Les Pierres de Venise/Appendice

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Traduction par Mathilde P. Crémieux.
Renouard (p. 251-318).

APPENDICE

INDEX VENITIEN


(1881). Malgré les innombrables changements survenus dans tout ce que j’ai décrit, j’ai essayé de rendre cet Index, tardivement publié, aussi utile que possible au voyageur, en lui indiquant seulement les objets qui sont dignes d’être étudiés par lui. L’intérêt d’un voyageur dont la vigueur est stimulée par la fraîcheur de chaque impression, tandis qu’une longue familiarité l’éteint forcément, est une chose trop précieuse pour la laisser inconsidérément se perdre. Comme il est impossible, dans un délai fixé, de comprendre au delà d'une certaine quantité d'art, l’attention accordée, dans une ville comme Venise, à des œuvres de deuxième ordre, est non seulement perdue, mais encore nuisible, en faisant oublier à la mémoire, par la confusion, ce dont il est un devoir de jouir et un malheur de ne pas se souvenir. Que le lecteur ne redoute pas d’omission, j’ai consciencieusement indiqué toute chose caractéristique, même dans les styles que je n’aime pas ; s’il veut bien se fier à moi et qu’il soit amateur de peinture, je lui recommanderai de fixer son attention sur les œuvres du Tintoret, de Paul Veronese et de Giov. Bellini : ne pas négliger le Titien, mais se souvenir qu’il peut être étudié dans presque toutes les galeries européennes, tandis que Tintoret et Bellini ne peuvent être jugés qu’à Venise seulement et que Veronese, bien que glorieusement représenté par les deux grands tableaux du Louvre et d’autres encore répandus en Europe, ne peut être pleinement connu que lorsqu'on l’a vu se jouer dans les fantastiques caissons des plafonds vénitiens.

J’ai rédigé d’assez longues notices sur les peintures du Tintoret parce qu’elle ont beaucoup souffert, qu’elles sont difficiles à déchiffrer et complètement négligées par les autres critiques d’art. Je ne peux pas assez exprimer mon étonnement et mon indignation de trouver, dans le guide de Kügler, une méchante Cène — probablement peinte en deux heures, pour deux sequins, à la demande des moines de Saint-Trovaso — citée comme la caractéristique du maître ; tout comme si des lecteurs imbéciles citaient quelques stances de « Peter Bell » ou « l’Idiot » comme étant la caractéristique de Wordsworth. J’avertis aussi le lecteur que les dates assignées aux monuments sont presque toutes conjecturales, fondées uniquement sur l’évidence qui a pu me tromper, mais que ces erreurs possibles ne changent en rien les conclusions générales des pages précédentes dont le fond est assez solide pour ne pas en être troublé.


A[modifier]

ACCADEMA DELLE BELLE ARTI. A noter, au-dessus de la porte, deux bas-reliefs de Saint-Léonard et de Saint-Christophe dont la vigoureuse ciselure est remarquable pour sa date — 1377 — ; les niches dans lesquelles ils sont placés sortent de l’ordinaire par leurs pignons courbés et les petites croix dans les cercles qui remplissent leurs pointes. Le voyageur est généralement trop frappé par la grande Assomption du Titien pour remarquer aucun autre tableau de cette galerie. Qu’il se demande pourtant honnêtement pour combien entrent dans son admiration la vaste dimension du tableau et ses brillantes masses de rouge et de bleu ; qu’il se dise ensuite qu’un tableau n'est pas meilleur pour être très grand et couvert de couleurs éclatantes, et il sera en plus saine disposition pour comprendre le mérite des œuvres profondes et imposantes de Bellini et du Tintoret. Une des plus belles toiles de cette galerie est La mort d'Abel du Tintoret, à côté de l’Assomption ; l’Adam et Eve, qui est à droite, lui est à peine inférieur ; tous les deux sont des œuvres caractéristiques du maître, supérieures au Miracle de saint Marc si vanté. Toutes les œuvres de Bellini qui sont dans cette salle sont d’une grande beauté et fort intéressantes. Examinons avec soin dans la grande salle qui renferme la Présentation de la Vierge du Titien, les tableaux de Vittore Carpaccio et de Gentile Bellini représentant des scènes du vieux Venise, pleines d'intérêt au point de vue de l'architecture et des costumes. L’agonie au jardin de Marco Basaiti est un agréable spécimen de l’école religieuse. Les Tintorets, dans cette salle, sont de second ordre, mais plusieurs des Véronèses sont bons et les grands sont magnifiques.

(1877). Je laisse cet article tel qu’il fut écrit tout d’abord, le sixième chapitre du « Repos de Saint-Marc « donnant maintenant au voyageur une notice écrite avec soin sur la quantité de tableaux qu'il aura, je suppose, le temps d'examiner.

ALIGA (voir GIORGIO).

ANDREAGLISE DE SAN). Digne d'être visitée pour l'effet par ticulièrement doux et mélancolique de son petit cimetière couvert d’herbes, ouvrant sur la lagune et les Alpes. La sculpture de la porte : La pêche miraculeuse, est un délicat morceau de la sculpture Renaissance. A noter les lointains rochers et l’aviron de la gondole actuelle, suivant le bateau de Saint-André. L’église gothique de la dernière période est très détruite, mais encore pittoresque ; les fenêtres à trèfles sont bien traitées pour l'époque.

(1877). Tout est ruiné et souillé par les fabriques et les ponts du chemin de fer. Un lieu de désolation !

