baluchon qui s’ défait !
Y te l’ont r’fusé chez ma « Tante » ?
C’est p’t-êt’ pour ça qu’ t’es pas contente ?
Oh ! va donc, Moman, qué qu’ ça fait !


N’ t’occup’ pas si tu n’as pas d’ sous,
c’est pas pour m’ach’ter que j’ t’arrête ;
mais rien que d’ z’yeuter les joujoux,
moi ça m’ fait du bien aux mirettes.


Si l’ dâb rentr’ pas mûr et sans l’ rond,
quiens, tu m’ paieras eun’ tite échelle,
eune orange ou deux sous d’ marrons ;
va M’man, ça f’ra la rue Michel !
Oh ! là là, c’ que j’ suis fatigué !
On l’est pas h’encore à Saint-Ouen ?
Pus qu’on trotaill’, pir’ que c’est loin,
Oh ! Moman, c’ que j’ suis fatigué !


La neige entr’ dans mes godillots ;
ça fait du tort à mes z’eng’lures ;
j’ai beau êt’ un gas à la dure,
j’ai comme un lingu’ dans les boïaux !


Tu sais, l’ sal’ môm’ de l’épicier ?
Y fait son crâneur, son borgeois ;
l’aut’ nuit, l’a eu dans ses souïers
eun’ tit’ balance et des vrais poids...


n’avec eun’ bell’ petit’ bagnole,
eun’ boît’ de troufions, un guignol ;
c’est « l’ Pèr’ Noël », à c’ qu’y paraît ;
pour voir, dis Moman, c’est-y vrai ?
— « Vous, qu’y nous a d’mandé, les crapauds,
’spliquez-moi c’ que vous avez eu
de la part du « Petit Jésus » ?
— « Nous, qu’on y a balancé, la peau ! »


Alorss, t’ sais pas c’ qu’y nous a dit,
M’man ? Y nous a app’lés « plein-d’-poux » ;
— « Le Pèr’ Noël, c’est sûr, pardi,
va pas chez des purées comm’ vous ! »


Vingt dieux ! Du coup, moi, mes frangines,
tous dessus on y a cavalé :
ah ! qu’est-c’ qu’on y a mis comm’ volée !
Dame aussi ! Porquoi qu’y nous chine !


Pis... on y a cassé ses affaires ;
pis après, on s’a fait la paire ;
ben, tu sais pas c’ qu’y nous a dit ?
— « Tas d’ salauds, j’ vas l’ dire à mon père
et j’ vous f’rai couper vot’ crédit ! »
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . .
Oh ! là, là, Moman ! Quoi qu’y t’ prend ?
Marée ! C’est lui la « mauvais’ graine » !
Aïe ! Oh ! Soupé ! Merd’ c’ que j’étrenne !


Sûr, on voit ben qu’ c’est l’ Jour de l’An !