ANGELIGLISE DES), à Murano. A la porte d'entrée, la sculpture de l’Annonciation est gracieuse. En explorant Murano, il est intéressant de remonter le Grand Canal jusqu’à son débouché sur la lagune.

APOSTOLI (PALAIS DES). Sur le Grand Canal, près du Rialto, en face du marché aux Fruits. Un palais important comme transition. La sculpture du premier étage est particulièrement riche et curieuse ; je la crois vénitienne, imitation du byzantin. Le rez-de-chaussée et le premier sont de la première moitié du XIIIe siècle ; le reste est moderne. Une aile du rez-de-chaussée seule est intacte, l’autre moitié a été modernisée.

ARSENAL. Sa porte d’entrée est un modèle curieusement pittoresque de l’habile exécution de la Renaissance, admirable, précise et expressive dans sa culture ornementale, ressemblant sur plusieurs points à la meilleure culture byzantine. Les lions grecs me paraissent mériter plus d'éloges qu’ils n'en ont reçus, quoiqu'ils soient représentés dans un style hésitant entre la convention et l’imitation de la nature, n’ayant ni la sévérité propre à l'une, ni la vérité nécessaire à l’autre.

(1877). Non, il n’y a rien de bon chez ces lions : ouvrage stupide de la décadence grecque ; ils ont l’unique mérite d’être pacifiques et non rugissants comme les lions modernes. Le voyageur qui aime Turner regardera avec attention l’angle extérieur du canal de l'Arsenal. Turner a fait de ses murs de briques une flamme de feu spirituel dans un dessin mystique conservé dans notre « National Gallery »,


B[modifier]

BABOER (PALAIS), dans le Campo San Giovanni, à Bragola. Un magnifique modèle de Gothique au XIVe siècle, vers 1310 ou 1320. Il montre de superbes rangées de fenêtres du cinquième ordre, avec des fragments authentiques de balcons et l’habituelle fenêtre latérale plus grande que toutes les autres. Les fresques des murs semblent être d'une date plus récente, et les tètes qui forment les pignons semblent aussi avoir été rajoutées, les fenêtres d’origine ayant été du pur cinquième ordre.

La construction est maintenant une ruine, habitée par la basse classe; une blanchisseuse était établie au premier étage, lorsque je fus à Venise pour la dernière fois.

(1877). Ruinée par la restauration !

BAFFO (PALAIS), dans le Campo San Maurizio. Renaissance vulgaire. Quelques feuilles d’olivier et les traces de deux personnages sont tout ce qui reste des fresques de Paul Veronese qui l’ornèrent autrefois.

(1877). Tout est effacé, mais ces fresques n’étaient pas de Paul, seulement une habile imitation.

BARBARIGO (PALAIS), sur le Grand Canal, près de la Casa Pisani. Œuvre de la dernière Renaissance ; à noter comme une maison dans laquelle on a laissé quelques-unes des meilleures peintures du Titien se perdre dans l’humidité : elles furent ensuite vendues à l’empereur de Russie.

BARBARO (PALAIS) sur le Grand Canal, près du palais Cavalli. Ces deux édifices forment le premier plan dans la vue que presque tous les artistes prennent à leur première traversée du Grand Canal, l’église de la Salute faisant un gracieux lointain. Ils n’ont pas d'autre valeur que leur effet général. Le palais Barbaro est le meilleur et l’arceau pointu de son mur de côté, vu du canal étroit, est du bon Gothique du commencement du XIVe siècle.

BARTOLOMEOGLISE DE SAN). Je n’ai pas été voir les œuvres de Sébastien del Piombo qu’elle renferme, m’en rapportant au jugement de M. Lazari qu’elles ont été « barbarement défigurées par les mains incapables qui ont prétendu les restaurer ». [image]

BEMBO (PALAIS) sur le Grand Canal, près de la Casa Manin, Noble masse gothique (vers 1400) qui, avant d’avoir été peinte par les amateurs vénitiens avec les deux meilleures couleurs du Tintoret, le blanc et le noir (blanchie à la chaux en haut, avec un dépôt de charbon dans le bas), a dû être uu des plus nobles effets du Grand Canal. Elle forme encore un beau groupe avec le Rialto, quelque grand bateau jetant généralement l’ancre sur son quai. Son rez-de-chaussée et son entresol sont, je crois, plus anciens que le reste ; les portes du rez-de-chaussée sont byzantines ; au-dessus de l’entresol règne une belle corniche byzantine bâtie dans le mur et s’harmonisant bien avec la partie gothique.

BEMBO (PALAIS), dans la Calle Magno, au Campe dei due Pozzi, près de l'Arsenal, désigné par Lazari et Selvatico pour son très intéressant escalier. Il est de l’ancien Gothique, vers 1330, mais il n’est pas plus intéressant que beaucoup d’autres de la même date et du même dessin. (Voir Contarini Porta di Ferro, Morosini, Sanudo et jMinelli).

BENEDETTO (CAMPO DI SAN). Ne pas manquer de voir le superbe — quoiqu’en partie ruiné — palais gothique bordant ce petit square. C’est du Gothique passant à la Renaissance, unique à Venise par son caractère mâle uni à la délicatesse du style qui commençait. A observer spécialement les corbeaux des balcons, les arabesques de leurs angles et les fleurs des corniches.

BERNARDO (PALAIS), Grand Canal. Très noble construction gothique du commencement du XVe siècle, d’après le Palais Ducal. Les ornements à jour des fenêtres latérales sont riches et rares.

BERNARDO (PALAIS), à San Polo. Superbe palais, sur un étroit canal, dans un quartier de Venise qui n’est plus habité que par la basse classe. Gothique tardif qui doit dater de 13800 à 1400, mais de la plus belle espèce et d’un très bel effet de couleur lorsqu’il est vu de côté. Un chapiteau de la cour intérieure est très admiré par Selvatico et Lazari, parce que « ses feuilles d’acanthe presque agitées par le vent, s’enroulent autour de la cloche, conception digne de la belle époque grecque ». Cela veut-il dire : époque byzantine ? Le chapiteau est simplement une traduction en style gothique de ceux de Saint-Marc ou de la Fondaco dei Turchi, auxquels il est inférieur. Mais, pris dans son ensemble, ce palais est, après le Palais Ducal, celui de tous qui produit, à Venise, la plus noble impression.

C[modifier]

CAMERLINGHI (PALAIS DES) à côté du Rialto. Œuvre gracieuse de l’époque où la Renaissance première (1525) devenait la Renaissance romaine. Les détails en sont inférieurs à beaucoup d’autres œuvres de la même École. Les « Camerlinghi di Comune » étaient les trois officiers ou ministres chargés d’administrer les dépenses publiques.

CAPELLO (PALAIS), à Saint-Aponal. Sans intérêt. On dit que c’est de là que s’enfuit Bianca Capello, mais la tradition paraît hésiter entre les diverses maisons appartenant à la famille.

CARITA (PALAIS DE LA). Fut une intéressante église gothique du XIVe siècle, mais elle est employée actuellement à l’un des buts importants de l’Italie moderne. La facade peut se deviner dans les tableaux de Canaletto, mais seulement se deviner, car, pour le rendu des détails, on peut moins se fier à Canaletto qu’au peintre le plus ignorant du XIIIe siècle.

CARMINIGLISE DES). Très intéressante église de la fin du XIIIe siècle, mais fort changée et abîmée. Sa nef dont les colonnes primitives et les chapiteaux ont la pure forme tronçonnée est d’un très bel effet, son porche latéral est délicat et beau, décoré de singulières sculptures byzantines et supporté par deux colonnes dont les chapiteaux sont le modèle le plus archaïque de pure forme Rose que j’ai vu à Venise. Un glorieux Tintoret est sur le premier autel de droite, en entrant : la Circoncision du Christ. Je ne connais pas de tête de vieillard plus belle et plus pittoresque que celle du grand prêtre. Le cloître est rempli de nobles tombeaux, presque tous datés. L’un d’eux, du XVe siècle (à gauche, en entrant), est intéressant par la couleur restée sur les feuilles et les roses sculptées.

CASSANOGLISE DE SAN). Cette église ne doit pas être oubliée, car elle renferme trois Tintorets, dont l’un, la Crucifixion, est un des plus beaux de l’Europe. Rien n'est digne d’être noté dans le bâtiment, excepté le jambage d'une ancienne porte (conservée dans la construction Renaissance du côté du Canal). Le visiteur peut réserver toute son attention pour les trois tableaux du sanctuaire :

La Crucifixion (à gauche du grand autel). Il est rafraîchissant de rencontrer un tableau dont on prend soin, et placé en pleine lumière — une lumière favorable — de façon à ce que toutes les parties en soient bien vues. Celui-ci est en meilleur état que nombre de tableaux de nos musées et très remarquable par la façon nouvelle et étrange dont le sujet est présenté. Il semble avoir été peint plutôt pour l’heureuse satisfaction de l’artiste que pour le mérite de la composition ; l’horizon est si bas, que le spectateur doit s’imaginer qu’il est couché tout de son long sur l’herbe, ou plutôt parmi les luxuriantes broussailles dont se compose le premier plan. Au milieu d’elles est tombée, au pied de la croix, la robe sans couture du Christ ; les ronces et les herbes folles recouvrent, de place en place, ses plis d’un rouge pâle. Par derrière, on voit à travers les broussailles, les tètes d'une troupe de soldats romains se détachant sur le ciel ; leurs piques et leurs hallebardes forment une épaisse forêt montant vers les nuages de l'horizon. Les trois croix sont élevées à l’extrême droite du tableau ; le centre est occupé par les exécuteurs ; l’un d'eux, debout sur une échelle, reçoit de l’autre l’éponge et l’écriteau avec les lettres INRI. La Vierge et saint Jean sont à l’extrémité de gauche, merveilleusement peints, comme tout le tableau, mais personnages secondaires. En résumé, le but de l’artiste semble avoir été de transformer le principal en accessoire et l’accessoire en principal. On regarde d’abord l’herbe, puis la robe rouge, puis les lourdes piques lointaines, puis le ciel, puis enfin la croix. Comme coloris, ce tableau est d’une excessive modestie. Pas une seule note brillante ne s’y fait remarquer et pourtant la couleur est exquise dans tout l’ensemble ; pas une seule touche qui n’en soit délicieuse. A noter aussi — la peinture étant restée dans toute sa fraîcheur — que le Tintoret, comme presque tous les grands coloristes, a redouté d’employer les verts clairs. Il se sert souvent de verts bleus pour le feuillage de ses arbres, mais ici, où l’herbe est en pleine lumière, elle est peinte dans une gamme de bruns sobres et variés, surtout lorsqu’elle touche la robe rouge. C’est un tableau de la plus noble manière du Tintoret ; et je le considère comme sans prix. Il y a quelques années, il fut, je crois, nettoyé, mais sans être détérioré ou, du moins, aussi peu que peut l’être un tableau qui supporte un procédé quelconque de nettoyage.

La Résurrection (sur le grand autel). La partie inférieure de ce tableau est entièrement cachée par un temple en miniature, d’environ cinq pieds de haut, posé au sommet de l’autel, insulte que ne dut pas prévoir Tintoret, car en montant sur les marches et en regardant par-dessus ledit temple, on voit que, dans ce tableau, les figures du bas sont les plus travaillées. Il est étrange de constater que le peintre ne se montra jamais capable de représenter puissamment ce sujet ; dans le tableau dont nous parlons, il est curieusement empêtré par des types conventionnels. Il ne représente pas une Résurrection, mais plutôt de pieux catholiques romains qui pensent à la Résurrection. D’un côté de la tombe est un évêque en costume ; de l’autre, une sainte, je ne sais laquelle. A côté, un ange joue sur un orgue, souillé par un chérubin ; d’autres chérubins fuient dans le ciel avec des fleurs ; cette composition est un assemblage des absurdités de la Renaissance. De plus, elle est peinte lourdement, trop finie, et les chérubins sont épais et vulgaires. Je ne puis m’empêcher de penser que ce tableau a dû être réparé, car il y reste encore des parties puissantes. S’il est réellement l’œuvre du Tintoret, c'est un très curieux exemple de la défaillance que peut causer un travail trop prolongé sur un sujet vers lequel l’esprit de l'artiste n’est pas tourné. La couleur en est chaude et dure, pénible par son opposition avec la fraîcheur et la chasteté de la Crucifixion. L’ange qui joue de l’orgue est puissamment travaillé ; les chérubins aussi.

La descente aux enfers (à droite du grand autel). Très détériorée et peu à regretter. Aucune peinture ne m’a jamais autant intrigué : la facture en est négligée et même tout à fait mauvaise dans certains endroits. La figure principale, celle d’Ève, a été ou refaite ou faite par un écolier, ainsi que, d’après moi, la plus grande partie du tableau. On croirait que Tintoret a dû esquisser ce tableau étant malade, qu’il l’a laissé peindre par un mauvais élève, après quoi, il l’a terminé a la hâte ; mais il y est certainement pour quelque chose ; aucun autre n’aurait repoussé l’aide de la troupe de spectres dont tous les mauvais peintres remplissent cette scène. Bronzino, par exemple, couvre sa toile de tous les monstres que son imagination paresseuse a pu enfanter. Tintoret n’a admis qu’un Adam quelque peu hagard, une Ève gracieuse, deux ou trois Vénitiens en habit de cour qu’on aperçoit dans la fumée, et un Satan représenté par un beau jeune homme, uniquement reconnaissable aux griffes de ses pieds. Le tableau est sombre et abîmé, mais je suis certain qu’il ne s’y trouve ni spectres ni démons. Ainsi l’a voulu l’artiste qui, par là, diminua l’intérêt d’une œuvre peu satisfaisante à d’autres égards. Elle a pu produire une certaine impression par l’effet des rayons frappant la caverne, ainsi que par l’herbe étrange qui pousse dans le fond et dont les brins entremêlés indiquent le caractère infernal ; mais on n'en peut distinguer que si peu de chose qu’il ne vaut pas la peine de perdre son temps sur une œuvre indigne du maître, et dont une grande partie n’a sans doute pas été revue par lui.

CAVALLI (PALAIS). En face de l’Académie des Beaux-Arts. Importante construction, sur le Grand Canal, de la Renaissance gothique. Peu de mérite dans les détails ; l’effet de ces délicates ciselures a été récemment détruit par la pose de modernes volets extérieurs. Les balcons gothiques sont bons (voyez BARBARO).

CAVALLI (PALAIS), près de la Casa Grimani (hôtel des Postes), mais de l’autre côté de l’étroit Canal. Bon Gothique, imité du Palais Ducal, vers 1380. Les chapiteaux du premier étage sont remarquables par les riches bandeaux qui entourent leur gorge. Les tètes de chevaux marins, sculptées entre les fenêtres, semblent être moins anciennes, mais sont fort belles.

CONTARINI PORTE DE FER (PALAIS). Près de l’église Saints-Jean-et-Paul ; ainsi appelé, à cause du superbe travail de sa porte, qui fut, il y a quelque temps, enlevée et vendue par son propriétaire. M. Rawdon Brown a retiré quelques-uns de ses ornements des mains du serrurier qui les avait achetés comme de la vieille ferraille. En haut de la porte est un très intéressant arceau de pierre du commencement du XIIIe siècle. Dans la cour intérieure est un beau débris d’escalier terminé par un morceau de balcon (vers 1350), un des plus riches et des plus soignés qui aient été exécutes à Venise. Ce palais, à en juger par ces restes, doit avoir été un des plus magnifiques de l’époque.

CONTARINI FASAN (PALAIS), sur le Grand Canal. Le plus riche travail du Gothique domestique à Venise au XVe siècle, plus remarquable par la richesse du dessin que par son excellence. Il mérite cependant d’être regardé avec attention comme une preuve de la grande beauté et de la dignité que peut donner la sculpture gothique à une habitation sans importance. De sottes critiques ont paru en Angleterre, trouvant ce palais « mal proportionné ». La vérité est qu’il fallait que l’architecte proportionnât la construction au peu de profondeur qu’offrait le canal ; qu’il fît des chambres aussi confortables qu’il le pût ; des fenêtres et des balcons commodes pour ceux qui devaient s’en servir, et qu’il laissât les « proportions » extérieures libres de se défendre elles-mêmes ; ce qu’elles ont très suffisamment fait, car bien que la maison ait honnêtement avoué son exiguïté, elle n’en fut pas moins un des principaux ornements du Grand Canal. Sa destruction serait presque une aussi grande perte que la destruction de la Salute elle-même.

CORNER DELLA CA GRANDE (PALAIS) sur le Grand Canal. Une des constructions les plus mauvaises et les plus tristes de la Renaissance. Bâtie sur une vaste échelle, cette masse envahissante s’élève au-dessus des toits voisins, — de quelque côté qu’on regarde l’entrée du Grand Canal, aussi bien que dans la vue générale de Venise, prise de Saint-Clément.

CORNER DELLA REGINA (PALAIS), construction de la Renaissance sans mérite ni intérêt.

CORNER SPINELLI (PALAIS). Œuvre gracieuse et intéressante de la Renaissance à ses débuts, remarquable par ses jolis balcons circulaires.

(1877), CORNER, musée. Le portrait-étude par Carpaccio, représentant deux dames et leurs petits bichons favoris, est le morceau le plus intéressant qu’on trouve à Venise de son exécution si poussée. La Visitation est une œuvre légère, mais gracieuse, la Transfiguration (Mantegna ? ou Giov. Bellini ?) est du plus pathétique intérêt. Il y a encore, dans cette collection, quelques autres tableaux curieux et quelques-uns, plus petits, fort beaux.


D[modifier]

DANDOLO (PALAIS) sur le Grand Canal. Entre la Casa Lorédau et la Casa Bembo, s’élève une rangée de constructions modernes dont quelques-unes occupent, je crois, la place du palais qui fut habité par le doge Henry Dandolo. Des fragments de l’école byzantine se retrouvent dans leurs fondations, et, dans celles de la Casa Bembo elle-même, existent deux portes appartenant à cette école. Il n’y a toutefois, en ce lieu, qu'un seul palais de quelque valeur, un très petit palais mais d’un riche Gothique des environs de 1300, avec deux groupes de fenêtres du quatrième ordre à son second et à son troisième étage, et, au-dessus, quelques moulures byzantines arrondies. On dit que ce Palais a appartenu à la famille Dandolo et il mérite d’être conservé avec soin, car c'est un des plus intéressants parmi les anciens palais gothiques qui subsistent encore.

DANIELI (Hôtel) (Voir NANI).

DOGANA DI MARE. A la séparation du Grand Canal et de la Giudecca. Construction barbare de la Renaissance grotesque (1676) intéressante par sa situation. La statue de la Fortune formant la girouette, debout sur le monde, donne une juste idée des conceptions du temps et des espérances et des principes des derniers jours de Venise.

D’ORO (CASA). Une noble construction d'un très délicat Gothique, jadis d'un superbe effet, actuellement détruit par la restauration. Pendant que j’étais à Venise, jai vu briser les belles bandes de marbre rouge qui formaient la base de ses balcons et qui étaient ciselées en nobles spirales étonnamment divisées, épaisses d’un pied et demi. Son glorieux escalier intérieur, l’œuvre gothique la plus belle et la plus intéressante de ce genre qui fût à Venise, avait été emporté par morceaux deux ans auparavant et vendu comme vieux marbre sans valeur. Dans ce qu’il lui restait encore de beau lorsque je la vis pour la dernière fois, étaient les chapiteaux des fenêtres, à l’étage supérieur, superbes sculptures du XIVe siècle. Les décorations fantaisistes des autres fenêtres sont, je crois, plus récentes, mais l’architecture du palais est si anormale que je n’ose hasarder une opinion sur son compte. Une partie des ornements sont du style byzantin, mais semblent être des imitations.

PALAIS DUCAL. La multitude des œuvres de différents maîtres qui couvrent les murs de ce palais est si grande que le voyageur en éprouve, en général, fatigue et confusion. Il gagnerait à ne faire attention qu’aux œuvres suivantes :

Le Paradis[1] du Tintoret, à l’extrémité de la grande salle du Conseil. Il m’a semblé impossible de compter le nombre de personnages dans cette peinture, leur groupement est si enchevêtré que dans la partie haute, il est difficile de les séparer les uns des autres. J’ai compté 150 figures importantes dans la moitié de l’œuvre, de sorte qu’en y joignant celles d’un ordre plus modeste, le total ne peut pas être inférieur à cinq cents.

Je regarde ce tableau comme le chef-d’œuvre de Tintoret, bien qu’il soit si vaste que personne ne prend la peine de le déchiffrer et qu’on lui préfère des tableaux moins merveilleux. Je n’ai pu moi-même en étudier à fond que quelques parties, toutes de la plus belle manière de l’artiste, mais un observateur pressé sera bien aise de savoir que cette composition est divisée en zones concentriques, représentant les étages d’une coupole autour du Christ et de la Madone qui en sont le point central le plus élevé. Ces deux figures sont extrêmement nobles et belles. Entre chaque zone, des espaces d'un ciel blanc où flottent des Esprits. La peinture est, dans son ensemble, remarquablement conservée ; c'est l’œuvre la plus précieuse que possède Venise. Elle ne la possédera pas longtemps, car les Académies vénitiennes, trouvant qu’elle ne ressemble en rien à leurs productions, ont manifesté le désir de la retoucher suivant leurs idées personnelles de la perfection.

Le siège de Zara, le premier tableau à droite, en entrant par la Salle da Scrutin. Tableau de bataille où les figures sont taillées comme des flèches. Beaucoup de mérite et d’invention. Le Tintoret l’a certainement esquissé, mais s’il l’a peint lui-même entièrement, il l’a fait dans l’esprit qu’un peintre d’enseigne apporte à satisfaire les désirs d’un aubergiste ambitieux. Il semble qu’on lui a ordonné de reproduire d’un coup tous les événements du combat et qu’il s'est dit que plus il représenterait d’hommes, de flèches et de vaisseaux, plus il satisferait ceux qui l’employaient. Le tableau, très grand, a quelque trente pieds sur quinze.

D’autres tableaux seront indiqués par le gardien, mais ils ne sont intéressants qu’au point de vue historique et non artistique. Le plafond de Paul Veronese a été repeint et le reste des peintures murales est fait par des artistes de seconde valeur. Une fois pour toutes, avertissons le voyageur de ne pas prendre les œuvres de Domenico Tintoretto, un fort misérable peintre, pour celles de son illustre père, Jacopo.

Le doge Grimani s’agenouillant devant la Foi, par le Titien, dans la salle des Quatre Portes. A observer avec soin comme un de plus frappants exemples du manque de sentiment du Titien et de sa grossièreté de conception. Comme œuvre d’art, pourtant, ce tableau a une grande valeur. Le voyageur accoutumé à la touche indistincte de Turner pourra y étudier la manière de peindre Venise dans le lointain.

Fresques sur le plafond de la salle des Quatre Portes, par Tintoret. Autrefois une magnificence défiant toute description, aujourd'hui un débris (le plâtre tombant par larges lambeaux) méritant encore pourtant une sérieuse étude.

Le Christ retiré de la croix, par Tintoret, au fond de la salle des Pregadi. Un des tableaux mythiques les plus intéressants de Venise, deux doges étant représentés auprès du corps du Christ. Cette très belle peinture, faite pour être vue à distance, gagne à être regardée de l’autre bout de la salle.

Venise. Reine de la mer, par Tintoret. Compartiment central du plafond dans la salle des Pregadi. Remarquable par le mouvement des grands flots verts et par la largeur de la conception, quoique peint durement et avec négligence et peu digne du maître sous certains rapports. Remarquer les formes fantastiques que, dans son amour pour le grotesque, il a donné aux herbes marines.

Le doge Lorédan implorant la Vierge, par Tintoret, dans la même salle. D’une couleur éteinte, mais pourtant une grande œuvre, dont l’étude démontre ce qu'un grand artiste peut faire « par ordre », lorsque le sujet imposé lui pèse.

Saint Georges et la Princesse. En dehors du Paradis, il n’y a guère a ma connaissance dans le Palais Ducal que six tableaux que Tintoret ait peints avec soin et qui soient extrêmement beaux : les plus achevés sont dans l’Anti-Collegio, mais les deux plus majestueux et caractéristiques sont deux panneaux oblongs, d’environ huit pieds sur six, qui remplissent les murs de l’Anti-Chiesetta et qui sont peints avec une paisible noblesse. Ils renferment fort peu de couleur ; le ton prédominant étant un brun grisâtre, accompagné de gris, de noir et d'un ton rougeâtre très chaud. Ils sont peints légèrement, parfaits de coloration et entièrement intacts. Le premier est Saint Georges et le Dragon, et le sujet en est traité d'une nouvelle et curieuse façon. Le personnage principal est la princesse, à califourchon sur le cou du dragon qu'elle tient par une bride de ruban ; saint Georges est debout derrière elle et il étend les mains, soit pour la bénir, soit pour arrêter le dragon par un pouvoir céleste ; un moine est à sa droite, qui regarde gravement cette scène. Il n’y a aucune expression, aucune vie dans ce dragon, quoique son œil lance un rayon hagard ; mais l’ensemble est complètement typique : la princesse semble avoir été placée par saint Georges sur le dragon, son principal ennemi, dans une attitude victorieuse. Elle porte une riche robe rouge, mais elle manque de grâce. Saint Georges, dans son armure et sa draperie grise, nous montre un beau visage ; il se découpe en sombre sur le lointain du ciel. Il y a au palais Manfrini, une étude pour ce tableau.

Saint André et saint Jérôme. Encore moins de coloration dans ce pendant du précédent tableau. Il est presqu’uniquement brun et gris, les feuilles des figuiers et des oliviers sont brunes ; les figures brunes ; les vêtements bruns et saint Jean porte une grande croix brune. Rien ne peut s’y appeler couleur, excepté le gris du ciel qui, dans certaines places, devient presque bleu, et un unique morceau d’un rouge brique fixé dans la robe de saint Jérôme ; et pourtant Tintoret ne m’apparaît jamais plus grand que dans cette union de teintes sobres. J’aimerais mieux posséder ces deux petits tableaux bruns, le Caïn et Abel, l’Adam et Eve de l’Académie, également bruns, que tous les autres qu’il peignit avec de brillantes couleurs, pour orner les autels de Venise. Je n’ai jamais vu deux tableaux approcher, comme ceux-ci, de la grisaille, tout en étant deux morceaux d’un coloris délicieux où chaque ligne, bien qu’étudiée avec le soin le plus approfondi, garde une complète liberté.

10° Bacchus et Ariane. La plus belle des quatre œuvres du Tintoret qui occupent les angles de l’Anti-Gollegio. Jadis, une des plus belles du monde, mais aujourd’hui, misérablement ruinée par le soleil à qui on a permis de la frapper tout le long du jour. Le dessin des feuillages qui entourent la tête de Bacchus et la grâce flottante de la femme qui est au-dessus de lui, continueront à donner de l’intérêt à ce tableau — à moins qu’on ne le restaure ! Les trois autres Tintoret de cette salle sont, quoique beaux et faits avec soin, inférieurs au Bacchus. Vulcain et les Cyclopes sont une étude vulgaire d’après des modèles communs.

11° L’Europe de Paul Veronese, dans la même salle. — Un des rares tableaux qui méritent leur haute réputation.

12° Venise sur son trône, par Paul Veronese, au plafond de la même salle. Un des plus beaux morceaux de franche couleur du Palais Ducal.

13° Venise et le doge Sébastien Venier, au bout de la salle du Collegio ; un Paul Veronese sans rival, encore beaucoup plus beau que l’Europe.

14° Mariage de sainte Catherine, par Tintoret, dans la même salle. — Tableau inférieur, mais renfermant une sainte Catherine exquise. Son voile l’enveloppe en laissant entrevoir le ciel, comme une cascade des Alpes tombant sur un rocher de marbre. Il y a encore dans cette salle, trois tableaux du Tintoret, mais inférieurs quoique pleins de talent. A remarquer le rendu des ailes du lion et du tapis de couleur dans le Doge Alvise Mocenigo adorant le Rédempteur[2].

Le plafond est, tout entier, de Veronese, et le voyageur qui aime réellement la peinture devra demander l’autorisation de venir, à sa volonté, dans cette salle. Il y viendra et y reviendra pendant les matinées d’été, entrant, de temps en temps dans l’Anti-Collegio et dans la salle dei Pregadi, et venant se reposer sous les ailes du lion couché aux pieds de Mocenigo. Autrement, il ne pénétrera pas assez profondément dans le cœur de Venise.


E[modifier]

EUFEMIAGLISE DE SANTA-). Petite et abîmée, mais très curieuse église de l’ancien Gothique, à la Giudecca. — A visiter seulement par ceux qui s’intéressent sérieusement à l’architecture.


F[modifier]

FOSCAGLISE DE SANTA-). Remarquable par son campanile gothique extrêmement pittoresque et épargné par la restauration ; elle est particulièrement vénitienne, étant couronnée par la coupole au lieu de l’être par la pyramide employée à cette époque dans toute l’Italie.

FOSCARI (PALAIS) sur le Grand Canal. Le plus noble exemple, à Venise, du style gothique au XVe siècle, imité du Palais Ducal, 266 INDEX VENITIEN mais — à Texception des ornements en pierre des fenêtres - — gâté par une restauration, indispensable, il est vrai, pour empê- cher la ruine totale. Le palais, en i845, était rempli de débris, comme le réduit d'un maçon, et dans les chambres, blanchies à la chaux, s'éta- laient d'indércentes caricatures. Il a été en partie remis en état, mais comme la municipalité vénitienne Ta donnée aux Autrichiens pour y faire des baraquements, il ne tardera pas à être de nou- veau ruiné. Les palais, moins élevés, qui sont à côté de celui-ci, ont appar- tenu, dit-on, aux plus jeunes Foscari. (Voir Giustiniam.) Francesco DELLA Yigxa (Eglise de San). Basse Renaissance, mais elle doit être visitée pour voir le Giovanni Bellini, dans la Sainte- Chapelle. Lazari indique la sculpture de la chapelle Giustiani, comme digne d'être étudiée. On dit que cette église renferme aussi deux tableaux de Paul Veronese. Frari (Eglise dei). Fondée en laSo, et continuée à différentes époques. L'abside et les chapelles qui Tavoisinent en sont les plus anciennes parties, leurs ornements découpés ont inspiré, dit-on, ceux du Palais Ducal. Pour jouir de la meilleure vue de l'abside, noble exemple du Gothique italien, il faut se placer à la porte de l'Ecole de Saint-Roch'. Les portes de l'Eglise sont moins an- ciennes, d'une Renaissance gothique très étudiée. L'intérieur est du bon Gothique, intéressant par ses monuments funéraires. A signaler ceux de Duccio dcgli Albert! ; du chevalier inconnu, en face de celui de Duccio ; de Francesco Foscari ; de Giovanni Pesaro et de Jacopo Pesaro. En plus de ces tombes, étudier avec soin celle de Pietro Ber- nardo, modèle de premier ordre du travail de la Renaissance : rien ne peut être plus détestable et plat que sa conception ; rien de plus beau que son exécution. A remarquer les griffons admi- rant des fleurs et des fruits que nous pourrons admirer aussi ; rien ne peut être plus beau, dans ce genre. Le tombeau de Canova, par Canova, ne peut pas être négligé : d'une science consommée, d'une affectation intolérable, d'une conception ridi- cule, dénuée au suprême degré d'invention et de sentiment. La statue équestre de Paolo Savelli est pleine de vie. Il y a, dans l'église, plusieurs bons Vivarini, mais son principal trésor, en ^ Actuellement ruinée par la restauration. Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/341 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/342 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/343 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/345 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/346 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/347 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/348 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/349 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/350 IjXDEX VENITIEN JisuiïEs (Eglise des). De la plus basse Renaissance ; elle ne mérite une visite que pour son imitation de rideaux de marbre blanc. Elle contient une Assomption du Tintoret que je n’ai pas étu- diée et un Martyre de saint Laurent, du Titien, qui n’a jamais dû avoir une grande valeur et qui, maintenant, ayant été restauré, n’en a plus aucune. La vieille bibliothèque. Gracieux édifice de la Renaissance centrale dessiné par Sansovino, en i536, très admiré par tous les architectes de l’Ecole. Continué sur le côté de la place Saint- Marc, par Scamozzi, qui ajouta un étage supérieur que les criti- ques modernes blâment comme avant détruit « l’eurvthniie ». Ils ne réfléchissent pas que si les deux bas étages de la biblio- thèque avaient été continués sur la place, ils auraient paru si bas que le carré en eût perdu toute sa dignité. Telle qu’elle est, la Bibliothèque a gardé ses bonnes proportions d’origine, et la grande masse des Nouvelles Procuraties apporte à ce grand carré une bordure plus majestueuse, quoique moins gracieuse. Les vrais défauts de la construction ne viennent pas du nombre des étages, mais du dessin des parties. C’est un des plus grossiers exem- ples de l’habitude qu’avait la basse Renaissance de transformer les clefs de voûte en corbeaux, les faisant saillir au-dessus (pas moins d’un pied et demi) de la moulure de l’arceau ; usage bar- bare qui disloquerait tout l’arceau si quelque poids réel était posé sur l’extrémité de la clef de voûte ; et c’est aussi un exemple caractéristique de la mode vulgaire et pénible de remplir la nais- sance de l’arc avec des figures nues en haut-relief, s’appuyant sur l’arceau de chaque côté, comme si elles étaient en danger de tomber. Plusieurs de ces figures ont un certain mérite et l’ensemble du monument est gracieux. La continuation des Nouvelles Pro- curaties, à l’extrémité ouest de la place Saint-INIarc (jointe à divers appartements pris sur les Procuraties) forme le « Palais Royal » où réside l’Empereur quand il vient à Venise. Cette construction entièrement moderne, datant de 1810, est une imiPage:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/352 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/353 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/354 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/355 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/356 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/357 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/358 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/359 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/361 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/362 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/363 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/364 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/365 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/366 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/367 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/368 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/369 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/371 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/372 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/373 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/374 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/375 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/376 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/377 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/378 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/379 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/380 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/381 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/382 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/383 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/384 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/385 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/386 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/387 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/388 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/389 310 INDEX VENITIEN ordre, au centre, offre, par l’introduclion des quatre-feuilles, certaines ressemblances avec les anciens ornements gothiques. SALUTE (Église de Santa Maria della) sur le Grand Canal. Une des plus anciennes constructions de la Renaissance grotesque, que sa situation et ses proportions générales, remarquablement bonnes, rendent impressionnantes. La grâce de ce monument tient surtout à l’inégalité de ses coupoles, et à l’heureux groupement derrière elles, des deux campaniles. Généralement, les proportions d’un bâtiment n’ont rien à faire avec son style ou les mérites de son architecture. Un architecte instruit à la pire école, et dénué de toute entente de son métier, peut avoir un don naturel de groupement qui fera produire à son œuvre, vue de loin, un réel effet. Ce don se rencontre souvent chez les derniers constructeurs italiens; beaucoup de leurs plus mauvais édifices produisent un bel effet, tant qu’on ne s’en approche pas trop. L’église de la Salute est, de plus, ornée d’un superbe perron descendant jusqu’au canal et sa façade, belle et riche, a été choisie par Turner comme l’objet principal de sa vue, si connue, du Grand Canal. Les défauts frappants de cette église sont de mesquines fenêtres — sur le côté des coupoles — et le ridicule déguisement des contreforts qui sont déjà, eux-mêmes, une hypocrisie, puisque la coupole étant en bois, d’après Lazari, n’en avait aucunement besoin. La sacristie renferme quelques tableaux précieux : toutefois, les trois Titiens du plafond, très remarqués, sont, à mon avis, aussi faibles que laids ; et le petit Titien : Saint Marc, saint Corne et saint Damiens, m’apparut, à première vue, comme la plus mauvaise œuvre de ce peintre, à Venise. Depuis, il a été restauré par l’Académie et m’a paru ne plus exister, mais je n’avais pas le temps nécessaire pour l’examiner avec soin. Au fond de la plus grande sacristie est la demi-lune qui décora jadis le tombeau du Doge Francesco Dandolo (voy. plus haut, p. 2o5), et tout à côté se trouve un des Tintorets les plus complets de Venise : Les noces de Cana, immense peinture de 20 pieds de long sur 15 de haut, et signalée par Lazari au nombre des quelques toiles signées par Tintoret. Je ne suis pas surpris qu’il ait agit ainsi. Évidemment, c’est une de ses œuvres préférées; il y a développé tout ce que sa force colossale pouvait donner, le sujet n’admet, dans sa composition, ni originalité, ni énergie. Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/391 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/392 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/393 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/394 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/395 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/396 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/397 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/399 Page:Ruskin - Les Pierres de Venise.djvu/400


  1. Je laisse la notice sur le Palais Ducal telle qu’elle fut originairement écrite. Je crois que tout est changé maintenant et ce texte ne pourra être utile qu’au voyageur ayant le temps de le rectifier suivant les besoins actuels. Pour une connaissance plus complète du Paradis du Tintoret, voir mon pamphlet sur Michel-Ange et Tintoret.
  2. J’ai été assez heureux pour obtenir, à Venise, l’esquisse originale de ce tableau ; après avoir été, du vivant de mon père, le tableau le plus précieux de Denmark Hill, il est maintenant dans mon école d’Oxford.